La porte de l'agence s'ouvrit à la volée.

« Désolé, on est fermés ! »

« Je n'ai pas envie de recommencer comme la première fois... »

Dante bondit sur ses pieds. La visiteuse enleva ses lunettes de soleil et lui lança un sourire flamboyant.

« Je t'avais dit de ne jamais refaire ça, dit-il. »

« Moi aussi je suis contente de te revoir ! »

Il s'approcha d'elle et la serra dans ses bras. Elle eut un sursaut de surprise.

« Je ne pensais pas te revoir un jour... »

« Vu comme tu m'as chassée, normal ! »

Il la fit reculer en la tenant par les épaules.

« Ben voyons, ça va être de ma faute !, lança-t-il avec un regard totalement innocent. »

Ces yeux... Le diable lui-même pourrait pleurer, pensa-t-elle.

« Tu m'as manqué, tu sais. Dante... »

« Toi aussi tu m'as manqué. »

Ils restèrent là à se regarder un moment. Puis elle fit le tour de la grande salle.

« Pourquoi tu as déménagé ? »

« Pour pas que tu me retrouves ? Je plaisante. »

« Il y a quelque chose de féminin ici... »

« Ah oui, je suis marié. »

« Tu plaisantes ? »

« Non. »

« Humaine ? »

« Oui. »

« Matière : se détacher de la destinée de Papa. Note : 0 ! »

Dante s'assit sur un coin du bureau.

« Tu sais, le Légendaire Chevalier Rouge Dante ça sonne mieux... »

« Désolée, je n'aurais pas du dire ça... Et Mme Dante n'est pas là ? »

« Je suis veuf en fait. »

Elle pâlit, comprenant mieux pourquoi il s'était soudain renfrogné.

« Je ne sais pas quoi dire... »

« Venant de ta part, un truc du genre « alors la place est libre ? » accompagné de roucoulements ? »

« N'importe quoi ! »

« Ose prétendre que tu es insensible à mon charme ! »

« A l'époque, peut-être... Mais là... »

Dante fronça les sourcils.

« Tu as vieilli. »

« HE ! Toi aussi ! »

« Je veux dire... Tu as l'air... »

Dante sortit négligemment Ebène de son holster. Puis il compléta lui-même la phrase en posant l'arme sur son bureau.

« Las. »

« La crise de la quarantaine, demanda-t-elle avec un sourire ? »

« Ouais, ça doit être ça. Tu te rends compte que je sais même pas combien de temps je vais vivre ? »

« Si ça peut te rassurer, physiquement tu n'as pas pris beaucoup de rides. »

« Comment ça, « pas beaucoup ? » »

Il sortit son épée et jeta un coup d'œil anxieux à son reflet. Il sembla satisfait.

« Pas une ! »

« Mouais... »

La porte s'ouvrit à la volée et Matelda entra, l'air paniquée. Elle verrouilla la porte derrière elle et tomba assise.

« Matelda ?! »

Dante se précipita vers elle.

« Dad... »

« Qu'est-ce qui s'est passé ? Il t'a posé un lapin ? »

Elle sourit un peu et se releva.

« Ouais. »

« Tu veux que j'aille le tuer ? »

« Non, merci... »

« Assieds-toi, je reviens. »

Il l'accompagna jusqu'au canapé et l'y assit. Puis il disparut.

Elle ne remarqua qu'à ce moment-là la femme qui la fixait avec attention à travers ses lunettes de soleil. Elle avait l'air amusée.

« Vous êtes une cliente ? »

Le ton était moins poli que ce qu'elle aurait voulu laisser paraître.

« Je suis l'ancienne associée de Dante. »

« Je peux savoir ce que vous regardez ? »

« C'est ton... ? »

« Mon père, oui. »

« Tu lui ressembles beaucoup... Tu as les mêmes yeux. »

Elle sembla se rendre compte que la jeune fille n'appréciait pas d'être dévisagée ainsi et se reprit.

« Mathilda, c'est ça ? Moi c'est... »

« MatElda. A l'italienne. »

« Pardon... Je m'appelle Trish. »

« J'ignorais qu'il avait jamais eu une associée... »

« Quoi ? »

Quand Dante revint, un frisson lui parcourut l'échine. Les yeux des deux femmes lui lançaient des éclairs. Pas de panique, tu as bien réussi à battre Nevan...

« Tiens chérie. »

Il lui tendit un verre de lait chaud.

« Tu es un père modèle, commenta Trish. »

« Ca c'est ce que tout le monde croit !, lança Matelda. »

« Orage en vue, je vous laisse médire de moi tranquilles... »

« Dad, attends ! A la place de Tony, c'est Caïn qui est venu. »

Dante s'arrêta net. Il était à côté de son bureau.

« Et il était pas là pour discuter. »

Il prit Ebène et le remit dans le holster.

« Il m'a dit qu'il voulait... Edge quelque chose... »

« Force Edge. »

« Oui. Quand il a vu que je ne voyais pas de quoi il parlait... »

Il y eut un grand moment de silence. Trish fut étonnée de voir que le père comme la fille étaient très calmes. En apparence.

« C'est un de ces vieux trucs dont je t'ai parlés. »

« D'accord. »

Nouveau silence.

« Merci... »

Dante la regarda, étonné.

« Merci pour l'arme, dit-elle en montrant l'Uzi. Je crois que j'ai besoin d'aller dormir un peu. »

« Bonne idée, vas-y. On reparlera de tout ça demain. »

« Bonne nuit Trish. Bonne nuit Dad. »

Trish ne put retenir un sourire lorsque Matelda embrassa son père.

« Tu es la seule personne au monde que je n'aurais jamais imaginé devenir père... »

« Elle a raison, je suis pas un modèle. »

Il se laissa tomber sur le canapé.

« Qui est ce Caïn ? »

« Un humain... Mais j'ignore pourquoi il veut l'épée. »

« Ca paraît clair, non ? »

« Il va être déçu quand il va voir qu'il lui manque des pièces pour déchaîner l'Enfer... Non, un humain qui ose s'en prendre à moi, même indirectement, est en général un peu mieux renseigné que ça... »

Elle s'assit à côté de lui.

« Pourquoi t'es revenue ? »

« Je... »

Elle sembla chercher ses mots.

« J'ai su que tu aurais peut-être besoin d'aide. »

« Comment ça ? J'ai jamais besoin d'aide ! »

« Hum... En tout cas, des bruits ont couru jusque chez moi. »

« Ils ont de bonnes jambes ! »

Elle se leva et croisa les bras.

« Si c'est pour me prouver que tu n'as pas vieilli... »

« Je t'écoute. »

« Mundus n'est pas mort pour de bon. »

« Je m'en doutais un peu. »

« Il aurait envoyé un de ses meilleurs hommes... »

Trish guetta la réaction de Dante. Celui-ci éclata de rire.

« J'ai pas à m'en faire alors ! Les... »

Il compta sur ses doigts.

« Les trois derniers que j'ai vus ont pas fait le poids ! »

Trish grogna. Il l'avait comptée dans le lot...

« Et puis maintenant, j'ai une source d'infos... Alors c'est qui, ce nouveau champion ? »

« On m'a parlé du Corbeau. »

« Ah. Encore un oiseau ? Mundus a pas des tendances... »

« C'est un démon sur lequel je sais peu de choses. Tous ceux qui l'ont vu en tout cas ne peuvent plus en parler. »

« Bon, voilà, avec ces infos de première main je vais pouvoir me défendre efficacement. »

«Tout ce que je sais, c'est qu'il n'a jamais laissé échapper une proie. »

« On m'avait dit ça pour un autre... Mais tout le monde a une faiblesse. »

Dante jouait distraitement avec son amulette. Nero Angelo aussi était réputé invincible...

« Et où est Force Edge ? »

« En sécurité. »

« Tu ne me fais pas confiance ?! »

« T'as pas à savoir de toute façon ! »

« Ah d'accord, ça fait plaisir d'être revenue... »

« Ecoute, Trish, je vais être franc avec toi : on ne s'est pas quittés en très bons termes. Je suis un peu surpris que tu reviennes comme ça, après tout ce temps, juste pour me prévenir qu'une menace inconnue plane sur moi. Et je crois que tu en sais plus que ce que tu as bien voulu me dire. »

« Je t'ai dit ce que je savais. Je n'ai jamais été dans les hautes sphères là-bas. C'est pour ça que j'en sais si peu sur lui. Et je suis vraiment revenue parce que je m'inquiétais pour toi... »

« D'accord... Tu restes dormir ici ? »

« Pourquoi pas ? »

« Ma chambre est en haut, deuxième porte à droite. Je vais prendre le canapé. »

« Qui t'as appris la galanterie ? »

« Monte vite avant que je ne change d'avis. »