« Ma mère est morte en me mettant au monde. »
« Ca arrive encore de nos jours ? »
« Faut croire… »
« Décidemment, je ne suis pas douée… Désolée ! »
« C'est pas grave. Au moins, je n'ai pas perdu quelqu'un que j'ai aimé. »
« C'est une façon de voir les choses. Je voulais te féliciter pour ton sang-froid d'hier. J'en connais beaucoup qui ne s'en seraient pas sortis... Et encore moins qui se seraient calmés aussi vite. »
« Dad a du me transmettre sa façon de voir les choses. »
Trish s'arrêta brusquement.
« Qu'est-ce qu'il y a ? »
« Rien, rien... Tu ne veux pas faire encore un tour ? »
« Dad va se faire un sang d'encre si on n'est pas rentrées avant lui. »
Trish haussa les épaules.
« Il sait que je suis avec toi. »
« Et alors ? »
« Je te l'ai dit, on a travaillé ensemble et il sait que je suis de taille à te protéger aussi bien que lui. »
« J'en suis pas sûre. »
Trish mit les mains sur ses hanches. Cette gosse commençait à l'agacer.
« Vous vexez pas. Ce que je voulais dire, c'est que je me sens plus en confiance avec mon père, ce que vous pouvez comprendre, non ? »
« Oui... Allez viens, je t'offre à boire. »
La porte était verrouillée. Dante entra et trouva l'agence vide. Il soupira. Tout était bien rangé, elles avaient juste du sortir.
Il s'écroula sur le canapé. Aucun type étrange du côté de la huitième rue. Un type discret ce Caïn... Avec le nombre de commères dans le quartier, il fallait ne jamais sortir pour ne pas être remarqué...
« Il est trop tôt pour se torturer le cerveau... »
Il s'extirpa des bras moelleux du fauteuil et passa à la cuisine. Il était bientôt midi, et il avait sérieusement faim.
Alors qu'il sortait une pizza du frigo, il entendit un bruit de pas dans l'agence. Un pas calme et décidé. Comme celui de...
Il revint au salon et son cœur manqua un battement quand il se retrouva face à face avec un homme plutôt grand et carré, aux cheveux blancs rabattus en arrière et aux yeux bleus. Il portait un pantalon et une veste noirs.
« Bonjour Dante. »
« Ver... »
Dante se reprit. La ressemblance était frappante, mais ce n'était pas son frère. Il l'avait tué lui-même, il y avait bien longtemps. Et puis il y avait quelque chose dans ses yeux de très différent. Il n'arrivait pas à savoir quoi mais cela ne lui était pas inconnu.
« Je suis venu récupérer quelque chose de très précieux, que tu m'as volé. »
« Décidemment, c'est la saison ! Alors pour vous, qu'est-ce que ça sera ? J'ai pas mal d'armes que personne n'a encore réclamées.»
La lueur rousse qui dormait au fond des yeux de l'inconnu éclipsa soudain le bleu. Un cercle de lumière blanche se forma sous les pieds de Dante. Il esquiva la colonne d'électricité qui en surgit et se releva, pistolets au poing.
« Une idée, petit frère ? »
« Mais bon sang, qui êtes-vous ? »
« Tu ne le sais pas ? »
L'autre esquivait ses balles avec aisance. Mais Dante évitait tout aussi bien les attaques.
« Je suis le vrai héritier de Sparda. »
« Encore un... »
« Mais je ne suis pas là pour ça. »
« Ouf, parce qu'il y a déjà quelqu'un sur liste d'attente pour l'héritage. »
« Je suis venu pour ma mère. Tu l'as tuée. »
Nevan. Ce type a les yeux de Nevan.
« Je crois que tu as compris. »
« Elle m'avait dit qu'elle avait un faible pour Père, pas qu'ils avaient couché ensemble. »
« Et c'était bien avant qu'il ne nous abandonne pour ta simiesque mère ! »
Dante fit apparaître Nevan et haussa les épaules.
« Désolé, « grand frère » mais j'y tiens à cette arme. »
« Parfait... »
L'autre fit apparaître une lumière bleu sombre qui se transforma en un long katana gravé.
« Alors je vais devoir te tuer pour la récupérer. Laisse-moi te présenter ma dernière acquisition. Vergil. »
Dante hurla et se jeta sur lui. Les deux armes s'entrechoquèrent l'espace d'un instant. Mais les deux combattants reculèrent aussitôt. Une arme démoniaque souffrait-elle ?
Ils échangèrent des attaques moins violentes car il leur était insupportable de frapper l'arme de l'autre.
Soudain l'inconnu frappa largement à côté. Dante rit et visa l'ouverture. Mais son arme passa loin de son adversaire. Ils durent se rendre à l'évidence : leurs armes refusaient de se battre.
L'inconnu trouva le premier une solution et planta le katana dans le sol. Dante posa Nevan et invoqua Beowulf.
« Pauvre petit sang-mêlé, qui a besoin de ça... »
Dante rangea Beowulf.
« T'as raison, j'en ai pas besoin pour te refaire le portrait. »
Dante sentit que l'autre était plus fort, mais pas tant que ça. Ils combattaient à une vitesse normale, car tous les deux guettaient l'occasion de se saisir de l'arme de l'autre tout en protégeant la sienne.
Une ouverture. Dante plongea sur le katana, l'autre en profita pour saisir la guitare qui était dans le dos du chasseur de démons.
La garde se dissipa sous la main de Dante, le manche disparut quand l'autre le toucha.
Les deux hommes se regardèrent, trop étonnés pour se battre.
La porte s'ouvrit alors sur Trish et Matelda.
« Tu ne perds rien pour attendre ! »
L'inconnu disparut, comme avalé par une tache d'ombre.
« Dad ! »
Dante était tombé à genoux. Il repoussa sa fille sans ménagement, la jetant à terre. Il contemplait, abasourdi, la marque laissée par l'arme de l'inconnu dans le plancher.
« Trish ? »
Sa voix fit frémir Matelda. Ce n'était pas la voix de son père...
« Il s'appelle Dité. C'est ton demi-frère. »
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« Il est parti. »
Sa mère le lui avait annoncé tranquillement, comme si rien n'avait changé. Son monde s'était écroulé.
Personne ne peut imaginer ce que c'est que de voir son père tomber du piédestal sur lequel on l'a placé enfant. Il faut le vivre. Ou plutôt, il faut à tout prix éviter.
Etre abandonné, devoir fuir son foyer.
Vivre dans l'ombre de son père. Essuyer la haine des autres.
Et puis le voir revenir un jour.
Combien de temps avait-il attendu ce moment ? Combien de siècles ?
Il avait poursuivi son père jusqu'au bout des Enfers, jusqu'à l'endroit où celui-ci avait décidé de mourir, auprès de son ancienne épée. Lorsqu'il l'avait enfin rattrapé, il était trop tard. Sparda s'était jeté dans l'abîme sans fond avec Force Edge.
Alors, dans le sang et dans la douleur, il était devenu général des Enfers au service personnel de l'empereur Mundus. Il aurait du en être satisfait.
Mais aux yeux de tous, il restait le fils de Sparda. Le fils du traître. Et son père l'avait abandonné avec sa mère pour aller frayer avec les humains.
Aux yeux du Légendaire Chevalier Noir (Sparda avait aussi eu ce titre aux Enfers, avant de changer de camp…), il n'avait pas réussi à valoir plus qu'un humain. Aucun autre démon n'était aussi acharné à la perte des humains, et c'était pour cette raison que Mundus l'avait pris à ses côtés.
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Il l'avait eue en main. Mais pourquoi avait-elle disparu ? Il jetait rageusement l'un après l'autre ces stupides livres pour humains qui ne lui apportaient aucune explication.
« Pourquoi ? »
« Tu ne sembles pas très au courant, pour un démon... »
Dité jeta le livre qu'il avait en main à la tête de Caïn. Celui-ci l'évita et se rapprocha.
« Je sais des choses qui ne sont pas dans ces livres... Mais je n'ai certes pas envie de te les dire après ce qui s'est passé ce matin... »
« Tu te crois toujours en position de force, hein ? »
« Pourquoi ne m'as-tu pas tué ce matin si je te suis si inutile ? »
Dité répondit par un geste de la main.
« Cesse de me narguer ou tu pourrais le regretter. D'où te vient une si soudaine confiance ? »
« Elle me vient d'un de ces vénérables ouvrages, répondit l'humain en ramassant délicatement un livre et en le reposant dans le rayonnage comme un oiseau blessé. »
Il restait cependant à distance respectable du démon furieux.
« Et si je te disais que j'ai besoin de ton aide pour amener ton maître ici ? Une offre que tu ne peux pas refuser, ajouta l'humain avec un sourire mauvais. »
Prochain épisode: Histoires de famille
On se ment, on se blesse, on se rejette... Les joies de la famille quoi!
