Allez, BASTON!!
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« Trish ? Un coup de main ? »
« Je suis occupée ! »
Le démon à quatre yeux faisait voler d'autres lames partout, comme des abeilles furieuses. Dante trouva la technique excellente : trop occupés à éviter la collision –mortelle- avec une lame affutée lancée à pleine vitesse, Trish et lui ne portaient aucun coup.
Il faut que ça change.
« Alors, Dante ? Tu ne veux plus passer cette porte ? »
« Je pourrais appeler le dépanneur pour l'ascenseur, ce serait plus simple… »
« Arrête de gagner du temps, viens te battre ! »
« Seulement si tu arrêtes le nuage d'abeilles tueuses. Quitte à me faire couper en tranches, autant que ce soit par une arme maniée directement par toi. »
« Laisse-moi réfléchir… Non. »
« Alors tant pis pour toi. »
Dante sortit Ebène et Ivoire et tira sur quatre lames, qui dévièrent de leur trajectoire et allèrent en heurter d'autres. Et ainsi de suite. Le démon cuirassé vit avec surprise qu'un couloir libre s'était ouvert devant le chasseur de démons, qui n'hésita pas un instant.
Il enfonça Force Edge au niveau de la rate, jusqu'à la garde. L'autre tomba à genoux, sonné. Les lames tombèrent toutes au sol.
« Bon ben voilà, plus besoin d'insecticide. Et maintenant, si tu nous parlais un peu de toi ? C'est quoi ton petit nom ? »
« Malgh-Ju-Dlin. »
« T'as pas un surnom ? »
Le vaincu lui jeta un regard courroucé.
« Ca ne me dit toujours rien. »
« Lorsque Sparda nous a trahis, Mundus a envoyé ses meilleurs guerriers à sa poursuite. »
Dante réprima une remarque quant au niveau des « meilleurs » guerriers de Mundus, mais il n'en pensa pas moins.
« Tu en étais, bien sûr. »
« Il nous a tous vaincus, et cette ordure en a même épargné quelques uns. »
« Euh, c'est plutôt gentil, non ? »
« Bien sûr que non, rugit l'autre ! Le sort réservé aux perdants est un tourment perpétuel, tu devrais le savoir. »
« Mais Sparda… »
« Le savait bien, et c'est pour cela qu'il n'a pas achevé ceux qu'il détestait le plus. J'ai du retourner auprès de mon maître, vaincu. J'ai alors été privé de mes pouvoirs, de ce corps et d'une partie de ma santé mentale et exilé dans ce monde. »
« Gjüll ?! »
«Achève-moi. Tu as gagné. »
« Mais… »
« Je ne veux pas que ça se reproduise. Tu ne me hais pas à ce point ? »
« Non… »
Dante leva son épée et l'abattit d'un coup sec. Une boule de lumière orangée grimpa le long de la lame jusqu'à ses mains. Il fit un geste vers le mur en face de lui, et trois lames vinrent s'y planter.
« Cool. »
Il apprécia encore un peu l'étendue de son nouveau pouvoir avant que Trish ne se racle la gorge.
« On peut y aller ? »
« T'es pas drôle ! »
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Matelda atteignit enfin le sous-sol, après avoir rencontré pas mal de démons inférieurs, et même trois plus petites araignées. Elle s'arrêta un instant devant la porte en bois ornée d'arabesques compliquées. Elle pouvait entendre une voix forte parler dans une langue qu'elle ne connaissait pas.
Bon, c'est quoi le plan ? Je rentre, je massacre tous les méchants, je récupère mon petit copain et on rentre à la maison.
Ca me paraît bien.
Elle ouvrit la porte avec précautions, essayant de ne pas se faire remarquer.
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Dante et Trish montèrent les escaliers jusqu'en haut de la tour. Il n'y avait pas grand-monde, ce qui intrigua Dante.
« S'ils sont en train de ressusciter Mundus, ça devrait grouiller de sous-fifres. »
« Sauf s'ils sont sûrs que tu n'as pas passé le niveau trois et demi… »
« Alors là, ce serait une énorme erreur de leur part ! Me sous-estimer à ce point… »
Comme en réponse à sa remarque, une horde de démons jaillit de nulle part alors qu'il posait la main sur la porte menant à la terrasse sur le toit.
« Je m'en occupe, dit Trish. Toi, continue. »
« Sois prudente. »
« Toi aussi ! »
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La salle était circulaire, d'environ cinquante mètres de diamètre. Un énorme pentacle était dessiné sur toute sa surface. Avec du sang. Au milieu du cercle, Tony gisait inconscient sur un autel de marbre noir. Caïn se tenait hors du pentacle et lisait à voix haute un livre à l'épaisse reliure de cuir.
Il fit un geste et une centaine de démons apparurent, tenant chacun un humain.
Elle aurait voulu s'avancer, mais elle resta sur le seuil, fascinée et horrifiée à la fois.
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Dante descendit les trois marches qui donnaient sur la terrasse circulaire à ciel ouvert. Les étoiles brillaient timidement derrière d'épais nuages noirs qui s'amassaient maintenant au-dessus du bâtiment.
Dité se tenait assis au bord du toit, de l'autre côté. Il semblait absorbé dans la contemplation de la ville assoupie.
Dante sortit Rébellion et s'approcha.
« Pauvre poupées qui vont qui viennent… »
Dité se leva et fit face à Dante. De petites étoiles rouge sombre maculaient son visage et ses vêtements. La main de Dante se crispa sur la garde de Rébellion.
« Ils vivent sans but, sans espoir. Ils grouillent comme des insectes. »
« Les humains ne vivent que d'espoir. »
« Vraiment ? »
Un éclair zébra le ciel et la pluie se mit à tomber violemment.
« Et tu te battras pour eux jusqu'à la mort ? »
« Même après. »
« C'est faux. J'entends ton cœur, il est fatigué d'avoir aimé et perdu. Tu ne feras bientôt plus peur à personne en enfer ! »
Dité commença à sortir Vergil de son fourreau, mais Dante l'arrêta d'un geste.
« Je ne veux pas que quoi que ce soit s'interpose cette fois. »
Il saisit Force Edge et la lança entre les pieds de Dité. Celui-ci lança un franc sourire à son demi-frère et posa avec respect ses mains sur la garde.
« J'apprécie ton geste. »
« C'est bien toi qui la voulais, non ? »
« Elle me revient de droit. »
« Si tu le penses… Tu finiras ta vie sur une note optimiste ! »
Dante se mit en garde. Dité chargea le premier.
Cette fois, rien ne les empêchait en effet de se battre comme ils le voulaient. Dante ne put s'empêcher à repenser à ses combats contre son frère, mais son adversaire actuel était bien un vrai démon : ses coups étaient plus puissants et plus rapides.
Les lames s'entrechoquèrent violemment.
« Laisse-moi mettre fin à ta lutte et à tes souffrances. »
« Souffrances ?! C'est pas moi qui suis devenu un psychopathe ! »
« Et la chasse aux démons ? »
« Rien à voir ! »
« En effet, je ne massacre pas mes semblables, moi. »
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Sur un autre geste de Caïn, les démons égorgèrent leurs victimes et laissèrent les cadavres tomber au sol. Leur sang recouvrit pratiquement tout le sol de la salle, effaçant le pentacle.
« Avance, jeune fille. Nous n'avons plus besoin de sacrifices humains. Viens prendre place aux premières loges ! »
Un démon apparut derrière elle et la poussa en avant.
« Tu es arrivée jusqu'ici ? Je suis surpris. »
« Vous m'avez gravement sous-estimée, semble-t-il. »
« En effet. Mais ça n'a plus d'importance. »
Une colonne de lumière rouge s'éleva de l'autel et s'arrêta trois mètres plus haut, bien avant le plafond. Des créatures vertes en forme d'étoile jaillirent et se mirent à tourner autour de la salle avec un bruit de mitrailleuse.
« Ces pauvres hères, dit Caïn en désignant les cadavres, ont fourni la matière physique pour la résurrection de l'Empereur des Enfers. Il ne manque plus que l'énergie magique. Ces créatures que tu vois là-haut s'en nourrissent. C'est pour cela qu'on les appelle les suceurs d'âme. »
Il avait l'air ravi de pouvoir expliquer sa grande œuvre à quelqu'un. Mais Matelda ne faisait pas semblant d'être intéressée. Le cauchemardesque de la situation lui faisait oublier son plan d'action.
« Ils vont aller chercher ce qu'il leur faut là-haut, où Dité doit être en train d'occuper ton père. »
« Quoi ?! »
« Leur force à tous les deux sera suffisante. »
Les créatures disparurent à travers le plafond en criant.
« Vous êtes fou ! »
Matelda se retourna et courut vers la porte. Personne ne la retint.
« Tu ne sauveras personne, jeune fille ! »
Le cri de Caïn résonna dans les escaliers comme elle remontait vers le rez-de-chaussée.
Il a tort.
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Les deux adversaires se tenaient à distance l'un de l'autre, un peu essoufflés.
« Déjà lassé de jouer avec moi, demanda Dante ? »
« Amusant… Ton frère m'a dit la même chose avant de mourir… »
Dante leva son épée et se rua sur Dité en hurlant. Celui-ci tomba à genoux avant que Dante ne l'atteigne et évita ainsi le coup.
« Hé, je ne t'ai même pas touché ! »
Dité se releva aussitôt et ignora la remarque.
« J'ai connu des humains plus endurants… »
Coup pour coup.
Cette fois, ce fut Dité qui frappa, en colère. Mais ses coups surprirent Dante par leur faiblesse. Comme s'il pouvait à peine lever Force Edge. Une riposte bien placée fit voler l'arme au loin. Dité tomba aux pieds de Dante, le souffle court.
« Franchement, je m'attendais à mieux… Les valets de Mundus m'ont toujours beaucoup déçu… »
« Sale rat… »
Dité gardait la tête baissée. Il respirait avec peine.
« On ne parle pas comme ça au vainqueur ! Je voulais te tuer mais je crois que je vais te laisser vivre. »
« Caïn s'est servi de nous. Regarde. »
Dante remarqua alors seulement les tentacules verts quasi transparents qui tenaient Dité à la gorge. Et ceux qui s'enroulèrent autour de sa cheville.
« MERDE ! »
Deux créatures vertes jaillirent du sol et le saisirent. Il n'avait déjà plus assez de forces pour se transformer en démon, le seul moyen de se débarrasser de ces monstres avant qu'ils n'absorbent toute vie.
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« TRISH ! »
« Matelda ? »
Des démons apparaissaient toujours à la porte.
« Dad a des problèmes ! »
« Quoi ? »
« Il faut passer et le rejoindre ! »
« Facile à dire ! »
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En bas, Tony fut soudain agité de spasmes.
« Bienvenue sur Terre, Votre Majesté, murmura Caïn. Allez mes petits, revenez à moi avec votre butin ! »
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Elles n'arrivaient pas à les tuer plus vite qu'ils n'apparaissaient. Matelda bouillait.
« Occupe-les ! J'y vais seule ! »
« Tu es folle ! Matelda ! »
Elle rangea son sabre et se fraya un chemin entre les démons, ramassant plusieurs estafilades au passage. Elle passa la porte et la referma derrière elle, la bloquant avec son fusil.
« DAD ! »
Elle courut vers le bord de la terrasse, où son père, inconscient, était tenu au-dessus du vide par un suceur d'âme. Comme répondant à un appel, celui-ci lâcha soudain sa proie et disparut dans le sol.
Elle courut aussi vite qu'elle le put et sortit Yamato de son fourreau.
Je ne vais pas y arriver.
Elle bondit et saisit de justesse la main de son père. Elle planta Yamato dans le sol et crut qu'elle allait se démettre une épaule sous la violence du choc. Elle hurla pour chasser la douleur.
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« Et puis zut ! Elle a de bonnes idées cette gosse ! »
Trish passa elle aussi en force, se laissant blesser plutôt que de riposter et atteignit la porte verrouillée.
« Petite peste ! »
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« DAD ! Réveille-toi ! »
Je vais pas tenir longtemps.
Un tremblement secoua alors la Villa toute entière.
Surprise, elle lâcha Yamato et se sentit entraînée par le poids de son père.
« NON ! »
Une main la rattrapa elle aussi de justesse.
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La porte s'ouvrit soudain dans le dos de Trish. Elle ne vit passer qu'une ombre.
Alors qu'elle se ruait par l'ouverture, une secousse agita l'édifice. Elle vit Matelda, à l'autre bout de la terrasse, lâcher son sabre qu'elle avait planté dans le sol et tomber.
Elle se jeta en avant et la rattrapa.
« Trish ?! »
« Merci d'avoir verrouillé la porte ! »
« Désolée… Tu vas réussir à nous remonter ? »
« Je suis un démon, Matelda. »
« QUOI ?! »
« On en reparle après, d'accord ? »
« Merci, je vais lâcher… »
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En bas, Tony ouvrit les yeux.
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« Il ne faut pas qu'on traîne ici. Ouvre la voie, je vais le porter. »
« Tu es vraiment un démon ? »
« Oui, mais un gentil démon. Grâce à ton père. Allez, on décroche avant de tomber sur Munuds. Il est du genre de mauvais poil au réveil. »
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Résumé du prochain épisode: La fin est proche.
