C'est parti pour la dernière ligne droite!

Le silence était oppressant. Il était à peine troublé par les bruits de coups de feu et les cris venant de l'extérieur.

Mundus était de retour, avec ses troupes. La porte que Matelda et Trish avaient barricadée tremblait de temps à autre sous les coups des démons. Les deux femmes restaient assises côte à côte sur le canapé. Trish avait d'abord soigné Dante, avant de s'occuper des coupures de sa fille. Il n'y avait rien de grave mais elle avait insisté. Au cas où elle devrait se battre à nouveau…

Matelda se tordait les mains, inquiète pour son père. Elle finit par se lever et remonta les escaliers.

Trish resta seule. La jeune fille ne lui avait pratiquement pas parlé depuis qu'elles avaient réussi à rentrer. Il allait se remettre vite, c'était une certitude. Elle regarda ses mains, sursauta légèrement quand la porte craqua à nouveau.

Elle se leva et s'assura que ses armes étaient prêtes à fonctionner. Puis elle regarda l'horloge : cela faisait bientôt six heures qu'elles étaient rentrées de la Villa Cocyta, et Dante n'allait pas tarder à descendre, prêt à se battre.

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Le grincement de l'épaisse porte en bois réveilla Dité. Il constata sans grande surprise qu'il était attaché au mur. Il reconnut Caïn dans l'encadrement de la porte, mais celui-ci s'éclipsa avant que le démon ne puisse lancer ses imprécations pour livrer passage à quelqu'un.

« On m'a dit que tu avais pris la liberté de réhabiliter Malgh-Ju-Dlin. »

Dité constata avec étonnement à quel point Tony était méconnaissable. Il ignorait combien de temps il avait été inconscient, mais la métamorphose du jeune homme était déjà bien avancée. Il avait reconnu sans peine la voix de son maître.

« J'ai pensé qu'il pourrait protéger efficacement votre retour. »

Il constata avec déplaisir que sa voix était faible et brisée. Son argumentaire n'était déjà pas très convainquant…

« Et je n'ai pas retrouvé le cadavre du fils du traître. »

« J'ai été surpris par les suceurs d'âme, je n'ai pas pu finir le combat. »

« Et j'ai su que sa fille était encore vivante. »

Dité ferma les yeux, ne pouvant supporter le regard brûlant de Mundus.

« Je ne l'ai pas trouvée alors, et comme je n'avais que très peu de temps… »

« Pourquoi me déçois-tu à chaque fois que tu foules ces terres ? Y aurait-il quelque chose dans cet air vicié par les humains qui ferait bouillir le sang des Sparda ? La trahison serait-elle héréditaire ? »

« Je n'ai jamais eu l'intention de vous trahir ! »

« Bien sûr. Je le sais bien. Car à ta décharge, j'ai aussi su que tu avais récupéré Force Edge pour moi. Elle m'était bien destinée, n'est-ce-pas ? »

« Evidemment. »

« Mais tu avais oublié l'amulette du traître… Heureusement, cette charmante créature y a pensé pour toi. »

Un suceur d'âme passa par la porte, apportant l'amulette de Dante. Mundus la prit et caressa la tête de la créature.

« Alors dis-moi, Dité, ne penses-tu pas qu'elle a mérité une récompense ? Et que toi, tu n'as pas mérité un châtiment ? Après tout, tu as démérité trois fois alors que tu ne m'as donné qu'un motif de satisfaction. »

Mundus regagna le seuil. Dité vit les mâchoires du monstre claquer à quelques centimètres de son visage.

« J'ai encore besoin de toi, ne t'en fais pas. J'aimerais juste être sûr que tu retiendras la leçon. »

La porte claqua et deux autres créatures vertes apparurent.

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Dante se réveilla dans son lit. Il se sentait en pleine forme, et supposait qu'il devait ça à Trish. Matelda était assise près de la fenêtre. Elle avait l'air si inquiète qu'il oublia qu'il devait lui passer un savon pour être venue. Son air inquiet ET le fait qu'elle lui ait sauvé la vie.

Il se leva, la faisant sursauter.

« Dad ! Je me suis fait un sang d'encre ! »

« Ne t'en fais pas, tu es arrivée à temps. »

« Tu ne m'engueules pas ? »

« Si tu insistes, je peux le faire. »

« Non, ça ira… »

Il se tourna vers la fenêtre et fronça les sourcils.

« C'est le bazar dehors. J'ai dormi combien de temps ? »

« Six heures. »

« Et Mundus a déjà convoqué tout ça ?! Il s'est amélioré depuis la dernière fois… »

« Tu l'as déjà affronté ? »

« Il y a un moment… »

Il descendit, Matelda sur ses talons.

« Merci, dit-il à Trish. Mais tu sais, ça ne m'arrive jamais d'habitude. »

« Je sais. »

Il ramassa ses armes.

« Où tu vas, demanda Matelda ? »

« A ton avis ? Mettre un terme à tout ça. »

« Mais… Tu n'es pas en état… »

« Bien sûr que si. Cette fois, vous restez là toutes les deux. Trish ? »

Dante eut soudain l'air inquiet. Il palpa son torse, cherchant quelque chose.

« Que se passe-t-il ? »

« Le salaud ! Il me l'a prise ! »

« Quoi ? »

« Mon amulette ! Bon sang, c'est pas possible… Je suppose que Force Edge n'est pas là non plus. »

« Tu ne l'avais pas sur toi. »

« Dis-moi qu'il te reste au moins… »

Trish sortit la deuxième amulette.

« Merci ! Puisqu'il en fait une affaire personnelle… »

Dante rendit libre l'accès à la porte. Trish l'aida.

« Toi, tu restes. »

« Et pourquoi donc ? »

« Parce que c'est une affaire personnelle et que je ne veux pas que tu… »

« Que je quoi ? »

« Tu sais bien ! »

« Non. Dis-le-moi. »

« Trish, c'est pas le moment ! »

« Donne-moi une bonne raison de ne pas venir. »

« Je ne veux pas qu'il t'arrive quoi que ce soit. Je sais que tu sais te défendre et tout et tout, mais il est hors de question que ça se passe comme la dernière fois. Voilà. »

Matelda, qui s'était tue jusqu'à présent, ne put retenir une remarque.

« Parce qu'elle était là ? »

« Oui. Alors Trish ? »

« … C'est d'accord. Je reste là avec Matelda. »

« Mais moi je ne veux pas te laisser y aller seul ! »

« Chérie, j'ai horreur de me répéter, tu le sais. Je ne veux pas qu'il t'arrive quoi que ce soit à toi non plus. »

« Et si je te suis de loin comme tout à l'heure ? »

« Tu veux vraiment que je te casse les deux genoux pour être sûr que tu ne viendras pas ? »

« Non. »

« Bien. L'affaire est réglée alors. A plus tard. »

Il claqua la porte derrière lui.

« On va bêtement rester comme ça pendant que Monsieur va sauver le monde ? »

« Bien sûr que non, dit Trish. On le laisse juste prendre assez d'avance pour qu'il ne nous surprenne pas en route. »

« Ca me va ! »

Elles attendirent un quart d'heure puis partirent. La Villa s'était métamorphosée. Elle avait tout maintenant du donjon gothique.

« J'adore la déco, dit Matelda. »

Trish sourit et poussa la lourde porte en métal. Il y avait relativement peu de démons à l'intérieur. En fait, presque autant que dans les rues. Il était certainement plus intéressant de dévorer des victimes innocentes que de monter la garde au QG…

« Pas d'accès vers le sous-sol, dit Matelda en revenant dans le hall. »

« Plus d'ascenseur, dit Trish. »

« En avant pour les escaliers, puisqu'on a le choix. Au moins, on est sûres de croiser Dad. »

Matelda passa devant et ne s'arrêta que sur le seuil du premier étage. Qui lui semblait être aussi haut que l'ancien deuxième étage.

« Niveau un, dit-elle en se tournant vers Trish. »

Il n'y avait personne.

« Trish ? »

Elle redescendit à contrecœur (les nouveaux escaliers étaient très raides) et se retrouva face à un mur.

« Trish ? »

« Je suis là, répondit-elle de derrière le mur. La porte du sous-sol s'est ouverte en même temps que les escaliers se sont fermés. Je vais descendre, OK ? »

« D'accord. »

« Sois prudente. Ton père me tuerait s'il t'arrivait malheur. »

« Il me tuerait aussi… A plus tard ! »

« A plus tard. »

Comment ce mur est-il apparu ?

Il n'y avait rien au premier étage. Enfin, rien de spécial. Elle n'avait pas eu trop de soucis avec les démons qu'elle y avait croisés. Lorsqu'elle arriva au deuxième étage, elle fut accueillie par trois petites araignées. Ca faisait beaucoup, mais elle réussit à en venir à bout.

L'étage était constitué d'une immense pièce unique, tendue de toiles d'araignées.

« Déjà-vu… »

Soudain, le plafond s'écroula et une espèce de scorpion géant tomba au sol. Il se recroquevilla lorsque des coups de feu l'atteignirent.

« Oh non… »

Dante atterrit à côté de Matelda, armes en main.

« Mais qu'est-ce que tu fous là, toi ? »

« C'est pas ce que tu crois… »

Il se jeta au sol avec elle pour éviter un coup circulaire de la queue armée d'un dard gros comme un homme.

« On en parlera plus tard. Retourne dans les escaliers. »

« Je veux bien, Dad, mais… »

« Pas de mais ! »

« La porte s'est fermée derrière moi… »

Dante lui jeta un regard furieux et faillit ne pas esquiver un autre coup.

« Tu restes en retrait, c'est clair ? »

« Fais comme si je n'étais pas là. »

Elle n'avait jamais vraiment vu son père se battre contre des démons. Il était aussi rapide, et semblait porter des coups aussi puissants que le monstre. Un doute vint à son esprit.

Il me l'aurait dit…

Elle resta dans un coin de la salle, hors de portée du monstre qui l'avait à peine remarquée. Un coup de Rébellion porté à la tête de l'arachnide le fit s'écrouler, mort.

« Bon, ça c'est fait ! Allez, viens. On va te trouver une sortie. »

« Mais je veux t'aider ! »

Dante la prit paternellement par les épaules. Elle détestait ça.

« Tu es forte, Matelda. Mais pas assez pour m'aider cette fois. Je te promets qu'après, tu pourras venir avec moi. »

« Tu dis ça pour que je parte. Demain, tu auras oublié ! »

« Je te jure que non. J'ai toujours refusé de te considérer comme une alliée potentielle. Et pourtant… Je crois que tu pourrais vraiment travailler avec moi. Seulement aujourd'hui, c'est quelque chose de trop gros pour un simple humain… Pas assez entraîné, ajouta-t-il après un silence. »

« D'accord… »

« Bon, en route ! »

Il lui prit la main et passa devant, à l'opposé de la porte fermée. Elle le lâcha au moment où elle perçut un mouvement à la lisière de son champ de vision.

« DAD ! »

Son cri vint trop tard. Le scorpion balaya Dante d'un coup précis et lui planta son dard dans le torse.

« NON ! »

Elle sortit son Uzi et tira sur le monstre, ne faisant que rayer sa carapace. Et attirer son attention. Elle courut, se jeta en avant pour éviter une attaque et arriva près de l'endroit où se tenait son père un instant auparavant. Ebène et Ivoire étaient tombés là.

Pas avant ma mort…

Ravalant ses larmes, elle se saisit des pistolets et tira. Elle visa les articulations du monstre, moins bien protégées.

Le monstre s'approcha mais elle resta en place, tirant toujours. Les chargeurs se vidèrent et les culasses se bloquèrent en arrière, mais elle continuait à appuyer sur les détentes.

Le scorpion chargea.

Quelqu'un surgit dans son dos et lui prit les pistolets avant qu'elle n'ait pu se retourner. Elle entendit qu'on les rechargeait et deux bras qui n'étaient pas ceux d'un humain passèrent au-dessus de ses épaules et tirèrent.

Elle se retourna à moitié, mais s'arrêta quand elle vit que c'était un démon qui était derrière elle.

Un autre, identique, se jeta sur le monstre, Rébellion à la main.

Dité ? Ou alors, j'ai fait pitié à un autre démon ?

Le monstre s'écroula pour de bon, avec un gémissement horrible.

Elle se retourna pour faire face à celui qui l'avait sauvée. Elle vit avec étonnement le démon à l'épée disparaître dans l'ombre de celui aux pistolets.

Un battement de cils plus tard, Matelda était face à son père. Le trou béant dans sa chemise lui prouvait qu'elle n'avait pas rêvé. Mais il n'avait pas une égratignure.

« D… Dad ? »

« Je crois que j'aurais du t'en parler plus tôt. »

« C'était toi ? Mais… Tu… Il t'a… »

« Mon père était un démon. Et ma mère une humaine. »

« Non… Tu me l'aurais dit… »

« Je suis le fils du légendaire chevalier noir Sparda. Cela inclut pouvoirs démoniaques et régénération supérieure à la moyenne. »

« Pourquoi tu ne me l'as pas dit ? »

« Je ne voulais pas que tu saches que tu avais du sang démon. »

« Comment tu as pu me mentir ? Me cacher un truc aussi important ? »

« Chérie… »

Il voulut lui prendre la joue, mais elle repoussa sa main.

« Ne me touche pas ! Démon ! Menteur ! »

« Matelda ! Attends ! »

Elle courut à travers la salle et trouva une porte ouverte. Elle s'y engouffra et celle-ci se referma derrière elle au moment où la main de son père atteignait son bras.

« LAISSE-MOI ! »

Elle frappa la porte scellée.

« Laisse-moi tranquille ! »

Elle tomba à genoux devant la porte mais ses larmes ne coulèrent pas. Elle n'avait jamais pleuré, et elle n'allait pas commencer maintenant. Même pour son père.

« Dante ! »

Trish arriva à hauteur de son compagnon, qui regardait une porte fermée.

« Ca va ? »

« Elle sait. »

« Quoi ? »

« Tu avais raison, j'aurais du lui dire plus tôt. »

« Que tu étais le fils de Sparda ? »

« Elle s'est enfuie. »

Il se tourna vers Trish.

« Il faut qu'on la retrouve. »

« On va la retrouver, ne t'inquiète pas. »

« Je crois qu'elle ne pouvait pas plus mal le prendre… »

« Elle aurait pu avoir peur de toi. »

« Tu as raison. Là, elle n'a juste plus envie de me revoir de sa vie. »

« Tu exagères un peu, non ? »

« Non. C'est bien mon problème. »

Voilà pour aujourd'hui. N'hésitez pas à me laisser des reviews, comme d'habitude! Ca ne me derange jamais