« Menteur… Dire que je lui ai fait confiance toutes ces années, alors qu'il me cachait tant de choses ! Mon propre père ! »

Matelda monta encore deux étages, passant sa colère sur les démons qui avaient le malheur de croiser son chemin. Des portes se refermaient derrière elle, d'autres s'ouvraient devant. La Villa semblait vivante, et bien décidée à la guider vers un endroit précis.

Elle se laissa faire. Elle se sentait perdue. Que lui avait encore caché son père ?

Elle arriva dans une salle en forme d'étoile.

L'architecte devait être fou.

Un balcon faisait le tour de la salle, mais elle ne vit aucun moyen d'y accéder. Peut-être par l'étage supérieur…

« Bienvenue chez moi, Matelda. »

Elle leva la tête vers celui qui avait prononcé ces paroles.

Il avait changé, comme vieilli. Et son visage était déformé par une haine infinie.

« Tony ?! »

« Il paraît… Mais te voici maintenant face à Mundus. Tu as eu de la chance d'arriver vivante jusqu'ici, comme je l'espérais. »

« Qu'est-ce que vous lui avez fait ? »

« Ton… Tony a gentiment accepté de me donner un nouveau corps. Je m'en serais passé si ton père ne m'avait pas tué il y a quelques années… »

« Vous pouviez aussi bien rester mort ! »

« Charmante jouvencelle… Puisque tu as perdu ton petit ami, ta peine doit être grande. Alors, pour me faire pardonner, je te propose de t'aider à mettre fin à tes jours. »

Il claqua des doigts, et Dité entra derrière elle.

« Ne suis-je pas magnanime ? Ah, s'il te plaît… Fais-la souffrir. »

Elle se tourna pour faire face au démon. Il sortit son sabre en la regardant froidement.

« Je n'ai pas peur. »

Elle sortit son Uzi et tira la première. Ses balles se heurtèrent à un bouclier invisible. Elle vit le sol former un cercle blanc sous ses pieds, et se jeta sur le côté à temps pour éviter la colonne de foudre qui s'éleva.

« Je croyais que tu ne m'en voulais pas ? »

En un instant, il était près d'elle et frappait. Mais elle para avec son sabre.

« Je ne mérite plus de vivre ? Pourquoi as-tu changé d'avis ? »

« Prouve-moi que j'ai eu tort. C'est un combat à mort maintenant. »

D'un geste du poignet, il envoya Yamato à quelques mètres et frappa d'un coup de tranche. Elle réussit à reculer suffisamment pour ne pas être coupée en deux. Mais la lame lui fit une entaille profonde sur tout le torse à hauteur du cœur.

Elle cria de douleur, et la voix de Mundus lui répondit.

« C'est ça ! Démembre-la ! »

Avec la garde, il la frappa au visage. Elle tomba à terre, crachant du sang. Ses mains se posèrent sur Yamato. Elle se releva, sabre en main.

Sans attendre que ses jambes cessent de trembler, elle chargea. Il arrêta son coup à mains nues.

« Ce n'est pas suffisant. »

Il la poussa en arrière et lui laissa une entaille sur la joue. Elle réussit à esquiver trois attaques, mais la quatrième la jeta à nouveau à terre. Elle n'avait pas lâché son arme cette fois, et se releva presque aussitôt.

Elle feignit une attaque sur la droite qu'il voulut parer tranquillement, puis dévia son coup et laissa une marque rouge sur son épaule.

« Ca c'est mieux, lui dit-il avec un sourire. »

Elle n'entendait plus les ordres de Mundus, et elle eut un instant l'impression que lui non plus. Dans son cas à elle, c'est parce qu'elle commençait à se sentir sonnée, et que sa blessure à la poitrine était plus grave qu'elle ne l'avait cru au début. Mais l'encouragement de Dité lui fit chaud au cœur.

Elle réattaqua la première et saisit une légère ouverture dans la garde du démon pour lui porter un coup d'estoc à la jambe.

« Et ça, rugit-elle ? »

Il fut surpris, et elle en profita pour le frapper à nouveau à l'épaule. Il lâcha son katana.

« Je VEUX vivre ! »

Elle lui enfonça son sabre dans le cœur, jusqu'à la garde. Il tomba au sol.

Ce n'est qu'à ce moment-là qu'elle entendit la bataille sur la balustrade.

« Comme on se retrouve… »

Dante et Trish avaient finalement débouché sur un balcon surplombant une salle en forme d'étoile.

« J'espère que tu as interné l'architecte, ajouta Dante après une pause. »

« Tu ne peux rien contre moi. Pas sans cela. »

Mundus désigna Force Edge qu'il portait au côté, et l'amulette qui entourait sa garde.

« Il ne me manque plus qu'une pièce… Et alors je récupérerai le pouvoir que Sparda m'a volé. Et alors… »

« Oui, on sait, tu deviendras le maître absolu du monde et tout le monde rampera à tes pieds. On va faire court et passer directement à la victoire du gentil, tu veux bien ? »

« Tu n'as aucune chance ! »

Dante haussa les épaules.

« Et alors ? J'en ai pas besoin, j'ai ça. »

Il sortit ses pistolets en les faisant tourner et ouvrit le feu.

Matelda voulut courir rejoindre son père, mais elle tomba à genoux. Ses blessures la faisaient souffrir, et elle vit qu'elle avait laissé assez de sang par terre pour invoquer un demi-Mundus.

Au moins…

L'intéressé se souvint soudain de son existence.

« J'ai su qu'il te restait un être cher… »

Dante baissa les yeux vers la salle et blêmit.

« Je vais réparer ça. »

« NON ! »

Tout se passa en quelques secondes. Matelda sut qu'elle ne pourrait pas éviter la décharge d'énergie de Mundus. Elle se releva et s'obligea à ne pas fermer les yeux.

Soudain, une ombre s'interposa entre elle et le sort mortel.

Dante se jeta sur Mundus, fou de rage. L'empereur des Enfers allait payer pour tout ce qu'il avait subi. Pour sa mère, pour Vergil, pour Béatrice. Et pour Matelda aussi, bien qu'il la sût saine et sauve.

Dité tomba en arrière, dans les bras de Matelda.

« Merci… »

« Je le devais à ta mère. »

« Quoi ?! »

« Ton père n'a fait que réduire Mundus à l'état de fantôme. Mais il était toujours là et régnait, attendant sa revanche et nourrissant une haine mortelle pour celui qui l'avait réduit à cette condition. »

Matelda tourna la tête vers le combat. Cela ne tournait pas aussi bien qu'elle l'aurait souhaité. Elle voulut se lever, mais il la retint.

« Attends… Lorsqu'il a su que Dante avait fondé une famille, il m'a ordonné de l'en priver. »

« Non. Ma mère est morte en me mettant au monde. »

« Je n'avais pas beaucoup de temps, car un sort placé par Sparda empêche normalement les démons de venir ici. »

---

La femme se tourna vers la porte lorsqu'elle s'ouvrit.

« Vous êtes un client ? »

« Non, pas vraiment. »

Elle blêmit lorsqu'elle vit entrer les démons qui suivaient Dité. Et puis elle monta les escaliers en courant. Il la rattrapa sans efforts et la plaqua contre la porte qu'elle allait ouvrir.

« Il n'est pas là ? »

Elle se retourna et lui planta un poignard dans le ventre. Il recula un peu, et elle en profita pour ouvrir la porte et s'enfermer.

« C'est très désagréable, lança-t-il en enlevant la lame et en la jetant derrière lui. Ouvre, Humaine ! »

Le cri qu'il entendit lui laissa supposer qu'elle avait vu les démons qui attendaient aux fenêtres.

« Ouvre, et ta mort sera rapide ! »

En frappant à la porte, il vit que ses mains perdaient déjà de leur substance.

« Maudit sois-tu, Papa, grommela-t-il. »

La porte s'ouvrit lentement.

« Pose ça. Tu sais que ce sera inefficace. »

Elle jeta son pistolet par terre et recula jusqu'à un coin de la chambre.

« Où est la gamine ? »

Comme en réponse à sa question, le drap remua faiblement. Il allait le soulever quand la femme lui sauta dessus et le jeta au sol.

« Tu ne l'auras pas ! »

Il la repoussa violemment et tira le drap. Un bébé le regardait avec de grands yeux emplis d'une expression qu'il interpréta comme un défi. Il se tourna vers la femme qui gisait inconsciente près du lit. Puis il regarda à nouveau le bébé. Il avait déjà vécu cette scène.

« Pourquoi tu me regardes comme ça ? »

Il sortit dans le couloir et revint avec le poignard encore ensanglanté.

« Je vais tuer ta mère, tu sais ? Et ensuite, ce sera ton tour. »

La femme revint à elle. Elle se releva péniblement.

« C'est facile de s'attaquer à une femme et à un enfant sans défenses alors que… »

« Tais-toi ! »

Il se tourna vers elle et lui planta la lame dans le ventre.

« Alors que c'est à lui que… »

« SILENCE ! »

Il la jeta sur le lit, et la frappa à plusieurs reprises. Elle tomba tête tournée vers son enfant, qui ne sourcilla pas. Puis elle cessa de respirer.

Il lâcha l'arme.

---

« Beaucoup de démons ont voulu me tuer lorsque je n'étais qu'un enfant, pensant se venger ainsi de Sparda. Mais ma mère était assez forte pour me protéger, et j'ai appris à fuir très tôt. Pour cette raison… »

Il ferma un instant les yeux.

« Pour cette raison, j'aurais du l'épargner. Mais j'ai vécu dans la peur de devenir un traître, comme mon père. Alors j'ai refusé cette idée. »

Matelda le regardait, incrédule. Et pourtant… Elle savait qu'il disait la vérité. Elle aurait du le détester, mais elle ne pouvait pas. Il était en train de mourir parce qu'il l'avait sauvée. Pour la troisième fois.

« Mais lorsque j'ai vu ton regard… C'était celui d'un démon. »

Il fixa ses yeux dans les siens, la sondant jusqu'à l'âme.

« Des yeux qui ne pleurent jamais. Tu n'as pas assez de sang démon pour en tirer quoi que ce soit, mais tu as l'inflexibilité des Enfers. Je respecte ça. Bien plus que je ne déteste ceux de ta race. »

« C'est pour ça que tu m'as sauvée ? »

Il ne répondit pas, mais lui prit la joue.

« En un sens, tu m'as vraiment battu. Laisse-moi te prêter ma force, quand tu en manqueras. »

Il la fit se pencher vers lui. Elle sentit un énorme vide se faire en elle quand il l'embrassa.

« Matelda ! Non ! »

Dante vit trop tard ce que Dité avait voulu faire. Il allait prendre sa vie pour soigner ses blessures à lui.

« Dire que j'ai cru qu'il m'avait trahi… Il voulait juste faire le travail à sa façon. »

« Assez ! »

Dante se transforma en démon et attaqua Mundus, Rébellion en main.

Lorsqu'elle rouvrit les yeux, il était toujours là. Mais il semblait disparaître.

« Une dernière chose, dit-il dans un murmure. Les démons sont immortels. Mais je ne pense pas que les demi-démons le soient aussi. »

« Quoi ? »

« Lorsqu'un démon… meurt, son assassin prend son âme et peut l'utiliser à loisir. Mais les âmes que possédait le mort sont à nouveau libres, et bien vivantes. Voilà pourquoi je voulais tuer ton père. Mais maintenant… »

« Alors, Vergil… ? »

« Ne reviendra pas. Donne le sabre à ton père, seul les pouvoirs des fils du traître peuvent encore vaincre Mundus. »

« Et toi ? »

« Le destin de ma lignée est de combattre pour les humains. Je m'en suis trop écarté. »

Il disparut complètement, laissant l'élégant katana au fourreau bleu derrière lui. Elle sentit ses yeux la piquer un peu.

« Dad ! »

Dante se retourna à moitié. Matelda venait de déboucher sur le balcon, Yamato et Vergil à la main.

« Dante ! »

Trish se jeta sur lui. La décharge magique de Mundus les manqua de peu.

« Tu vois que je me suis améliorée, dit-elle en souriant. »

Ils se relevèrent aussitôt, et Dante prit le sabre que sa fille lui tendait.

« Tu peux le faire, dit-elle. »

« Tenez-vous à l'écart toutes les deux. Je ne tolèrerai qu'une couverture. »

« Si tu insistes, dit Trish en préparant un sort. »

« C'est toi le chef, dit Matelda en sortant son Uzi. »

« Tu refuse toujours d'admettre que tu ne PEUX pas gagner ? Pathétique idiot ! »

Je ne le sais que trop bien.

Sans l'épée de Sparda, il n'aurait rien pu faire la dernière fois qu'il l'avait affronté. Et là…

Mais Mundus était encore faible. Il y avait toujours un espoir. Et il avait quelque chose de très précieux à défendre.

Il sortit le sabre de son fourreau.

Mon frère… Donne-moi ta force.

Matelda s'efforça d'ignorer ce que Mundus pouvait encore avoir en commun avec Tony. Il était mort, lui aussi. Elle n'avait plus que son père. Qui lui avait menti, pour la protéger. Pour ne pas qu'elle se lance dans la vengeance comme lui, elle le comprenait. Il avait voulu briser la malédiction qu'il sentait peser sur le sang de Sparda.

Avec la défaite définitive de Mundus, tout serait terminé.

Dante sentait son adversaire faiblir. Aussi lentement que lui, mais c'était déjà ça. Il fit un geste à l'intention de Trish, qu'elle comprit bien.

Dégagez si ça tourne mal.

Elle hocha de la tête. Pour refuser.

Avec un sourire, il attaqua à nouveau. Et prit l'avantage.

« Que feras-tu lorsque tu auras mis fin à tout cela, hein ? »

Mundus semblait gravement blessé. Mais Dante répondit au lieu de lui porter un coup fatal.

« Je me mettrai au jardinage. »

« Combattre les démons est ta raison de vivre. »

« Non. J'en ai d'autres. »

« Elle est mortelle. Quand elle sera morte ? »

« Tu ne me persuaderas pas que j'ai besoin de toi. Le seul truc dont j'ai besoin te concernant, c'est ta mort. »

« Si tu le prends sur ce ton… »

Mundus se releva étonnamment vite et frappa, prenant Dante au dépourvu. Mais il eut le temps de porter un coup précis de son sabre.

Mundus tomba au sol, vaincu. Une mare de sang noir coula rapidement dans la salle en contrebas. Mais il avait réussi à arracher l'amulette de Vergil à Dante.

« DAD ! »

Matelda rattrapa son père, blessé au ventre.

« Chérie… »

« Ne parle pas. »

« C'est qui le… chef ici ? »

«Trish va te soigner. »

« Il n'est pas mort. »

Dante essaya de se relever, mais retomba aussitôt à terre. Trish le fit s'allonger.

« Tu ne peux plus te battre. »

« Lâche-moi. Il faut en finir. »

Matelda posa sa main sur l'épaule de son père. Elle ramassa Vergil.

« Je vais le faire. »

« Hors de question. C'est mon combat. »

Ma vengeance.

« Trish, pars avec Dad. Je vous rejoindrai dehors dès que ce sera terminé. »

« Matelda, je t'interdis… »

« Silence, dit Trish. Tu n'es pas en état de parler. Sois prudente. »

« Je ne suis pas seule. »

« Tu aurais du le suivre. »

La voix de Mundus retentit. Elle semblait venir de partout à la fois.

« Je vais te broyer, et détruire le sang de Sparda ! »

Elle se retourna, furieuse. Vergil brillait légèrement dans sa main.

« Viens toujours ! »

Une des statues géantes qui décoraient la salle s'ébranla alors.

« Me voilà. »

La statue frappa le balcon, qui s'écroula. Matelda atterrit au sol dans un nuage de poussière et se leva. Elle avait peur, mais aussi confiance en elle.

« Tu n'as pas peur de mourir ? J'ai les pouvoirs de Sparda ! Je suis invincible ! »

D'un revers de la main, il la balaya. Elle tomba, à moitié assommée. Il la prit comme une poupée et la jeta dans le vide qui s'ouvrait dans le sol et donnait sur un abîme brûlant.

« Pauvre petite fille… LE MONDE EST A MOI ! »

« Tu t'y crois trop… »

Il la vit avec surprise remonter. Une armure d'ambre la couvrait entièrement. Deux ailes semblant faites d'ombre lui avaient permis d'échapper à la chute.

« Je vais finir ce que mon père a commencé, dit-elle avec ce qui semblait être plusieurs voix à l'unisson. »

Elle se rua sur la statue et frappa. Elle frappa avec la force de ceux qui ont tout à perdre. Elle frappa avec le désespoir des vaincus. Elle frappa avec la haine des bannis. Elle frappa avec la peine de ceux qui ont perdu un être cher. Elle frappa jusqu'à ce qu'il n'en reste plus rien, jusqu'à ce que le cri d'agonie de Mundus se fut dissipé. Jusqu'à ce qu'elle n'eut plus de forces et qu'elle s'écroule à terre.

Dad, Vergil, Dité… Merci.

Elle regarda avec désintérêt les pierres qui commençaient à tomber du plafond. C'était fini.

Non. Il reste l'épée de Sparda.

Elle se releva avec peine et alla ramasser l'arme au milieu des débris. Les deux amulettes y étaient attachées. Elle se traîna jusqu'au gouffre, détacha avec précaution les amulettes et jeta Force Edge.

« Repose en paix, Sparda. Adieu, Tony. »

Autour d'elle, le plafond tombait en morceaux. Soudain, une colonne de lumière s'éleva devant elle. Trish apparut et lui prit la main.

« Viens. »

Sans un regard en arrière, elle la suivit et se retrouva à l'extérieur.

Des démons les attaquèrent.

« Je crois qu'on a encore du boulot, dit Trish. »

« Où est Dad ? »

« Je l'ai attaché dans son lit, pour être sûre qu'il ne viendrait pas faire la fête avec nous. »

« Il doit être fou de rage ! »