Dité sortit du bar et inspira profondément l'air frais de cette nuit claire. Dante l'attendait dans une heure à l'autre bout de la ville, mais il avait d'abord voulu aller aux renseignements lui-même. Il avait difficilement supporté de voir Dante le présenter partout, mais au moins il avait mis un pied dans le monde assez fermé et prudent des chasseurs de démons et de leurs indics.
« Rédemption… »
Il sourit en sentant le pistolet contre son dos. Il n'aurait jamais utilisé une arme d'humain, mais celle-là lui avait sauvé la vie. Alors il la gardait…
Il partit en prenant les ruelles les plus sombres. Il haïssait cette manie des humains de tout éclairer comme en plein jour, alors que la nuit était si belle, douce obscurité bleue piquetée d'astres pâles.
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Elle avait surestimé la longueur du toit. En esquivant un coup, son talon glissa sur le rebord et elle bascula en arrière. Elle eut la satisfaction de voir le démon tomber en arrière lorsque la roquette l'atteignit. Mais Kalina Ann lui échappa des mains : dans un dernier sursaut, la langue du monstre avait entouré l'arme.
Elle ferma les yeux et se prépara au choc.
Dité s'arrêta lorsqu'il entendit la déflagration juste au-dessus de lui. Il rattrapa dans ses bras la jeune femme qui tombait du toit.
« C'est à toi le feu d'artifice ? »
Elle ouvrit ses paupières sur des yeux vairons qui lançaient pratiquement des éclairs. Elle se dégagea et lui tourna le dos pour recharger un pistolet.
« De rien. »
« Silence ! »
Ils entendirent un rugissement étouffé provenant d'en haut. Elle jura et se précipita vers l'échelle de secours.
Dité sourit et courut à la façade. Juste avant de l'atteindre, il disparut dans l'ombre.
Elle mettait les mains sur le toit quand elle entendit le cri d'agonie. Elle faillit lâcher de surprise mais elle se hissa aussi vite que possible.
L'homme qui l'avait rattrapée était déjà là, le démon mort à ses pieds. Quand elle vit que ses mains étaient pleines de sang, elle n'hésita pas et lui tira dessus, visant la tête. Trop occupé avec sa victime, il ne la remarqua pas et s'écroula.
« Seul un démon a pu monter plus vite que moi, et l'achever à mains nues, dit-elle en s'approchant. »
Elle avait son arme pointée sur l'homme qui gisait au sol, face contre terre.
« On ne me la fait pas. Debout ! Quoi ? »
Elle roula sur le côté pour éviter la colonne de foudre qui jaillit du sol. Le temps que ses yeux s'habituent à nouveau à l'obscurité, il n'était plus là.
« C'est une façon de remercier les gens ? »
Il avait surgi dans son dos et lui avait saisi les bras. Elle lança sa jambe, se félicitant d'avoir subi tant de cours de danse. Il la lâcha avec un grognement.
Elle se retourna et tira, mais il avait encore disparu.
« Je suis là. »
Une arme était pointée sur son front quand elle se retourna. Il se tenait à trente centimètres.
« Je te rends la pareille ? »
« Dans tes rêves. »
Elle braqua un fusil mitrailleur sur sa poitrine. Ils s'écartèrent et firent feu en même temps. Mais les coups n'atteignirent que les armes. Désarmée, elle sortit un couteau à cran d'arrêt de sa ceinture et chargea. Il l'attendait et esquiva en lui assénant un coup dans le dos. Elle s'étala par terre. Non loin de Kalina Ann.
« Ce n'est pas du jeu ! »
Elle tira avec un haussement d'épaules. Lorsque la fumée se dissipa, elle vit qu'elle l'avait manqué. Et qu'il avait eu le temps de ramasser son arme.
« Ca suffit ! »
Ils se tournèrent tous les deux vers Dante, qui venait d'arriver.
« Depuis quand tu me piques mon travail ? »
Elle haussa les épaules.
« Depuis quand tu fais cavalier seul ? »
Il ignora la question.
« Tu connais ce démon, demanda la fille ? »
« Oui, c'est mon nouveau coéquipier. »
« L'autre n'était plus assez bonne ? »
« Ne sois pas désagréable, Mary. Je te signale qu'elle été ta baby-sitter assez longtemps pour en savoir très long sur toi. »
« Tu connais cette cinglée ? »
« Oui, c'est une chasseuse. »
« Ils sont tous comme ça ? »
« Seulement avec les démons… Et bien, dit Dante en considérant le tas de chair étalé au sol, on dirait que la soirée est finie. Allez, venez. »
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Une silhouette inhumaine se tenait à l'entrée de la rue.
« Fils de Sparda… »
« Oui ? »
Dante et Dité avaient répondu en même temps. Ils se lancèrent un regard meurtrier.
« J'ai un travail pour vous. »
La silhouette disparut en laissant tomber un épais volume au sol. Les deux mirent la main en même temps sur l'ouvrage.
« Personne ne te connaît ici, dit Dante en donnant un coup d'épaule à Dité. »
« Parce qu'il avait l'air d'être d'ici ? »
« JE suis le fils de Sparda mercenaire. Toi tu es la proie. »
« Tu ne sais même pas lire la langue des démons ! »
Dante jeta un coup d'œil à la couverture et se releva.
« Il a dit « vous ». Je te laisse la partie déchiffrage-du-vieux-bouquin-poussiéreux si ça t'amuse. »
Il prit Mary par le bras et rentra. Dité resta seul et retourna le livre sous toutes les coutures, l'air pensif.
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« Mary ? Tu es de retour en ville ? »
« Salut Trish ! Oui, j'en avais marre de la campagne. »
« Et elle vient me piquer le peu de boulot que j'ai, geignit Dante en s'asseyant sur le canapé. »
« Tu plaisantes ? On m'a dit qu'il n'y avait jamais eu autant de démons dans la nature de mémoire d'homme ! »
« Vraiment ? »
Dante réfléchit un instant. Dité entra à ce moment et posa le livre sur le bureau.
« Tu as peut-être raison, conclut Dante. Mais j'ai des mauvais souvenirs de ma collaboration avec ta grand-mère. »
« Elle m'a raconté. »
Dité partit à la cuisine. Trish le rejoignit lorsqu'elle l'entendit fouiller dans les placards.
« Et lui ? »
« C'est mon demi-frère. »
« Sparda était un bourreau des cœurs ici… »
« Ce n'est pas un demi-démon. »
La main de Mary se crispa sur Kalina Ann.
« Mais il est du bon côté. »
« C'est un démon ! Il ne peut pas être du bon côté ! »
Trish sortait de la cuisine à ce moment et lança un regard étonné à Mary. Puis elle monta à l'étage.
« Trish aussi en est un. Et moi, à moitié. »
« Oui, mais Trish et toi vous n'êtes pas pareils, comme tu l'as fait remarquer. »
L'intéressée redescendit.
« Qu'est-ce que tu fais, demanda Dante ? »
« Rien. »
« Trish… »
« Je n'ai pas le droit de monter ? »
« Tu nous amènes quelque chose à boire ? »
« J'arrive tout de suite. »
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« Tiens. »
« Merci. »
« Tu n'as pas l'air au mieux. »
« Toi non plus. »
Dité considéra avec circonspection le contenu bouillonnant du verre que Trish lui tendait.
« Je t'assure que ce n'est pas dangereux, dit-elle avec un sourire. Il va falloir te contenter de médecine humaine. »
Il but avec une grimace.
« Je préfère celle des démons… Non mais je vous jure, une balle dans la tête à bout portant ! Elle est folle cette fille…»
« Je peux te laisser là ? »
« Oui. Et, Trish ? »
« Quoi ? »
« Si jamais j'ai besoin de parler, je penserai à toi. »
« Tu peux compter sur moi. »
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« Il boude ? »
Trish sourit et s'assit à côté de Dante.
« Il paraît que tu n'es pas un modèle de politesse, dit-elle à Mary. »
« Je peux aller m'excuser… »
« Pas la peine, dit Dante. »
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« Alors, c'est quoi le vieux bouquin ? »
« Je ne sais pas trop encore… Je n'ai pas eu le temps de tout lire. »
« Mais tu fais quoi de tes journées ? »
« Je t'en pose des questions ? »
« Non, mais je suis le seul qui aie le droit de poser des questions à l'autre. »
« Maintenant ça suffit ! »
Dité sortit son arme et la pointa sur Dante.
« Ca fait un mois que je supporte ça. J'en ai assez. »
« Qu'est-ce que tu fais, là ? Tu as oublié notre contrat ? »
« Notre contrat n'impliquait pas que tu me rabaisses à la moindre occasion. Ni que tu me traites comme un esclave. »
« Quoi ? »
« Ah, parce qu'en plus tu ne t'en es pas rendu compte ? »
Le silence fut brisé par un cri humain.
« On en reparle tout à l'heure, dit Dante ? »
Dité tira, effleurant l'oreille de Dante, qui resta en place.
« Stop. On a le temps. »
« Tu veux vraiment qu'on se batte ? »
« Non. Je veux juste éclaircir quelques points. »
« Range ton arme ou ça va mal aller. »
« Et tu crois pouvoir me battre ? »
« Prétentieux. »
« C'est Dante l'Invincible Chasseur de Démons qui me dit ça ? Arrête, je vais pleurer. »
Une femme déboula dans la rue. Elle était complètement paniquée et tentait de courir malgré une profonde blessure à la jambe. Elle s'arrêta lorsqu'elle vit les deux hommes et tomba en pleurant.
Un démon-araignée surgit alors.
« On a du travail, dit Dante. »
Dité jeta un coup d'œil au démon qui venait de surgir et haussa les épaules. Il continua à pointer son arme sur Dante mais ne tenait plus le pistolet que dans sa main gauche. De sa main droite, il fit un petit geste. Un mur d'ombre surgit du sol à ses pieds et glissa rapidement jusqu'au démon. Celui-ci n'eut pas le temps d'esquiver et tomba en deux morceaux devant la femme qui hurla.
Deux autres démons arrivèrent, qui furent carbonisés avant que Dante n'ait sorti ses pistolets. Un dernier démon tomba enfin entre eux deux, électrocuté par une nuée de chauves-souris.
Dité rangea son arme et partit.
« Je te laisse t'occuper d'elle. Et je mets un terme à notre collaboration. »
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« Je te l'avais bien dit. »
« Trish, je déteste quand tu fais ça. »
« Quoi ? J'avais raison, tu avais tort. J'ai le droit de te le faire remarquer. »
« Pas de cette façon. »
Dante jeta un coup d'œil au livre qui était resté sur le bureau.
« Tu sais ce que c'est ? »
Elle s'approcha.
« Je ne sais pas lire cette écriture. C'est la langue originelle des démons, seuls les démons les plus anciens la connaissent. »
« Je déteste ça… »
« Quoi ? »
« Il les a éliminés avant même que j'aie pu réagir. »
« Ca te gêne que quelqu'un soit meilleur que toi. »
« Personne n'est meilleur que moi, dit-il avec emportement. »
« Où tu vas ? »
« A ton avis ? Je veux savoir ce que c'est que ce fichu truc ! »
« Tâche de ne pas te faire tuer. »
Dante lança un regard effrayant à Trish.
« … Ou de le tuer. »
La porte claqua.
