Chapitre I

Avion, hôtel, resto

- Fichues douanes, murmura mon amie entre ses dents. Ça te prend quarante-douze heures à passer parce qu'ils s'assurent que les poils de ta brosse à dents ne sont pas des plantations de marijuana.

Son sarcasme me faisait rire. En effet, les douanes s'étaient montrées fort méticuleuses quant à l'inspection de nos affaires. Je me sentais comme une criminelle lorsqu'ils s'assurèrent que nos énormes manteaux ne contenaient ni drogues ni armes. Comme si nous allions s'emparer de l'avion en menaçant les pilotes du dernier rasoir jetable de Tan…

- J'espère au moins que la bouffe est bonne, me dis-je, pensant tout haut.

- Toi, tu n'es jamais satisfaite avec ce qu'on te donne. T'en veux toujours plus.

- Grrr… En tout cas, ils sont mieux d'avoir prévu des barils supplémentaires, sinon ils vont entendre parler de moi.

Et effectivement, je ne fus point satisfaite lorsqu'une demoiselle me posa le plateau qui me revenait de droit. Je méritais cette bouffe : j'avais signé un papier pour ça. Ils ne pouvaient nier. Pourtant, dès les premières bouchées, je fus en mesure d'énumérer les défauts de mon repas :

- Les patates ont des motons, la viande est trop cuite, les fèves pas assez, la soupe est froide, l'eau est chaude, les glaçons sont difformes, le dessert est mal réparti dans l'assiette, et il manque un bout à cette fourchette... Mauvais, ce cuisinier.

- Tais-toi et contente-toi de ce que t'as. Sois quand même contente qu'on n'ait pas à payer pour… pour…

- …cette malnutrition. Je sais. N'empêche que ma soupe est froide.

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Le voyage fut long; très long. Nous dormîmes pratiquement tout le durant du trajet, sauf lorsque je regardais à travers le hublot, les yeux égarés dans le ciel, en me demandant comment allait se dérouler noter séjour…

Notre arrivée à l'hôtel fut ponctuée de cris de joie. La chambre que nous partagions était vaste, avec une télévision à écran plasma et la vue sur la Kyôto d'hiver.

Le plus grand attrait du Japon n'est ni son paysage, ni son architecture, ni son histoire, ni ses monuments ou ses technologies. À mon avis, il s'agit plutôt de ses habitants, ses gens à la fois drôles et sérieux, sévères et accueillants, libres et soumis entre diverses traditions. Coincés dans quelques centaines de kilomètres carrés, un milliard de passions restaient pour moi à découvrir.

Jusqu'au jour où nous magasinâmes dans les grands quartiers prestigieux de notre belle ville.

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J'avalai le fruit tout entier.

- AAAH! Alexe… C'était mon dernier!

Je souris de toutes mes dents, sourire digne d'un manga, fière de mon coup. J'adorais les kiwis.

- Ou alors…

Nous dînions près des cantines, au milieu d'un immense centre commercial. J'avais un plaisir fou à passer chaque boutique au peigne le plus fin, et dans ma bonne humeur, j'osais même manger le dernier kiwi de Tan.

- …je crois qu'il m'en reste un!

Elle secoua son sac à main —familièrement, cacoche— au-dessus de notre table et, effectivement, un kiwi roula et alla s'écraser au sol. Toutefois, le ridicule petit objet ne cessa pas sa course et s'éloigna au plus vite en direction d'un amas de personnes, plus loin.

- Attention, kiwi en chaleur! m'écriai-je, quoique personne autre que Tanya ne comprenne la subtilité de ma métaphore.

- Ben quoi? continuai-je. Il est attiré par cette foule.

- Peu importe! C'est mon dernier! Il faut le rattraper!

Nous nous élançâmes dans une poursuite sans merci du speedy-kiwi. En un seul mouvement, nous poussions les gens hors de notre chemin. Ma foi, il savait comment éviter de se faire écraser, et il nous fuyait!

J'en vins à la conclusion que ce kiwi avait subi le même sort que mon cadran. Il était possédé. Et je jurai par la moustache de la tante que je n'ai pas : il subirait la même fin que mon cadran diabolique!

Aucune nourriture ne reste hors de portée d'Alexe pour longtemps. En fait, aucune nourriture ne reste longtemps en présence d'Alexe. point.

Je parvins à l'ennemi avant Tanya et mis la main dessus dans un grand : «Victoire!»

Mais à l'instant précis où il succomba à mon emprise, je remarquai que j'avais été juste à temps avant qu'il ne heurte un soulier blanc, rouge et noir.

Mon estomac se retourna et fit encore quelques tours lorsque je croisai le regard de Shadow the Hedgehog.

Je me remis sur mes pieds en un éclair, et tandis qu'une goutte de sueur parcourut mon visage, je crus l'entendre dire, avec un léger accent :

- Euh… Ça roule presque aussi vite que toi, Sonic.

- Quoi, quoi? aboya une autre voix derrière lui, et devant moi apparut Sonic the Hedgehog en personne.