Chapitre II
Les femmes et les hérissons
Je crois qu'en réponse, je balbutiai un genre de «gxmlbrkflj».
Lorsque les deux me fixèrent avec embrouillement, je repris :
- C'… C'… C'est un kiwi. Un fruit de chez nous.
Je e rendis soudainement compte que je venais de leur parler en français. Cependant, juste avant de répéter ma phrase en japonais, je réalisai que sa question avait également été posée en français.
- V-Vous parlez français? m'étonnai-je.
- En effet, lança Shadow en étirant un sourire. Je ne m'attendais pas à trouver quelqu'un qui parle cette langue ici.
- Way past cool!, renchérit Sonic, et il ajouta : vous venez d'où? France? Belgique? Suisse?
- Québec, Canada.
À ce moment, ils échangèrent un regard surpris, comme si je venais d'une autre planète.
- Waouh! s'écria le hérisson bleu. Ça fait longtemps que je veux aller au Québec!
- Moi de même, se joignit Shadow plus calmement. Pourquoi ne vous joindriez-vous pas à nous pour souper, mademoiselle? Vous nous parlerez de ce magnifique pays qu'est le Québec.
- Je corrige : nous ne sommes pas —encore— un pays!... juste une province. Et j'ai une amie avec moi; je me demande d'ailleurs où elle est passée…
- Elle vient du Québec, également?
J'acquiesçai.
- Alors elle est la bienvenue. Connaissez-vous un restaurant agréable?
- Non, pas vraiment… Nous ne pouvons aller qu'à une certaine chaîne de restos, sinon nous payons de notre poche.
Il sursauta, la confusion clairement lisible sur son visage.
- Eh bien, vous nous en direz tant… ce soir, au Ai no Uta, à dix-huit heure. Vous savez où il est situé?
- Non… mais nous trouverons.
- Si vous le dites. J'emmènerai Sonic avec moi.
- Bien sûr que je viens! fit ce dernier joyeusement. Et on emmènera Knucklehead. Lui aussi veut aller au Canada.
- Je vous ferais bien rencontrer les autres, mais ils sont indisponibles, ce soir.
Nous nous serrâmes la main, et je serrai celle de Sonic avec gentillesse. Puis, nous nous quittâmes.
Je me lançai à la poursuite de Tanya aussitôt que je fus sortie de la foule qui suivait les hérissons. Heureusement, je n'eux pas à la chercher très longtemps, car elle était debout dans une fontaine, les deux pieds dans l'eau, et tentait d'intimider un pigeon albinos.
- Tan! T'avais prévu quelque chose, ce soir?
Elle me dévisagea tel le grincheux qu'on interrompt, puis saisit son menton en réfléchissant.
- Ben, il y avait ce film au cinéma que j'aurais aimé voir…Sakura no Hana, c'est ça?
- Ah oui, le Sakura no Hana… À quelle heure, déjà?
- À sept heures. Mais pourquoi tu me demandes ça?
- Oh, pour rien. Tu viens? On s'en va.
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- J'espère que t'es contente, me dit mon amie entre ses dents, rendues à l'hôtel. Ce pigeon avait avalé une de mes épingles. J'aurais pu me faire une coiffure au complet avec ses plumes.
- Et qu'est-ce que tu lui disais?
- Que de toute façon, il a du noir sur les ailes. Et il me regardait comme si j'étais la dernière des imbéciles.
- Bon, oublie ce pigeon. Dis-moi plutôt : il est quelle heure, sur le frigo?
- Coudons, t'as écris ces lignes avant de me les réciter?
- Oublie ce que j'ai dis, et dis-moi l'heure, Sammy.
- Mon nom c'est a-Tany, et il est quatre heures et demie.
- Merci, Molly.
Car, eh oui : nous avions l'heure sur le frigo, sti!
- Dans ce cas, mets tes plus beaux habits, on va souper chic aujourd'hui.
- Arrête tes rimes, Maxime.
- D'accord, Aurore.
- Mais pourquoi 'faut que je m'habille propre?
- Je te l'ai dit : on va souper dans un resto chic. Au Ai no Uta.
- Wah! Mais j'ai entendu que là-bas, un verre de jus de pomme coûte trente dollars!
- Le prix d'un réveille-matin. En tout cas, il doit être drôlement bon, leur jus de pomme.
- Oublie ça, Alexe. On n'a pas d'argent pour ça.
- Mais oui. Tu vas voir, ça va en valoir la peine. Maintenant, fais-moi confiance et habille-toi.
Et c'est en grognant une multitude d'incompréhensibles jurons que Tan enfila une élégante robe gothique. Je fis la même chose, mais en chantant tout bas.
Tandis que je l'aidais avec ses longs cheveux noirs et frisés, Tanya me reprocha suspicieusement :
- Tu me caches quelque chose.
- En effet.
- Et tu l'avoues, en plus! Qu'est-ce que tu me caches?
- Premièrement, arrête de bouger. Deuxièmement, si je te le cache, c'est pour ne pas que tu le saches.
- Ah non, tu n'vas pas recommencer avec tes rimes! Maintenant avoue tout.
- …Nah. Tu verras.
- Tu sais que je déteste les surprises! Pourquoi on va souper chic? Il doit y avoir une raison! J'espère juste que tu ne comptes pas me matcher…
- Non, non… Je te laisse le soin de te matcher toute seule.
- Qu'est-ce que tu veux dire??
- J'en ai déjà trop dit. Désolée.
J'évitai une volée de cacoche, et quelques minutes plus tard, nous étions dans le taxi qui nous conduirait au Ai no Uta.
