« Tu la connais, non ? La légende de Sparda… Quand j'étais jeune… Ma grand-mère me la racontait. Il y a très longtemps, un démon s'est dressé contre les siens pour sauver les humains.

Armé de son épée, il a fermé le portail qui mène à la dimension des démons et a chassé les entités maléfiques de notre monde. Mais comme il était lui aussi un démon, ses pouvoirs sont restés enfermés de l'autre côté. »

« Comment a-t-il fermé le portail ? »

« Il a donné ses pouvoirs démoniaques… Et il a sacrifié une prêtresse humaine. »

« Prêtresse ?! »

« Une humaine au cœur pur. Leurs sangs ont créé les amulettes que possède Dante. Avec Force Edge dans laquelle Sparda a enfermé tous ses pouvoirs, elles formaient la clé du monde des démons. »

Il ne répondit rien, mais resta pensif. Elle était revenue au lever du soleil avec armes et bagages (surtout armes). Il se leva pour aller baisser les stores.

« Et tu bois du sang aussi ? »

« Quoi ? »

« Je faisais référence au mythe humain du vampire. »

« Mon élément c'est les ténèbres. Mais tous les démons ne sont pas comme ça. »

« Tu n'as pas répondu à ma question. »

« Tu veux vraiment savoir ? »

Il lui lança un regard faussement menaçant. Elle se recroquevilla dans le fauteuil, feignant la terreur de la future victime.

« Pitié, Comte Dracula… »

Il se rassit en face d'elle en souriant.

« Tu ne sais rien de plus sur comment a fait Sparda ? »

« Ma grand-mère était plutôt calée sur les détails pratiques, mais pas moi. Je sais qu'elle avait récupéré quelques livres ayant appartenu à son père où tout était expliqué en détails. Elle a tout laissé à Dante, il suffit d'aller chercher chez lui. Je les retrouverai si je les ai en main. »

« On ira ce soir. »

« Pourquoi pas maintenant ? »

« Parce que si tu ne dors pas la nuit, tu dois le faire le jour. Regarde-toi, tu tombes de sommeil. »

« C'est faux, s'exclama-t-elle en cessant de bailler ! »

« Et j'ai des choses à faire aujourd'hui. »

« Quel genre de choses ? »

« Ca ne te regarde pas. »

Elle croisa les bras, boudeuse. Il soupira et alla à la porte.

« Au fait, une question, Mary. »

« Oui ? »

« Si un humain utilise des pouvoirs démoniaques pour faire du mal à des innocents, qu'est-ce-que tu ferais de lui ? »

« Ca ne te regarde pas. »

« Réponse constructive. »

« Si tu fais du mal à un humain, je te coupe un doigt. Pour la peine. »

« Inutile d'essayer de discuter avec vous. »

Il claqua la porte derrière lui.

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Sortant de l'opéra en fin d'après-midi, Dité vit sans surprise une pâle et maigre jeune femme s'approcher de lui.

« Je pensais que vous aviez changé d'avis, dit-il. »

« On vous a prévenu, s'étonna-t-elle ? »

« Oui, alors ne perdons pas de temps. Qui dois-je torturer ? »

Elle blêmit un peu et ne répondit pas.

« Vous voulez vous débarrasser de lui oui ou non ? »

« C'est que… C'est que je ne veux pas que… »

« On a du vous le dire, je ne suis pas du genre scrupuleux. Et je ne fais pas dans la mort propre et rapide. Surtout avec ceux qui s'en prennent à d'aussi jolies femmes que vous. »

Elle recula d'un pas en secouant la tête.

« Ce n'est pas si… »

« Je croyais qu'il en voulait à votre vie. C'est grave, non ? »

« Je n'en suis pas sûre… On m'a juste dit que… »

« Réfléchissez bien alors. Vous savez où me trouver. »

Il l'écarta et partit. Il l'entendit tousser violemment dans son dos.

« Attendez… »

Elle hésita, comme si ce qu'elle allait dire lui brûlerait la langue.

« Combien ça me coûtera ? »

Il se retourna et sourit d'un air carnassier.

« Rien. Je fais ça pour le plaisir. »

Elle déglutit péniblement et murmura en tremblant :

« On l'appelle La Murène. »

« Et vous êtes ? »

« Je m'appelle Iphianassa. »

« Et bien, Iphianassa, dans deux jours tout ceci ne sera plus qu'un mauvais souvenir. »

Elle avait fermé les yeux et commencé à pleurer. Lorsqu'elle les rouvrit, il avait disparu.

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Une surprise l'attendait lorsqu'il regagna son appartement, en la personne de Mary, qui se tenait dans l'entrée les mains sur les hanches.

« Te voilà enfin ! Il n'y avait absolument rien dans ta cuisine ! J'ai du aller faire les courses en vitesse pour pouvoir accueillir Trish comme il se doit ! »

« Tant que tu n'as pas ouvert les… »

Il s'arrêta au seuil du salon et ferma les yeux.

Ne pas la massacrer.

« Les stores, dit-elle ? Désolée, mais je voulais profiter de ce merveilleux soleil ! »

« Si nous avions su quand tu rentrerais, je les aurais refermés, dit la voix de Trish. »

Il sentit l'obscurité rafraîchir ses joues et rouvrit les yeux.

« Tu es comme une mère pour moi, lança-t-il. Et surtout ne te gêne pas, dit-il à Mary, invite des amis ! »

« Je suis chez moi, rétorqua-t-elle ! »

« Et puis je suis aussi venue pour te voir, dit Trish. »

« Tu as une mine épouvantable Trishie. Et tu as l'air… vraiment enceinte. »

« Tu le savais, dit Mary ? »

« Oui, pourquoi ? »

« Alors que moi, votre petite-fille spirituelle, je l'ignorais ! »

Mary posa sa main sur son front d'un geste théâtral et lança un regard noyé de fausses larmes à Trish.

« Tu es la première personne à qui Dante en ait parlé, dit Trish. »

« Vraiment flatté… »

Trish éclata de rire.

« Mary, tu aurais des… papayes ? J'en meurs d'envie ! »

« Des papayes ?! Je t'ai dit que ce type n'avait rien dans ses placards ! Je ne sais pas de quoi tu te nourris… »

Il ignora la remarque.

« S'il te plaît… »

« Je vais essayer de te trouver ça. Mais je ne suis pas de retour avant une demi-heure ! »

Dès que Mary eut fermé la porte, Trish reprit son sérieux.

« J'ai besoin de ton aide. »

« Je t'écoute. »

« Qu'as-tu à répondre à la remarque de Mary ? »

« La même chose que toi, je suppose. »

« Je n'en ai jamais parlé à Dante… Mais il ne s'est jamais inquiété du sort des orbes qu'il ramène. »

« Orbes ? »

Dité eut une moue dégoûtée. Trish le dévisagea.

« Ne me dis pas que tu… »

« Je tue ma nourriture moi-même. Et plus c'est vivant, mieux c'est. »

« Alors tu vas pouvoir m'aider : j'ai besoin de plus d'orbes maintenant, et puisque tu n'en as pas besoin… »

« Et tu ne peux pas le dire au responsable de ça, demanda-t-il en désignant le ventre arrondi de Trish ? »

« Je ne veux pas qu'il sache que… »

« Que comme tous les démons, tu te nourris de tes semblables ? »

Il haussa les épaules.

« Tu n'as qu'à lui dire la vérité : que c'est ça ou des humains. »

« Tu ne le connais pas… »

« Je commence à avoir une idée. Fais comme tu veux, en tout cas tu peux compter sur moi. »

« Merci. »

« Ca y est ! J'ai tes papayes ! »

« Bon courage, souffla Dité. »

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« Te revoilà enfin, dit Dante à Trish lorsqu'elle rentra. Oh, mais je vois que j'ai eu tort de m'inquiéter, tu étais en bonne compagnie, ajouta-t-il lorsqu'il vit que Dité la suivait. »

« Elle était là aussi, précisa ce dernier en désignant Mary qui entra la dernière. D'ailleurs, pourquoi tu me l'as envoyée ? »

« Elle est assez grande pour prendre ses décisions toute seule, non ? Où en est le livre, demanda-t-il d'un ton impérieux ? »

« Pourquoi tu crois que je viens te rendre visite ? »

« Dante, où sont les vieux bouquins de Grand-Mère ? »

« Dans la bibliothèque derrière mon bureau. »

« Tu as vu la taille de cette bibliothèque ? »

« Ils étaient tous à ta grand-mère. »

Dité s'assit sur le canapé, bras croisés.

« C'est incroyable cette manie qu'ont les humains de tout écrire. »

« C'est sûr que quand on est immortel tout est plus facile, grogna Mary en montant sur le bureau. »

« Et la transmission orale ? Vous enterrez vos vieux avant même qu'ils ne soient froids, pour ne pas penser à votre propre mortalité. »

« Au lieu de philosopher, tu pourrais venir m'aider, grogna Mary ? »

« Je pourrais. »

Il évita de justesse un épais volume destiné à son nez.

« DEBOUT ! »

« J'arrive... »

Dante rattrapait déjà au vol les livres que Mary jetait les uns après les autres.

« Et comment se passe la cohabitation, demanda Dante ? »

« Une tueuse en série dort sur mon canapé commenta sobrement Dité en ramassant les livres que Dante n'avait pas pu rattraper faute de bras supplémentaires. »

« Je suis baby-sitter de démons, dit Mary. »

Dité ne releva pas l'attaque.

« Je compatis, répondit Dante. »

« Qu'est-ce que c'est, demanda Dité en désignant une lettre écrite à la plume sur le bureau de Dante. »

« Oh, ça ? Un type riche qui veut que je le protège. »

« De quoi ? »

Dante haussa les épaules après avoir rattrapé trois livres.

« Les gens riches ont beaucoup d'ennemis. Je dois le rencontrer ce soir, pour voir ça de plus près. »

« C'est amusant ce sceau... On dirait un serpent. »

« Une murène, plus précisément. Plutôt glauque, si tu veux mon avis. »

« Je suppose qu'il habite ici ? »

« Ouaip, mais dans les beaux quartiers. A mon avis, même moi j'aurai du mal à entrer chez lui sans invitation. »

« Hé, vous deux ! Au boulot, j'ai pas fini de trier ! »

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Dité et Mary entendirent la dispute qui commença entre Dante et Trish dès qu'ils eurent fermé la porte.

« Je ne l'avais jamais vu comme ça, dit Mary. »

« Il a l'air encore plus insupportable qu'avant. »

« Je pense qu'il se fait du souci pour Trish, mais une fille indépendante comme ça ne va pas accepter de rester à la maison si elle a envie de prendre l'air. »

« Je pense qu'à cause d'elle il a de nouveau son cœur à découvert et qu'il ne se remettrait pas d'un nouveau coup. »

Mary ne répondit pas, mais leva la tête vers le ciel pâlissant.

« On y a passé toute l'après-midi ! »

« Tu as du regarder tous les livres quatre fois. »

« Grand-Mère m'avait dit qu'il avait une couverture bleue ! »

« En même temps, un livre bleu couvert de sang devient brun. »

« Quoi ?! »

« Tu n'as pas remarqué ? C'est du sang humain. »

« C'est gore ! Tiens, porte-le toi-même ! »

« Tu es mignonne quand tu pâlis. »

Un pistolet apparut sous son nez et l'obligea à s'arrêter.

« Ne te moque pas de moi, démon. »

« Peur du sang ? »

« Tais-toi ! »

Il écarta le canon d'un doigt.

« Je ne me moquais pas. Tu es très belle comme ça. »

Il ignora son rougissement et reprit son chemin.

« Et puis tant que tu n'as peur que du sang humain... Tout le monde a peur de sa finitude. »

« Facile à dire pour toi, grogna-t-elle. »