Dité avait réussi à s'éclipser discrètement. Mary semblait vraiment tenir à le surveiller. Il grimaça lorsqu'un frisson parcourut son épine dorsale. Elle le mettait définitivement mal à l'aise, sans qu'il trouve en quoi. Et aller lui dire qu'elle était belle…
« Y aurait-il quelque chose dans cet air vicié par les humains qui ferait bouillir le sang des Sparda ? »
Sa propre voix le surprit. Elle lui avait paru un peu plus grave et surtout, il n'avait pas eu conscience de parler. Mais il se rendit compte que les hauts bâtiments de la rue faisaient un écho. Il disparut dans l'ombre lorsqu'il entendit une moto approcher.
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Dante avait planté Trish là. Il lui en voulait de ne pas le laisser prendre soin d'elle. Elle agissait comme si elle pouvait se débrouiller toute seule, alors qu'elle semblait si faible en ce moment. Il se remettait à peine de la perte de Matelda, il n'avait pas besoin qu'il arrive quoi que ce soit à Trish et à l'enfant.
Il accéléra lorsqu'il arriva à la grande rue bordée de hauts immeubles. Il ne voulait pas être trop en retard. Il crut voir une ombre familière, mais il ne ralentit pas. Ca devait être une illusion.
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Un haut mur orné de barbelés entourait l'imposant manoir. Dité s'approcha prudemment de l'enceinte. Il vit des caméras tous les deux mètres, entendit les aboiements de chiens de garde et perçut la présence d'humains armés. Une légère décharge court-circuita les caméras les plus proches. Il bondit et passa de l'autre côté du mur en prenant appui sur les barbelés.
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Un majordome ouvrit la lourde porte d'entrée.
« Vous désirez ? »
Dante avait déjà du s'identifier auprès des gardes au portail et leur laisser ses armes, puis s'était fait arrêter par trois patrouilles dans le parc. Il était assez agacé par cette nouvelle question.
« Dante, j'ai rendez-vous avec votre patron. »
La porte se referma brusquement.
« Hé ! »
Une patrouille de gardes avec leurs chiens passa près de lui. Ils l'avaient déjà arrêté aussi l'ignorèrent-ils.
« Central à Delta. »
« Ici Delta pour Central. »
« Défaillance des caméras au point Golf 3. Allez vérifier et faites passer les chiens devant. »
« Reçu Central. »
Bonne chance à celui qui a essayé d'entrer, pensa Dante. Quelque chose essaya de percer dans son esprit, mais la porte se rouvrit brusquement.
« Monsieur Enchelycore va vous recevoir, veuillez entrer. »
« Je comptais pas rester à la porte toute la journée ! »
« Puis-je prendre votre manteau, Monsieur ? »
Dante réfléchit un instant.
« Allez pourquoi pas, comme ça je me sentirai vraiment nu. »
Il lança son manteau au majordome et se laissa tomber dans un des canapés bleus de la salle d'attente. La peinture des murs et du plafond lui donnait la désagréable impression d'être sous l'eau. L'éclairage bleu-vert renforçait cette impression.
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Les chiens se mirent à l'arrêt devant le mur et se mirent à gémir.
« Mais qu'est-ce qu'ils ont ? Il n'y a rien ici ! »
« Allez, cherchez ! »
Un des gardes pointa sa lampe sur l'endroit où les chiens s'étaient arrêtés, mais aussitôt les animaux allèrent un peu plus loin.
« C'est quoi ce délire ? »
« Laisse tomber, ils craquent… Ca fait deux jours qu'ils sont bizarres. Bon, attends-moi, je vais faire pleurer le molosse. »
« Quel humour ! »
Le deuxième garde s'appuya contre le mur en attendant. Des mains jaillirent de l'ombre et se posèrent sur sa gorge.
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Une porte s'ouvrit au fond de la salle d'attente. Un autre serviteur pria Dante de le suivre et le mena à travers la myriade de pièces et de couloirs. Il eut la désagréable impression d'être surveillé, puis il constata qu'il y avait des caméras partout.
« Il est pas un peu parano votre patron ? »
Le serviteur ne répondit pas.
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Les chiens commencèrent à aboyer lorsque le corps inanimé du dernier garde tomba au sol. Dité se tourna vers eux et grogna. Les molosses prirent la fuite en gémissant.
« Bons chiens… »
« Bienvenue, Messire Dante. Je suis Oreste Enchelycore, enchanté de faire votre connaissance. »
L'homme semblait âgé d'une trentaine d'années, mais ses yeux trahissaient un âge plus avancé. Ses longs cheveux noirs étaient tressés, laissant libre ses yeux de jade qui luisaient avec sagesse sur son visage à la peau d'ivoire. Il resta assis à son bureau et congédia le serviteur d'un geste. D'un autre, il invita Dante à s'asseoir.
« Pourquoi m'avez-vous fait venir dans cette forteresse ? »
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Dité reprit forme humaine après être passé par une fenêtre entrouverte. Il sursauta quand une petite voix l'interpella :
« C'est toi le démon qui doit venir ? »
Il se tourna vers le lit où était assis un petit garçon, les yeux écarquillés.
« C'est toi, dis ? »
Dité soupira. Il n'allait pas neutraliser un gamin.
« Dis, dis, dis, dis… »
Ou peut-être que si.
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« Ma femme a été assassinée il y a quelques jours. Par un démon. »
Dante se crispa.
« Je veux protéger mon fils, vous comprenez ? »
« Que puis-je faire pour vous ? »
Oreste sourit.
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« Et ben même que Papa il a dit que des démons allaient venir et même que je devais pas avoir peur, mais toi même que tu fais pas peur d'abord et puis que… »
« Quels démons ? »
« Ben je sais pas parce que vous avez des noms vraiment compliqués d'abord. »
Dité referma la porte. Une patrouille de gardes quadrillait le couloir. Qui était bien éclairé.
« Où est ton père ? »
« Dans son bureau ou dans sa salle de travail. »
« Et où sont ces pièces ? »
« Je peux te montrer si tu veux. »
Le gamin se leva et prit la main du démon qui se laissa faire. La patrouille s'arrêta.
« Lui c'est un démon que Papa a invoqué. Il est fort mon Papa, hein ? »
Ils continuèrent dans un dédale de couloirs jusqu'à une porte ancienne.
« Là c'est sa salle de travail. »
« Retourne te coucher. »
« Non je veux voir mon Papa ! »
Dité lui lança un regard froid comme un iceberg.
« Au lit. »
Le gamin déglutit péniblement.
« D'accord… »
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« Je crois que ces démons ont été envoyés par une folle qui prétend que je l'ai ensorcelée et qui cherche depuis à attenter à mes jours. »
Oreste entraînait Dante à travers les couloirs.
« Elle est venue me voir. »
« Je vais vous montrer la raison de sa haine à mon égard. »
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Dité entra dans la salle obscure. Soudain, les chandelles aux lustres s'allumèrent, révélant une femme debout au fond de la salle.
« Je t'attendais, dit-elle d'une voix suave en ramenant ses longs cheveux roux dans son dos. Mon fils. »
« C'est impossible… Tu es morte ! »
« Laisse-moi te serrer dans mes bras. »
Dité l'arrêta lorsqu'elle ne fut plus qu'à un pas de lui.
« Tu n'es pas ma mère. Alors qui es-tu ? »
Nevan baissa les bras.
« Tu me perces le cœur de mille aiguilles. »
De violentes lumières s'allumèrent et une dizaine de silhouettes humaines apparurent.
« Tu aurais pu avoir une fin rapide, dit Nevan avec une voix grave. »
Les autres, qui semblaient endormis, s'éveillèrent soudain.
« Nous festoierons de ton âme ! »
D'un geste, Nevan envoya les autres à l'attaque. Dité sortit Rédemption
« Venez vous servir ! »
Il commença à tirer mais se rendit compte que ses assaillants se relevaient à peine tombés à terre.
« Tu m'as déjà oublié ? »
Nevan tomba inanimée au sol. Derrière elle se tenait un démon à forme humaine. Un beau jeune homme d'allure noble. Il sourit à Dité, découvrant des canines pointues.
« Beli-ya'al… »
« Maître des marionnettes, en personne. Je suis très déçu que mon interprétation ne t'ait pas convaincu. Au moins, j'aurais la joie de t'avoir rien qu'à moi dans une de mes geôles ! »
Il sortit une élégante rapière du fourreau qui pendait le long de sa cuisse.
« Mettez-le en pièces ! »
Dité sortit de la salle et courut. Beli-ya'al était parmi les démons les plus forts, un ancien champion de la cour de Mundus comme il l'avait lui-même été. Il n'avait aucune chance maintenant, il était encore trop faible.
« Tu ne m'échapperas pas ! »
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« Tu ne m'échapperas pas ! »
Machinalement, Dante chercha ses armes, mais il les avait laissées au poste de garde. Il se tourna vers Oreste, mais ravala sa question lorsqu'il vit l'expression sur le visage du sorcier. De la satisfaction. Et puis il se retrouva jeté à terre lorsqu'on lui rentra dedans.
« Dité ? Qu'est-ce que tu fous là ? »
« Dante, tu tombes bien ! »
« Je fais mieux d'habitude. »
Dité se releva prestement et tendit sa main à Dante. Celui-ci l'ignora et se releva seul. Il se tourna vers son demi-frère lorsqu'il vit la dizaine de zombis arriver.
« C'est quoi ça ? »
« Du travail pour toi. »
Oreste éclata de rire lorsque Beli-ya'al arriva enfin.
« Vois, Seigneur, je t'en offre deux ! »
« Qui est-ce ? »
« C'est qui ? »
Dité soupira.
« Un ancien collègue. On ne sera pas trop de deux. »
Dante prit le pistolet que Dité lui tendit.
« Mon ex-employeur. On aurait pu bien s'entendre… »
Dante commença à tirer sur leurs assaillants, et fut vite dépité.
« Vise plutôt le bellâtre au fond. »
Dante suivit son conseil, tandis que Dité invoqua une nuée de chauves-souris.
« Rassure-moi, t'étais pas venu tuer le sorcier ? »
« Moi ? Noonn… »
« J'en étais sûr. Tu t'es fait avoir par la fille. »
« En fait, commenta Oreste dans leur dos, vous vous êtes fait avoir tous les deux. Lorsque j'ai promis au Seigneur Beli-ya'al de lui livrer un sacrifice à sa mesure, je n'avais pas pensé que les deux fils de Sparda tomberaient dans mon piège. Je suis un peu déçu, Dante, que le triste état de mon épouse ne t'ai pas plus ému. Dire que je l'ai maudite uniquement pour t'attirer…»
Dante se tourna vers Oreste sans cesser de tirer et le saisit par le col.
« Vous avez de la chance de n'être qu'un humain ! »
« Dante, tu tires à côté… »
« Toi, chut ! »
« Il a raison, intervint Beli-ya'al. »
Dante lâcha Oreste et lui lança un regard froid comme un iceberg.
« Dante… »
Dité se battait maintenant au corps à corps avec Beli-ya'al. A mains nues.
« Toi, si tu bouges tu es un homme mort. »
Il recommença à tirer, tout en gardant un œil sur le sorcier.
« Vous n'avez aucune chance, dit Beli-ya'al. »
« Tu es surtout un petit veinard que je n'aie pas mes bébés ! Puisque l'incompétence de Dité ne me laisse pas le choix, je vais devoir te couper en tranches moi-même… »
Dante tendit la main et Rebellion vint s'y précipiter en traversant le plafond.
« Mais par où t'es passée ? »
Il l'empoigna et se jeta sur Beli-ya'al.
Mais à la grande déception de Dante, celui-ci disparut après quelques passes d'armes.
« Je t'avais sous-estimé, sang-mêlé. Ce ne sera pas le cas la prochaine fois. »
« Hé ! On commençait à s'amuser ! »
Dante jeta son épée par terre de frustration.
« Merci pour l'incompétence, dit Dité. »
« Excuse-moi, j'ai dit ça dans le feu de l'action… Et puis faut dire aussi que tu te débrouillais pas super bien ! Euh… Où est Oreste ? »
« Le sorcier ? Disparu avec son maître. »
« Oh… »
« Je pense qu'il se plaira en Enfer. »
« Il est mort ? »
« Un humain ne peut pas passer vivant le portail. Le bon côté, continua Dité en se retournant, c'est que ta Maman va revenir. »
Le petit garçon s'avança.
« Comment tu m'as vu ? »
« Pas vu, senti. »
« C'est trop cool ! Mais mon Papa il va pas revenir hein ? »
« Non. »
« Pourquoi il m'a abandonné ? Il nous aimait plus Maman et moi ? »
Dante et Dité se regardèrent. Ni l'un ni l'autre ne sut quoi répondre.
« Je suppose qu'il a trouvé les démons plus intéressants, dit Dité. »
« N'importe quoi. Il ne voulait simplement pas que vous ayez des ennuis par sa faute, dit Dante. »
Dité haussa les épaules.
« Maman va revenir bientôt ? »
« Elle va revenir ? »
Dité regarda Dante et le gamin.
« Evidemment, puisque le sorcier qui l'avait maudite est mort. »
« Pourquoi a-t-il fait ça à sa propre femme ? »
Dante embrassa ses armes avant de les remettre dans leurs holsters.
« Parce que le sacrifice d'une personne chère vaut plus que celui d'un parfait inconnu. »
« Oh. Ca craint. »
« C'est la règle. Ca revient à se dépouiller de son humanité. »
« Au moins, le gamin ne deviendra un psychopathe acharné à la mort de son père… »
« C'est ce qui est arrivé à Mary ? »
« Non, mais à sa grand-mère. Les parents de Mary étaient tous les deux Devil Hunters, et ils sont morts au combat. Au fait, je lui dirai pas que tu as voulu tuer un humain. »
« Merci. »
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« C'est quoi ça ? »
Une patrouille entière gisait au sol dans le parc.
« Ils ne sont qu'assommés. Je le jure ! »
