« Père ? »
Dante eut du mal à en croire ses yeux, mais l'homme qui s'avança dans la rue ne pouvait être que Sparda. Grand comme lui, les épaules larges. Mais surtout, des cheveux blancs rabattus en arrière un peu comme Vergil le faisait, et des yeux d'un bleu profond.
Rébellion quitta son fourreau dans le dos de Dante.
« C'est bien lui. »
La voix de Dité trahissait un peu d'inquiétude. Sparda éclata d'un rire malsain et prit Rébellion à deux mains.
« Ne me dis pas que tu as peur de moi ? »
« Dante, cours. »
« Quoi ? »
Un nuage de chauves-souris arrêta Sparda alors qu'il bondissait sur eux, épée levée.
« C'est Sparda. Tu n'as aucune chance de le vaincre. »
« Tu peux faire mieux ? »
Dité le poussa en arrière. Au moment où Sparda attaqua à nouveau, une sphère noire entoura Dité et repoussa l'assaut.
« Ca te convainc ? Je suis un démon, pas toi. »
Dante hocha la tête. Son demi-frère avait une forme démoniaque très semblable à celle de leur père. Il en émanait une aura qui impressionnait Dante. Mais elle fut vite couverte par quelque chose de plus puissant et de plus hostile.
« Prends-la avec toi et COURS ! »
Une lame noire brillante d'éclairs bleus jaillit du bras de Dité. Il arrêta de justesse Rébellion avec un grognement.
Dante prit Mary par la main et courut.
Il se retourna pour voir le combat, mais il n'y avait plus que Dité qui tomba au sol.
« C'est fini pour toi aussi. »
Il tourna la tête et se retrouva face à Sparda le démon. La lame de Rébellion traversa sa poitrine.
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Il se réveilla en sursaut, couvert de sueur. Trish n'était pas à ses côtés dans le lit. Il se leva, inquiet.
« Trish ? »
Il entendit un bruit venant de la salle de bain.
« Trish ? »
La porte était verrouillée.
« J'arrive ! Juste une seconde… »
« Tu vas bien ? »
« Oui, répondit-elle d'une voix agacée. J'ai quand même le droit d'aller à la salle de bains, non ? »
« Excuse-moi, mais j'ai besoin d'y aller aussi. Figure-toi que j'ai fait un cauchemar et que je voudrais me passer un peu d'eau fraîche sur le visage. »
« Une seconde. »
Le bruit d'eau cessa, et elle sortit enfin. Ses longs cheveux étaient emmêlés par la fièvre, et ses yeux étaient marqués de cernes.
« Bon tu vas te coucher, tu as une mine affreuse. Demain, on voit ce qu'on peut trouver comme livre de démonologie-obstétrique. »
« Je crois que ça se passe un peu comme pour les femmes. En plus rapide peut-être… »
« Il reste des traces de sang dans l'évier… »
« Oh. Vraiment ? »
Dante se passa de l'eau sur le visage.
« On s'occupe de ça demain, d'accord ? Je ne veux pas te voir disparaître de la maison pour éviter la discussion. »
« Promis. »
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« J'en ai assez de ces conditions de travail ! »
La chanteuse jeta ses partitions sur la scène et partit dans les coulisses en pleurant. Les musiciens commencèrent à grogner et le chef se tourna vers le fond de la salle.
« C'est bon, dit Dité en se levant, j'y vais. »
C'était la troisième crise de la diva en deux jours. Elle commençait à porter sur les nerfs de tout le monde, mais jusqu'à présent il s'était refusé à intervenir. Sans doute avait-il pressenti la raison du comportement de la chanteuse.
« Hermine ? »
Il tapa doucement à la porte de la loge. Il soupira en l'entendant pleurer. LA chose à laquelle il ne s'habituerait probablement jamais.
« Hermine, ouvrez cette porte. »
Son ton se fit un peu plus dur. Ils n'avaient pas que ça à faire de leur journée.
« Entrez… Oh, c'est vous ? »
« On peut savoir ce qui vous prend ? »
Elle éclata en sanglots. Il soupira, l'air profondément agacé.
« Vous n'avez donc pas de cœur pour ne pas vous laisser attendrir par les larmes d'une femme ? »
Dité baissa les yeux sur sa poitrine.
« Il faut croire que si. »
« Vous prenez tout au pied de la lettre ? Je vais vous dire ce qui ne va pas, puisque vous l'avez si délicatement demandé ! »
Elle se leva, furieuse.
« Je n'avais pas spécialement envie de venir travailler ici, dans cette si petite ville. Mais lorsque je vous ai rencontré… »
Elle semblait attendre qu'il intervienne, mais il n'en fit rien.
« J'ai fait toutes ces scènes pour que vous m'accordiez un peu plus d'attention, tout simplement ! Je… Je vous… »
Il posa un index sur les lèvres de la chanteuse.
« Ca suffit. Je remonte dire aux autres que vous revenez. »
Elle lui prit le bras.
« Vous ne comprenez pas ? Je vous aime ! Je me damnerais pour vous avoir ! »
Il dégagea, furieux.
« Ne dites jamais ce genre de choses à la légère ! Et sachez que les pleureuses puériles dans votre genre ne m'intéressent absolument pas. »
Il sortit en claquant la porte et revint sur scène.
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« Alors ? »
« On arrête pour aujourd'hui. Madame a le cœur brisé. »
En sortant, il entendit le chanteur murmurer au chef.
« On dirait qu'il en est content. »
En un sens, oui. Ce n'était pas aussi exaltant que de vraiment lui arracher le cœur, mais ça avait son charme.
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« Il a vraiment été dur avec vous… Qui aviez tant à lui offrir. »
Hermine se retourna comme foudroyée. Elle avait verrouillé la porte pourtant.
« N'ayez pas peur. »
Un homme à la stature imposante se tenait devant elle. Il portait une cape noire qui montait jusqu'à son nez, dissimulant ses vêtements et son visage. Sa voix était étrange, comme s'il parlait depuis une salle profonde où il y aurait de l'écho. Mais ça devait être un effet du col de la cape devant sa bouche.
« Qui êtes-vous ? »
En un instant il fut près d'elle et essuyait ses larmes d'une main gantée de noir.
« Un admirateur. Un ami. »
Il considéra les gouttes d'eau sur son gant.
« Vous voulez vraiment l'avoir… »
Il lui prit la joue, sa main était froide comme du métal.
« N'est-ce pas ? »
Un chapitre de transition un peu court... Pour m'en excuser, et malgré les demandes de certain(e)s, je vais vous mettre un deuxième chapitre en ligne. (Un chapitre que vous attendiez peut-être pour diverses raisons, mais je n'en dis pas plus!)
