Lorsque Mary ouvrit les yeux, elle était à genoux. Ses yeux pleuraient, elle avait la nausée. Elle perçut une odeur de soufre et une chaleur moite, suffocante.
« Bienvenue chez moi, rugit Dité. »
Sa voix n'avait plus rien d'humain. Lorsqu'elle leva la tête, elle vit qu'il avait à nouveau sa forme démoniaque. Il lui tendit la main et l'aida à se lever, mais un instant elle hésita. Il y avait eu de la joie dans sa phrase.
« Pas trop secouée ? »
« Un peu… Et je n'aime pas particulièrement l'endroit. »
« Il est à l'image de ses habitants, dit-il, un peu vexé. »
« J'aurais aimé mourir ailleurs, c'est tout… »
« Mais qui parle de mourir ? »
« Quoi ? »
« Tu ne pensais quand même pas que j'allais faire ça ? »
« Mais… »
Un sourire affreux se dessina sur le visage du démon.
« Tu resteras prisonnière ici, jusqu'à ton terme mortel. Alors plus rien ne nous empêchera de régner sur tes pathétiques semblables. »
« Je ne sais pas à quoi tu joues, dit-elle. Mais ça ne me plaît pas ! »
Elle prit Kalina Ann.
« Qu'est-ce que tu vas faire ? Me tuer ? »
Il reprit son apparence humaine.
« Fais-le, dit-elle en le menaçant avec son arme. Tu l'as promis à Dante. »
« Les promesses n'engagent que ceux qui y croient. Alouqua, emmène-la, ajouta-t-il en partant. »
« FAIS CE QUE TU DOIS, dit-elle ! »
Mais elle ne put lui tirer dessus et baissa son arme en pleurant. Une démone aux longs cheveux noirs lui prit le poignet.
« Suis-moi sans faire d'histoires, si tu veux que tout se passe bien pour toi… et pour lui. »
« Quoi ? »
Sans répondre, la démone l'emmena dans un dédale de couloirs. Enfin, elle s'arrêta devant une porte de métal finement ouvragé représentant des silhouettes torturées.
« Alors c'est toi, dit la démone d'un air pensif… »
« Enfermez-moi, allez-y. »
« Pauvres humains, aux sens si faciles à duper. »
« Quoi ? »
« Beli-ya'al est le maître des marionnettes. Ses imitations sont certes excellentes mais moi, par exemple, je ne me serais pas laissé tromper. Pas par une imitation de Dité. »
« Vous le connaissez ? »
« Plus que tu pourrais l'apprécier. Vous avez été séparés lorsque vous avez traversé, cela arrive parfois. Tu étais inconsciente alors Beli-ya'al a eu cette idée de mauvais goût. »
« Combien de temps ? »
« Quelques heures. Cela ne fait que quelques minutes pour ton monde. »
« Et où est Dité ? »
« Pas loin. Tu entends sans doute ces cris et ces rires ? »
Mary se rendit compte qu'elle avait inconsciemment fait abstraction de l'ambiance sonore pour le moins oppressante de l'endroit. Elle frissonna.
« C'est la façon des démons de souhaiter la bienvenue aux traîtres. Je vais te conduire à lui, et me débarrasser des geôliers. »
« Pourquoi suis-je saine et sauve ? »
« Nul ne sait ce qu'il arrivera si tu meurs de main de démon ici. Ils ont peur de refermer accidentellement la porte. »
« Pourquoi vous m'aideriez ? »
« Parce que je ne veux pas qu'ils lui fassent du mal. Dité peut bien faire ce qu'il veut avec une humaine, ce n'est pas mon problème. Mais je tiens toujours à lui. »
« Vous êtes quoi pour lui, demanda Mary avec une pointe de jalousie ? »
« S'il n'était pas aussi têtu, je serais sa reine. Tu veux en savoir plus ? »
« Inutile. C'est juste qu'il ne m'avait pas dit qu'il était un tombeur. »
Dante récupéra Rébellion et la mit au fourreau.
« Ne me fais plus jamais ça mon bébé. »
Il traîna le corps inanimé de Sparda loin de la porte.
« Va rejoindre Trish. »
Il se retourna, épée à la main. Une grande silhouette se tenait dans l'ombre.
« Elle a besoin de toi. »
« Qui êtes-vous ? C'est vous qui avez amené le livre. »
La silhouette s'avança un peu.
« Je ne suis qu'un fantôme, dit-elle. »
Dante lâcha son épée.
« Ne reste pas bêtement planté là, dit la silhouette immatérielle de Vergil. »
« Reste là et montre-toi uniquement quand je te l'aurais dit. »
Mary se terra dans le recoin que lui indiquait Alouqua. Elle aurait préféré ne pas reconnaître la voix dont les cris couvraient presque les rires gras des geôliers. Alouqua ouvrit la porte.
« Laissez-moi seule avec lui, intima-t-elle. »
« Avec plaisir… Mais tu devrais attendre un peu, si tu ne veux pas le tuer. »
« Je ferais comme bon me semblera. Allez plutôt voir si le Seigneur Caacrinolaas n'a besoin de rien en bas. »
Mary vit passer deux silhouettes difformes. Elle bouscula la démone pour entrer la première, mais la lumière était si forte qu'elle dut se couvrir les yeux et attendre qu'ils s'habituent. Elle entendait une respiration rauque et rapide, et une odeur âcre la mettait mal à l'aise.
« Qu'est-ce que tu attends, la railla Alouqua ? »
Sans trop y voir encore, elle avança mais glissa et se retrouva à terre, dans une mare de sang. Elle roula sur le dos en criant. Elle avait horreur du sang.
« Je rentrais de l'école, j'avais huit ans et trois mois. Lorsque j'ai vu la porte battant sur ses gonds, j'ai su que quelque chose clochait. Mes parents avaient toujours considéré cette éventualité, bien qu'ils aient pris certaines précaution pour que personne ne sache où ils habitaient. Ils m'avaient dit que dans ce cas je ne devais pas rentrer, mais aller chez Dante. C'est ce que j'ai fait, et je ne l'ai jamais vu aussi inquiet que ce jour-là. Revenus à la maison, je ne l'ai pas laissé passer devant, j'ai couru à l'intérieur. Il y avait une petite marche descendant dans le salon. Je l'ai manquée et je me suis retrouvée à plat ventre dans une mare de sang. J'ai failli me noyer. J'étais tellement paniquée que je suis restée là, n'osant pas relever la tête pour voir les corps mutilés de mes parents. »
Elle ferma les yeux et se mit à pleurer en silence. Dité la serra contre lui et alluma une bougie.
« Merci, mais ce n'est pas du noir que j'ai peur. »
« Ah ? »
« Tu m'as écoutée au moins ? Je viens de t'ouvrir mon cœur là ! »
« Vraiment ? »
Elle se dressa sur le lit, un oreiller à la main.
« Je vais te tuer ! »
« Mary ? »
Le soulagement pointait dans la voix de Dité.
Un des quatre luminaires pendus aux coins de la pièce carrée s'éteignit. Mary put ouvrir les yeux mais les referma aussitôt. Le plafond, bien qu'assez haut, était lui aussi constellé de marques allant du rouge au noir.
« Quelle âme sensible, se plaignit Alouqua ! »
Elle entendit un rugissement qui fit taire la démone et sentit la main de Dité, en démon, l'attirer à lui. Elle se blottit dans ses bras et pleura.
« Tout va bien. »
Du sang venant de plaies qu'il avait au torse se mêlait à ses larmes, mais elle se calma vite. Enfin, elle leva la tête vers lui. Il lui sourit. Toutes les lampes étaient maintenant éteintes.
« Tu en as mis du temps à venir. »
« Tu n'avais qu'à pas me laisser seule. »
Elle se leva et l'aida à faire de même. Il guérissait très rapidement mais était encore faible.
« Je croyais que tu ne m'aiderais pas, dit-il à Alouqua. »
« Il fallait bien que je te fasse payer le service dit-elle. Ton air désespéré m'a ravi. »
« Tu aurais pu me torturer comme tout le monde au lieu de jouer avec mes sentiments. »
Elle eut une moue vexée.
« Elle s'est laissé tromper par Beli-ya'al, tu sais. »
Dité regarda Mary.
« Je suis désolée… »
« C'est normal, il est très fort. Et puis, tu ignorais qu'un démon pareil existait. »
« Ils ne vont pas tarder à revenir, dit Alouqua. »
« Qu'ils viennent. J'ai besoin de reprendre rapidement des forces. Et je vais leur faire comprendre à quel point j'ai détesté leurs petits sorts lumineux. »
Mary blêmit lorsqu'elle remarqua les brûlures sur tout le corps du démon, qui s'estompaient elles aussi.
Le fantôme avait disparu. Dante ne se posa pas plus de questions et courut chez lui.
« Et moi, demanda Alouqua lorsque Dité eut fini de se venger de ses bourreaux ? »
« Que veux-tu dire ? »
« J'aimerais autant que tu me tues aussi, vu le coup de main que je viens de te donner. »
« Tu es sérieuse ? »
« Et puis, si tu dois affronter Sparda, ça ne sera pas de trop… »
« Je te remercie. Pour tout. »
« J'aurais aimé que les choses se passent autrement, tu sais. »
Il leva le visage de la démone vers le sien.
« Moi aussi, dit-il avant de l'embrasser. »
Dante arriva juste à temps pour aider Trish à monter s'allonger. Elle avait perdu les eaux en son absence.
Mary n'avait pas adressé un mot à Dité jusqu'à ce qu'ils arrivent dans une grande salle circulaire entourée de sept colonnes. Un portail bleu illuminait la pièce de sa douce lumière pulsant comme un cœur. Et une espèce de molosse ailé attendait devant.
« C'est quoi ça, demanda-t-elle ? »
« Caacrinolaas, répondit la bête. Prince du meurtre. Et je vous prierais d'être plus courtoise, Humaine. Veuillez également vous écarter. Je ne voudrais pas vous blesser pendant que j'occis votre compagnon. »
Dité fit reculer Mary et sortit ses lames.
« Aux dernières nouvelles, c'était moi qui gagnait, dit Dité. »
« Je n'en disconvient pas, seulement tu n'es plus ce que tu étais. »
« On dirait deux gamins, soupira Mary. »
« Ne te mêle pas de ça, dit Dité ! »
« Je me mêle de ce que je veux ! Gamin ! »
« Sale peste ! »
« Quoi ? Comment oses-tu… ? »
« Veuillez m'excuser de vous interrompre, mais… »
« Caacrinolaas, la ferme ! Je ne vais pas me laisser marcher sur les pieds par… »
« Vas-y, démon, dis-le ! Par une humaine ! »
« Je voulais éviter de ramener le sujet sur le tapis, mais puisque tu y tiens… »
« Tu n'avais qu'à rester avec une de tes nombreuses ex ici ! »
« Tu es injuste ! Il n'y en a pas eu tant que ça ! »
« Pas tant que ça ? Combien ? »
Caacrinolaas se racla la gorge.
« Encore une seconde, dit Mary. J'ai d'abord un compte à régler avec Don Juan. »
« Tu es bassement jalouse, je n'en reviens pas ! Pour ta gouverne, il n'y a eu qu'Alouqua, que je viens de tuer. Et Trish, qui est semble-t-il installée pour de bon avec Dante. »
« C'est tout ? »
« Oui. »
« Vraiment ? »
« Oui. »
Elle lui sourit.
« Je te crois. Excusez-nous, dit-elle à Caacrinolaas, mais je voulais régler ça d'abord. Vous pouvez vous massacrer, c'est bon. »
Elle recula et se mit près du portail, lui tournant le dos.
« Allez ! Reprenez votre… Gueguerre ! »
« Je pensais te battre pour te prouver ma suprématie au combat, dit le molosse. Mais je pense maintenant, au nom de notre ancienne amitié, mettre un terme à tes souffrances aux côtés de ce monstre. »
« Je te remercie de ton attention. Mais ce… « monstre » m'est très cher. »
Ils se ruèrent l'un sur l'autre en hurlant.
Elle resta pétrifiée en assistant au combat. Elle se rendit compte qu'elle n'avait jamais affronté de vrai démon. Elle n'aurait eu aucune chance. Les deux adversaires guérissaient si vite qu'ils semblaient ne chercher à porter que des coups mortels. Dité prit vite l'avantage car il réussit à empêcher Caacrinolaas de l'approcher par un mur électrique. Il disparut l'espace d'un battement de cils et réapparut au-dessus de la bête, qu'il coupa pratiquement en deux en tombant.
Alors qu'elle allait le féliciter, un bras surgi du vortex bleu passa au travers de son ventre.
« Tu es revenu juste à temps. »
« Ne parle pas trop, tu vas te fatiguer inutilement. »
« Ils sont partis ? »
« Oui. »
« Et Sparda ? »
« J'espère qu'ils pourront s'en débrouiller. »
« NON ! »
« Oh, pardonne-moi, dit Sparda en laissant tomber le corps de Mary. C'est toi qui devais la tuer pour fermer la porte. Suis-je distrait ! »
Dité ne répondit pas. Il gardait les yeux baissés, vers Mary.
« Pas d'imprécations ? Pas de menaces ? »
Dité n'essuya pas les larmes d'or qui avaient coulé sur son visage. Il attaqua Sparda, le surprenant.
« Tu n'es pas assez fort. Et je connais toutes tes techniques. »
Les deux adversaires avaient atterri à quelques mètres de distance.
« Faux. »
Dité avait ramassé Kalina Ann en se relevant et tira. Sparda esquiva.
« Je ne suis pas assez bête pour me faire avoir deux fois ! »
« Je sais ! »
Dité était réapparu dans le dos de Sparda et ses lames l'attendaient. Il s'en servit pour l'électrocuter, ne s'arrêtant que lorsqu'un peu de fumée s'échappa du corps noirci.
Puis il courut vers Mary et la prit dans ses bras.
Dante prit l'enfant dans ses bras.
« C'est un garçon, tu vas être contente. »
Mais Trish ne répondit pas. Elle avait hurlé au moment de la naissance, et restait maintenant immobile. Et l'enfant ne bougeait pas non plus.
« Mary… Regarde-moi. »
Deux larmes tombèrent sur les lèvres de l'humaine. Elle cilla faiblement et ouvrit finalement les yeux. Un filet de sang s'épaississait le long de sa joue.
« Achève-moi, et… ferme la porte. »
Il hocha la tête, continuant de pleurer.
« Je croyais que… »
« Je sais. Les démons ne pleurent jamais. »
Elle ferma les yeux lorsqu'elle l'embrassa, espérant que la douleur s'en irait avec la mort.
Mais au lieu de ça, une grande chaleur envahit tout son corps. Dité la remit debout. Il avait repris forme humaine.
« Qu'est-ce que tu as fait ? »
« Je ne peux pas, dit-il simplement. »
D'un trou béant dans son ventre coulait à flots son sang sombre.
« Mais… Mais tu le dois ! »
Il secoua la tête et tomba à genoux.
« Ce sacrifice ne marche que si je t'aime vraiment… »
Il se mit à tousser, crachant du sang. Il faiblissait à vue d'œil.
« Ironique, hein ? »
« Quoi ? »
« Et parce que je t'aime vraiment, je ne PEUX pas te tuer. Tu ne comprends pas ? On ne peut pas fermer la porte à tout jamais, parce que le rituel est impossible. »
« Mais… Sparda… »
« A tué cette femme, et ça n'a pas suffi. Ca n'a aucune importance. Dante… »
Elle le serra dans ses bras, l'empêchant de parler.
« Oui, Dante fera ce qu'il faut. »
Il essaya de se relever, mais elle l'en empêcha.
« Adieu, Mary. »
Il utilisa le peu de forces qu'il lui restait pour la pousser à travers le portail.
« ATTENDS ! »
Elle était seule du côté humain. Le portail se solidifia brusquement dans un éclat de lumière.
Mary tomba à genoux, se protégeant les yeux.
Lorsqu'elle les rouvrit le portail tombait en pièces, comme un miroir bleuté.
« DITE !! »
Au même moment, le bébé se mit à pleurer de toutes ses forces. Trish sourit faiblement.
« On peut dire que vous m'avez fait peur tous les deux… »
Une poignée de démons encercla Mary qui pleurait toujours, la tête dans ses mains. Elle se prit à espérer qu'ils feraient ça rapidement. Mais elle entendit le glissement d'une lame fine sur les chairs, et les grognements cessèrent.
« Il est pathétique de voir une guerrière telle que toi s'apitoyer ainsi. Debout. »
Elle se leva d'un bond, croyant reconnaître la voix. Mais ce n'était pas Dité. L'homme ressemblait comme deux gouttes d'eau à Dante. Il essuya son katana avant de le ranger et partit en direction du Devil May Cry.
« Suis-moi, sans armes tu n'as aucune chance ici. »
« Comment êtes-vous… ? »
« Il avait toujours mon âme. Sa mort et les flux magiques troublés ont fait le reste. »
« Dante va être ravi. »
« N'en sois pas si sûre. Nous n'avons jamais été en très bons termes. »
Dante confia le bébé à sa mère, visiblement à contrecœur, lorsqu'il vit Mary entrer.
« Mais qu'est-ce qui s'est passé ? »
« Le sacrifice n'a pas été accompli dans le bon sens, dit Vergil en entrant. »
Il posa son arme sur le bureau de Dante et s'y appuya. Comme s'il avait toujours été là.
« Tu n'es pas un fantôme cette fois ? »
« Je ne sais pas de quoi tu veux parler. »
« Toujours aussi désagréable avec moi… »
« Tu n'as que ce que tu mérites, petit frère. »
Mary crut à la tension dans leurs voix qu'ils allaient se jeter dessus armes aux poings dans la seconde. Au lieu de ça, ils se lancèrent dans une accolade fraternelle.
« Comment l'as-tu appelé, demanda Mary à Trish ? »
« C'est Dante qui a choisi… Sparda-Dité. »
« Je trouve ça très joli… »
EPILOGUE
« C'est tout ce que tu peux faire ? Lamentable… »
Vergil rengaina son katana et partit vers la maison. Puis il se ravisa et vint aider Sparda-Dité à se relever. Celui-ci avait l'air âgé d'une vingtaine d'années, une carrure athlétique. Ses cheveux presque blonds étaient coupés en brosse et il avait le regard troublant des fils de Sparda.
« Enfin, c'est toujours mieux que la… « technique » de ton père. »
« Ca veut dire que je ne pourrai toujours pas utiliser Yamato ? »
« Je n'aurais rien contre un échange… Mais Dante m'a fait jurer de ne jamais remettre la main sur Force Edge. »
Sparde-Dité considéra l'épée qu'il tenait. Il avait cru hériter de l'épée de secours, puisque son père et son oncle avaient chacun une des lames de Sparda. Mais il n'avait appris que récemment la nature réelle de Force Edge.
« Je ne te ferais pas revenir sur ta parole, Tonton. »
Vergil grimaça.
« Si tu m'appelles encore une fois comme ça… »
« Oui, je sais… »
Il composa l'air glacial de Vergil sur ses traits et dit d'une voix menaçante :
« Je vais accéder à ton souhait et te donner ce sabre, mais pas dans son fourreau. »
« Je n'ai jamais dit ça. »
« C'est ce que tu penses très fort et que tes yeux me font comprendre. »
Vergil soupira, avant d'ébouriffer les cheveux du jeune homme et de rentrer.
« Il est presque quatre heures, ajouta-t-il en fermant la porte derrière lui. »
L'heure à laquelle Sparda-Dité avait pris l'habitude de rendre visite à Mary.
« Alors, quelles nouvelles de la fine équipe du Devil May Cry ? »
« Oh, comme d'habitude. Du menu fretin de temps en temps… Juste de quoi nous permettre à Maman et à moi de rester démons… Et de quoi occuper Dad et Vergil ! »
Il s'assit sur le lit et prit la main de Mary.
« Je voulais te remercier encore une fois de m'avoir raconté comment vous aviez refermé la porte des enfers. »
« Je ne suis pas la première à le faire, pourtant. »
Il remonta ses oreillers pendant qu'elle toussait violemment. Elle se laissa retomber avec un sourire de gratitude. Elle avait cessé de chasser les démons suite à cette histoire, pour se consacrer à des études poussées de magie et de démonologie. Elle semblait chercher certaines réponses et le regard satisfait qu'elle arborait en ce jour, son cent-cinquante-troisième anniversaire, laissait croire à Sparda-Dité qu'elle en avait trouvé au moins une partie. Elle ne laisserait aucune famille derrière elle, aucun autre homme n'ayant réussi à l'approcher. Il comprenait maintenant pourquoi. (« Il faut dire que les hommes de ma famille sont exceptionnels, avait-il commenté. »)
« Je voulais avoir le point de vue de tous. Je sais maintenant, par exemple, que Dad a tendance à un peu enjoliver ses récits. »
« Il est comme ça, sourit-elle. »
« J'aurais voulu qu'il m'accompagne aujourd'hui, mais il a catégoriquement refusé. »
« Je m'en doute, mais ne t'inquiète pas ce n'est pas un problème. »
« Je t'envie cette sagesse et ce calme. »
« Quand tu seras vieux, je te souhaite que le monde te paraisse aussi clair qu'il l'est pour moi aujourd'hui. Sache que je vais délivrer ton père d'un poids, d'une crainte. »
« Ne parle pas comme ça, il t'adore ! »
« Ce n'est pas la question. Seulement, je suis la dernière personne mortelle à qui il soit attaché. J'en suis flattée d'ailleurs. Et lorsque je serai morte… »
« Ce n'est pas pour tout de suite, tu es encore en pleine forme ! »
« Je suis fatiguée, dit-elle en fixant un point derrière le jeune homme. Je te remercie d'être venu aujourd'hui. »
Elle sourit, comme une jeune amoureuse, mais le sourire n'était pas destiné à Sparda-Dité. Et le regard de la vieille femme se voilait lentement. Elle serra sa main. Curieux, il finit par regarder ce qui, derrière son épaule, attirait tant l'attention de Mary.
L'espace d'un court instant, il lui sembla que dans les ombres mouvantes sur le mur se détachait une silhouette humaine. Mais la sonnerie stridente des moniteurs lui fit aussitôt oublier son impression. Mary s'était éteinte, une expression de bonheur sur le visage.
La malédiction de Dante était terminée.
Voilà, c'est terminé pour de bon cette fois... Merci à tous mes reviewers et revieweses, y compris les anonymes (Miss Mary Rose...). J'espère que ça vous a plu!
Les leçons de classe continueront en tout cas, et un autre projet Devil May Cry est en cours, mais... chut!
