- Ah ah… et tu te rappelles lorsque nous devions défendre Susan contre tous ses prétendants ? demanda Edmund à son frère ainé.

- Oui, rigola Peter, il a toujours fallu que nous soyons derrière elle.

- Vous dites n'importe quoi tous les deux, s'indigna Susan, je me suis souvent débrouillée toute seule.

- Oui, bien sur, affirmèrent-ils en cœur.

Susan et ses deux frères déambulaient dans la cours intérieure du palais de Miraz, désormais palais de Caspian, en se souvenant de leurs années de règne. Susan était vêtue d'un magnifique robe bleu et blanche et mettait en valeur ses yeux et nombreux étaient les jeunes telmarins qui étaient passés à coté d'eux en la regardant. D'où l'hilarité de Peter et Edmund.

C'était le début de la mâtiné et le couronnement de Caspian était prévu dans l'après-midi, de sorte qu'ils pouvaient se promener dans la ville. Lucy arriva en trombe vers eux en riant :

- Oh, vous auriez du voir ça. Reepicheep a défié Trompillon en combat singulier parce qu'il avait ri de lui pour je ne sais quelle raison et… c'était trop drôle.

- Qui a gagné ? demanda Edmund en souriant.

- Oh, aucun des deux, Caspian les a séparé avant que ça ne deviennent dangereux. Mais c'était vraiment trop marrant. Oh, fit-elle en remarquant sa sœur, Susan, tu es belle.

La jeune fille rougit mais répondit :

- Voyons Lucy, tu es très jolie aussi.

- Oui, mais moi, je ne suis que jolie !

- Tu es jalouse Lucy ! Rigola Peter. Nous allons voir Aslan avec Edmund, à tout à l'heure.

- Ce n'est pas vrai Peter, je ne suis pas jalouse !

- Tu n'a pas à l'être Lucy, lui répondit doucement sa sœur, quand tu auras mon âge, tu seras la plus belle.

Elles se sourirent mutuellement et Susan prit sa sœur dans ses bras. Sa petite sœur… qui avait retrouvé Aslan et fait preuve d'un courage qu'elle n'aurait jamais.

Soudain, Lucy se dégagea des bras de sa grande sœur et partit en courant :

- J'ai oublié de dire quelque chose à Edmund. A tout à l'heure, Su ! Lui cria-t-elle en souriant.

Lucy avait, en réalité, aperçu Caspian qui venait vers elles et elle voulait laisser sa sœur avoir un moment seule avec lui. Elle avait compris depuis longtemps les sentiments qui étreignaient sa sœur concernant le prince et cela la rendait heureuse autant que ça lui brisait le cœur. Elle avait peur pour Susan, peur pour sa grande sœur qui risquait de perdre l'homme qu'elle aimait. Car, au fond d'elle, Lucy savait qu'il leur faudrait un jour repartir dans leur monde. Elle espérait au plus profond d'elle-même qu'Aslan les autoriserait à rester mais elle savait ce qu'il leur dirait : les meilleures choses ont une fin. Et il leur faudrait repartir. Peut être pourraient-ils revenir à Narnia, mais combien de temps se serait-il écoulé ? Quelques jours, des mois, des années ? Personne ne pouvait le prévoir.

Elle éprouvait alors une grande tristesse pour sa sœur qui allait perdre le seul homme qu'elle n'ait jamais aimé. Elle-même savait à quel point perdre un être aimé faisait mal : son cœur s'était déchiré lorsqu'elle avait compris qu'elle ne reverrait plus Mr Tumnus et cela l'emplissait de chagrin pour sa sœur.

Celle-ci n'avait, au départ, pas compris pourquoi sa sœur était partie en courant avec pour prétexte d'avoir oublié de dire quelque chose à Edmund… elle savait lorsque Lucy mentait, c'était inné chez elle : elle devinait lorsque les gens lui mentaient. Mais là n'était pas la question… Susan venait d'apercevoir Caspian qui avançait vers elle en souriant et elle remercia sa petite sœur tout autant qu'elle la maudit de la laisser encore une fois seule avec lui.

Lorsqu'il l'avait sauvé dans la forêt alors qu'elle se battait seule contre des soldats telmarins pour permettre à Lucy de retrouver Aslan, elle avait compris la vrai nature de ses sentiments pour le futur roi de Narnia mais elle avait toujours peur de les lui avouer… bien qu'elle ait compris ce que le jeune prince éprouvait pour elle. Mais il était temps maintenant.

Elle s'avança vers Caspian en souriant :

- Bonjour Majesté, dit-elle en s'inclinant gracieusement devant lui.

Il lui fit un grand sourire et fit de même :

- Bonjour ma reine.

- C'est un grand jour pour vous.

A peine avait-elle prononcé ces mots que le regard du jeune homme se fit plus sombre. Susan fronça les sourcils et le questionna du regard.

- Je… je ne suis pas sur d'être prêt pour être roi, Susan. Lui répondit-il en baissant les yeux.

- Vous pensez que nous l'étions, nous ? Il y a un an… et 1300 ans pour vous… bien sur que non ! Personne n'est prêt pour être roi… jamais, lui dit-elle avec un doux sourire.

- Mais vous avez redonné sa liberté au peuple de Narnia, votre règne a marqué l'âge d'or de ce pays…

- Mais nous avons fait des erreurs, le coupe-t-elle, beaucoup d'erreurs. Mais le peuple de Narnia nous a pardonné. Et vous savez pourquoi ?

- Non… je…

- Parce qu'il avait foi en nous. Comme il a foi en vous en ce moment et comme nous avons foi en vous. Fini-t-elle en baissant les yeux.

Le nous faisait, en réalité, référence à elle – même si elle savait que ses frères et sœur approuveraient ce qu'elle avait dit – et elle se mit à rougir en sentant le regard surpris du Prince. Son cœur s'était mit à battre encore plus fort lorsqu'il avait compris ce qu'elle lui avait dit : elle avait foi en lui.

- Ah, je vous trouve tous les deux, c'est parfait, résonna la voix de Peter, tandis qu'il avançait vers eux. Su, Aslan souhaite nous parler à tous les deux et vous, Caspian, il aimerait que vous rassembliez tous les habitants dans la grande cour du château.

- Bien, répondit Caspian.

Il lança un regard à Susan et leurs yeux se rencontrèrent un instant puis il tourna les talons et prit la direction de la cour. Susan avait un air déçu et son frère le remarqua mais ne dit rien. Il la prit par la main et l'emmena là ou les attendait Aslan. C'est alors qu'il leur annonça qu'il était temps, pour eux, de quitter Narnia et qu'ils ne pourraient plus jamais revenir. Peter vit sa sœur devenir livide et, dès lors, son cœur se serra et s'emplit de tristesse. Elle allait devoir lui dire au revoir, alors qu'elle venait de lui avouer son amour. Lorsque Caspian arriva dans la petite cour où Aslan, Susan et Peter marchaient, pour les informer que tout le monde était rassemblé, la jeune fille dut prendre sur elle pour ne pas laisser couler ses larmes mais le regard qu'elle lança a Caspian était des plus limpides : une tristesse infinie apparaissait dans ses yeux. Il ne saisit pas tout de suite ce que cela impliquait mais le baiser qu'elle lui donna avant de rejoindre son monde avec ses frères et sœur avait un goût d'adieu et il comprit alors qu'il ne la reverrait plus.