III: Lendemain de fête

Charlie ouvrit difficilement les yeux: une douleur lancinante vrillait son crâne, à croire que tous les piverts du coin s'étaient donnés rendez-vous dans son cerveau ! Il tourna doucement la tête vers son compagnon et ne put s'empêcher de gémir: il avait une sacrée migraine, et celle-ci mettrait bien quelques heures, voire toute la journée, pour disparaître ! Le jeune homme remit sa tête dans sa position initiale et un nouveau gémissement franchit ses lèvres. Il voulut se masser les tempes, mais ses bras semblaient peser une tonne.

"Charlie, ça va ? murmura Don. L'agent du FBI, éveillé depuis un moment, avait entendu son compagnon gémir. Même s'il avait sa petite idée sur les causes du mal-être du mathématicien, il voulait néanmoins s'en assurer. "Charlie ?"

-Don... Parle pas si fort, ça résonne !

-Mais je chuchote, là ! Ben mon vieux, si t'as pas la gueule de bois, ça y ressemble fort en tout cas !

-Don ! grogna l'intéressé. Fous-moi la paix ! ajouta Charlie en se massant les tempes. Et dis-moi plutôt ce que je peux faire pour que ça se calme ! T'es déjà passé par là il me semble, non ?

-Oui, mais le remède dépend de l'intensité du mal si je puis dire ! Si t'as énormément bu, il te suffit de boire dès le réveil le dernier alcool ingurgité la veille. Sinon, une bonne aspirine et une grosse sieste feront l'affaire ! Combien de cocktails as-tu avalé hier ?

-Aucune idée... J'ai arrêté de compter après le troisième...

-Bon, eh bien heureusement que j'ai gardé un oeil sur toi alors ! Tu t'en es exactement enfilé cinq !

-Cinq ? T'es sûr ? Oh, mon dieu... Voilà que le plafond tourne maintenant !

-Ouh là ! Mais on dirait que t'en tiens une bonne, là ! Bon allez, je file te chercher une aspirine ! Et toi, pas de mouvement brusque pour te lever, sinon c'est ton estomac qui risque de ne pas apprécier !"

Quelques instants plus tard, Don revint avec un verre qu'il posa sur la table de nuit le temps d'aider Charlie à s'asseoir dans le lit. Ce dernier avala tout doucement le remède pendant que son compagnon lui massait les tempes, et il dut reconnaître que la situation présentait tout de même l'avantage de pouvoir se faire dorloter un peu... Le jeune homme rendit son verre à Don qui le reposa sur la table de nuit.

"Alors, ça va un peu mieux ? chuchota ce dernier.

-Oui... Par contre, tu pourrais continuer à me masser les tempes ? Je crois que ça va m'aider en attendant que l'aspirine agisse...

-Bien sûr... Mais toi, je voudrais que tu me promettes une chose, c'est de ne plus boire comme ça la prochaine fois que tu voudras me parler d'un truc important !

-Oh oui ! Juré ! Fini le cocktail Calypso pour moi !

-Mais au fait, Charlie, c'est aujourd'hui ton anniversaire...

-Oui, et ?

-Et alors bon anniversaire mon amour... dit Don en posant doucement ses lèvres sur celles de son compagnon.

Le mathématicien avait toujours la migraine, mais celle-ci commençait à battre légèrement en retraite grâce à l'aspirine et aux massages sur ses tempes. Il prit le visage de Don entre ses mains et répondit tendrement au baiser. Les deux hommes entrouvrirent leurs lèvres et laissèrent leurs langues jouer entre elles. Au bout de quelques minutes, le baiser cessa et l'agent du FBI reprit:

-Eh bien, on dirait que ça va un peu mieux...

-Don... Je... Tu sais, pour hier soir... Le mathématicien devint pivoine en un instant. Ce qui s'est passé dans les toilettes... C'était... Enfin... disons que... si tu veux qu'on recommence là maintenant, je ne suis pas contre...

-Charlie... Tu...tu es sûr ? Parce que ta migraine risque de te gâcher le plaisir...

-T'inquiète pas pour ça... Tu ne sais pas que le sexe est un très bon remède contre les maux de tête ? Les hormones produites lors de l'activité sexuelle ont des effets comparables à ceux de l'aspirine paraît-il...

-Dis-donc toi, comment tu sais ça ?

-Il n'y a pas que les maths dans la vie... répondit malicieusement le jeune homme en capturant les lèvres de son compagnon et en l'enlaçant.

Don se demandait s'il n'était pas en train de rêver. Son petit ami venait de lui dire clairement qu'il était enfin d'accord pour avoir des relations plus poussées avec lui ! Il sentit son coeur s'emballer sous le coup de l'émotion, et serra Charlie dans ses bras pendant qu'ils échangeaient un baiser passionné. Mais l'agent du FBI voulut tout de même s'assurer du consentement de son compagnon:

"Charlie... Tu es sûr que tu veux vraiment qu'on... qu'on le fasse ?

-Oh, je... Je ne te promets pas qu'on réussira à aller jusqu'au bout, mais j'ai vraiment envie de... d'avoir des moments intimes avec toi... Même si... on n'a pas de relations sexuelles à proprement parler...

-C'est-à-dire ?

-Eh bien, tu vois... quand deux hommes font l'amour ensemble... il y en a un qui... qui... enfin tu vois...

-Oh... Tu veux sans doute parler de... pénétration ?

-Mmh... Je ne suis pas sûr d'avoir envie de... ça... Enfin, pas tout de suite...tu comprends ?

-Bien sûr, Charlie... Il n'a jamais été question pour moi de te forcer à quoi que ce soit, donc si tu me dis que tu n'es pas prêt à tenter l'expérience, eh bien on n'essaiera pas... Je préfère que tu me le dises clairement plutôt que de te forcer juste pour me faire plaisir, d'accord ?

-Merci Don...", répondit le mathématicien en reprenant les lèvres de son compagnon.

Le jeune homme se rallongea dans le lit en entraînant son petit ami avec lui. Don se retrouva sur Charlie et les deux hommes purent ainsi sentir que chacun d'eux commençait à être excité par la situation. Après encore quelques baisers, le plus âgé se releva et se mit à califourchon sur son compagnon le temps d'enlever son maillot. Le mathématicien en profita lui aussi pour se déshabiller. Les deux hommes passèrent de longues minutes à s'embrasser et à se caresser la poitrine et le dos, puis, d'un accord tacite, ils enlevèrent leurs caleçons.

Charlie ne put s'empêcher de détailler le corps musclé de Don, lequel ne se gênait pas non plus pour observer le mathématicien. Puis celui-ci fit allonger son compagnon et entreprit de l'embrasser et de le lécher un peu partout: le cou, les tétons, les mains, le ventre... Les gémissements qui lui parvinrent l'encouragèrent à continuer ses douces tortures. Le mathématicien laissa une de ses mains descendre vers le bas-ventre de son compagnon et effleurer la virilité dressée. Don se mordit les lèvres alors que Charlie prenait un malin plaisir à contourner celle-ci. L'agent du FBI grogna de frustration, et le jeune homme enroula enfin sa main sur le sexe tendu pour amorcer un lent va-et-vient. L'aîné des deux hommes soupira alors d'aise et ne put retenir un petit cri de surprise lorsqu'il sentit les lèvres de Charlie s'emparer de sa virilité. Don glissa les mains dans la chevelure de son compagnon et murmura son prénom plusieurs fois de suite. Le mathématicien, excité par les encouragements de son partenaire, accéléra le rythme de ses caresses, mais ce dernier lui demanda de ralentir puis de cesser.

Surpris et un peu déçu, Charlie obtempéra. Il se redressa pour regarder son petit ami qui lui sourit tendrement:

"Maintenant c'est à mon tour de te faire du bien..."

Don se releva et fit allonger son cadet à sa place. Le mathématicien ne tarda pas à gémir sous les caresses de son compagnon, surtout lorsque celui-ci entreprit de lui faire subir les mêmes outrages. Charlie se mordit les lèvres pour ne pas crier pendant que son aîné s'occupait de sa virilité avec les siennes. Puis l'agent du FBI s'interrompit:

"Charlie... Je te sens bien détendu là... Tu ne voudrais pas que j'essaye quand même de... glisser un doigt en toi ? Juste pour voir... si ça ne va pas, j'arrêterai tout de suite...

-D'accord, mais... doucement...

-Ne t'inquiète pas..."

L'aîné des deux hommes humidifia son index et reprit la virilité de son compagnon dans sa bouche pendant que sa main se dirigeait tout doucement vers son intimité. Don sentit Charlie se crisper légèrement et accéléra un peu ses caresses avant d'introduire son doigt délicatement.

Le mathématicien se mordit les lèvres et inspira profondément pour tenter de se détendre. Même s'il était consentant, il ne pouvait empêcher son corps de se contracter face à cette intrusion inhabituelle. Dans un murmure, il demanda à Don de continuer à insérer son doigt tout doucement.

L'agent du FBI observait attentivement les réactions de son compagnon. Lui faire mal était vraiment la dernière chose qu'il souhaitait, aussi procéda-t-il avec beaucoup de délicatesse. Son index finit par se retrouver complètement en Charlie, et il commença à faire un petit va-et-vient.

Le mathématicien sentit que Don bougeait son doigt en lui. Cela n'était pas douloureux, toutefois la sensation était... étrange. Le jeune homme eut l'intuition que cette dernière était le chemin qui menait au plaisir, et qu'un jour il l'apprécierait à sa juste valeur. Mais pour le moment, il en avait assez découvert, aussi demanda-t-il à Don d'arrêter son initiation.

L'aîné des deux hommes retira son doigt et continua ses caresses pendant quelques minutes avant de s'allonger sur son compagnon. Les deux amants s'embrassèrent puis l'agent du FBI écarta les cuisses de Charlie pour se caler entre ses jambes et frotter sa virilité contre la sienne. Le mathématicien sentit des frissons parcourir son dos, il avait chaud et froid en même temps, et crut défaillir lorsque la main de Don enserra leurs sexes pour intensifier les sensations pendant qu'il murmurait « je t'aime... » au creux de son oreille.

L'agent du FBI avait l'impression d'être dans l'un des rêves qu'il faisait depuis déjà un moment: Charlie et lui, enlacés, en train de se donner tendrement du plaisir. Don avait tellement attendu ce moment qu'il crut pendant un instant qu'il ne tiendrait pas longtemps avant d'atteindre le septième ciel. Mais sa volonté de faire passer le plaisir de son amant avant le sien fut la plus forte, et son amour pour le mathématicien le submergea tellement qu'il ne put se retenir de l'exprimer: il lui chuchota « je t'aime » jusqu'à ce que l'orgasme ne les emporte quelques minutes plus tard.

Essoufflés, heureux et émus, les deux hommes restèrent dans les bras l'un de l'autre le temps pour leurs respirations de retrouver un rythme normal. Don ne put s'empêcher d'embrasser tendrement Charlie sur tout le visage, il était irrésistiblement attiré par celui-ci et eut la certitude à cet instant qu'à l'avenir, il deviendrait plus démonstratif et serait moins renfermé sur lui-même. De son côté, le mathématicien se mit à caresser le dos de son amant et...

« Don...

- Oui ?

- Je... Je t'aime... Il m'aura fallu un certain temps pour te le dire, mais...ça y est...

- Heureux de l'entendre, Charlie... » murmura l'agent du FBI en l'embrassant tendrement.

oooooooooo

"Ah ! Enfin vous voilà tous les deux ! lança Alan en apercevant les deux hommes. Bien dormi ?

-Moi oui, ça va... Par contre, Charlie a eu un réveil, comment dire... difficile..., répondit Don.

-Mmh... Oui, c'est vrai, je me suis levé avec une bonne migraine, mais c'est bon, maintenant, elle commence à disparaître..., riposta l'intéressé.

-Si je comprends bien, Charlie, tu as la gueule de bois ce matin... Il me semblait bien aussi que t'avais pas mal picolé hier !

-Oh ça va... Si on ne peut plus arroser son anniversaire...

-Allons fiston, fais pas cette tête-là ! Tu n'es pas le premier à abuser de la boisson et tu ne seras certainement pas le dernier sur cette terre ! Et puis tu as quand même réussi à être raisonnable, puisque tu n'as pas bu à t'en rendre malade ! Contrairement à une certaine personne assise à côté de toi...

-Oh papa je t'en prie ! J'ai déjà eu plusieurs fois la gueule de bois, c'est vrai, mais la seule fois où j'ai été malade, c'était le jour de mes dix-huit ans, c'est tout ! riposta Don en riant.

-Euh... au fait, papa, il y a une chose que je voudrais te demander...

-Oui, Charlie ?

-C'est au sujet... de ma mère biologique... Je crois que... J'aimerais entamer des recherches pour la retrouver, mais en même temps je ne voudrais pas que tu croies que j'oublie maman...

-Charlie... soupira Alan. C'est gentil de t'inquiéter pour nous fiston, mais je me suis toujours douté que ce sujet-là serait abordé... Depuis la minute où nous t'avons adopté ta mère et moi, nous savions qu'un jour il faudrait en parler avec toi... Ecoute, c'est normal de vouloir savoir d'où l'on vient, je comprends parfaitement que tu aies envie de retrouver ta vraie mère et pourquoi pas de la rencontrer... Mais avant de te lancer là-dedans, je te demanderais de bien y réfléchir, et surtout d'envisager la possibilité qu'elle aie fait son... deuil de toi... Je ne veux pas que tu te fasses d'illusions, les gens changent en trente ans... La personne que ta mère est devenue aujourd'hui n'a peut-être plus rien à voir avec la jeune fille qu'elle était lorsqu'elle t'a mis au monde... Tu comprends Charlie ?

-Oui...

-Je t'ai raconté comment nous l'avions rencontrée Margaret et moi, mais je pense que ta mère a dû davantage se livrer dans la lettre qu'elle t'a adressée plutôt qu'à nous... L'as-tu seulement lue cette lettre ?

-Euh... non. Je... Tu m'as révélé mon adoption il y a un mois, mais je n'ai jamais osé la lire... Elle est toujours dans le petit coffret que tu m'as remis. Je crois que j'ai peur qu'en la regardant, je ne me mette à espérer des choses qui peut-être n'arriveront jamais...

-Charlie, intervint Don, sache que quoi que tu décides, tu ne seras pas seul. Si tu veux rechercher ta mère, je t'aiderai si tu le souhaites, mais papa a raison: elle a peut-être choisi de t'oublier pour refaire sa vie, tout comme elle a très bien pu aussi choisir de te laisser une place dans son existence pour le jour où tu te manifesteras... Tous les cas de figure sont possibles...

-Vous avez raison l'un et l'autre, répondit l'intéressé. C'est une chose que de vouloir découvrir mes origines, et c'en est une autre que d'y être confronté. Il va falloir que j'étudie très sérieusement la question, mais je crois que pour le moment je vais d'abord essayer de lire cette lettre."