V: Une affaire qui finit bien
«Charlie, tu peux répéter ?, demanda un Don complètement interloqué.
-Larry a connu ma mère, Don, répondit le mathématicien. Leurs parents étaient voisins et ils ont fait une partie de leur scolarité ensemble... jusqu'à ce que ma mère n'arrête ses études pour la raison que l'on sait...
- Waouh..., souffla l'agent du FBI. Pour une coïncidence, c'en est une sacrée ! Ton meilleur ami se trouve être justement l'une des personnes qui pourraient te fournir des informations sur ta naissance ! C'est dingue !
-Dingue c'est le mot mon cher Don, intervint Larry. Je ne réalise pas encore que ton frère adoptif n'est autre que le fils de celle qui fut une soeur pour moi... Moi qui étais venu l'inviter à déjeuner, j'ai bien peur que ce projet ne tombe à l'eau... Après ce que je viens d'apprendre, je crois que je serais bien incapable d'avaler quoi que ce soit de solide ! Aussi vais-je vous laisser déjeuner ensemble, comme cela vous pourrez discuter tranquillement de votre affaire !
-Oh mais ta présence ne va pas nous déranger Larry !, répondit l'agent du FBI. Si je ne te connaissais pas, je ne parlerais pas d'une affaire en cours devant toi, mais ce n'est pas le cas ! Et puis qui sait, peut-être que tu pourras nous aider !
-Bien, si ça te va comme ça Don, moi ça me convient aussi, déclara Charlie. Alors Larry, tu viens déjeuner avec nous ?
-D'accord Charles. »
Une heure plus tard, les trois hommes avaient fini de manger; ils se trouvaient dans une petite brasserie sympathique, « Les violettes », située non loin de l'université. Don sortit alors son dossier et le présenta à Charlie qui de son côté montra la petite boîte de sa mère à Larry. Ce dernier contempla longuement les photos, un petit sourire aux lèvres, puis il lut la lettre. Pendant ce temps, les deux frères adoptifs planchaient sur l'affaire du plus âgé: six jeunes femmes aux longs cheveux bruns, entre 25 et 35 ans, toutes torturées et tuées de la même façon: allongées sur un lit, les poignets et les chevilles attachées de chaque côté du lit. Les victimes étaient violées, frappées puis étranglées avec une corde.
« Triste affaire, murmura Charlie. Le point commun de toutes ces jeunes femmes est leur ressemblance physique, d'après les documents de ton dossier, il n'y en a pas d'autres...
-Effectivement, les victimes habitaient des quartiers différents et n'exerçaient pas le même métier, répondit Don. Mais je ne peux pas m'empêcher de penser qu'il y a autre chose qui relie tous ces meurtres, comme un endroit que ces femmes auraient toutes fréquenté: un resto, un bar, un ciné, que sais-je... J'ai demandé à Colby et à David de creuser la question, Megan a d'ailleurs insisté aussi, nous avons trop peu d'éléments en notre possession pour qu'elle puisse établir un profil psychologique fiable ! La seule chose dont nous soyons sûrs à l'heure actuelle, c'est que le meurtrier est un homme et qu'il est obsédé par le même genre de fille !
-C'est vrai que l'existence d'un lieu commun à toutes les victimes pourrait peut-être expliquer tous ces meurtres..., déclara le mathématicien. En tout cas, ça m'aiderait pour établir les bases de mon équation !
-Ah... Gabriella... Pourquoi as-tu eu peur de venir me voir pour me faire part de ce qui t'arrivait..., soupira Larry. A ces mots, Charlie et Don tournèrent la tête vers le physicien qui, surpris, s'exclama:
« Oh, toutes mes excuses les amis ! Je... Je pensais à voix haute, comme il m'arrive assez souvent de le faire, n'est-ce pas Charles... J'espère que je ne vous ai pas trop coupés dans vos réflexions avec les miennes !
-Non, Larry, lui répondit Charlie en souriant. Non, tu ne nous as pas interrompu, nous n'avons pas assez d'éléments actuellement pour que je puisse vraiment apporter ma contribution à cette affaire !
-Oh... Dites-moi, serait-ce indiscret de ma part de vous demander de quel genre d'enquête il s'agit ?
-Il s'agit d'un serial killer qui s'attaque à des jeunes femmes aux longs cheveux bruns, intervint Don. Malheureusement, rien ne semble les relier entre elles à part leur physique ! Quartiers différents, professions différentes...
-Toutes les victimes sont des jeunes femmes brunes, c'est bien ça ? Le tueur pourrait-il être... un prétendant éconduit ?
-J'y ai pensé, répondit l'agent du FBI, mais je suis sûr qu'il n'y a pas que ça... J'ai la certitude que notre homme a un autre critère au moins pour « sélectionner » ses victimes... Lequel, là est toute la question... »
Le portable de Don se mit à sonner. Celui-ci décrocha:
« Eppes. Oui, Colby, je suis avec Charlie, là...
-...
- Quoi ? Vous êtes sûrs de ça avec David ? Le voilà alors notre autre point commun entre les victimes ! C'est Megan qui va être contente ! Elle va enfin pouvoir établir un bon profil !
-...
- Allô ? Oui, bonjour Megan. Oui, je note... les « Belles de nuit », oui... OK... C'est bon, j'ai ton profil ! Bravo tous les trois ! On se voit tout à l'heure au bureau ! »
Don mit fin à la communication et se tourna vers ses deux compagnons:
« Eh bien, cette affaire pourrait se révéler moins compliquée qu'elle n'y paraît ! L'association « les Belles de nuit » vient de contacter le FBI pour leur demander officiellement d'intervenir et de faire cesse l'hécatombe parmi leur communauté !
-Comment ça l'hécatombe ?, demanda Charlie.
-La présidente de l'association a dit à Colby que quatre des victimes étaient lesbiennes... Et David a appris que pour les deux autres, l'une était plus ou moins brouillée avec sa famille, l'autre plutôt bien acceptée... Lesbiennes aussi toutes les deux !
-Ce serait donc ça le lien entre toutes ces femmes ! S'exclama le mathématicien. Le tueur s'en prend à des femmes qui ont le même type physique et qui sont homosexuelles de surcroît !
-Oui, et Megan pense que notre meurtrier aurait été « traumatisé » par la découverte de l'homosexualité d'une femme à laquelle il devait très certainement tenir...
-Donc j'étais quelque peu sur la bonne piste en parlant de prétendant éconduit... ajouta Larry.
-Tout à fait Larry ! Répondit Don. Maintenant il ne nous reste plus qu'à aller dans le quartier gay de la ville ! Je suis prêt à parier que toutes les victimes devaient aller plus ou moins régulièrement là-bas, dans un restaurant, un bar ou une boîte de nuit...
-Et pour ma part, je pense pouvoir trouver une équation valable, puisque nous avons des éléments fiables !
-Oui, mais il faudra aussi faire des recoupements avec notre base de données... », conclut l'agent du FBI.
oooooooooo
« S'il te plaît Larry, tu es sûr que tu m'as bien dit tout ce que tu savais sur ma mère ? » demanda Charlie à son ami alors qu'ils repartaient vers le bureau du mathématicien après le cours donné par ce dernier.
-Oui Charles, je t'ai absolument tout raconté ! Sa famille est partie à San Francisco, c'est tout ce que je sais ! Quoique... J'ai un doute tout à coup...
-Oui Larry ? s'enquit le jeune homme.
-Eh bien... Je n'en suis pas sûr à 100 , mais ta mère a un frère plus âgé, Paolo... quatre ans plus vieux si je ne m'abuse... Ce qui fait qu'au moment de ta venue au monde, ta mère avait 19 ans et lui...23...
-Et alors ?
-Et alors, Charles, je crois qu'à l'époque où Gabriella et moi étions étudiants, Paolo lui travaillait déjà... Comme mécanicien si je me souviens bien... Et je crois qu'il n'habitait déjà plus chez ses parents...
-Se pourrait-il qu'il soit resté à Los Angeles et qu'il n'ait pas suivi sa famille à San Francisco alors ? dit Charlie d'une voix où perçait l'espoir.
-Peut-être, Charles, peut-être... Mais encore une fois je n'en suis pas sûr à 100 ... Je crois que le mieux pour toi serait d'essayer de contacter cette Carolina Johnson qui s'est occupée de ta mère pendant sa grossesse...
-Tu as raison Larry... Mais si ce Paolo vit encore à Los Angeles, ce serait dommage de ne pas essayer de le rencontrer... Après tout, c'est mon... oncle...
-Charlie, Larry, bonjour ! lança une voix féminine
-Bonjour Amita ! répondirent les deux hommes en choeur.
-Dis-moi Charlie, je viens de finir les cours, là j'ai un peu de temps libre, ça te dirait d'aller prendre un café ?
-Oh, euh... »
Depuis que la jeune femme avait abandonné les mathématiques pour faire une thèse en physique, Charlie voyait celle-ci moins souvent, mais il avait l'impression aussi que depuis son changement d'orientation, Amita essayait de se rapprocher de lui. Les deux jeunes gens étaient bien sortis ensemble une fois, mais leur conversation limitée en dehors des maths leur avait fait comprendre à l'un et l'autre qu'une relation amoureuse pourrait difficilement voir le jour entre eux. Depuis, le mathématicien était tombé amoureux de son frère adoptif, mais il était persuadé que l'étudiante n'avais jamais vraiment renoncé à lui... Charlie chercha alors un moyen de décliner gentiment la proposition sans froisser la jeune femme:
« Eh bien, Amita, cela aurait été avec plaisir, mais j'ai appelé Don pour qu'il vienne me chercher, j'ai une équation à lui soumettre pour l'une de ses enquêtes mais je dois d'abord la finaliser ! Alors je suis désolé, mais je ne pourrai pas aller boire un café avec toi aujourd'hui !
-C'est pas grave, c'était à tout hasard », répondit Amita avec une pointe de déception dans la voix.
-Bon, ce n'est pas tout, mais il faut que j'y aille ! Don va m'attendre ! Au revoir Larry ! Amita...
-A demain mon cher ami !
-Bon, ben au revoir Charlie... » ajouta la jeune femme.
Malgré leur unique sortie, Amita Ramanujan avait toujours gardé l'espoir qu'un jour, le mathématicien et elle parviendraient à se trouver d'autres sujets de conversation que les maths... Charlie lui plaisait énormément, et elle avait toujours su qu'il ne faudrait pas grand-chose pour qu'elle en tombe vraiment amoureuse... Mais depuis quelques temps, la jeune femme sentait que son ancien directeur de thèse avait changé: elle le trouvait plus détendu, plus souriant, un peu comme si...
« Larry, je peux te demander quelque chose ? Mais c'est, comment dire, un peu personnel... C'est au sujet de Charlie...
-De Charles ? Et que voudrais-tu bien savoir, ma chère Amita ?
-Eh bien...est-ce que tu sais si Charlie... voit quelqu'un en ce moment ? Est-ce qu'il a une petite amie ?
-Euh... Non, enfin du moins pas à ma connaissance... Mais ça, il vaudrait peut-être mieux que tu le lui demandes toi-même... »
oooooooooo
Charlie reposa le combiné du téléphone en soupirant. L'affaire de Don était en passe d'être résolue – les fédéraux procédaient par élimination dans leurs listes de suspects – mais ce qui le préoccupait en cet instant était la conversation qu'il venait d'avoir avec l'assistante sociale du centre d'adoption de Los Angeles. La jeune femme qui s'était occupée de sa mère, Carolina Johnson, était partie à la retraite depuis deux ans et Charlie avait eu bien du mal à convaincre son interlocutrice de lui donner les coordonnées personnelles de celle-ci. Le mathématicien savait déjà ce qu'il allait trouver dans son dossier d'adoption, son père en avait un double à la maison; il voulait rencontrer Carolina car sa mère avait laissé entendre dans sa lettre qu'elle ferait en sorte de donner de ses nouvelles à cette femme.
Depuis le début de la semaine où Don était venu le voir à l'université pour l'affaire du « tueur de lesbiennes » comme les médias l'avaient surnommé, Charlie avait peu vu son petit ami. On était vendredi en fin d'après-midi, et le jeune homme commençait à se faire à l'idée qu'il ne verrait pas son compagnon avant le lendemain matin. Le mathématicien en était là de ses pensées, lorsqu'une voix familière lui parvint:
« Salut fiston ! Déjà de retour ? lança Alan Eppes
-Papa... Tu devrais savoir depuis le temps que le vendredi je n'ai cours que de 10 à 13 heures ! Je suis rentré à 13h20, je me suis fait un petit quelque chose pour le déjeuner et j'ai attendu 14 heures pour... pour appeler le centre d'adoption.
-Oh... alors ça y est, tu t'es décidé...
-Oui... J'ai lu la lettre de ma mère lundi et depuis je voulais contacter cette Carolina Johnson dont elle parle, mais l'affaire de Don est arrivée et ce n'est qu'aujourd'hui que j'ai pu essayer de l'appeler... J'ai dû batailler ferme avec l'assistante sociale que j'ai eue au téléphone, elle m'a dit que comme Melle Johnson était partie à la retraite, il fallait que je vienne au centre pour consulter mon dossier d'adoption ! Mais j'ai finalement réussi à la convaincre de me donner les coordonnées que je voulais, à savoir celles de Carolina ! Si quelqu'un a bien connu ma mère en dehors de ses proches, je crois que c'est elle !
-Je suis d'accord avec toi, fiston... Quand je pense que ton collègue Larry était son ami d'enfance ! La vie est parfois incroyable ! Oh, euh... des nouvelles de Don ?
-Non, pas pour le moment... Il m'a laissé un message sur mon portable très tôt ce matin, me disant qu'il espérait pouvoir finir plus tôt ce soir et qu'il réfléchissait aussi à la possibilité de lâcher son appartement... pour revenir s'installer ici...
-Si je comprends bien, ton frère...euh, ton...p'tit copain, enfin... ton... compagnon...
-...aimerait vivre de façon permanente avec moi, déclara Charlie avec un petit sourire. Oh, et puis ne t'inquiète pas, papa, je comprends que tu aies encore un peu de mal à te faire à l'idée que maintenant Don et moi...soyons un couple...
-C'est vrai que j'ai encore du mal, mais bon, vous êtes assez grands tous les deux pour savoir ce que vous faites, et puis Don a l'air tellement heureux maintenant depuis que vous êtes ensemble...
-Salut la compagnie ! lança la voix de l'intéressé.
-Don ! »
Charlie se leva d'un bond et se précipita sur son petit ami pour l'embrasser de toutes ses forces. Ce dernier ne put alors rien faire d'autre que d'enlacer le mathématicien et de répondre au baiser:
« Mmmmh...Eh bien, je t'ai manqué on dirait ! J'aimerais bien être accueilli de la sorte plus souvent !
-Don... Alors, ton enquête ?
-Bouclée ! Et ce grâce à toi, mon p'tit génie préféré ! répondit l'aîné des deux hommes en l'embrassant. Notre homme écumait le quartier gay à la recherche de femmes ressemblant à son ex, qui l'avait quitté suite à la découverte de son homosexualité ! Et tes calculs couplés aux recherches de Megan ont permis de déterminer une zone d'investigation... et de pincer notre homme. Enfin pincer... façon de parler...
-Comment ça ?
-Eh bien... le gars nous a laissés prélever ses empreintes et un échantillon d'ADN, sans savoir que notre légiste avait réussi à trouver une empreinte partielle sur l'une des victimes. Pendant qu'il était en salle d'interrogatoire, le labo a procédé aux analyses et quand nous lui avons dit que nous avions le « tueur de lesbiennes » en face de nous, il a carrément pété les plombs. Colby et moi avons eu beaucoup de mal à le maîtriser, il a fallu faire appel au médecin pour qu'il vienne lui injecter un sédatif ! Enfin bref, un vrai cinglé !
-Bon, eh bien tout est bien qui finit bien alors, déclara Charlie. Et dis-moi, dans le message que tu m'as laissé ce matin, tu parlais aussi de ton appartement...
-Oui... En fait, plus j'y réfléchis et plus je me dis que ce serait vraiment stupide de ne pas revenir ici définitivement... Surtout que maintenant j'ai une bonne raison pour ça...
-Don...
-Oui ?
-J'ai appelé le centre d'adoption... et j'ai obtenu les coordonnées de l'assistante sociale qui s'est occupée de ma mère...
-Oh... et ?
-Eh bien, si tu es d'accord, j'aimerais aller la voir demain... avec toi...
-Pas de problème Charlie, je t'ai toujours dit que quoi tu ferais, tu ne serais pas seul... »
