Le lendemain, Harry errait dans Hyde Park. Au moins, il était sûr que personne ne viendrait le chercher là. La veille, son passé lui avait sauté au visage. Ginny n'avait été à quelques mètres de lui, et la pensée qu'il n'avait même pas pu, ne serait-ce que la voir, et au mieux, lui parler, le mettait dans un état de fureur extrême. Malefoy l'avait empêché d'entrer. Ils n'en étaient venus ni aux mains, ni aux baguettes, mais cela avait sur le point d'être. Le passé et le présent se mélangeaient dans la tête d'Harry. Ginny… Sa Ginny habitait près du Chemin de Traverse, il l'avait croisé dans un bar, il l'avait suivi jusqu'à chez elle où il était tombé sur la personne qu'il aimait le moins au monde, si l'on exceptait Voldemort, Bellatrix Lestrange, Pettigrow et Rogue, tous trois tués de sa propre main. Le prochain sur sa lilste était-il un certain blond ancien serpentard, dont Harry n'avait plus entendu parler depuis dix ans avant de le retrouver ami de ses propres amis, et vivant sous le même toi que la femme qui avait compté la plus pour lui. Où était la logique ? Il n'y en avait pas, en fait…

Un groupe d'étudiants passa devant lui… Poudlard… Un couple poussant une poussette… Ron et Hermione… Une jeune femme assise comme lui, seule sur un banc… Ginny ? Un autre homme arriva alors avec un bouquet de fleurs à la main. La femme se jeta sur lui pour l'embrasser… Draco Malefoy… Harry serra les poings. Il se leva brusquement et prit le chemin de son hôtel particulier, 12 square Grimmaud.

Harry avait emménagé dans la maison que son parrain lui avait léguée. Il l'avait aménagé pour en faire un coin plus chaleureux avec l'aide de Ginny. Ginny, Ginny et encore Ginny ! Ne pouvait-elle pas le laisser un peu tranquille ? Une chouette l'attendait. Il décacheta vivement l'enveloppe pour reconnaître l'écriture de… Ginny, évidemment.

Il était resté dans l'entrée de la maison sans s'apercevoir que sa fiancée le regardait du haut des escaliers. Il fit demi tour.

-Où étais tu ?

Harry se retourna et la vit.

-Harry, je me suis inquiétée…

-Tu n'aurais pas dû.

-Tu repars ?

-Oui.

-Où ça ?

-Ca ne te regarde plus.

Un silence se fit.

-Si tu pars tu ne me trouveras pas à ton retour.

-Tant pis.

Helga ouvrit la bouche d'ahurissement.

-Tant pis ?

-Ne fais pas semblant d'être triste. Je sais et tu le sais aussi que nous deux c'était ridicule, superficiel et sans avenir.

-Tu vas voir une fille ?

-Oui.

-Et ça fait longtemps que tu la vois ?

-Ca fait dix ans que je la cherche. Au revoir Helga. Laisse tes clés ici, s'il te plait.

OoOoOoOoOoOoOo

Il repéra sans mal la crinière rousse de Ginny, assise à la terrasse de Florian Fortarôme. Et ce ne fut pas sans appréhension qu'il s'avança vers elle, qui l'avait bien vu mais attendit qu'il s'installe en face d'elle pour lever a lui ses yeux brillants. Elle avait préparé des phrases, s'était composé un visage mais le revoir la troublait. Ce fut lui qui engagea la conversation.

-Je suis désolé pour…

Pour quoi était-il désolé, en fait : de l'avoir laissé partir ? de l'avoir fait pleurer ? de ne pas l'avoir retrouvé ? Il opta pour la moins polémique, du moins c'était ce qu'il croyait.

-… pour hier soir.

-Tu fais ça souvent ? Je veux dire… aborder des filles qui ont peu bu ?

OK, c'était pas gagné pour une réconciliation.

-Non.

-Pourquoi tu es venu ?

-Parce que tu m'as proposé de venir ?

-Je t'ai dit de venir uniquement si tu avais quelque chose à me dire en évitant Draco.

-Il est très protecteur, à ce que je vois…

- Il ne supporte plus de voir les gens qu'il apprécie souffrir.

-Ah… c'est que maintenant que ça le gène…

-Draco n'est pas le sujet.

-Pourquoi pas ? Alors ça fait longtemps que vous couchez ensemble ? C'est pour lui que tu m'as laissé tomber ?

-Tu es d'une mauvaise foi ! C'est toi qui m'as laissée tomber. Moi, je n'ai fait que partir.

Harry ne sut que dire. Il était venu pour s'excuser et voilà qu'il l'accusait de tout et de rien.

-D'accord. Admettons. Pourquoi ne m'as-tu envoyé aucune nouvelle ?

-Pourquoi t'en aurais-je envoyé ?

-Question d'évidence ! Je me suis vraiment inquiété !

-Tu n'aurais pas dû.

Cette conversation avait un goût de déjà vécue. Il connaissait la suite…

-Ginny, je veux m'excuser pour tout, tout ce que a souffert à cause de moi.

-Pour tout ? mais tu ne sais même pas de quoi tu parles ! Déjà, te voir à Poudlard avec Chang m'a brisé le cœur une première foi. Quand, plus tard, tu partais en mission, et que tu revenais au petit matin sans rien raconter, je me sentais à part, et même quand je suis partie, j'ai pleuré d'avoir perdu celui que j'aimais… pour toujours.

Harry ne disait pas mot, mais il fixait Ginny qui soutint son regard, qui ne brillait plus d'étoiles, comme avant, mais de colère, et il le savait bien.

-Pourquoi pour toujours ?

Ginny eut un sourire forcé.

-Mais, mon cher, je suis peut-être une loque humaine, mais regarde toi ! Tu…

-Merci, ça ira, j'ai déjà eut droit à mon portrait par ton frère et ta meilleure amie.

-Et alors ? ça ne t'as pas gêné ? Non, monsieur est content de la vie qu'il mène. Tellement content qu'il se saoule le soir dans des bars et suit la première fille qu'il voit.

-Tu y étais aussi ! Malefoy était avec une jolie française ?

-Draco n'a rien à voir avec ça. Evite de faire une crise de jalousie, c'est trop tard. Et la différence est que moi j'assume ce que je suis devenue, de ne pas avoir fait de ma vie ce que je voulais en faire.
-Il n'est jamais trop tard.

-Je sais, et c'est bien pour ça que je suis partie. Reprendre sa vie à zéro, avoir la possibilité de tout effacer comme d'un coup de baguette, de tout laisser de côté. Mais je n'ai pas réussi. A cause de toi. Parce que je me suis trop souvent posé la question de revenir à toi. Parce que je vivais dans l'idée que tu passerais ta vie à me chercher, et qu'un jour tu viendrais me trouver dans mon appart' moldu miteux. Et un jour, il m'a fallu très longtemps, je me suis résignée. Et je suis de retour avec une seule conviction : je veux ma vie sans toi.

-Sans moi ? Carrément… Et puis, ne dis pas n'importe quoi : je t'ai cherché.

-Entre deux missions, ou deux chambres d'hôtel ? Bien sûr…

-Mais arrête un peu ! Moi aussi je t'attendais et tu n'es jamais reparu. Je ne pouvais pas vivre dans le passé à tout jamais ! Tu n'es pas la seule victime !

-Tu es en tout cas le seul coupable.

-Tu es injuste.

-Peut-être. Mais je ne veux pas prendre de risque.

-Repartons de zéro tous les deux alors. Moi je n'ai jamais envisagé ma vie sans toi.

-On ne peut pas repartir de zéro, j'en suis la preuve, même avec une grande volonté.

-Tu n'en avais sûrement pas assez. Et ça, c'est la preuve que rien ne peut éteindre un amour comme le nôtre.

-Arrête toi là. Tu deviens ridicule. Je ne crois plus au prince charmant, dommage.

-Je ne te parle pas de prince charmant : je te parle de moi, ce qui est loin d'être la même chose je te l'accorde, je te parle de toi, de nous !

-Mon amour pour toi est complètement éteint, maintenant que je t'ai revu. Si tu acceptes que je prenne ton style…

-C'est ce que je pensais aussi, mais pour moi, te revoir change tout. J'ai rompu avec ma fiancée.

Ginny leva discrètement les yeux au ciel puis se déplaça de manière à se retrouver à côté de Harry qui ne disait pas un mot, et le regarda dans les yeux. Elle s'approcha encore de lui. En fermant les yeux, Harry se revit à ses 16ans, lorsqu'ils s'embrassaient dans le parc de Poudlard. Mais en fait… elle l'embrassait, justement ! Ses lèvres avaient toujours le même goût. Il posa la main sur sa nuque pour l'attirer tout contre lui, mais elle s'éloigna alors de lui et le jugea du regard.

-Tu vois, ça, ça ne me fait plus rien, finalement. Je ne t'aime plus.