J'ai vraiment aimé écrire ce chapitre... j'espère que vous aussi vous l'aimerez bien!
Draco s'extirpa de son lit sans difficulté. Il regarda le réveil avant d'ouvrir les rideaux. Il indiquait 9h34 : « Pas trop tôt, pas trop tard ! J'adore les dimanches qui commencent comme ça. »
Il enfila un jean et un tee-shirt, passa une veste, et sortit sans bruit de l'appartement. L'air était frais, il regretta de ne pas avoir pris d'écharpe. Il fila à la boulangerie : dans le quartier moldu, il en avait repéré une qui proposait des produits français. Il prit quelques viennoiseries et une baguette de pain. Il avait pris goût à ce genre de petits-déjeuners en France. En sortant, il fut un instant ébloui par un rayon de soleil qui avait percé à travers les nuages, puis il rentra tranquillement à l'appartement. Là, toujours silencieux, il posa sur la table de la cuisine le sachet et fit chauffer du café pour lui et du thé pour Ginny. Il se mit alors à chantonner, et ce ne fut qu'au bout de quelques minutes qu'il s'aperçut de la présence de la rouquine dans l'encadrement de la porte. Elle portait un jogging et un débardeur et ses cheveux étaient noués en une longue queue de cheval, d'où s'échappaient quelques mèches.
-Et moi qui comptais aller courir, tu fous en l'air mes bonnes résolutions !
-Qui a dit que ce petit déjeuner t'était destiné ?
-Oh, le méchant garçon ! C'est bon je reviens dans quelques heures pour te laisser prendre ton repas en paix avec ta dernière conquête.
-Dans ce cas là, ce serait toi qui serait ma dernière conquête…
Ginny se tourna avec un air malicieux.
-Ah oui ?
Elle était à quelques centimètres de lui et avait passé un bras autour du cou de l'homme. Elle s'approcha de son oreille. Il se demandait ce qu'elle allait trouver, cette fois.
-Va. Te. Faire. Voir. Avec ton air charmeur, tu te crois un tombeur… et bien tu as tort.
-C'est ça…
Et elle s'assit tranquillement à la table qu'il avait si gentiment préparée. Il déposa deux tasses fumantes et s'installa à son tour.
-En tout cas, content de voir que tu as récupéré l'appétit et la bonne humeur !
-J'allais pas me laisser abattre par lui, ça suffit amplement ! Je me sens… libérée ! Même si j'ai pas été très cool… enfin bon, tu t'en fous !
-Excuse moi, ton retour hier soir n'était pas révélateur de bonne humeur !
-Bah… que veux-tu que je te dise ? Bref. C'est une histoire enfin réglée, même si elle a bouffé ma vie.
-C'est une très bonne chose.
Un ange passa.
-Raconte moi ton voyage à Paris… Je n'en ai pas encore eu le récit ! Et maintenant que j'y pense… Qu'est ce que c'est que cette bêtise qui t'a retenu à Paris ?
Draco posa le bol qu'il était en train de boire et son visage se ferma. Ginny l'observa, étonnée.
-Qu'est ce qui s'est passé ?
Il était absorbé dans la contemplation du liquide fumant.
-J'ai fait quelque chose de pas bien… du tout.
-… et tu veux bien me dire…?
-Ginny… Si je te le dis, tu vas… pas être fière.
-Tu es le seul responsable de tes actes, et je ne vois pas en quoi ils me toucheraient.
-Tu veux vraiment savoir ?
-Oui.
-OK. J'ai… comment dire… embrassé Hermione.
Il se leva et quitta la pièce.
Ginny resta immobile, la tasse en suspension dans le geste qu'elle avait eu pour la porter à ses lèvres.
-Pourquoi ?
-Je n'ai pas couché avec elle, l'entendit-elle dire avant qu'il ne claque la porte de sa chambre.
-Là n'est pas la question. Je veux juste savoir pourquoi.
Pas de réponse.
Elle resta là, attendant des paroles qui ne venaient pas. Puis elle se leva et s'arrêta devant la porte de son colocataire.
-Draco…
-Ginny… Ecoute, là j'ai passé une semaine à essayer de me convaincre que ce n'était pas grand-chose, que ça n'allait rien changer… Et surtout j'ai pas le courage d'en parler.
Elle tourna la poignée tout doucement et vit Draco qui lui tournait le dos, assis sur le lit bien fait. Elle se mit face a lui, et l'obligea à le regarder.
-Premièrement, je pense que ce n'est vraiment pas si grave, deuxièmement que ça te feras du bien si ça te tracasse tant et troisièmement, que c'et quand même de ma meilleure amie et de mon coloc qu'on parle !
-Je vois pas en quoi…
-Draco, pas de mauvaise foi, j'ai déjà donné.
Elle s'accroupit à ses pieds car il avait de nouveau baissé la tête.
-Je te promets de ne pas sourire, de ne pas m'énerver, si ça peut te rassurer !
Un léger sourire se dessina sur les lèvres du jeune homme.
-Tu vois, c'est difficile pour un serpentard d'admettre ses conneries, de les assumer et en plus de les justifier.
-Je suis sure que tu vaux bien mieux qu'un serpentard tel que tu le décris.
Il regarda le carré de ciel bleu que découpait sa fenêtre et prit une profonde inspiration.
-Bon… Tu ne m'interrompts pas… Il y a dix ans, lors de notre dernière année à Poudlard, je me suis rendu compte, enfin, de tout ce que j'avais fait de mal. Ca m'a amené à reconsidérer autrement mes amis, mes actes, mes ennemis… Il n'y a rien de plus déroutant que d'observer sous un autre regard son entourage, et cela l'était d'autant plus moi, qui n'avais jamais regardé plus loin que ce que me montrait mon père. Alors, en voyant Hermione, si jolie, si épanouie, si heureuse après la guerre… dans les bras de ton frère j'ai été jaloux. Très jaloux. Mais ce n'était rien comparé à ce que j'ai ressenti quand je les ai revu, il y a quelques mois. Et là… il y a une semaine, elle était fragile, vulnérable, et j'en ai profité. J'ai honte…
Il enfouit son visage dans ses mains puis reprit.
-Elle m'a repoussé. Trois fois.
Ginny garda un instant le silence, laissant Draco gêné. Puis elle lui sourit.
-Et alors ?
-Alors ? Et bien… J'ai perdu une amie, Hermione, un ami, Ron et sûrement bientôt toi.
-Pourquoi ? Tu sais Draco… On est tous adultes. Hermione aura tout oublié si ce souvenir la gênait. Si elle t'apprécie, et je n'en doute pas un instant, elle passera sur tout ça. Du coup, Ron n'en saura rien, et ça, effectivement, c'est peut-être mieux pour toi ! Et moi, j'ai embrassé Harry hier, alors je suis très mal placée pour dire quelque chose, même si ce n'était pas pour les mêmes raisons… Et puis, j'ai bien assez de problèmes et de doutes en ce moment pour me permettre de perdre quelqu'un comme toi sur un coup de tête.
Elle s'assit à côté de lui et posa sa tête sur son épaule.
-Quelqu'un comme moi… ?
-Oui, quelqu'un comme toi. Quelqu'un de gentil, protecteur, calme, réconfortant, doux… Et le fait que tu sois mignon ne t'enlève rien. Draco, je me fous de ton passé, tout ce que je sais c'est que tout le monde aurait besoin de quelqu'un comme toi.
-Je ne suis en rien…
-Fais pas le modeste…
Elle releva la tête et l'enlaça.
-Ca va mieux ? Tu te sens libre ?
Il l'éloigna en la tenant par les épaules.
-Oui. Merci.
Elle avait un grand sourire étalé sur le visage.
-Ginny… Qu'est que c'est que ce sourire… ?
-Oh, rien… Je vais finir mon petit-déjeuner…
Draco resta perplexe, puis il se leva pour la rejoindre dans la cuisine. Elle était en train de débarrasser la table (bon… elle était en train de tout mettre dans l'évier !). Quand elle se retourna, elle se retrouva face à Draco qui la regardait avec un sourire entendu.
-Rien du tout ?
Il était à présent à quelques centimètres de Ginny. Elle n'attendit pas qu'ils soit plus proche pour se dégager.
-Rien du tout !
Il la regardait d'un air amusé.
-Si tu le dis…
Il se mit à ranger lui aussi quand il sentit la présence de Ginny derrière lui. Mais il ne se retourna pas et se contenta d'afficher un air satisfait sur le visage. Il sentit une pression sur son épaule, elle y avait posé son menton, et des mains se glisser autour de sa taille.
-C'est bien de se sentir libre, non ?
Draco s'apprêtait à répondre quand une voix se fit entendre du salon.
-Draco !
Il fit signe à Ginny de se taire en mettant un doigt sur ses lèvres.
-DRACOO ! C'est Ron !! Pourrais-tu me virer ce pare-feu en vitesse et te ramener immédiatement !?
« Reste là », chuchota Draco à l'adresse de Ginny
-Qu'est ce qui se passe, Ron ?
-On t'attend à Sainte Mangouste pour en juger toi-même…
