Vous voyez ? J'ai pas menti !

Chapitre1 :

« Carter, pitié ! »

Le major Samantha Carter sourit à son supérieur en guise d'excuse. Il était vrai que ce qu'elle avait fait n'était pas très malin…

« Rah, Jack ! Ce n'est pas parce que vous êtes hermétique à toute forme de culture que vous devez empêcher les autres de s'y intéresser ! »

Sam retint le rire qui menaçait de franchir ses lèvres à la vue de la mine incrédule du colonel. Personne ne parvenait à le moucher comme Daniel et le spectacle était toujours appréciable.

« Je ne suis pas hermétique, Daniel ! Je déborde ! Ca fait deux heures que vous nous pompez l'air avec vos vieux châteaux ! »

Se désintéressant de la dispute, le regard de Sam se promena sur le dit château, une légère brise caressant son visage. P4X-647 était une jolie petite planète. Jusqu'ici, ils avaient vu des champs, des prés et le profil d'une forteresse qui se dessinait dans le lointain, mais aucun habitant. Teal'c avait estimé le bâtiment a à peine trois heures de marche, ils en avaient parcouru deux pendant lesquelles Daniel leur avait décrit toutes les subtiles différences qui existaient selon les pays en ce qui concernait les châteaux forts. Même Sam et Teal'c commençaient à en avoir marre et elle avait donc commis l'erreur de glisser une question ironique dans le monologue de Daniel…Qui n'avait pas compris la plaisanterie et avait entrepris de répondre à sa question dans les moindres détails…C'est là que le colonel avait explosé.

Echangeant un regard complice avec Teal'c, Sam marqua une halte à l'instant où ils atteignaient un pré d'un vert émeraude. La jeune femme n'était pas spécialiste mais elle était à peu près certaine que trouver l'équivalent sur Terre devait être impossible. Elle jeta un regard en arrière pour découvrir que leurs coéquipiers se chamaillaient toujours à quelques mètres d'eux. Sam en profita pour observer plus attentivement ce qui l'entourait.

Il n'y avait aucune présence visible, ni animale, ni humaine, et c'était ce point qui la titillait depuis qu'elle avait passé la porte. Les environs semblaient prospères à la culture et à l'élevage, mais les champs étaient livrés à un abandon déjà ancien. Sam haussa les épaules, ses appareils ne montraient aucune trace de virus bactériologique et ils n'avaient trouvé aucun corps, ce n'était donc pas une cause extérieure qui avait provoqué l'exode rural. Ca ne pouvait être qu'une cause humaine.

Son regard accrocha soudain un arbre immense, planté en plein milieu du pré. A se demander comment elle ne l'avait pas vu avant. Absorbé par le jeu du soleil sur les feuilles, elle se laissa aller à un doux hébétement.

« Il est au moins centenaire ! »

L'exclamation enthousiaste de Daniel la sortit de sa torpeur. Secouant la tête pour s'éclaircir les idées, elle emboîta le pas à l'archéologue.

« Faites attention, madame. Le terrain est glissant. »

Elle tourna la tête vers son supérieur, surprise autant de la mise en garde que de la formulation. Devant l'insistance de son regard, le colonel fronça les sourcils, la dévisageant avec curiosité.

« Un problème, Carter ? »

Elle renonça à répondre, pensant qu'il s'agissait encore d'une de ses nombreuses blagues qu'elle ne comprenait pas. Elle préféra redonner à Daniel sa pleine attention.

« C'est bien ce que je pensais ! C'est un chêne, vous voyez ces strates, là ! Il a au moins 300 ans ! »

Sam voulut acquiescer, mais sa gorge était sèche. C'était curieux, parce qu'elle ne se souvenait pas avoir soif quelques minutes plus tôt. Pas plus qu'elle ne se souvenait avoir le vertige…Surprise du manque d'équilibre qui la saisit soudainement, elle tendit une main vers le chêne dans une piètre tentative pour se stabiliser.

« Carter ? »

Elle chercha son supérieur des yeux mais ses équipiers semblaient avoir disparu et elle ne trouva que les yeux rieurs d'un étranger. Le soleil jouait dans les cheveux châtain retenu en une courte queue de cheval, éclairant un visage aux traits durs. Il se dégageait de lui un tel magnétisme que pendant quelques secondes elle oublia où elle était, toute entière absorbée par la sensation curieuse des papillons qui remuaient dans son ventre.

« Ils avaient raison de vanter votre beauté, Princesse… »

Les sourcils de la jeune femme se froncèrent, tentant de décrypter les paroles de l'étranger.

« Qui… »

Elle ne termina pas sa phrase, sa vue se brouilla à nouveau et elle se retrouva adossée au chêne, le visage de Daniel à quelques centimètres du sien.

« Sam, est ce que ça va ? »

Son regard accrocha celui, hagard, du colonel et elle devina à la façon dont Teal'c le soutenait, qu'il avait subi une expérience identique à la sienne.

« Sam ? »

L'inquiétude dans la voix de Daniel la poussa à se relever. Elle ne s'expliquait pas ce qui s'était passé. Elle ne comprenait même pas ce qu'elle avait vu. Une hallucination ? Mais de quoi ? Et pourquoi ? Teal'c et Daniel ne semblaient pas avoir souffert du même trouble…

« Ca va, Daniel…Un étourdissement. »

Le colonel se redressa lui aussi, faisant quelques pas hésitants. Sam se tut, attendant qu'il parle. Cependant, lorsque leurs yeux s'accrochèrent, elle sut qu'ils n'en feraient rien, ni l'un, ni l'autre. Qu'importe ce qu'ils avaient vu, ils en resteraient à la version de l'étourdissement. Ce n'était pas très réglementaire et ça ne correspondait pas à leur attitude habituelle vis-à-vis de l'équipe. Pourtant, l'impression que ce qu'elle avait vu n'appartenait qu'à elle, qu'à eux, se fit plus vive. Non, elle ne trahirait pas leur secret. Quoi que ce secret puisse être.

« Jack, ça va ? »

Sam continua de le fixer tandis qu'il se retournait vers Daniel. « Oui, ce n'était qu'un vertige… »

« Vous n'avez pas l'air très en forme tous les deux, on devrait peut-être rentrer… »

Pendant que le colonel rassurait Daniel, Sam se retourna vers Teal'c, voulant le rassurer sur son propre état de santé. Elle le découvrit, la main en visière, le regard droit devant lui.

« O'Neill. »

La conversation derrière elle cessa immédiatement et bientôt, le colonel se tenait à côté d'elle, la main sur son arme dans un geste discret mais efficace. Sam tenta de distinguer ce qui les alarmait tant tous les deux mais le soleil couchant l'éblouissait. Elle sentit Daniel se glisser entre Jack et elle, cherchant lui aussi à comprendre ce qui se passait.

« On nous observe. »

Le calme constat de Teal'c fit aussitôt réagir Sam. Elle adopta la même attitude de défense rentrée que son supérieur, gardant les yeux fixés vers la direction que le Jaffa avait indiqué. Daniel fit quelques pas en avant, tout entier à sa curiosité, n'écoutant pas l'avertissement chuchoté de Jack.

« Pourquoi ne viennent-ils pas nous voir ? »

Sam sentit le colonel se tendre à côté d'elle, elle le devinait concentré sur sa mission de leader et s'obligea à adopter le même comportement. Qu'importe la mystérieuse expérience qu'ils venaient de faire, seule la sécurité de l'équipe importait désormais.

« Ils sont peut-être timides… »

Avec cette marque d'humour, O'Neill parcourut la courte distance qui le séparait de l'archéologue et, sans se concerter, Carter et Teal'c s'éloignèrent l'un de l'autre tout en respectant un certain retrait vis-à-vis de leurs coéquipiers. Ainsi, en cas d'attaque, ils couvriraient plus d'espace.

Ce ne fut que lorsque Daniel et Jack arrivèrent au niveau des étrangers, que Sam les distingua réellement. Quelques pas derrière, Teal'c et elle observaient la scène, prêt à défendre leur amis.

« Bonjour, n'ayez pas peur, nous sommes des explorateurs. »

Sam retint un sifflement, il y avait peu de chance que ces hommes aient peur d'eux. A première vue, un seul d'entre eux était un paysan, son accoutrement dépareillé ainsi que son allure générale le laissait deviner. Il y avait également huit soldats, reconnaissables à leurs armures de métal et au mutisme servile qui les caractérisaient ; ils collaient tout à fait dans le décor. Le dernier homme, en revanche…Tenant un cheval par la bride, il les toisait d'un regard froid.

Quelque chose en Sam lui hurla de fuir au moment même ou leurs yeux se rencontrèrent. L'instinct si puissant la prit tellement au dépourvu que, pendant une terrible seconde, elle faillit l'écouter…Seul le regard profond de Teal'c posé sur elle la retint, elle agrippa machinalement son arme à s'en faire mal. Devant le manque de réactions, Daniel enchaina.

« Je m'appelle Daniel Jackson, voici le colonel O'Neill, le major Samantha Carter et Teal'c. Nous venons de loin pour faire votre connaissance. »

Le regard de l'homme ne la quittait pas, prêtant aussi peu d'attention qu'elle au discours du linguiste. Sam avait de plus en plus de mal à soutenir le regard sombre, mais tout son orgueil la poussait à le faire. C'était étrange parce qu'elle avait beau ne l'avoir jamais rencontré, il lui inspirait une peur terrible qui se battait avec une haine immense. Dieu, elle était certaine de pouvoir le tuer sans une hésitation si jamais il se retrouvait à sa merci…

« Ok. Lequel d'entre vous commande ? »

Elle devina au ton du colonel qu'il n'appréciait pas plus qu'elle le regard scrutateur de l'inconnu. Ce qu'elle pressentit aussi, c'est qu'il pensait au même titre qu'elle que, justement, c'était lui qui commandait. Cependant, il n'était pas soldat. Tout dans sa posture l'indiquait. C'était un guerrier, sur ça, pas de doute, mais pas un soldat. Il avait l'assurance tranquille de ceux qui donnaient les ordres en sachant qu'ils seraient exécutés quoi qu'il en coute. Si elle avait été un animal, Sam aurait grogné, cet homme était habitué à se battre et à gagner. Probablement selon les lois antiques : pas de pitié au survivant. L'évidence soufflait en elle, c'était un tueur et elle était actuellement dans sa ligne de mire.

« Peut-être qu'ils ne nous comprennent pas… »

Le murmure de Daniel était assez fort pour être entendu de l'autre côté du champ. Sam, elle, luttait à nouveau contre cette étrange sensation de vertige. Elle s'appliqua néanmoins à ne pas lâcher le regard de l'autre. Pourtant, malgré tous ses efforts, elle bascula une fois encore, se retrouvant face à un autre homme, différent du jeune homme aux cheveux châtains qui l'avait tellement intriguée. A l'image de l'inconnu qui accompagnait les soldats, il déclencha en elle une pléiade d'émotions, dont une pulsion meurtrière impressionnante. Son corps se déplaçait dans la pièce sans qu'elle ait son mot à dire, elle parlait mais ce n'était pas sa voix, ses émotions n'étaient pas siennes…Elle n'était que la passagère d'un corps qui était sien sans l'être.

« Pourquoi me fuyez-vous, mon amie ? »

Son regard parcourut la grande pièce au mur de pierres claires, s'arrêtant sur les larges tentures faisant office de décoration. Il avait renvoyé les serviteurs, refusant le chaperon et les murant dans un silence insupportable…jusqu'à ce qu'il le brise. Là, elle sut qu'elle préférait cent fois le silence à cette affection factice.

« Cette situation n'est pas convenable. Où est votre honneur, Chevalier ? »

En vérité, elle se fichait bien de ce que deviendrait sa réputation si l'on savait qu'elle s'était retrouvée seule en compagnie de son promis. Seul l'orgueil la poussait à répondre, les ragots de la cour lui étaient égaux. Seuls les médisants croiraient qu'elle ait pu se donner à un homme pareil avant sa nuit de noces. Ce pour quoi elle affichait de l'importance en revanche, c'était sa liberté. Son peu de liberté…

Au moment où elle tentait d'atteindre la porte, l'homme l'attrapa au poignet, la plaquant contre le mur d'une poigne de fer.

« Mon honneur ? Vous osez me parler d'honneur ? On m'avait promis une Princesse, et tout ce que j'obtiens est une catin ! »

La libérant d'un coup de son emprise, il la projeta sur le sol. Sa tête heurta le sol de pierre avec un bruit sourd mais elle n'y accorda pas d'importance. Pendant une terrible seconde, elle crut que cet être abject allait la forcer. Lui ôter cette liberté factice qu'elle s'était créée. Mais au lieu de ça, il se dirigea vers la porte, lui portant le coup de grâce avant de l'abandonner.

« Rappelez vous que je peux tout sur votre royaume, Altesse. J'ai choisi la paix, je peux choisir la guerre. Allez-vous sacrifier le destin de votre peuple à votre désir ? Je n'admets pas la traîtrise. Encore moins quand elle vient de mon sang. Si vous ne tenez pas à votre peuple, peut-être tenez-vous à la vie de mon frère… »

Et, sur cette menace muette, il claqua la porte, la laissant pleurer sa rage sur les pavés de pierres blanches.

Sam secoua la tête et jeta un coup d'œil vers son supérieur mais, cette fois, il ne semblait pas perturbé. Son attention se reporta sur l'homme qui la fixait toujours. Son cœur manqua un battement. Ses yeux dégageaient la même cruauté que l'homme de son rêve. Il y avait en eux quelque chose de familier et de terrifiant.

« N'ayez crainte, je vous comprends. »

« Oh. Vous êtes le commandant ?

Teal'c, Jack et Sam échangèrent un regard entendu. C'était peut-être imperceptible pour Daniel mais le calme du ton avait le tranchant d'une lame et aucun d'eux trois ne se sentait de faire la conversation.

« Vous devez me suivre. »

Cette fois, même Daniel comprit le danger potentiel que représentait l'inconnu. Il recula légèrement, laissant Jack à son affaire. Sam leva discrètement son arme, l'ordre dans la voix de l'inconnu ne lui plaisait pas du tout.

« Ecoutez, ce n'est pas qu'on n'a pas envie, mais ça fait une trotte jusqu'à chez nous et il fait déjà nuit, alors on ne va pas vous déranger plus longtemps. »

Elle sut, au moment où le colonel essayait, que l'humour ne les sortirait pas de cette situation là.

« Cet endroit est sacré. En y pénétrant, vous avez enfreint les lois de Rivalen. »

« Rivalen ? » L'interrogation de Daniel tomba à plat, couverte par la voix, plus forte du colonel.

« Ecoutez, je suis désolé, mais on a déjà été prisonnier trois fois ce mois ci et j'ai parié avec un ami que cette mission là se passerait bien, donc on va s'en aller. »

L'homme claqua simplement la langue et les huit soldats se répartirent autour d'eux, épées à la main. Sam ramena son arme au menton, prête à faire feu, au moindre signe du colonel. Elle n'aurait aucun scrupule à tuer cet homme si c'était nécessaire. Tout ce qu'elle voulait, c'était rentrer chez elle.

« Jack ! Attendez ! »

Daniel s'interposa, à son habitude, entre le colonel et les autochtones.

« Ce n'est qu'un malentendu. On ne savait pas que cet endroit était sacré. »

L'homme habillé tout en noir n'avait pas bougé d'un pouce. Ne montrant aucun signe de crainte, il n'avait même pas daigné sortir sa propre épée. Son regard se posa à nouveau sur Sam avec un regard pensif, puis le reposa sur Jack, ayant certainement reconnu en lui le chef de leur petit groupe.

« Vous voyagez en charmante compagnie, colonel. Pourquoi vous encombrer d'une femme ? »

Sam remarqua simultanément que l'homme, s'il était totalement étranger à leur système hiérarchique, s'y était très rapidement adapté, et que la mâchoire du colonel s'était contractée à l'extrême, preuve qu'elle n'était pas la seule à qui ce type portait sur les nerfs. Le comportement du colonel n'était pas inhabituel, il n'appréciait pas trop ce genre de remarque sur son statut de femme. Pas plus qu'elle. Un besoin intense de se défendre, la traversa et elle répliqua avant même que le colonel ait songé à ouvrir la bouche.

« Je suis son second. Je ne l'encombre pas, j'assure ses arrières. Vous avez un problème avec ça ? »

Un éclair fugitif passa dans le regard sombre et Sam comprit qu'elle venait de franchir une autre limite. Apparemment, il n'avait pas l'habitude que les femmes lui répondent. Dommage pour lui…Cachant sa désapprobation sous un masque de politesse aussi hypocrite qu'étudiée, il inclina la tête devant elle.

« Si le colonel n'en a pas, ce n'est certes pas à moi d'en avoir…Je ne cherchais pas à vous offenser, Ma Dame. »

« Major. »

La reprise ne vint pas d'elle mais du colonel. Il y avait un avertissement muet dans sa voix qui dégoulinait de possession et qui lui déplut, mais elle décida que,pour cette fois ci, elle ne dirait rien. Elle préférait encore que cet homme la croie avec son supérieur. A nouveau, l'homme hocha la tête.

« Major. » Répéta-t-il, un petit sourire roulant quelques secondes sur ses lèvres. « Vous m'avez l'air de personnes fort sympathiques… » Son regard s'attarda sur Carter avant de retourner sur le colonel. « Alors, je vous suggère de poser vos armes et de suivre mes hommes. Je suis sûr que je pourrai convaincre le Roi de la méprise et que ce malentendu sera sciemment réglé. »

Un sourire ironique vint flotter sur les lèvres de Jack.

« Vous pourrez convaincre le Roi ? Vous avez donc tant d'importance ? »

Si l'inconnu perçut le sarcasme il ne le montra pas.

« Sachez que je suis le Chevalier Willem de Bleunwenn. Et que l'oreille du Roi m'est acquise. »

Comme si la discussion était close, le chevalier remonta habilement en selle et commença à s'éloigner. Sam et Jack échangèrent un regard puis le militaire haussa les épaules et tous les quatre baissèrent leurs armes dans un ensemble parfait.