Chapitre 4 :

Sam lâcha un soupir en examinant le contenu de son armoire. Elle tentait de se convaincre que ça aurait pu être pire mais sans grand succès. Comme Willem l'avait promis, les serviteurs les avaient mené chacun à leur chambre qui, par chance, n'étaient pas très éloignées les unes des autres. Elle avait hérité d'une jeune servante d'aspect assez sympathique mais qui semblait gêné par le comportement amical de Sam.

La jeune femme prénommée Idra lui avait montré les vêtements qui étaient à sa disposition, grimaçant lorsque son choix s'était porté sur la robe la plus simple possible. Elle lui avait humblement expliqué que, pour une réception royale, une telle tenue n'était pas assez…habillée.

Et voilà pourquoi, une heure après, elle cherchait toujours quoi se mettre. Elle rejetait impitoyablement toutes les robes que lui tendait Indra, dont elle devait louer la patience même si celle-ci semblait plus amusée qu'autre chose. Comprenant enfin que Sam n'était pas portée sur la fanfreluche, elle dénicha tout au fond de l'armoire une jolie robe bleu pâle. Elle était à la fois élégante et simple et la jeune militaire en tomba instantanément amoureuse.

D'accord, au début, elle avait rechigné pour cette histoire de tenue vestimentaire. Mais toutes ces robes étaient plus somptueuses les unes que les autres…Elle avait l'impression de s'être transformée en princesse. Et puis, d'après ce qu'Idra lui avait dit, les garçons auraient aussi droit à un relooking.

Sam prit avec précaution la robe que lui tendait la jeune servante. Elle avait été surprise des coutumes vestimentaires. Visiblement, ici, les femmes n'avaient aucun pouvoir, elle s'attendait donc à devoir porter une tenue en conséquence : couvrante. C'était tout sauf le mot adéquat pour décrire les robes de Rivalen. Elles découvraient tant qu'elles le pouvaient sans être indécentes.

« Je veux celle là. »

Un sourire idiot jaillit sur ses lèvres. Le colonel allait adorer cette robe. Ce qui, bien sûr, n'était pas important. Sam tenta sans grand succès de réfréner son enthousiasme grandissant…Il fut cependant rapidement douché quand Idra finissant de farfouiller dans les vêtements, en ressortit ce qu'elle identifia comme un corset.

« Euh…Idra, c'est vraiment nécessaire ? »

Elle ravala ce qu'elle s'apprêtait à dire quand elle vit le regard désapprobateur que la jeune femme posait actuellement sur sa poitrine. Apparemment, il n'était pas très bien vu de se déplacer sans cet instrument de torture. Avec un soupir, Sam l'autorisa d'un regard à lui apporter le vêtement qu'elle jugeait superflu.

« Désirez vous que je vous aide à vous habiller, Ma Dame ? »

Sam refusa poliment et la renvoya à ses tâches habituelles. Elle surprit le regard amusé qu'Idra posa sur elle tandis qu'elle lui proposait d'attendre un peu dans le couloir.

La jeune femme haussa les épaules et commença à se déshabiller dès que la servante eut quitté la pièce. Elle n'eut aucune difficulté à enfiler le corset. Par contre les lacets situés dans le dos lui posèrent tout de suite un problème. Après quelques minutes de contorsionnement divers, elle se décida à appeler Idra d'une toute petite voix.

Elle admira le sang froid de la jeune servante qui ne laissa rien paraître. Elle aurait pu lui dire qu'elle l'avait prévenue ou être agacée du temps perdu, mais non. Elle se contenta de lacer patiemment le corset, ne bronchant pas quand Sam lui assura que c'était trop serré. Une fois son œuvre terminée, elle s'éloigna respectueusement de trois pas et saisit la robe.

Elle surprit son reflet dans les miroirs et fut un instant stupéfaite par ce qu'elle y vit. Non seulement sa poitrine avait doublée de volume mais sa taille avait diminué d'autant. Ce qui pouvait raisonnablement expliquer pourquoi elle avait du mal à respirer.

Une fois la robe passée, Sam s'observa dans le miroir, impressionnée par ce qu'elle voyait. Elle ne se reconnaissait pas. La robe, grâce à une habile superposition de jupons, était ample en bas dans le classique mode moyenâgeux. C'était le haut qui était époustouflant. Sans manche, il épousait parfaitement son buste. Le décolleté était profond sans être vulgaire, ce qui, au vu de ce que le corset faisait à sa poitrine, était un exploit. De fines broderies partaient du haut de l'épaule et venaient mourir sur sa hanche, soulignant son ventre plat. Sans compter que le bleu pâle de la robe se mariait parfaitement avec ses yeux.

Avec une moue satisfaite, Sam remercia Idra qui s'inclina humblement, soudainement mal à l'aise. Le rapport maître/serviteur la perturbait un peu. Elle ne se considérait pas comme supérieure à qui que se soit et c'était exactement comme ça que se comportait Idra. Comme si elle ne méritait pas de respirer le même air qu'elle. Ce qui était stupide.

« Pouvez-vous me conduire à mes amis ? »

La question était simplement polie. Idra accédait à ses moindres désirs. Elle supposait donc que celui là n'en était qu'un parmi tant d'autres.

« Le Chevalier de Bleunwenn a demandé à ce que vous attendiez ici jusqu'à ce que vos compagnons soient prêts, Ma Dame. »

La jeune femme se tortillait, sans doute peu habituée à désobéir aux ordres des gens qu'elle servait. Soudainement agacée par tout ce formalisme, Sam tendit la main.

« Je m'appelle Sam, Idra. »

La jeune servante observa un moment la main de la militaire sans savoir que faire avec. Son regard noisette accrocha l'espace d'un instant celui de Sam et un sourire hésitant flotta sur ses lèvres.

« C'est un curieux nom, Ma Dame. »

La main de Sam retomba mollement à son côté mais elle fut satisfaite du progrès effectué.

« C'est un diminutif. Pour Samantha. »

Idra s'inclina, souriant toujours. « Je vais allez voir si vos amis sont prêts, Dame Samantha. »

Dès qu'elle eut quitté la pièce, Sam s'écroula sur le lit avec un soupir. Pas tant de progrès que ça, finalement. Elle se passa une main sur le visage. Depuis qu'ils avaient quitté la chambre où Willem les avaient retrouvés et où ils avaient abandonné leurs statuts de prisonniers au profit d'invités royaux, Sam ne pouvait s'empêcher de s'en vouloir. Elle sentait tout au fond d'elle qu'elle n'aurait pas dû remettre Willem à sa place comme elle l'avait fait. En plus de répliquer –ce qui était apparemment un crime pour une femme- elle avait insulté sa virilité et elle devinait que ce n'était pas le genre d'homme à oublier.

Elle ne savait pas pourquoi elle avait fait ça. Elle connaissait pourtant la règle quand ils tombaient sur ce genre de civilisation machiste. Daniel le lui avait répété maintes fois. Elle devait se plier dans la limite du raisonnable jusqu'à ce qu'ils s'en aillent. En agissant autrement, elle les mettait tous en danger. Bien sûr, ça n'avait pas été ses mots exacts et la discussion s'était faite loin des oreilles de Jack mais l'intention était là. Alors pourquoi avoir délibérément agi comme ça cette fois ?

Pour lutter contre cette sensation affreuse. Elle était habituée à contrôler ses sentiments, ses émotions. Mais cette peur…Elle était infondée, surfaite. Willem éveillait en elle un sentiment de panique tel qu'elle n'en avait jamais ressenti. Elle le haïssait et ce, par manque de mots plus forts. C'était presque au-delà de la haine. Elle aurait voulu le voir mort à ses pieds. A chaque fois qu'elle le voyait, c'était comme si on lui plantait un poignard en pleine poitrine. La sensation qu'il pouvait tout lui prendre, tout ce qu'elle avait. Et sa façon de dévisager le colonel…Comme s'il était un adversaire, un insecte sous ses pas…Elle aurait voulu lui hurler qu'il n'était rien à côté de lui, lui faire ravaler ses grands airs.

Un frisson parcourut sa colonne en se remémorant le regard qu'il posait sur elle. Possession…C'était comme si elle était à lui. Et quelque part, même si elle n'en avait pas envie, même si ça lui faisait peur, elle sentait qu'ils étaient liés. Quelque part, il avait des droits sur elle, même si elle ignorait lesquels. Ca expliquait la peur et la culpabilité qu'elle avait ressenti tout à l'heure en se rapprochant du colonel. Elle lui était infidèle…Et elle n'en avait pas le droit parce que…

Un coup sec à la porte la tira brusquement de ses pensées et elle les chassa d'un coup de tête. C'était tout simplement ridicule. Daniel avait probablement raison. Le colonel et elle avaient la grippe.

« Carter ? »

Il avait ouvert la porte sans attendre de réponse et pénétré dans la pièce sans invitation. Elle se releva, apercevant derrière son supérieur le regard désapprobateur d'Idra. Visiblement, il n'avait aucune intention de se plier aux coutumes locales, même si celles-ci étaient également en vigueur sur Terre et reposaient sur la simple politesse.

« Mon colonel. » Elle laissa clairement passer son agacement dans sa voix, même s'il était teinté d'amusement. « C'est gentil d'avoir frappé. »

Jack eut un petit sourire contrit et bougea dans la volonté très claire de fermer la porte au nez d'Idra qui se trouvait toujours dans l'encadrement. Il eut beau se planter devant elle, elle ne fit aucun geste prouvant son intention de se déplacer, mais au contraire lui jetait de petits regards suppliants. Sam finit par voler à son secours.

« Qu'y a-t-il Idra ? »

La jeune servante se tordit un instant les mains avant de poser son regard sur le sol, d'inspirer profondément et de se lancer.

« Vous ne pouvez pas rester seule avec un homme, Dame Samantha. Ce n'est pas convenable. »

Jack leva les sourcils et se tourna vers elle, articulant silencieusement le 'Dame Samantha'. Elle balaya son interrogation d'un geste, notant avec une légère inquiétude qu'il était à nouveau pâle.

« Idra, le colonel est mon ami. Il n'y a rien d'inconvenant à ce que je reste seule avec lui. »

La jeune femme croisa les bras mais demeura fermement dans l'encadrement, son regard allant de l'un à l'autre. « Je regrette, Ma Dame. J'ai des ordres. »

Evidemment, si elle avait des ordres…Inutile de demander de qui ils venaient. Jack poussa un soupir exaspéré et alla s'adosser à la cheminée, les yeux rivés sur elle. Elle devinait que son agacement venait plus du fait qu'il n'aurait eu aucun problème à rester seul avec Daniel ou Teal'c alors que c'était avec elle qu'il avait besoin de parler à cet instant précis. Sans doute voulait-il l'entretenir de la drôle d'expérience dont ils semblaient tous les deux être victimes et que Daniel attribuait à la grippe ou à une possible grossesse.

Ne sachant trop que faire vu qu'il était clair que Jack ne parlerait pas de leurs 'visions' tant qu'ils ne seraient pas seuls, son regard se balada sur lui, remarquant pour la première fois sa tenue. Sa tenue plus que seyante. La chemise blanche bouffante tombait légèrement sur son torse, épousant les muscles et le pantalon, fait d'une matière similaire au cuir, était beaucoup plus cintré que les treillis, beaucoup plus que tous les jeans qu'elle lui avait vu porter, d'ailleurs.

L'image de Joffrey portant des vêtements similaires vint flotter devant ses yeux. Au prix d'un effort immense, elle la refoula, enfouissant au fond d'elle le malaise qui n'aurait pas manqué de ressurgir. Posant une main tremblante sur une des colonnes du lit soutenant l'énorme baldaquin, elle s'autorisa un soupir fatigué.

Elle n'avait pas fini d'expirer que Jack était près d'elle, une main inquiète posée sur son épaule. A nouveau, Sam se sentit bizarre. Cependant, elle devinait que ça n'avait plus rien à voir avec le phénomène étrange mais tout avec la peau de son supérieur sur la sienne. L'espace d'une seconde, elle se vit se couler dans ses bras avec une familiarité singulière mais elle repoussa cette image aussi fermement qu'elle avait tenu celle de Joffrey à distance.

« Ca va, Carter ? »

Sam se força à hocher la tête, priant pour qu'il laisse sa main un peu plus longtemps. Elle allait définitivement adopter les robes sans manches, il lui semblait que là où ils se touchaient, sa peau crépitait. Les yeux de son supérieur s'adoucirent tandis que son pouce traçait tendrement des cercles sur sa peau nue. La jeune femme aurait été bien incapable de dire ce qui leur arrivait. Ils n'agissaient jamais comme ça…Jamais…C'était…

« Vous êtes magnifique… »

Le compliment, avoué dans un souffle, ne visait pas particulièrement sa tenue, c'était à peine s'il y avait jeté un coup d'œil. Et curieusement, ça la toucha plus.

« Merci. »

Elle murmurait…Pourquoi diable murmurait-elle ? Ils étaient trop proches…Trop proches…Leurs têtes se penchaient lentement et Sam sentit l'urgence de s'échapper tandis qu'une angoisse se nouait dans son ventre. Elle ferma pourtant les yeux, choisissant de s'abandonner plutôt aux papillons qui voltigeaient dans son ventre. Le toussotement d'Idra mit fin à sa rêverie et ses paupières s'ouvrirent en grand. Qu'était-elle en train de faire ? Elle recula brusquement, retrouvant tous ses esprits dès que sa main eut quitté son épaule. Elle secoua la tête, cherchant à se défaire de l'étrange torpeur.

Jack la regardait avec le même air perdu, ne sachant visiblement pas plus qu'elle ce qui leur prenait brusquement. Ils échangèrent encore un regard lourd de questions et d'incompréhensions lorsqu'un coup sur la porte les ramena à la réalité du moment.

« Jack, Sam ! Vous êtes prêts ? On doit y allez si on ne veut pas… »

Daniel s'interrompit quand il remarqua les joues rouges de son amie et l'air contrit du colonel.

« Euh…Je dérange ? »

Teal'c pénétra dans la pièce quelques secondes plus tard, dispensant, à leur grand soulagement, Jack et Sam de répondre. Sans un mot, ni un regard, ils suivirent leurs amis, eux-mêmes guidés par un homme dans la force de l'âge que Daniel leur avait présenté comme étant Kolas. Sam supposait que c'était son serviteur attitré.

Sam était toute entière à ses pensées, ne prêtant aucune attention à ce qui l'entourait ou au chemin qu'ils prenaient. Elle sentait parfois le regard chaud du colonel s'attarder sur elle avant de s'éloigner comme si elle le brûlait. Elle ne comprenait pas ce qu'il venait de se passer et s'il y avait une chose que Samantha Carter détestait, c'était ne pas comprendre. Sur le coup, vouloir embrasser Jack lui avait paru naturel, familier. Le fait qu'elle ait failli faire ça devant témoin prouvait bien qu'elle n'était pas dans son état normal. Jamais au grand jamais elle n'aurait voulu que leur premier baiser se fasse dans ces conditions là. D'ailleurs, jamais au grand jamais elle n'aurait dû vouloir d'un premier baiser.

« Ma Dame…Cette tenue vous va à merveille. »

L'attention de Sam retourna à son environnement, son regard tombant immédiatement sur Willem. Visiblement, l'homme avait décidé de tirer un trait sur la scène de l'après midi. Ou alors, il avait quelque chose derrière la tête. Elle inclina brièvement la tête en signe de remerciement mais s'interdit d'ouvrir la bouche.

« Carter est toujours merveilleuse. Quoi qu'elle porte. »

Surprise, la jeune femme tourna rapidement la tête vers son supérieur. Les regards de Daniel et Teal'c étaient, eux aussi, posés sur lui, intrigués. Et pour cause. Jack ne lui faisait jamais de compliments. A plus forte raison devant témoin.

Willem, lui, n'accorda pas un regard au colonel. Il se contenta de la déshabiller des yeux, s'attardant beaucoup plus longtemps que nécessaire sur son décolleté, puis lui proposa son bras. Elle ne pouvait refuser sans raison valable et fut donc contrainte de saisir du bout des doigts le fin tissu de sa chemise. A peine l'avait-elle touché qu'un dégout immonde se répandit en elle. Elle détesta la façon dont la main calleuse du chevalier vint recouvrir la sienne, la manière dont il la fit entrer dans la salle de réception, se pavanant ça et là comme si elle lui appartenait, comme si elle n'était qu'un ornement venant couronner sa petite gloire personnelle.

Elle traversa la pièce à son bras, comme on avance dans un rêve. Ce qui l'entourait était flou. Des visages se superposaient à d'autres, les odeurs invoquaient en elle des souvenirs qu'elle était certaine de n'avoir jamais vécu, la salle elle-même lui était familière. Elle savait, sans savoir, que Willem la menait vers le trône bien qu'elle ne puisse l'apercevoir d'ici, la dimension de la pièce étant pharaonique. Elle évoluait dans ce monde comme si elle en avait toujours fait partie, saluant de la tête les femmes qui posaient un regard trop insistant sur elle et s'inclinant plus profondément devant les hommes qui faisaient de même. Elle voyait bien le regard surpris que Daniel posait sur elle, mais elle ne s'en offusqua pas. Elle ne savait pas elle-même ce qu'elle faisait. Juste qu'elle devait le faire.

Elle remarqua également que le comportement du colonel était littéralement à l'opposé du sien. Son regard était fixé droit devant lui et il n'accordait ni signe de tête, ni sourire. Une petite voix lui souffla que c'était la chose à faire pour lui, que c'était là le comportement qu'un homme devait avoir en terrain conquis. Montrer un signe de faiblesse était la pire chose à faire si l'on voulait éviter les railleries.

Mais, elle, n'était qu'une femme. Elle devait se plier au jeu de la Cour. Elle nota le regard surpris et satisfait que le chevalier qui l'escortait posait sur elle. Apparemment, son comportement était, jusque là, correct.

Enfin, ils arrivèrent devant l'immense trône du Roi Bra'hm. Willem lâcha immédiatement son bras pour s'incliner brièvement devant lui. Sam, elle, posa instinctivement un genou à terre et baissa la tête. Elle vit du coin de l'œil Jack s'incliner largement, une main sur le cœur. Il fallait dire quelque chose mais les mots la fuyaient et ce n'était pas sa place. Elle devait garder le silence jusqu'à ce qu'on l'autorise à se lever ou qu'on lui adresse la parole. La voix grave et puissante de son supérieur raisonna sans l'ombre d'une hésitation dans la pièce désormais silencieuse.

« Nos armes ont volonté de demeurer au fourreau et nos cœurs sont emplis d'un espoir de paix. Puisse la demeure de Rivalen prospérer jusqu'à la fin de l'éternité. Puisse le Palais de Rivalen nous offrir son hospitalité. Puisse l'amitié de son Roi nous être acquise. »

« Nos armes ont volonté de demeurer au fourreau et nos cœurs sont emplit d'un espoir de paix. Puisse la demeure de Rivalen prospérer jusqu'à la fin de l'éternité. Puisse le Palais de Rivalen nous offrir son hospitalité. Puisse l'amitié de son Roi nous être acquise. »

La scène changea de point de vue. Elle n'était plus Sam, elle était Aude et elle se tenait aux côtés de son père sur le trône. Joffrey était devant eux et il venait de finir de réciter les paroles que chaque visiteur de Rivalen se devait d'adresser au Roi.

« Joffrey de Deirne, sois le bienvenu. Toi et ton armée êtes mes hôtes. Votre présence m'honore. »

Aude s'efforça de ne montrer aucun signe de mécontentement ou de colère. Son père réservait à cet homme, à son ignoble frère, un accueil digne de héros. La mascarade l'agaçait. Et l'air à la fois désolé et respectueux que Joffrey posait sur le Roi lui était plus insupportable que les armées noires de Dar'ch de Deirne rangées dans les plaines.

« Puis je demander où se trouve votre frère ? »

La jeune Princesse serra la mâchoire. Son père était Roi et il s'écrasait devant un homme de trente ans son cadet. Après tout quel âge avait-il ? Peut-être dix de plus qu'elle ? Dix de plus et il avait déjà massacré l'équivalent d'un peuple entier, elle en était sûre.

« Il est indisposé par le voyage, Majesté. Il m'a mandaté à sa place pour la Cérémonie de la Promesse. »

Aude leva un sourcil, à présent franchement indignée. Joffrey eut au moins la courtoisie de se tourner vers elle.

« Princesse, mon frère est désolé et ne s'excuse de cette cérémonie que dans l'espoir de pouvoir assister aux restes des festivité de ce soir et de les passer en votre charmante compagnie. »

Incapable de se restreindre plus longtemps. Aude se redressa et toisa leur…invité, puisque le terme d'envahisseur déplaisait à son père.

« Je doute que le Chevalier de Deirne ait eu la courtoisie de ces paroles. » Elle marqua une pause, la colère la dominant entièrement à l'idée de ce que cet homme pourrait faire à ce Royaume. « Je doute même que le Chevalier connaisse le concept de Courtoisie, cependant… »

« Aude ! »

La jeune femme s'arrêta immédiatement et regarda son père, un air désolé se peignant aussitôt sur son visage. Elle aurait tellement voulu être la fille parfaite dont il rêvait…

« Excusez la fougue de la jeunesse, Chevalier. Ma fille est sans aucun doute déçue que le Seigneur de Deirne ne puisse sceller lui-même la Promesse. »

Le Roi Marc se tourna vers sa fille dans l'espoir insensé qu'elle acquiesce, s'évanouisse ou face quelque chose qui confirme ses propos. Aude resta de marbre, ses yeux rivés dans ceux de Joffrey. Celui-ci, loin d'être impressionné par son regard noir, s'accorda un léger sourire, avant de lui tendre la main.

« Sa Majesté est déçue, cela ne fait aucun doute pour moi. »

Rêvait-elle ou était-ce de l'amusement qu'elle lisait dans son regard ? Elle descendit les quelques marches qui la séparaient de lui, ignorant délibérément sa main. Quand elle fut à sa droite, elle se retourna vers son père, s'efforçant de ne pas trembler. Le reste de sa vie allait se jouer sur les quelques paroles qui suivraient.

« Procédez à la Cérémonie, Père. Je suis prête. »

Marc hocha la tête vers sa fille, remerciant par là son comportement.

« Joffrey de Deirne, représentant de Dar'ch de Deirne, je vous offre la main de ma fille Aude de Rivalen. Puisse cette union être bénéfique à nos deux nations. »

Une brusque envie de pleurer saisit Aude à la gorge. Elle détestait les traditions et celle là plus qu'une autre. La Cérémonie de la Promesse…Comme si elle avait le choix.
Elle sentit la main du jeune homme soulever la sienne et bientôt, leurs paumes roulèrent l'une contre l'autre. Elle en éprouva un étrange réconfort mais n'aurait pas su en déterminer la provenance.

« Au nom de mon frère, Dar'ch de Deirne, j'accepte à travers la main d'Aude de Rivalen, la paix de deux peuples. Puisse cette union être bénéfique à nos deux nations. »

Marc sourit tristement. « Les Noces auront lieu dans cinq jours. » Puis, toute trace de sentiments envolée, il tapa dans ses mains et la musique se mit à flotter autour d'eux. Aude retira vivement sa main de l'étreinte de celle de Joffrey. S'il en parut surpris, il ne s'en offensa pas et s'inclina, la laissant à sa solitude.

Elle qui avait toujours été solitaire ne comprit pas pourquoi la présence de cette main lui manquait…

Quand Jack eut fini, il se redressa. Sam, quant à elle, demeura bien sagement où elle était. Une fois de plus, elle ne comprenait pas ce qui venait de se passer, mais son instinct lui hurlait qu'à l'instant, elle ferait mieux de se plier au curieux sentiment qui la guidait.

« Qui es tu, étranger, pour connaître aussi bien les paroles sacrées de Rivalen ? »

Les yeux sombres du colonel se troublèrent un instant et il rencontra le regard de sa subordonnée. Elle n'était pas accoutumée à tant de sérieux sur ses traits mais n'en fut pas surprise. S'il subissait le même genre de chose qu'elle, alors il était normal qu'il soit un peu perturbé.

« La gloire de Rivalen est grande et s'étend bien au-delà de ses frontières. »

Bra'hm sembla apprécier le compliment tandis qu'une lueur intéressée s'allumait dans ses yeux fatigués.

« Tu parles bien, étranger, mais tu n'as pas répondu à ma question. Quel est ton nom ? »

Jack s'inclina. « Je suis le colonel Jack O'Neill de la Terre et je viens en paix. »

S'il était perturbé comme elle l'avait cru de prime abord, il le cachait bien. Sa voix n'avait pas tremblée. Elle nota qu'il n'avait présenté aucun d'eux, comme s'ils n'avaient été que quantité négligeable, ce qui ne lui ressemblait pas. D'un autre côté, ce qui la choquait plus encore, c'était sa façon de s'exprimer. Le Jack O'Neill qu'elle connaissait ne parlait pas comme ça. Il était blagueur, espiègle et s'adressait aux Rois comme s'ils étaient égaux. En quoi celui-ci était-il différent ? Et surtout, depuis quand se jetait-elle à genoux aux pieds de souverains étrangers ? Aux pieds de qui que ce soit d'ailleurs ?

« Alors, sois le bienvenu, Jack O'Neill de la Terre.Toi et ton armée êtes mes hôtes. Votre présence m'honore. »

Sam reconnut, dans ces paroles, le traditionnel bienvenu de Rivalen. Ils étaient acceptés et ne passeraient pas leur nuit dans un donjon sombre et sale. Comme Marc l'avait fait un peu plus tôt dans sa vision, Bra'hm frappa trois fois dans ses mains. « Que la fête commence ! »

Aussitôt un brouhaha incommensurable retentit dans la pièce. Chants, cris, rires…Sam décida qu'il était sage de se relever à présent. Elle prit appui sur le sol mais une main tendue apparut au niveau de ses yeux et elle la prit avec un sourire, n'ayant aucun besoin de regarder pour savoir qu'il s'agissait de celle de son supérieur.

Une fois sur ses deux pieds, Sam jeta un véritable coup d'œil au Roi pour la première fois et grimaça. Elle ne s'attendait pas à ce qu'il soit si vieux…Il semblait fragile dans son aspect de vieillard alors qu'elle devinait à la déférence teinté de respect que les serviteurs lui montraient qu'il était foncièrement bon.

« Ok… »

L'attention de Sam fut attiré par Daniel qui venait de les rejoindre en compagnie de Teal'c. Par réflexe, elle retira sa main de celle de Jack. Un peu plus brutalement qu'elle ne l'aurait voulu.

« J'aimerai savoir ce qui se passe et j'aimerai le savoir maintenant. »

Son regard absent se posa distraitement sur Daniel qui, les mains sur les hanches, essayait d'imiter l'autorité naturelle de Jack. Elle remarqua aussi pour la première fois que Daniel et Teal'c aussi avaient dû se plier aux exigences vestimentaires. Elle haussa les épaules, ça ne leur allait pas aussi bien.

« Sam ! »

La main que Daniel posa sur son épaule eut l'effet d'un électrochoc. Si, ni elle, ni Jack, n'étaient capables de rester concentrés plus d'une minute, ils avaient un problème. Elle échangea un regard interrogateur avec son supérieur. En admettant qu'elle accepte de parler de leur étrange expérience à Daniel, l'endroit ne lui semblait pas adéquat. Heureusement pour elle, les yeux de Jack étaient explicites. Il ne souhaitait pas en parler. Sans doute avait-il le même pressentiment qu'elle, à savoir que tout ceci ne concernait qu'eux. C'était ça, où alors elle était la seule à souffrir de ces visions et elle se trompait sur toute la ligne. Mais elle ne le pensait honnêtement pas.

« Lâchez là, Daniel. »

Daniel fronça les sourcils, surpris par la demande, mais écarta néanmoins sa main. Aussitôt, celle de Jack trouva son chemin dans son dos, clamant à tous à qui elle appartenait. Le simple fait qu'elle, Samantha Carter, puisse accepter ce concept suffisait à exprimer à quel point elle n'était pas dans son état normal.

« Jack, j'aimerais simplement savoir ce qui se passe. »

Il y avait de l'inquiétude dans la voix de Daniel. Curieusement, Sam ne s'en préoccupa pas tant que ça. La seule chose qui emplissait son esprit à cet instant, c'était la chaleur qui traversait le fin tissu et le corset pour irradier partout dans son corps.

« Il ne se passe rien. »

Le ton haché aurait arrêté n'importe qui. Sam ne pouvait s'empêcher de se demander pourquoi l'archéologue ne pouvait jamais prendre un non pour un non.

« Très bien, alors depuis quand êtes vous devenus pro des cultures étrangères ? Depuis quand connaissez vous des paroles traditionnelles d'hospitalité ? »

Jack haussa les épaules, feignant la décontraction, mais elle sentit la pression de sa main s'affermir sur son dos. « L'homme qui m'a donné les fringues m'a dit quoi dire. »

Sam se mordit la lèvre. Un, il venait de mentir ouvertement pour la première fois, l'entraînant avec lui. Deux, le mensonge était pitoyable et quitte à mentir à ses meilleurs amis, autant le faire correctement.

Daniel sembla réfléchir à cette explication, mais avant qu'il n'ait pu ajouter quoi que ce soit, Willem était près d'eux. La main de Jack quitta son dos sur le champ, et un froid inattendu s'empara de son corps.

« Colonel, vous et le major êtes à la table Royale. »

Et Willem se détourna sans un mot, attendant que Jack et Sam le suivent. Ce qu'ils firent sans plus s'occuper de Daniel et de Teal'c. Sam pressentait que la soirée n'était pas finie…Qu'au contraire, elle ne faisait que commencer…