Je poste par simple pitié envers Ministarlet...
Chapitre 6 :
« Tu ne comprends pas ! »
Le hurlement d'Aude se répercuta le long des murs de la large pièce et Joffrey grimaça, souhaitant par-dessus tout qu'elle baisse le ton. Si Dar'ch était déjà au courant, pas besoin de lui donner des motifs supplémentaires de le clouer au pilori. Sans compter ce qu'il déciderait de faire à Aude…
« Je comprends qu'il faut que tu te calmes. »
Plus belle que jamais dans sa fureur, Aude se dressa devant lui de toute sa hauteur. Ils avaient réussi à s'éclipser de la garde vigilante des serviteurs et Joffrey ne comptait pas passer tout ce trop précieux temps à se disputer. Ils avaient besoin de mettre son plan en place.
« Que je me calme ?! Que je me calme ?! J'ai cru qu'il allait me tuer ! »
La mâchoire de Joffrey se contracta. Il n'osait pas le lui dire mais depuis qu'elle lui avait rapporté la scène qui l'avait opposé à Dar'ch, il craignait que ce soit effectivement dans ses projets. Certes, sur son sort à lui, il ne se faisait pas grande illusion. Il devait partir au plus vite. Les noces auraient lieu le lendemain matin, ils ne pouvaient pas attendre. Il pouvait comprendre qu'Aude soit secouée, mais présentement, il avait besoin de la femme forte dont il était tombé amoureux au mépris de sa propre sécurité.
« Aude ! »
Le sifflement coléreux finit finalement à lui faire baisser le ton.
« Il a menacé de s'en prendre à Rivalen…A toi… »
Ainsi donc, c'était ce qui la tracassait…
« Aude, on doit s'en aller. Cette nuit. »
Elle recula, échappant à la main bienveillante qu'il avait posée sur son épaule.
« Non…Non, Joffrey. Il détruira Rivalen. »
La colère enfla en lui, destructrice. Il était hors de question qu'il l'abandonne à son monstre de frère. S'il avait pu, s'il en avait eu les moyens techniques, il aurait repris Rivalen…Il l'aurait rendu à Marc, épousé Aude et vécu heureux jusqu'à la fin des temps. Cependant, ils ne vivaient pas dans un conte de fée.
« Et alors ? Tu va te sacrifier pour un royaume qui te vend dans l'espoir de se sauver ? Tu vas rester loyale à ton père ? Après ce qu'il t'a fait ? »
Il avait conscience d'y aller trop fort. Comme il l'avait craint, le visage d'Aude se ferma, impénétrable.
« Marc de Rivalen est Roi avant d'être mon père. Et moi, je suis Princesse héritière avant d'être femme. Si je ne me sacrifie pas pour Rivalen, qui le fera ? »
Joffrey ferma les poings, tentant désespérément de maîtriser sa fureur, de lui faire comprendre que c'était fini…Il n'était même pas en colère après elle…Il avait peur de la perdre…
« Rivalen est perdu ! Rien de ce que tu feras ne le sauvera ! Pars avec moi, Aude… »
Lui, devait partir…C'était sa vie qui se jouait. Et Aude viendrait avec lui. Qu'importe s'ils devaient vivre cachés, loin…Il lui ferait construire un palais…Il avait de l'argent, il avait des titres, des amis…Il ferait n'importe quoi pour elle. Pour la mettre en sécurité.
« Je regrette… Je regrette, Joffrey. »
Les larmes coulaient sur ses joues, libres de toute pudeur et il l'admira pour ça.
« Je t'attendrai…Dehors, à l'endroit le plus impénétrable…Je t'attendrai, Aude. Je t'attendrai jusqu'à l'aube… »
Leur émotion à tout deux était palpable, elle flottait dans l'air, le rendait lourd, pesant. Joffrey détestait les adieux et il ne pouvait s'empêcher de penser que c'en était. Brusquement, Aude se rapprocha, prenant ses lèvres avec désespoir. L'adieu se fit concret, prenant corps dans son baiser humide de larmes.
Enfin, elle se dégagea et s'enfuit retrouver sa fonction. Il ne put s'empêcher de crier après elle. C'était plus fort que lui.
« Je t'attendrai, Aude ! »
Elle avait déjà disparu mais son prénom courait encore sur ses lèvres, porté par le poids du baiser.
« Aude… »
« Aude… »
Jack se retourna dans son lit, luttant pour sortir de son rêve.
« Qui est Aude ? »
Interpellé par cette voix qui n'aurait pas dû être dans sa chambre et encore moins dans son lit, le colonel ouvrit les yeux brutalement et s'assit, surpris, son regard tomba immédiatement sur la personne qu'il cherchait. Après avoir balayé la chambre des yeux pour vérifier qu'aucun autre 'intrus' ne s'y trouvait, il grogna.
« Qu'est ce que vous foutez là, Daniel ? »
L'archéologue, assis sur le bord du lit, portait toujours cette ridicule tenue que Willem leur avait fait fournir.
« Décidemment, Jack, j'adore vos manières. » Il remonta ses lunettes et lui lança un regard perçant où la gravité ne laissait place à aucun sentiment amical. « Qui est Aude ? Sam est au courant ? Je ne suis pas sûr d'apprécier le petit jeu auquel vous vous amusez avec elle. »
Jack fronça les sourcils, se demandant brièvement comment il pouvait connaître le nom de celle dont il ne cessait de rêver depuis hier, puis décida qu'il avait probablement parlé en dormant…Ca lui arrivait parfois. Par contre, il ne voyait pas ce que Carter venait faire là dedans…
Il scruta le visage inhabituellement fermé et contrarié de Daniel avant de réaliser. Il avait embrassé Carter…Et il avait aimé ça…Naturellement, un nouveau grognement s'échappa de sa gorge. Il n'était qu'un pauvre imbécile !
« Il n'y aucun jeu entre Carter et moi. On est amis. Point. »
Lui-même pouvait percevoir que son ton n'était pas assez ferme, pas assez convaincu. Le fait était que ces visions qu'il avait d'Aude et de ce Joffrey, qu'il semblait incarner à chaque fois, avaient ouvert un chemin en lui. Un possible. Depuis hier, il se prenait à agir comme si ses sentiments pour Carter avaient toujours été clairs et ouverts au monde. Il agissait comme s'il était évident qu'elle était amoureuse de lui et qu'ils devaient se protéger de Dieu seul savait quoi. Et le pire dans tout ça, c'était qu'elle ne mettait plus aucune barrière. Elle semblait elle aussi attirée par cette spirale infernale qui n'avait de cesse de les rapprocher pour mieux les séparer.
« C'est pour ça que vous l'embrassiez à pleine bouche, hier soir ? S'il vous plait, Jack, pas à moi. Que vous ayez des sentiments l'un pour l'autre, soit. Mais pourquoi nous le cacher à Teal'c et moi ? Ce n'est pas comme si on allait vous dénoncer. »
Sous le sérieux, Jack percevait l'amertume. De plus, jamais Daniel ne parlait si ouvertement de ce qu'il y avait entre Carter et lui. De subtiles allusions qu'il pouvait esquiver à sa guise, à la limite, mais jamais plus. Non, Teal'c et lui devaient réellement penser qu'il avait une torride liaison avec son second et que ça expliquait leurs comportements étranges et leur refus de rentrer sur Terre.
« On avait trop bu, hier. Ca se limite à ça. Carter et moi ne sommes pas ensemble. »
Il espéra être convainquant, tout en sachant que ce n'était pas le cas. Carter et lui n'étaient pas ensemble…C'était pourtant la vérité. A proprement parler, ils étaient chacun libres de leurs actions. Oui, mais il y avait cette voix, aux intonations de Joffrey, qui lui soufflait que ce n'était pas le cas. Qu'il devait la protéger de Willem…
Ce qui était encore un paradoxe. Certes, depuis le début, son instinct le poussait à se méfier du Chevalier. Mais ce qui était au départ motivé par le regard de convoitise que cet homme posait sur son second, s'était très vite mué en haine pure et dure. Il avait le pressentiment qu'il allait s'en prendre à elle. Qu'il voulait la briser. Et ça, il ne le permettrait pas. Jamais.
« Jack, Sam ne boit jamais en mission. Elle ne boit pratiquement jamais nulle part, d'ailleurs. Et vous, vous n'avez presque rien avalé hier. »
Enervé et cherchant à déguiser ce malaise qui l'habitait, il se leva, cherchant le pantalon de cuir et la chemise qu'il avait abandonné sur une chaise hier soir. Il aurait pu choisir de remettre son uniforme, de prendre le reste de son équipe et de s'en aller. Mais non. Il enfila rapidement les vêtements épars tout en répondant à Daniel.
« Vous nous espionnez, maintenant ? Je vous dis qu'il n'y a rien entre nous qui dépasse la simple amitié, Daniel. Fin de la discussion. »
Il espéra sincèrement que ça suffirait à le faire taire.
« Si tel est le cas, alors expliquez moi pourquoi j'ai passé un quart d'heure devant votre porte, en ayant peur d'entrer et de trouver Sam, une femme que je considère comme ma sœur, dans votre lit ? »
Jack soupira. « Parce que vous vous faites des idées. Vous voyez bien qu'elle n'est pas là ! »
Au moment où il attaquait le dernier bouton, la main de l'archéologue se posa sur son bras, ferme.
« Vous l'avez embrassé, Jack. Et si ce n'était qu'un jeu, je ne suis pas sûr qu'elle en ait compris les règles. Elle est fragile, malgré les apparences. Ne lui faites pas de mal. »
Un instant, Jack hésita entre s'énerver et s'indigner. Jamais il n'avait fait quelque chose qui ait pu blesser Carter. Finalement, il décida que se défendre ne faisait pas partie de ses envies actuelles.
« J'ai dit, fin de la discussion. »
Visiblement excédé, Daniel le lâcha et se dirigea vers la porte. Avant de l'atteindre, il se retourna une dernière fois vers lui.
« Au fait, j'étais venu vous dire que Sam et moi passerions la journée dans la bibliothèque. Teal'c vous attend dans la salle d'armes. Il a pensé que vous voudriez peut-être vous entraîner ou vous défouler, qu'importe ! »
Sur ses paroles, il claqua la lourde porte et Jack se laissa tomber sur le lit, la tête entre les mains, une pensée dérangeante venant flotter de plus en plus régulièrement au dessus des autres. Daniel avait pris le commandement de l'équipe et c'était probablement mieux comme ça.
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Sam marchait de long en large dans sa chambre, arpentant le sol jusqu'à l'user, sous le regard impuissant d'Idra qui était occupée à trier les robes de l'armoire selon ce qu'elle serait ou ne serait pas susceptible de mettre. Elle avait adopté pour la journée la robe la plus simple possible, sans trop de jupon ni de fioritures.
La jeune domestique l'avait averti il y a une heure que Daniel souhaitait son aide dans l'étude des ouvrages de la bibliothèque royale et qu'il viendrait la chercher quand il serait prêt. Autant dire que le major marchait sur des charbons ardents. Ne pas pouvoir se déplacer seule et surtout sans chaperon l'irritait considérablement.
Elle avait très mal dormi, alternant les phases de réflexions sur ce qui c'était passé la veille entre son supérieur et elle, avec des rêves légèrement flous mettant en scène Aude et Joffrey. Elle ne comprenait pas plus ce matin qu'hier mais avait conclu qu'il fallait mettre certaines chose au clair avec Jack. Elle avait donc tenté une sortie dès l'aube, uniquement pour s'entendre répondre qu'une femme seule ne devait pas se déplacer dans le château et encore moins aller dans les appartements d'un homme. A croire d'Idra avait campé devant sa porte !
Depuis cet instant là, toute la sympathie qu'elle avait pu avoir pour la jeune femme s'était envolée et l'atmosphère était chargée de reproches non formulés. D'un point plus positif, elle avait largement eu le temps de se calmer et de comprendre pourquoi le colonel avait refusé de donner plus d'importance à leur baiser qu'ils ne pouvaient lui en accorder. Elle avait également déduit que tout venait des visions de ces deux jeunes gens et qu'il leur fallait trouver pourquoi. Ce qu'elle espérait découvrir dans les archives…
Deux coups légers frappés à la porte interrompirent sa marche et elle sourit, irrationnellement heureuse de voir arriver Daniel.
« Entrez. »
La porte s'ouvrit sur le visage de l'archéologue et Sam devina tout de suite qu'il était contrarié.
« Qu'est ce qui se passe ? »
Son expression toujours impénétrable, ce qui était plus que déstabilisant chez le jeune homme d'habitude si ouvert, la convainquit qu'elle ne voulait pas entendre la réponse et que donc, elle n'aurait pas dû poser la question.
« Je viens de voir Jack. »
Effectivement, elle n'aurait pas dû poser la question.
« Ah. »
Les sourcils de l'archéologue se froncèrent, ce qui eut pour effet de décentrer ses lunettes.
« Sam, je m'inquiète pour vous… Pour vous deux. »
Le regard de la jeune femme se posa sur Idra qui achevait son rangement en feignant de ne pas entendre. Elle était si discrète qu'on aurait pu oublier sa présence sans problème. Sam avait fini par deviner pour qui elle travaillait. Le fait qu'elle ne l'empêche d'être seule qu'avec Jack était signé Willem.
« Il n'y a aucune raison de vous inquiéter, Daniel. » Feignant la bonne humeur, elle agrippa son bras. « Allons voir cette bibliothèque. »
Le sourire qu'elle plaqua sur son visage lui couta. Mais pas autant que l'expression inquiète et surprise qui semblait ne pouvoir quitter les traits de Daniel. Ce serait tellement plus simple si elle pouvait tout lui dire…Les visions et le reste…Mais, à nouveau elle repoussa cette pensée là au loin. Il ne faisait pas partie de l'histoire.
