Je poste parce que SOSO me l'a gentiment demandé et qu'elle n'aura plus internet dimanche...
ATTENTION: J'ai posté hier soir donc il se peut que vous ayez un chapitre de retard.
Chapitre 10
Sam étudia l'image que le miroir lui renvoyait, satisfaite. Si ce n'était le fin trait rougeoyant qui barrait sa poitrine et qu'elle avait pris soin de désinfecter, elle était séduisante. Plus que ça. Ses yeux dégageaient une force aussi ancienne que puissante, qui la faisait paraître bien plus sûre d'elle-même qu'elle ne l'était réellement. Une part d'elle-même était en paix, l'autre était en pleine révolte.
Elle aurait donné n'importe quoi pour que cette sérénité de façade soit vraie. Pour que ce qu'elle avait fini par comprendre, que les ramifications que ça impliquait, ne l'effrayent pas autant. Le visage d'Aude se substitua quelques secondes au sien. Oui, elle avait fini par percer son mystère. Et peut-être aurait-elle mieux fait de le laisser dormir. Il y avait toujours ce doute tenace. Elle ne croyait pas à tout ça. Ce n'était pas son monde, son univers. Elle évoluait dans un monde fait de maths, d'équations et de faits tangibles. Quelles étaient les possibilités que ce soit réel ? Et si c'était vrai…ça impliquait une remise en question totale.
Soudain oppressée, elle fit les quelques pas qui la séparaient du balcon. Elle avait dit à Idra que le corset était trop serré, elle pouvait à peine respirer, mais la jeune femme lui avait dit, sur un ton de confidence, que c'était un grand soir pour elle. Sam s'était contenté de hausser les épaules et de soupirer quand la domestique avait fait une remarque sur le fait qu'une femme avec toute sa tête ne s'interposait pas entre une épée et un 'pourceau', pour citer ses mots exacts. Ensuite, elle avait passé une heure à louer la générosité de Willem qui avait épargné l'homme, avant d'enfin disparaître après avoir fait promettre à Sam de ne pas sortir sans escorte. Le major avait demandé, non sans une ironie grinçante, qui était sensé lui servir d'escorte et elle avait été surprise d'apprendre que c'était Teal'c qui était chargé de sa « sécurité ». Connaissant Willem, elle avait pensé qu'il lui collerait un de ses précieux amis en armure.
Elle s'arrêta un instant devant le système d'ouverture, se rappelant avec quelle perplexité elle l'avait étudié le premier jour. C'était hier…Seulement hier…Elle avait l'impression que c'était il y avait une éternité. La poignée joua sous ses doigts sans l'ombre d'une hésitation mais avec un grincement persistant. Sans doute était-elle d'origine…
Sam avança jusqu'à la balustrade comme elle avait l'impression de l'avoir fait des centaines de fois auparavant. Le même paysage calme s'offrit à ses yeux, paisible et silencieux dans la nuit tombante. L'espace d'une minute, elle fut en paix. Son esprit acceptant que certaines choses ne puissent jamais changer. Puis elle se remit à douter, malgré cette évidence qui brûlait dans son être, cette force qui la poussait en avant depuis toujours. Peut-être était-ce là le problème…Elle ne croyait pas au destin. Elle croyait aux choix, aux faits, au concret.
Pourtant, une petite voix lui souffla à l'oreille qu'il y avait des choses qui n'étaient pas concrètes. L'amour par définition était abstrait, on ne pouvait pas le toucher, on ne pouvait pas prouver qu'il était vraiment là…Mais, d'un autre côté, le vent est invisible, est-ce pour cela qu'il n'existait pas ? Elle croyait en l'amour. Elle croyait assez fort en ce qu'elle éprouvait pour Jack pour traverser l'enfer pour le retrouver ou simplement pour le sauver. Plusieurs fois, elle avait basé ses actions sur ses sentiments et non sur les faits. Quelqu'un d'objectif l'aurait abandonné sur Edora sans chercher à modifier les lois de la physique, quelqu'un ne s'attardant que sur des faits ne se serait pas acharné à le chercher sur une planète où il n'était visiblement pas, quelqu'un ne se basant que sur du concret n'aurait pas été si blessé par l'impossibilité de leur relation, au contraire, il se serait résigné depuis longtemps.
Peut-être n'était ce même pas tant en ses sentiments qu'elle croyait qu'en l'homme lui-même. Il avait cette faculté unique de lui faire croire qu'elle pouvait tout faire, à l'encourager sans l'étouffer…Il la comprenait mieux que quiconque et souvent mieux qu'elle-même. Lui non plus n'était pas le genre à croire au destin. Il pesait le pour et le contre de chacune de ses décisions. Malgré les apparences, c'était justement cette image de nonchalance qui était son arme la plus habile. Mais quand il s'agissait d'elle…Il n'agissait pas toujours de façon aussi réfléchie. Il hésitait, commettait parfois des erreurs, mais jamais au détriment des autres. Il n'avait pas hésité à lui tirer dessus quand cette entité avait pris possession d'elle, il l'avait sacrifiée ce jour là. Même si elle devinait inconsciemment que, si tout ne s'était pas arrangé par la suite, il se serait débrouillé pour tomber sur le terrain. Une mort bien propre et justifiée.
Souvent, elle se disait que ça risquait de devenir dangereux. Certes, ça faisait pratiquement sept ans que ça marchait ainsi, mais elle avait pensé que ce qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre finirait par diminuer avec le temps et, au contraire, ça semblait gagner en intensité qu'importe les obstacles. Comme si rien ne pouvait les séparer bien longtemps. Et on en revenait au destin, encore une fois.
« Major Carter. »
Elle se retourna, alarmée, malgré le fait qu'elle ait reconnu la voix de Teal'c. Le Jaffa l'avait rejointe et regardait maintenant loin devant lui, admirant certainement la vue comme elle l'avait fait. Au bout de quelques secondes d'un silence confortable, il inclina la tête.
« O'Neill veut que je reste avec vous ce soir. »
Ainsi donc, voilà la raison pour laquelle elle ne serait pas suivie par un homme en armure…L'intervention du colonel. Elle n'avait pas besoin qu'il la protège. A peine avait-elle commencé à se mettre en colère qu'une voix, plus ancienne et plus profonde, fit entendre ses craintes. Serait-elle capable de se défendre si on l'attaquait ? Bien sûr…Alors, pourquoi cette pointe d'inquiétude au creux de l'estomac…Pourquoi être paralysée à chaque fois qu'elle se trouvait devant Dar'ch ? Willem…Qu'importe…
« Je n'ai pas besoin de baby-sitter, Teal'c. »
La bravade manquait de conviction à ses propres oreilles. La voix d'Aude qui la suppliait d'être prudente, d'accepter la protection de Jack eut raison de sa fierté. Sans doute n'était-elle pas plus de taille, face à Dar'ch ou Willem qu'importe son identité, qu'Aude ne l'avait été 200 ans plus tôt.
« Y a-t-il quelque chose dont vous voulez parler, Major Carter ? »
L'offre de Teal'c était touchante quand on connaissait son mutisme chronique. Elle savait aussi que, passé la première impression, le Jaffa était sans doute le plus sensible et le plus à même de recevoir ses confidences de tous ses coéquipiers. Pour la simple et bonne raison qu'il était une tombe et que ce qui était dit en sa présence restait secret, à moins que ça ne soit d'une importance vitale. L'amitié qu'elle partageait aujourd'hui avec Teal'c avait mis beaucoup plus de temps à se construire que celle qui l'avait immédiatement liée à Jack ou à Daniel. Mais elle était tout aussi solide, si ce n'était même plus. S'il existait une seule personne dans cet univers à laquelle elle souhaitait se confier à l'instant, c'était Teal'c. Tout simplement parce qu'il ne la jugerait pas, ne lui poserait pas de questions mais, au contraire, lui offrirait le soutien silencieux dont elle avait besoin.
« Croyez vous que l'amour puisse être éternel, Teal'c ? »
Elle sut, à l'instant où les mots avaient quitté sa bouche, qu'ils n'étaient pas les bons. Ca n'exprimait pas ce qu'elle ressentait, ce qu'elle voulait lui faire comprendre.
« Je crois que si l'amour est assez fort, il peut unir deux êtres jusqu'à leur mort. Oui, Major Carter. »
La réponse était posée mais l'ombre de sourire qui flottait sur les lèvres de Teal'c lui dit qu'il pensait savoir à quoi, ou plutôt à qui, elle faisait allusion.
« Oui, mais après ? »
Le front du guerrier se plissa. Si elle avait posé cette question à Daniel, sans doute aurait-il eu une réponse toute faite…Ce n'était pas ce qu'elle voulait. Elle voulait que quelqu'un lui confirme qu'elle n'était pas folle ou présomptueuse, que ce genre de choses arrivait.
« Je ne suis pas sûr de comprendre votre question. »
Elle soupira, mais curieusement, ce fut le souvenir du visage de Joffrey qui dicta sa réponse.
« Croyez-vous que si deux personnes s'aiment suffisamment fort, elles se retrouvent après leur mort ? »
L'image de Dar'ch dansa devant ses yeux et elle sut, qu'encore une fois, elle ne s'était pas bien expliqué. Mais Dar'ch était lié à Joffrey et Aude, comme Willem était lié à Jack et elle. C'était le même scénario encore et encore. Le même sentiment d'urgence, de danger.
« Avez-vous des raisons de craindre pour votre vie ou celle d'O'Neill, Major Carter ? »
Elle perçut dans sa voix le retour en mode guerrier mais balaya ses inquiétudes d'un revers de main. Elle passa également sur le fait qu'il devine aussi facilement à qui elle faisait référence. Des larmes de frustration et de crainte lui montaient aux yeux. Elle n'était pas aussi émotive d'habitude…
« Non ! Mais… » Brusquement sa voix se cassa sur un unique sanglot. « Oh, Teal'c ! »
A peine le Jaffa avait-il posé une main sur son épaule dans une piètre tentative de réconfort qu'elle avait déjà repris la maîtrise d'elle-même, refusant de perdre le peu de fierté qui lui restait.
« Je partage les craintes de Daniel Jackson sur votre comportement et celui d'O'Neill. Peut-être serait-il plus sage de retourner à la Porte dès maintenant. »
La partie d'elle qui n'était que le Major Carter, militaire, acquiesçait à ça. L'autre, celle qui était composée de Sam et d'un subtil reste d'Aude, le refusait. A nouveau, ce sentiment que l'histoire n'était pas terminée, que c'était à eux d'y mettre un point final.
« Non, Teal'c. Ce n'est pas la chose à faire. »
Elle vit qu'il n'était pas convaincu même si ses mots transportaient la force de la sagesse.
« Avez-vous une raison spécifique de ne pas vouloir retourner dans votre monde ? »
Elle nota tristement qu'après toutes ces années, il ne considérait pas la Terre comme son monde. Sa terre d'accueil sans doute, mais pas son monde.
« Il y a quelque chose, ici, que le colonel et moi n'avons pas fini de faire. Je ne sais pas vraiment ce que c'est, mais ça fait longtemps que nous aurions dû régler le problème. Et j'ai l'intime conviction que si on ne résout pas ce problème, on ne sera jamais en paix. »
Mettre des mots sur ses craintes l'apaisa un peu. Le front du Jaffa, en revanche, se plissa un peu plus.
« Combien de temps, Major Carter ? »
Un sourire ironiquement triste étira ses lèvres. « Je dirai à peu près 200 ans, Teal'c. »
Si elle n'avait jamais vu Teal'c surpris avant ce soir, c'était chose faite. Ce furent ses deux sourcils qui se levèrent. Il sembla décidé à la laisser s'expliquer et elle fut heureuse qu'il ne la traite pas immédiatement de folle.
« Ma question de tout à l'heure…Croyez vous que deux âmes puissent s'aimer si fort que, quand les corps qui les transportent, meurent, elles se retrouvent sous une autre forme ? Dans d'autres corps, sous d'autres traits, mais avec le même cœur ? »
Les mots à peine murmurés touchèrent le Jaffa, elle le vit à la façon dont ses épaules s'abaissèrent légèrement. Il prit un moment pour parler, pesant ses mots avec soin.
« Nombreux sont ceux qui recherchent leur Hyn'tar. » Il marqua un temps, tournant la tête vers elle. « Je pense que la traduction dans votre langue serait 'jumelle de l'âme' »
Sam sourit imperceptiblement, le souvenir des sentiments qu'Aude éprouvait pour Joffrey emplissant à nouveau son cœur.
« Âmes sœurs… »
Teal'c inclina la tête et reprit. « Peu sont ceux qui y parviennent. »
Sam se mordit la lèvre inférieure. Elle voulait l'opinion de Teal'c. Son esprit luttait encore contre ce que son âme lui hurlait.
« Mais est ce que vous croyez que c'est possible, Teal'c ? »
Le doute perçait dans sa voix. Peut-être n'était ce qu'un délire…Mais alors, pourquoi le colonel agissait-il aussi bizarrement qu'elle ? Encore une fois, le Jaffa se perdit dans la contemplation du paysage désormais perdu dans la pénombre. Il n'y avait aucune lumière si ce n'était la clarté de la lune et elle peinait à distinguer le visage de son ami.
« Que vous dit votre cœur, Samantha Carter ? »
Elle ne s'attendait pas à cette question et pourtant ses lèvres répondirent toutes seules. Et, en ces quelques mots, Aude et elle se fondirent en une seule et même personne, comme si ce seul aveu les réconciliait l'une avec l'autre. Pour la première fois depuis longtemps, Sam se sentit sereine, complète.
« Mon cœur le connait depuis plus longtemps que je ne peux me rappeler. Et il le connaitra encore bien après moi. »
Un vrai sourire traversa les lèvres du Jaffa tandis qu'une certaine mélancolie naissait dans ses yeux.
« Alors, O'Neill est un homme infiniment chanceux. »
Sam sourit en retour avant de redevenir brusquement sérieuse. Elle avait retrouvé Jack à travers le temps et l'espace et c'était déjà un miracle, mais à quoi cela leur servirait-il s'ils se faisaient tous les deux tuer ? Elle devait parler avec lui, le convaincre… Peut-être que persister à régler cette histoire était stupide, peut-être qu'elle devrait le convaincre de rentrer à la maison…Ils ne reverraient jamais Willem, il ne pourrait plus leur faire de mal…Jusqu'à la prochaine fois.
Fuir n'était pas une solution. Jack ne serait jamais d'accord avec ça. La situation était différente de la première fois. Elle n'était pas promise à Willem et elle ne risquait rien. Ce qui lui ferait une belle jambe si Jack n'était plus là…
« Quelque chose ne va pas, Major Carter ? »
Sam hocha négativement la tête et fit les quelques pas qui la séparait de sa chambre. L'ironie avait voulu que ça soit celle dans laquelle Aude avait vécu…
« On devrait y aller, Teal'c. On va être en retard. »
Le Jaffa la suivit en silence le long des couloirs. Elle savait qu'il ne dirait rien à Daniel sans son accord préalable ou celui de Jack, mais elle cessa de se préoccuper de tout ça. Les couloirs, les objets…Tout prenait un sens nouveau, reflétant une vie qui avait été autrefois sienne.
Quand elle pénétra dans la salle de réception, ce fut avec toute la grâce et la dignité d'une héritière Royale. Elle n'était peut-être plus physiquement Aude de Rivalen, elle n'en avait peut-être plus le titre, mais c'était elle pourtant. Ca avait toujours été elle. Elle était Sam. Elle était Aude.
Et si ces deux personnalités étaient opposées sur bien des points, elles s'accordaient sur deux. L'amour qu'elles portaient à Jack –ou Joffrey, l'identité ne comptait plus- et la haine pour Dar'ch. Dar'ch qui s'avançait vers elle sous les traits de Willem. Une résolution froide s'empara de son être. Elle allait l'affronter. Et elle allait le vaincre.
Elle le laissa s'approcher d'elle, le toisant de sa fierté. Arrivé près d'elle, il inclina la tête.
« Ma Dame, vous êtes resplendissante. »
Et c'était vrai. Elle rayonnait d'une aura sauvage et brute. Elle s'aperçut que la foule entière s'était arrêtée pour l'observer. Elle n'y prêta aucune attention, son regard trouvant instinctivement les yeux chocolat. Elle apprécia la flamme qui y dansait lorsqu'ils parcoururent lentement son corps avant de revenir se plonger dans les siens. Si elle avait encore un doute, il disparut devant l'évidence.
C'était Joffrey. C'était Jack. C'étaient les centaines d'autres qui les avaient précédés.
C'était l'autre moitié de son âme.
