Coucou ! Ceci est l'avant dernier chapitre ! (le premier qui dit trop court, je le tape.)

Merci à petite bibiche pour sa créa que je n'ai toujours pas vu mais que je vais adorer j'en suis sûre. Quand à elbasi, oui, tu es la seule à avoir des spoilers si tu exclue ma Bêta bien évidemment.

ATTENTION: le chapitre précédent a été posté vendredi, donc ne lisez pas celui ci avant!

Chapitre 12

Jack se débattit contre ceux qui le retenaient, inconscient du chemin qu'ils empruntaient ou des coups qui ne manquaient pas de pleuvoir sur son corps. Tout ce qu'il voyait, c'était le regard désespéré de Carter et l'air victorieux de Dar'ch.

Ca ne pouvait pas arriver. Ca ne pouvait pas arriver. Ca ne pouvait pas arriver.

Il aurait dû écouter Carter. Ils auraient dû se tirer d'ici. Pourquoi avoir cédé à cette certitude stupide que, cette fois-ci, ils pouvaient changer les choses ? C'était ridicule. Rien ne changerait jamais. Jamais…

Il cessa de se débattre et se laissa traîner par les deux soldats sur le sol de pierres froides. Carter allait mourir…Par sa faute…Elle ne céderait pas…Elle ne lui cédait jamais.

Joffrey passa la grande porte de Rivalen avec une appréhension sourde. Et si Aude ne parvenait pas à le rejoindre ? Et s'il s'était trompé et qu'elle choisisse ce qu'elle croyait être son devoir ? La faible bruine qui tombait sur ses épaules empêcha ses pensées de divaguer trop longtemps. Il attendit que les soldats aient fermé la citadelle pour longer la muraille jusqu'à l'ombre d'une tour. Ici, il était clair que rien ne pouvait passer la muraille.

Il avait promis d'attendre la jeune femme jusqu'au matin. Il n'avait pas précisé qu'il attendrait tous les matins du monde pour qu'elle le rejoigne…

Il entendit le grincement d'une porte en métal que l'on ouvre et, bientôt, sa joue rentra violemment en contact avec le sol gelé et recouvert de brins de paille. Il s'en foutait complètement. Il ne voulait pas perdre Carter et pourtant, il y était déjà à moitié résolu. C'était toujours ainsi…Toujours…

Devant ses yeux, un éclat d'épée. Et, à ses oreilles, le rire de Dar'ch. Puis sa propre voix, couvrant les bruits de la monture du chevalier noir. Je t'aime…Aude n'avait pas répondu et il l'avait serrée plus fort, comprenant qu'elle n'avait pas entendu ses mots. Qu'elle était déjà partie loin de lui…Il ne lui avait jamais dit qu'il l'aimait avant ce jour là…Elle était morte sans savoir. Et ce serait également le cas de Sam.

« Jack ! »

Aude…Sam…Combien d'autres ? Ca aurait pu être nettement plus simple…S'il n'était pas tombé amoureux de la Princesse Héritière d'un Royaume déjà perdu sous la soif de pouvoir de son frère, s'il était sagement resté à sa place, témoin impuissant d'une folie sans âge, alors…Alors peut-être que tout aurait été différent. Aude aurait été la femme de Dar'ch. Elle n'aurait pas été heureuse mais elle aurait sans doute vécu plus longtemps.

« Jack…Teal'c, je crois qu'il est en état de choc. »

Il avait conscience que son corps tremblait. Il entendait les voix de Daniel et de Teal'c qui s'affairaient autour de lui. Mais il ne s'en occupa pas, ne tenta même pas de les rassurer, imperméable à tout ce qui n'était pas Carter. Qu'il ait les yeux ouverts ou fermés, tout ce qu'il voyait c'était son sourire, son regard, sa façon de froncer les sourcils à chaque blague qu'il pouvait inventer dans le seul but de la faire rire… Carter…

« O'Neill, il serait souhaitable que vous vous releviez. Maintenant. »

« Ah, oui, Teal'c, c'est sûr que ça, ça va marcher ! Pourquoi je n'y ai pas pensé plus tôt ?! »

Jack ferma les paupières, désireux de les faire taire. Ne comprenaient-ils pas ? Il allait bientôt mourir, c'était ainsi que les choses fonctionnaient. Dar'ch le tuait et, ensuite, Aude mourait. Encore et encore et encore…Ne pouvaient-ils pas le laisser en paix avec ce qui lui restait d'elle ? Même si ça n'était que pour quelques minutes…Parce qu'il était sûr d'une chose, dans moins de cinq minutes, Dar'ch allait passer la porte et le tuer. C'était ainsi.

« Jack, savez vous où est Sam ? »

Sam…Aude…Les prénoms se confondaient tous dans son esprit. Elle avait eu tellement d'identité…Mais il était Jack, c'était donc Sam qui lui était le plus familier…Non, pas Sam…Carter…

« O'Neill, le major Carter est en danger. Elle a besoin de notre assistance. »

Carter…Danger…

« Ce ne sera pas nous… »

La main qu'il avait posé sur sa taille remonta jusqu'à sa joue, exactement de la même manière que le soir précèdent, il l'avait embrassé à ce moment là…Ca aurait pu être une éternité plus tôt. Son pouce passa sur les traces humides que ses larmes avaient laissées et il sentit ses mains se resserrer sur ses épaules.

« Regarde-moi… » Elle secoua doucement la tête. « Regarde-moi, Sam… »

Elle obéit mais il vit que c'était à contrecœur, par habitude. Elle ne voulait pas entendre ce qu'il avait à dire mais elle le devait quand même. Il devait la convaincre à tout prix.

« Ce sera toujours nous… »

Une larme, une seule, descendit le long de sa joue et il se dépêcha de l'effacer avec son pouce. Ensuite, la main de la jeune femme quitta son épaule pour caresser la partie de son visage que Willem avait abimé.

« Il va te tuer… »

Il va te tuer…Sa voix résonnait en lui. Il va te tuer… « Peut-être. » C'était ce qu'il avait répondu. Oui, Dar'ch allait peut-être le tuer. Mais si Jack devait aller en enfer, il ferait son possible pour l'emmener avec lui…

« Jack, s'il vous plaît, il faut que… »

Sa main se leva, interrompant Daniel, et il se redressa lentement, s'adossant au mur. Il mit un point d'honneur à ignorer l'élancement suspect de la partie droite de son crâne, au lieu de ça, il détailla son environnement. Une cellule…Quelle surprise ! Et ceux qui avaient fait le décor avait bien fait les choses. Des chaînes qui pendaient le long du mur, des épais barreaux en fer barrant leur sortie, et de la paille à moitié pourrie sous leurs fesses…Bref, aucun moyen simple de sortir d'ici. Du moins pas sans C-4.

« Rapport. »

Il fut surpris de la difficulté avec laquelle ce simple mot passa ses lèvres et oublia momentanément qu'aucun de ses deux compagnons n'était militaire. Son regard trouva péniblement celui de Teal'c qui posa une main sur le bras de l'archéologue, l'empêchant de se lancer dans un de ses discours interminables.

« Les soldats nous ont arrêté avant que nous ayons eu le temps de rejoindre nos quartiers et de récupérer nos armes. » Le grand guerrier marqua une pause et lorsque son regard retrouva le sien, Jack y lut un profond regret. « Je n'ai pas retrouvé le major Carter, O'Neill. J'ai échoué à ma mission. »

Jack ferma brièvement les yeux. Ce n'était pas la faute de Teal'c. Pas plus que la sienne. Des gardes, sans aucun doute envoyés par Willem avaient distrait leur attention pendant la soirée et le temps qu'ils se retournent, Carter avait disparu. Teal'c s'en voulait parce que le Colonel lui avait ordonné de la protéger.

« Ce n'est pas votre faute, Teal'c. J'aurai dû la ramener à la maison au lieu d'écouter ma putain de fierté. »

Au lieu d'espérer pouvoir tout changer…

Le Jaffa inclina longuement la tête. Le regard de Jack voltigea jusqu'à Daniel qui suivait la conversation en silence, et l'observait de façon étrange. Au bout de quelques secondes d'échange muet, Jack finit par soupirer.

« Allez-y, Daniel. »

L'archéologue ne se le fit pas dire deux fois.

« Deux questions. Qu'est ce qui se passe vraiment entre vous et Sam et pourquoi sommes nous en prison alors que j'avais réussi à poser les bases d'un traité ? Oh, et où est Sam ? »

Un sourire faussement amusé passa un instant sur les lèvres de Jack. « Ca fait trois, Daniel… »

Jack échangea un regard avec Teal'c et lâcha un nouveau soupir, hésitant à révéler autant de lui-même. Mais si c'était ce qu'il fallait pour avoir ne serait-ce que l'espoir de sauver Carter…A contrecœur, il commença à raconter.

Aude était sortie sur le balcon attenant à sa chambre. La nuit était déjà bien avancée et il n'y avait rien dehors pour la distraire. Rien qu'un paysage déjà mille fois contemplé et dissimulé par l'obscurité. Demain à la même heure, elle serait mariée. Mariée à Dar'ch de Deirne. Il y avait probablement pire. Elle aurait pu être morte.

Un rire désabusé passa le passage de ses lèvres. Elle aurait cent fois préféré être morte. Son regard se perdit un peu plus vers la droite, là où elle devinait la présence de Joffrey. Il avait promis de l'attendre et elle savait qu'il resterait là jusqu'à l'aube. Sans doute même davantage…

Un instant, son cœur ne fut qu'incertitude. Où était sa place ? Auprès de Joffrey ou auprès de Dar'ch ? Amour ou devoir ? Son père avait choisi pour elle. Sa fonction avait choisi pour elle. Le destin avait sans doute choisi pour elle…

Une larme roula le long de sa joue et elle se détourna, abandonnant le balcon à ses ténèbres et retrouvant la chaleur inutile du feu qui flambait dans la cheminé. Il était temps de dire adieu à Joffrey et à ses rêves…

Sam tremblait. Depuis combien de temps ? Elle aurait été incapable de le déterminer. Etat de choc. Ca, elle l'avait déjà deviné à travers les brumes qui enveloppaient son esprit. Elle devait bouger, trouver une solution. Elle n'avait pas la moindre idée de comment faire.

Tout ce qui avait fait Aude, tout ce qu'elle avait vécu…Tout ça envahissait sa mémoire, troublait sa vision des choses, l'empêchait d'agir de façon intelligente. Elle était tétanisée par la peur que lui inspirait Dar'ch. Et Jack ? Où était-il ? Il n'était certainement pas mort. Non, Dar'ch lui réservait sans doute une exécution publique. Quoi qu'elle fasse, il était condamné.

La jeune femme se força à respirer lentement. Foutu pour foutu, autant tenter quelque chose. N'importe quoi. Elle n'avait plus aucun souvenir des stratégies et de tout le blabla qu'on lui avait enseigné à l'académie. Elle n'avait plus aucun souvenir de ce qu'elle devait faire ou ne pas faire lorsqu'elle était en difficulté off-world. Elle n'avait plus aucun souvenir de ce que le colonel aurait fait à sa place. Tout ce qu'elle savait, c'est qu'elle devait bouger. Faire quelque chose.

Elle se releva avec précaution, évitant les mouvements rapides qui n'auraient pas manqué de l'envoyer dans une spirale infernale de vertiges et de nausées. Première chose à faire, se débarrasser de ce froid qui lui broyait les os. Certes, il était psychologique mais ça ressemblait à un plan. Ses yeux se posèrent sur son uniforme à l'instant précis où sa robe glissait un peu plus sur ses épaules. Les battements anarchiques de son cœur s'apaisèrent instantanément.

Il restait deux heures avant l'aube, Aude n'avait pas fermé l'œil de la nuit. Son regard tomba sur la robe de mariée qu'elle était censée porter et qui l'attendait, étendue sur son lit. La plupart des servantes dormaient à cette heure…Et à quoi ça l'avancerait de se préparer aussi tôt de toute façon ? Peut-être seulement à ne pas douter de son choix. Avoir quelque chose à faire.

La jeune femme ferma brièvement les yeux, puis actionna le système d'appel. Dans une minute, quelqu'un serait là et elle ne pourrait plus faire marche arrière. Une dernière fois, elle regarda au-delà des vitres, là où elle savait que Joffrey se trouvait. C'était le bon choix. Alors pourquoi n'arrivait-elle pas à s'en convaincre ?

« Waouh, Jack…C'est…Waouh. »

Jack ne répondit pas, ne montra pas le moindre signe d'émotion. Il avait tout raconté à Daniel et Teal'c, ne gardant rien sous silence. Il était simplement surpris que Dar'ch ne les ait pas interrompu, épée à la main.

« Waouh…Teal'c, vous ne trouvez pas ça… »

Légèrement agacé par l'enthousiasme déplacé de l'archéologue, Jack grinça des dents et compléta la phrase de son ami. « Waouh ? »

Daniel dû comprendre qu'il était un peu trop expansif car il se calma instantanément, plongeant dans des pensées qui n'appartenaient qu'à lui. Content d'avoir réussi à le faire taire, Jack se tourna vers le Jaffa qui, il devait l'avouer, n'avait pas marqué le moindre mouvement de surprise. Pas même un sourcil levé.

« Ca va, Teal'c ? »

Le guerrier inclina la tête et plongea son regard dans celui du colonel.

« Le major Carter m'a déjà dit qu'elle était votre Hyn'tar. »

Jack fronça les sourcils et se tourna vers Daniel qui traduisit immédiatement, sans prendre la peine de réfléchir. « Ame sœur. »

Le terme choqua Jack. Certes, c'était sans doute la vérité mais…dit comme ça, ça rendait les choses…définitives.

« C'est dingue, Jack. »

Il n'y avait plus dans le ton de Daniel cet enthousiasme extatique dont il avait fait preuve quelques minutes auparavant. Au contraire, si Jack ne se trompait pas, il y avait comme de la tristesse et des regrets dans sa voix.

« Tout va bien, Daniel ? »

L'archéologue se força à sourire et enleva ses lunettes pour en nettoyer distraitement les verres.

« La plupart des gens passent leur vie à chercher la personne idéale et vous…Je veux dire, ça fait des années que Sam et vous refusez vos sentiments…Mais, tout ce temps, vous étiez destiné l'un à l'autre…Philosophiquement parlant, c'est… »

« Hors de propos. » coupa abruptement le colonel.

Il n'avait jamais été à l'aise avec ses sentiments, n'en avait jamais discuté ouvertement avec qui que ce soit et il ne commencerait certainement pas aujourd'hui. Il fallait avant tout sortir d'ici, ensuite sauver Carter et puis rentrer gentiment à la maison. Quoi de plus simple ?

« Je ne pense pas que nous puissions quitter cet endroit sans aide extérieure, O'Neill. »

Jack retint un commentaire agacé et se leva. Il s'approcha des barreaux, sachant d'avance que Teal'c avait raison, ce qui ne l'empêcha pas les secouer et de s'acharner dessus avec toute la force que la colère et le désespoir insufflaient en lui.

« Jack. »

La main que Daniel posa sur son épaule se voulait amicale, elle ne fit que rappeler à Jack la cruauté de la réalité. Il préférait cent fois tenter d'abattre lui-même les murs de leur prison que d'attendre indéfiniment et sans espoir.

« On va la sauver, Jack. »

Il releva dans la voix de son ami, une conviction profonde qui résonnait comme une promesse. Abandonnant le métal froid, il se retourna vers lui.

« Comment ? »

Elle ne s'attendait pas à la frêle silhouette qui pénétra en silence dans sa chambre. La petite servante s'approcha, légèrement craintive et s'effondra dans une révérence beaucoup trop compliquée pour elle. C'était celle qu'Aude avait sauvé du courroux de Dar'ch. Grace.

« Majesté. »

Aude réalisa avec surprise que ce n'était qu'une enfant. Certes, elle le savait, mais à force de la voir tous les jours, elle avait fini par l'oublier. La rougeur qui avait envahi les joues de la petite finit par la sortir de sa rêverie et la jeune femme se ressaisit.

« Aide-moi à m'habiller…s'il te plait. »

Grace ouvrit plusieurs fois la bouche, ne sachant visiblement pas quelle attitude adopter. Personne ne parlait poliment aux domestiques, jamais. Aude venait de décider que c'était une chose qui devrait changer.

« N'ai pas peur, Grace. Passe-moi la robe, c'est tout. »

Aude s'amusa un instant des yeux écarquillés de la petite quand elle s'aperçut qu'elle connaissait son nom. La distraction fut cependant de courte durée. A peine eut-elle revêtu sa robe, que l'aspect définitif de la situation la frappa. Elle allait épouser Dar'ch.

La mâchoire de Jack se serra. Il lui semblait que ça faisait des heures qu'ils attendaient un miracle. Si Carter avait pu agir, elle l'aurait déjà fait et ils seraient déjà dehors. Pour la troisième fois en dix minutes, il vérifia l'heure à sa montre. Deux heures avant le lever du soleil. Six avant que le SGC ne s'inquiète de leur absence et ne cherche à prendre contact. Trop tard quoi qu'il en soit. Il fallait agir, tenter quelque chose.

Il se leva sous l'œil inquisiteur de Teal'c qui l'imita après une seconde d'hésitation. Il ne savait pas ce qu'il allait faire, mais la plupart des plans géniaux d'SG-1 naissaient sous le coup d'une inspiration subite. Daniel ouvrit la bouche mais la referma au moment ou un vacarme retentit dans le couloir. A croire que quelqu'un s'amusait à frapper sur des casseroles.

Jack échangea un regard avec le Jaffa. Ca pouvait être des casseroles ou plus probablement une armure heurtant le sol. Une minute il pensa que c'était Carter, mais c'était trop bruyant pour que ce soit réellement le cas. Elle opérait toujours en finesse. Il fit un geste en direction de Teal'c pour qu'il se poste dans l'ombre relative du coin. Si ce n'était pas Carter, ça pouvait être Dar'ch.

« Mes Seigneurs ? »

Une voix craintive mais masculine résonna dans le couloir sombre. Jack hésita un instant et jeta un coup d'œil vers Daniel qui haussa les épaules. Si c'était Dar'ch ou un de ses hommes de main, il n'avait pas l'air imbattable. Ca valait peut-être le coup.

« Euh…ici ? »

Il surprit le regard soulagé de Daniel devant son retour au sarcasme. A croire que, finalement, l'archéologue avait beau se plaindre, il appréciait son humour.

« Mes Seigneurs ? »

Le visage d'un homme se découpa dans l'obscurité, tremblotant dans la lumière des torches. Jack lui aurait bien fait remarquer que s'approcher ainsi d'une cellule renfermant des prisonniers n'était pas la chose la plus intelligente à faire mais Daniel le coupa.

« Najem ! »

Najem…Le prénom lui était familier…Il détailla de plus près le nouvel arrivant, remarquant pour la première fois sa tenue de paysan. Le souvenir de Carter menacée par l'épée d'un soldat lui revint en mémoire. Il avait presque oublié cette histoire.

« Je suis venu pour vous aider, Mon Seigneur. »

Méfiant, Jack empêcha Daniel de répondre.

« Comment avez-vous su où nous trouver ? »

Najem n'hésita pas une seconde, ce qui convainquit Jack de sa bonne foi.

« La nouvelle a fait le tour de la citadelle. Le Chevalier de Bleunwenn a fait proclamer l'annonce de son mariage avec Dame Samantha. »

La mâchoire du colonel se serra. Ce petit saligaud avait décidé de rejouer l'intégrale de la pièce…Pas question.

« Quand ? »

Si Najem fut impressionné par le ton sec et autoritaire de Jack, il ne le montra pas. « A midi. »

Le paysan se tourna vers Daniel. « Dame Samantha et vous m'avez sauvé, Mon Seigneur. Je ne peux payer ma dette envers elle, mais je peux vous sauver, vous et vos amis. »

Ce fut le moment que choisit Teal'c pour sortir du silence dans lequel il s'était dissimulé.

« Il serait sage de ne pas trop tarder. »

Effectivement, le boucan que Najem avait fait en arrivant n'était certainement pas passé inaperçu. Le paysan hocha la tête avec empressement et sortit des clefs de derrière son dos. Devant le regard surpris de Jack, il haussa les épaules.

« Je les ai prises au garde. »

Ca, il s'en serait douté. Non, ce qui l'embêtait nettement plus, c'était la dizaine de clefs qui pendaient le long de l'anneau en fer. Le temps qu'il trouve la bonne…Il observa avec appréhension Najem essayer les clefs les unes après les autres. Il en restait cinq lorsque des bruits commencèrent à envahir le corridor sombre.

Des gardes…Certainement pas nombreux…Deux, trois peut-être. Le soldat que Najem avait assommé n'avait peut-être pas alerté le reste de la citadelle, ceux là en revanche…Teal'c et lui pourraient probablement les réduire au silence s'ils arrivaient à sortir d'ici.

« Vite ! »

Le murmure étouffé ne servit qu'à augmenter le tremblement des mains de leur allié providentiel. Jack ferma les yeux et fit une prière muette à qui voudrait l'entendre. Plus que quelques secondes avant qu'ils ne découvrent le corps de leur ami…

La cellule s'ouvrit dans un 'clong' théâtral au moment précis ou les éclats de voix retentirent. Sans hésiter une seconde, Jack se propulsa en avant, Teal'c à ses côtés. Il y avait trois gardes, il en assomma un, Teal'c se chargea du second. Au moment où Jack se tournait vers le dernier pour lui régler son compte, il se retrouva face à face avec le tranchant d'une épée. L'effet de surprise était rompu et il toisa le garde de toute sa hauteur.

« Ne bougez pl… »

Il ne finit jamais sa phrase. Daniel s'était discrètement glissé derrière lui et avait frappé l'arrière de son crâne avec le pommeau d'une des épées qui trainaient au sol. Jack lui sourit.

« Bien joué, Danny ! »

L'archéologue lui rendit son sourire mais lâcha aussitôt l'épée d'un air dégouté. Daniel avait fini par comprendre la nécessité d'être armé, mais n'appréciait pas pour autant le contact.

« Il faut se dépêcher, mes seigneurs… »

Jack acquiesça mais ne le suivit pas quand il prit le chemin de la sortie. Au lieu de ça, il délesta un des gardes de son épée dont il soupesa le poids et moulina l'air pour en apprécier le tranchant. Satisfait, il s'empara également du fourreau et le passa à sa ceinture sans plus d'explication. Il remarqua que si Teal'c n'avait pas pris de quoi ranger l'arme, une lame était fermement emprisonnée dans sa main.

Avec un haussement de sourcil approbateur, Teal'c se retourna et emboîta le pas de Najem. Jack suivit avec un temps de retard. Il préférait fermer la marche. Le paysan les guida hors de la prison et ils commencèrent à descendre les différents plateaux, en longeant les murailles.

Au bout de quelques minutes, Jack s'arrêta. Il avait cru tout d'abord que Najem leur faisait faire un détour pour éviter d'éventuel gardes ou témoins, mais il devenait évident que l'homme cherchait simplement à les faire sortir d'ici. Ce qui était probablement la chose à faire pour Daniel et Teal'c. Pour lui, ce n'était pas une option.

« Jack, qu'est ce que vous faites ?! »

Le chuchotement alarmé de Daniel lui parvint malgré les quelques mètres qui les séparaient. Jack haussa simplement les épaules. « Je vais chercher Carter. »

Il se retourna et commença à remonter le chemin qu'ils avaient pris à l'aller. Une main ferme posée sur son épaule le cloua sur place. Inutile de se retourner pour savoir qu'il s'agissait du Jaffa.

« Teal'c, laissez moi, il faut que j'aille la chercher ! »

Daniel les rejoignit et se planta devant lui, une lueur déterminée au fond de ses yeux. Le colonel comprit qu'ils ne le laisseraient pas reculer même s'ils devaient l'assommer.

« Teal'c ! »

C'était un ordre. Ca ne laissait place à aucune discussion. Pourtant, il était toujours au même endroit pris au piège par la poigne du guerrier.

« Jack, il y a d'autres moyens. On va retourner à la Porte et demander des renforts. Ensuite on reviendra chercher Sam. »

Jack secoua la tête.

« Rivalen est imprenable. Si on quitte cet endroit, on n'y remettra jamais les pieds. Et il est hors de question que je l'abandonne ici. »

Daniel posa une main réconfortante sur son bras mais il se dégagea avec force.

« On ne l'abandonne pas. On reviendra. Mais pour le moment, on ne peut rien faire. »

Il y avait de la logique dans ce que Daniel disait. La partie militaire de son esprit reconnaissait la voix de la raison dans celle de Daniel. Joffrey lui ne voyait qu'Aude et ne pensait qu'à Aude. A contrecœur, Jack approuva. Avec des renforts et s'ils faisaient vite, ils pourraient peut-être récupérer Carter avant midi. On n'abandonne pas les nôtres.

La lente descente recommença. Ils mirent bien une heure à atteindre la petite porte de pierre dissimulée dans la muraille que Najem ouvrit pour eux. Jack calcula qu'il restait un peu plus de trois quart d'heure avant le lever du soleil. Il y avait trois heures de marche jusqu'à la Porte…Le temps qu'ils obtiennent des renforts et qu'ils reviennent…

Il suivit néanmoins ses amis en silence, notant l'emplacement de la porte avec précision. De l'extérieur, on ne la voyait plus. Ils longèrent la muraille jusqu'à un endroit plus enclavé dans la montagne et plus sombre que les autres. Là, attendait quatre chevaux et un de leur pack. Sans hésiter, Jack se précipita dessus et en sortit un Beretta et un MP-5. Il abandonna le reste au sol. A quoi leur servirait un sac de couchage ou un réchaud ? C'était déjà bien que Najem ait réussi à en récupérer un.

« La rumeur est-elle vrai, mon seigneur ? Êtes-vous vraiment venu par l'anneau sacré ? »

Jack laissa Daniel expliquer leur identité et observa le paysage qui l'entourait. Il connaissait cet endroit. C'était ici qu'il avait attendu Aude la première fois.

« Vous devez emmener ma famille avec vous, mon seigneur…Si le Chevalier de Bleunwenn découvre que je vous ai aidé… »

Jack entendit Daniel acquiescer avec empressement. Son regard se perdit sur la pierre sombre qui constituait la muraille. Il ratait quelque chose. Il devait se souvenir…

« O'Neill. »

Le colonel se détourna vers ses amis pour les trouver déjà à cheval et prêt à partir. En d'autres circonstances, il aurait pu rire de l'air pincé de Daniel. Il fit quelques pas vers eux, puis jeta un dernier coup d'œil au mur…Et il eut le déclic.

« Il y a un passage. »

L'archéologue et le Jaffa échangèrent un regard sceptique. Il ne s'en occupa pas. Il savait.

« Daniel, Teal'c, allez avec Najem et ramenez sa famille à la base. Demandez simplement des renforts, n'expliquez pas le reste. »

Il tendit à Teal'c le MP-5, décidant de garder le Beretta pour lui. Ou plutôt pour Carter dès qu'il l'aurait retrouvée.

« Jack… »

Il se retourna avec un regard menaçant.

« Vous avez vos ordres, exécutez les. »

Daniel ouvrit la bouche, très certainement pour discuter un peu plus mais le bras levé de Teal'c l'arrêta. Le Jaffa inclina la tête.

« Bonne chance, O'Neill. »

Jack hocha la tête en retour et la monture de Teal'c se lança dans un galop endiablé suivit de près par celle de Najem. Daniel resta en arrière, jetant à Jack un regard incertain avant de s'élancer derrière les autres chevaux.

Se désintéressant d'eux, Jack s'approcha du mur et ses doigts commencèrent à parcourir les pierres à la recherche d'une brèche, d'un mécanisme ou de n'importe quoi.

Aude captura son reflet dans le miroir et retint à grande peine les larmes qui recommençaient à se former dans sa gorge. Quelles étaient les possibilités que tout ceci soit un mauvais rêve ? Mais alors, Joffrey ne serait pas dehors…Sacrifierait-elle ces quelques jours de bonheur à une vie sans Dar'ch ?

« Vous êtes magnifique, Ma Dame. »

L'émerveillement avec lequel Grace la regardait perturbait Aude. Elle était habituée à tant d'empressement autour d'elle, à ce que les gens la trouve belle et la complimente mais tous les compliments du monde n'avaient pas la saveur de ceux de Joffrey. Une larme se fraya à nouveau un chemin le long de sa joue. Avait-elle déjà autant pleuré auparavant ?

« Ne soyez pas triste, Ma Dame ! Vous êtes très belle ! Je suis sûre que le Seigneur de Deirne vous aimera beaucoup. »

Ca elle n'en avait aucun doute…

« Qu'en sais-tu ? Tu n'es qu'une petite fille. »

A peine les mots eurent-ils quitté sa bouche qu'elle s'en voulut de leur virulence et de leur amertume. Ce n'était effectivement qu'une petite fille. Servante, qui plus est. Pourquoi s'en prendre à elle qui n'y pouvait rien ?

« Oh, mais je sais plein de choses ! Je connais plein de secrets ! »

Aude se força à sourire et à ravaler sa tristesse.

« Vraiment ? Pleins de secrets ? »

Ravie de l'attention que sa Princesse lui portait, Grace se mit à sourire et sa voix se baissa jusqu'au murmure.

« J'ai entendu Marie et Stella parler d'un passage secret… »

Aude n'avait aucune idée de qui était Marie. Stella en revanche était l'intendante du château. Intriguée, elle fronça les sourcils et abaissa elle aussi la voix.

« Vraiment ? Où ça ? »

Le sourire de la fillette s'agrandit encore. « Ici même. Derrière la cheminée. »

L'espoir emplit son cœur plus vite que ce à quoi elle se serait attendue. C'était possible. Tous les Rois faisaient en sorte d'avoir des sorties de secours dans leur forteresse. Rivalen était là depuis des siècles…Qui sait quel Roi avait occupé sa chambre à un moment donné…Son destin n'était peut-être pas avec Dar'ch…Son destin était peut-être avec Joffrey ?

Faisant brusquement le tour de son lit, elle se fraya un chemin jusqu'à une petite commode d'où elle tira quelques pièces qu'elle fourra dans les mains de Grace. C'était peu par rapport à la flamme que l'enfant venait d'allumer dans son cœur, mais c'était tout ce qu'elle avait.

« Merci, Ma Dame ! »

Son sourire sembla un instant éclairer la pièce puis Aude la poussa gentiment vers la sortie. Une fois seule, elle se précipita sur la large cheminée, faisant courir ses doigts sur le marbre. S'il y avait un espoir…Pourquoi se sacrifier pour un Royaume perdu ? Pourquoi se sacrifier pour quelque chose qui ne pouvait être sauvé ? Plus tard peut-être…Plus tard, peut-être Joffrey pourrait-il lui rendre Rivalen…Mais pour le moment, elle ne voulait que lui.

Avec une ardeur renouvelée et une étrange boule au ventre, elle explora les moulures de marbre blanc, butant enfin sur quelque chose d'anormal.

Sam fixa la cheminée comme si elle venait d'apparaître par magie. Comment avait-elle pu oublier un truc pareil ? Secouant la tête, elle finit d'enfiler sa veste et partit à la recherche d'une arme. Mis à part ses vêtements, son pack et ses armes semblaient avoir disparus. Merci à Idra.

Haussant les épaules, elle s'approcha de la plaque de marbre et passa sa main sur les moulures comme elle l'avait fait des centaines d'année plus tôt. Elles représentaient une ribambelle de colombes…Le major compta cinq à partir de la gauche et tourna. L'oiseau bascula sans protester et un pan du mur s'ouvrit dans une explosion silencieuse de poussière.

Des escaliers s'enfonçaient dans une obscurité d'encre. Elle hésita un instant. Si elle les empruntait, elle sortirait de la citadelle…Et que ferait-elle ? A peine Dar'ch prévenu de sa disparition, il enverrait des gardes après elle et ferait exécuter ses amis. Sauf si elle atteignait la Porte avant et demandait des renforts. Là, elle serait certainement sauve. C'était nettement moins sûr pour les autres. Elle jeta un coup d'œil vers le ciel qui commençait déjà à s'éclaircir. Un peu moins d'une heure avant l'aube…Si elle courrait vite peut-être…Quoi qu'il en soit, ça valait le coup d'essayer.

Elle posa un pied sur la première marche, rendue glissante par la poussière et fut reconnaissante pour ses boots. Les fines chaussures qu'elle portait quelques minutes plus tôt auraient très certainement fini par la faire trébucher. Elle ne fit que quelques mètres avant de se rendre compte que l'obscurité allait être un problème. Avait-elle le choix ceci, dit ?

L'ouverture n'était plus qu'un mince filet de jour derrière elle et, de toute façon, elle n'avait pas de lampe ni de torche. Posant une main sur le mur de droite et l'autre sur celui de gauche, elle continua à descendre marche par marche, voulant plus que tout accélérer mais sachant que le moindre faux pas risquait de lui rompre le cou. La poussière devenait également dangereuse. Elle était lourde et s'infiltrait dans ses poumons, la faisant tousser. Elle passa néanmoins outre, se contentant de faire un pas à la fois et de s'abandonner à l'obscurité.

Combien de temps passa-t-elle dans cet escalier humide ? Aucune idée. Il se transforma finalement en corridor, manquant la faire tomber sur la dernière marche. Les parois étaient beaucoup plus éloignées et ses bras tendus ne couvraient pas la distance alors elle se colla contre l'une d'entre elle et continua courageusement à avancer, pensant que si elle réussissait, elle pourrait peut-être sauver Jack. Peut-être

Aude suivit l'escalier, apeurée par l'obscurité et l'étroitesse des lieux. Plusieurs fois, elle faillit rebrousser chemin, remonter les marches glissantes qui avaient failli avoir raison de sa volonté. Mais quand elle atteignit le corridor, elle sut qu'elle ne reculerait pas. Longtemps, elle pensa qu'il n'y avait pas de sortie, sa notion du temps avait disparue au bout des premiers mètres de tunnel et elle commençait à se demander si elle n'état pas condamnée à errer là pour l'éternité.

Puis, enfin, elle vit la lumière se découper en un rectangle droit devant elle. Sans plus se poser de question, elle courut et poussa les pierres qui s'écartèrent en grinçant pour la laisser passer.

Elle n'eut que quelques mètres à faire contre la muraille de Rivalen pour trouver Joffrey, les yeux écarquillés, qui regardait le mur éventré avec ébahissement.

Le couloir commençait à descendre dangereusement et la pente menaçait à tout moment d'avaler la jeune femme. Elle avait du mal à ne pas se laisser emporter par son poids et plusieurs fois, elle manqua trébucher. Elle commençait sérieusement à se demander si elle avait fait le bon choix. Aude avait réussi à sortir, mais peut-être y avait-il un embranchement à un moment donné ou peut-être que quelqu'un avait découvert le passage et l'avait bouché…

Un bruit dans le lointain la fit s'arrêter net, le cœur battant. Il pouvait se cacher n'importe quoi dans ces ténèbres obscures. Tous les monstres inventés pour effrayer les enfants lui revinrent en mémoire. Elle n'avait jamais eu peur avant. Maintenant, c'était une autre histoire. Elle recommença à marcher, prudemment et aussi silencieusement qu'elle le pouvait, persuadée pourtant que les battements de son cœur étaient perceptibles à des kilomètres.

Elle n'eut pas longtemps à attendre pour entendre à nouveau le bruit. C'était des pas sans aucun doute. Accompagné de marmonnements étouffés…Elle déglutit avec difficulté. A l'instant, elle ne voyait que trois possibilités.

Un, Dar'ch avait découvert le tunnel et avait placé des gardes à l'intérieur. Mais dans ce cas, il aurait été plus simple de carrément le boucher ou de la changer de chambre.

Deux, c'était Dar'ch en personne qui l'attendait quelques mètres plus loin.

Trois, elle avait laissé un psychopathe en haut pour en trouver un autre en bas.

Quoi qu'il en soit et quoi qui se cache dans l'obscurité, ça c'était arrêté. Elle entendait le bruit d'une respiration qu'on s'obligeait à ralentir pour la rendre indétectable. A cet instant, elle aurait donné n'importe quoi pour être en pleine possession de ses moyens. La Sam normale aurait gardé son sang froid et aurait sans doute réussi à rebrousser chemin sans être détectée.

A l'instant, elle ne pouvait qu'attendre, paralysée par la peur. Elle était à limite d'un gémissement terrifié qui la tuerait à coup sûr. Le silence était angoissant. Elle savait que l'autre l'avait repérée. Elle ne savait pas rendre sa respiration indécelable et il était évident que les halètements effrayés qu'elle lâchait n'étaient pas discrets. Sam ferma les yeux.

Il y eut un déplacement d'air. Il avait bougé…Mais où ? Paniquée, elle fit un pas en arrière. Ce qui, elle s'en rendit compte une seconde trop tard, était exactement ce qu'il voulait. Elle venait de trahir sa position. Une main se referma sur son bras tandis que l'autre encerclait sa gorge. Son dos heurta le mur avec force et elle lâcha un cri de terreur pure pour lequel elle se détesta.

A peine avait-elle hurlé que l'autre relâcha la prise qu'il avait sur son cou, autorisant l'air à pénétrer ses poumons.

« Carter ? »

Le soulagement se propagea en elle avec une rapidité stupéfiante. Elle se trouva stupide d'avoir paniqué aussi facilement et de s'être laissé dominer par une peur infondée. Cependant, son corps n'était pas d'accord avec son esprit et ses jambes tremblantes refusèrent de la soutenir davantage. Elle se laissa aller contre le torse de l'homme, encerclant son cou de ses bras.

« Oh, Jack ! »

Il la tint contre elle un moment, et elle sentit son cœur s'apaiser lentement au même rythme que le sien.

« Carter, il faut qu'on y aille. Daniel et Teal'c devraient ramener des renforts mais je préfèrerai qu'on en n'ait pas besoin. »

Le souhait de Jack était en pure perte et elle le savait mais elle hocha quand même la tête, oubliant qu'il ne pouvait la distinguer dans le noir. Il lâcha son bras mais attrapa sa main et ils recommencèrent à marcher.

« La sortie est loin ? »

La main de Jack exerçait une pression rassurante sur la sienne et elle se sentait nettement mieux. Elle était curieuse de savoir comment ils avaient réussi à quitter leur cellule mais les explications pouvaient attendre.

« Cinq minutes en marchant vite. J'ai eu du mal à retrouver l'entrée. »

Ca, elle n'en doutait pas. Elle était presque indétectable de l'autre côté de la muraille.

Ils poursuivirent leur chemin en silence, attentifs au moindre bruit mais atteignirent la lumière du jour sans encombre. Sam resta un instant plantée tandis que Jack se précipitait sur un cheval en train de brouter sagement la rare herbe qui s'étendait sous leurs pieds.

« Sam ?! »

L'appel à moitié réprobateur de Jack devant sa rêverie la laissa songeuse. Elle accepta malgré tout la main qu'il lui tendait et prit place devant lui sans que leur monture ne bronche. A peine installée, il lança le cheval au galop.

Jack était tendu. Elle le sentait. Comme elle, il devait reconnaître les faits. Devant eux, le soleil se levait, éclaboussant les champs de son aura rougeoyante. C'était exactement la même scène que la dernière fois.

« On va y arriver, Carter. Je te jure qu'on va y arriver. »

La promesse de Jack résonna à ses oreilles, pourtant vide de sens. Elle savait qu'ils n'y arriveraient pas. Déjà la silhouette du pré apparaissait dans le lointain. Sam tourna la tête sachant déjà ce qu'elle allait voir.

Le cheval galopait et Joffrey la serrait contre lui. Il était ivre de joie, persuadé que leurs ennuis étaient finis et qu'une toute nouvelle vie commençait. Aude partageait ce sentiment. Devant eux, le soleil se levait, et son image se reflétait sur les champs en un rouge flamboyant. Joffrey trouvait ça poétique, elle, y voyait un mauvais présage. On aurait dit du sang. Des litres de sang.

Loin devant eux se détachait le pré. Celui où ils s'étaient embrassés pour la première fois. Celui où Aude s'était sentie si libre…Un sourire vint flotter sur ses lèvres…Ils étaient libres…Désireuse d'emporter avec elle une dernière image de Rivalen, elle tourna la tête vers la citadelle. Elle en admira la prouesse architecturelle avant que son regard ne soit attiré par un point mouvant. Elle attendit quelques secondes, puis ses soupçons se confirmèrent. Un cavalier se dirigeait vers eux. Un cavalier casqué de noir.

« Joffrey ! »

Le jeune chevalier tourna la tête dans la même direction qu'Aude et jura entre ses dents. Il talonna sa monture mais il semblait évident que celle de leur poursuivant était plus rapide.

« C'est Dar'ch. »

Le constat tomba, immuable et Aude ferma les yeux, s'en voulant stupidement d'avoir prononcé les mots, pour avoir tourné la tête.

« Jack ! »

Le colonel tourna la tête, jurant grossièrement lorsqu'il vit qu'un cavalier les suivait. L'armure noire et brillante ne trompait pas quand à son identité.

« C'est Dar'ch. »

Sam ne savait pas pourquoi elle se sentait obligé de répéter les mots qu'elle avait prononcé des siècles plus tôt. C'était comme s'ils rejouaient la pièce initiale. Jack talonna leur monture qui renâcla bruyamment. Elle n'était même pas sûre qu'ils arrivent jusqu'au pré.

Joffrey continua d'espérer mais il entendait le bruit de galop se rapprocher encore et encore. Ils étaient au niveau du pré et il s'y engagea sans hésiter, profitant des quelques minutes d'avance qu'ils avaient. Arrivé au chêne, il arrêta sa monture et descendit, observant Aude en faire de même. Il aurait pu lui ordonner de remonter sur le cheval et de s'en aller mais il savait qu'elle ne l'aurait pas fait. Et où aurait-elle pu aller ?

Elle se planta devant lui, ses grands yeux bleus tout écarquillés.

« Qu'est ce que tu va faire ? »

Il dégaina son épée pour simple réponse et fit face au cheval de Dar'ch qui s'avançait vers eux, au pas.

« Joffrey, je t'en prie ! Non ! »

Il la repoussa sur le côté et l'attrapa par le bras, plongeant son regard dans le sien.

« Si ça dégénère…Va-t-en. »

Jack mena son cheval directement au pied du chêne et descendit, lui tendant les mains pour qu'elle fasse de même. Elle calcula qu'ils avaient deux minutes avant de basculer en enfer et envisagea de se cacher. Mais le regard brillant de Jack la dissuada de proposer l'idée.

« Ca ne marchera pas. Ca ne marche jamais. »

Il sourit gentiment, tressaillant à peine à sa mise en garde. Levant une main, il la passa sur sa joue en une douce caresse.

« Et tu ne pars jamais quoi que je dise… »

Ce fut à son tour de sourire tristement. Ses lèvres se posèrent brièvement sur les siennes en une ébauche de baiser et elle sentit qu'il mettait quelque chose entre ses mains. Elle ne regarda pas ce que c'était, l'observant se placer devant le cheval de Willem à la place.

« Jack ! »

Il tira son épée tandis que l'autre homme mettait pied à terre. Sans perdre sa cible de vue, il prononça les mots qu'elle attendait sans le savoir depuis deux siècles.

« Je t'aime, Carter. »

Rewiews?