Bonjour à tous,
voici donc le chapitre 2 de cette petite fiction. Je tiens quand même à signaler -pour ceux qui s'inquièteraient- que je n'abandonne pas du tout Souvenir d'une Amnésique donc l'écritur' est toujours en cours ;).
Merci pour vos reviews du chapitre précédents.
J'espèr' que la suite vous plaira et vous accrocher :D
bOnne LecTur'
.oO°pOmmE-vErtE°Oo.
"Les Fantômes existent. Ce sont des parasites de notre mémoire. Ils viennent tantôt du monde, tantôt du plus profond de notre être. Qui peut les conjurer ?" - Andrée Maillet.
Chapitre 2 : Fantôme du Passé…
POV Hermione
oOo
Posé sur la table de nuit, le réveil passe soudainement -bien que cela soit prévu- de six heures cinquante neuf à sept heures pile, et l'agaçante voix de l'animateur radio envahit la pièce. J'ouvre péniblement -très péniblement même- les yeux et d'un geste, que l'on pourrait presque qualifier de violent, coupe le radioréveil avant d'attraper la petite télécommande qui patiente à ses côtés. J'appuie sur deux boutons et c'est une musique entraînante, agressive même, qui s'échappe bruyamment des enceintes, accrochées au plafond. Je repose la télécommande et me roule en boule au milieu de mon lit –gigantesque pour mon plus grand bonheur-, sous les couvertures.
Je laisse la musique envahir mon esprit, afin de ne pas penser. Cérémonie habituelle de tous les matins, de chaque nouvelle journée qui démarre. Ne penser à rien. Tout oublier. Faire le vide complet. Répéter inlassablement, dans ma tête, les paroles de la chanson assourdissante qui passe en boucle, chanson que j'écoute uniquement dans le but de divertir mon esprit, de l'abrutir, de m'abrutir. Il me faut bloquer tous souvenirs qui auraient la mauvaise idée de pointer le bout de leur nez. Des années après, j'ai toujours aussi peur de les laisser me submerger car je sais pertinemment ce qui se passera. Ils m'engloutiraient. Alors je les bloque, ne pense à rien, oublie tout.
La musique discordante fait son effet, mon esprit est engourdi, mais me voilà pourtant en pleine forme, complètement réveillée. En deux temps, trois mouvements, je balance la couette, qui se retrouve aux pieds du lit, et me précipite dans la pièce d'à côté, qui se trouve être la salle de bain. J'attrape ma brosse à dent, entreprend de les brosser vivement. En même temps, je retire ma chemise de nuit et monte –non sans une grimace- sur ma vieille balance. Poids toujours nettement inférieur à ce qu'il devrait être à mon âge. Je rince ma bouche, entre dans la douche. L'eau chaude me fait un bien fou, je me détends doucement. La porte entrouverte laisse entrer la musique, je chante à tue-tête, continuant de vider ma tête de toutes pensées non souhaitées. Je prends mon temps, profite de ce moment de détente, sachant très bien, qu'après, l'angoisse réapparaîtra. Au bout de longues minutes, je me décide à sortir, m'essuie rapidement, jette la serviette dans le bac à linge sale et rejoint ma chambre. Je m'arrête un instant devant le miroir accroché à la porte de mon armoire et pousse un nouveau soupir de désolation. Les années ont également eu raison de ma taille fine et bien dessinée d'adolescente et de mes jolies formes de la vingtaine, mais dans le sens inverse de ce à quoi l'on pourrait s'attendre. Je suis maigre, trop maigre, et bien que j'en sois totalement consciente, je ne fais strictement rien pour y changer, au contraire. Volontairement, je me mets de profil et gonfle mon ventre, tapote dessus, avant de le dégonfler d'un souffle rapide. Je me répète : désespérant ! Malgré tout, je lance un rapide sourire à mon reflet et ouvre la penderie. J'attrape un jean, un chemisier, des sous-vêtements, balance le tout sur mon lit, jette un coup d'œil au réveil. Bien joué Hermione, te voilà, une fois de plus, en retard. Je m'habille à toute vitesse, trébuche en enfilant mon pantalon, saute dans mes chaussures, attrape mon portable, mon biper, mon sac et mes clés, et sors précipitamment en claquent la porte derrière moi.
La fraîcheur du jour me revigore et je prends deux petites secondes de mon temps pour inspirer profondément. Malheureusement, la pollution rappelle à mon bon souvenir que je ne suis pas en pleine montagne et, de plus, qu'il est plus que temps pour moi de me dépêcher si je ne veux pas louper mon bus. Cinq minutes de marche plus tard, j'arrive près de l'arrêt où j'aperçois le car arriver, je cours et parvins, de justesse, pour changer, à l'attraper. Comme chaque matin, il est rempli et je me retrouve coincée entre un jeune dont la musique passe très nettement au travers de ses écouteurs et un vieux dont le regard pervers fixe une ravissante jeune fille assise deux sièges plus loin. Je prends mon mal en patience pendant les vingt minutes de trajet et m'extirpe enfin du confinement désagréable qu'offrent les transports en commun.
Cinq nouvelles minutes de marche à pied et j'arrive enfin. Devant moi se dresse l'hôpital dans lequel je travaille depuis maintenant près de trois ans et demi. Hôpital… moldu, mot que je me refuse de répéter…
Une dernière bouffée d'air, et j'entre dans le bâtiment. Aussitôt je suis pris dans le flou de personnes qui se bousculent, appelant de-ci, de-là, un médecin, une infirmière, quelqu'un tout simplement. Je traverse le hall des urgences d'un pas rapide, essayant de ne regarder que mes pieds, évitant tout contact avec un malade dont j'aurais tellement pitié que je ne pourrais m'empêcher de m'arrêter pour l'ausculter. Ce qui, bien évidemment, me mettrait une fois de plus, en retard pour mes propres patients, quelques étages plus haut. Enfin, j'arrive à l'ascenseur, y grimpe avant que les portes ne se referment et pousse un nouveau, mais plus discret, soupir. Juste dans mon dos, une voix m'interpelle.
-Alors Hermione, tu es parvenue à garder tes mains dans tes poches et laisser leur boulot au médecin des urgences.
Je souris.
-En effet, Jack, et maintenant je suis rongée par la culpabilité de ne pas avoir pu en aider un seul, même un tout petit cas qui ne m'aurait pas pris plus de cinq minutes.
-Tu passe toujours, grand minimum, vingt minutes avec un patient, n'eut-il qu'un léger bobo au pouce, histoire d'être sur qu'il n'a absolument aucun autre minuscule égratignure…
Je me retourne, toujours tout sourire, et donne un léger coup de poing dans l'épaule de mon meilleur ami. Celui-ci fait alors mine de souffrir le martyr alors que je sens déjà le bleu apparaître, et que je cache ma légère grimace de douleur.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrent et nous sortons tout deux. Cet étage est déjà plus calme. L'étage des grands malades, des grands blessés, en quelque sorte les plus importantes en fait. Jack me prend par les épaules tandis que nous nous rendons au vestiaire afin d'y récupérer nos blouses de médecin. Approchant sa bouche de mon oreille, il reprend.
-Mais, heureusement que tu es comme ça, c'est ce qui fait de toi un très bon, que dis-je, un excellent médecin… C'est ce caractère qui t'a ouvert toutes les portes et qui fait de toi à même pas trente ans, l'un des meilleurs médecins de tout le pays. Sans parler, bien sur, de ton intelligence hors norme.
Il éclate de rire, ce rire qui me donne des frissons de bonheur, me rappelant comme Jack était rassurant, et me lâche tandis que nous entrons dans les vestiaires. Nous sommes salués par d'autres médecins et infirmière –dont l'une d'entre elle lorgne d'ailleurs, plutôt discrètement il me faut bien l'avouer, sur mon meilleur ami, ce qui me tire un sourire amusé. J'enfile rapidement ma blouse, place l'étiquette qui annonce mes noms et prénom, et ressors. Je m'approche de l'infirmière qui occupe l'accueil.
-Salut Lisa
-Hermione ! Salut ! Comment vas-tu ?
-Pas trop mal… En retard…
-Pour changer, bien sur. Mais aujourd'hui, tu as de la chance, Darkuss n'est pas encore arrivé.
-Alléluia !
Nous rions un instant, je fais mine de remercier Dieu en plaçant mes mains, paume contre paume, devant moi et levant les yeux au ciel, que le chef de service soit, lui aussi, en retard. Puis je redeviens sérieuse.
-Tu peux me donner mes dossiers, s'il te plaît.
Lisa me tend une pile de papiers que je commence à feuilleter en m'éloignant. J'ai à peine fait quelques pas, qu'elle me rappelle. Je me retourne, sourcils froncés en signe d'interrogation.
-Qu'y a-t-il Lisa ?
-Nous allons recevoir un nouveau patient.
-Qui donc ?
-Aucun nom, il n'avait pas de papiers sur lui.
-Et que lui est-il arrivé ?
-Un homme l'a trouvé sur le seuil de sa porte, deux balles, une dans l'omoplate, l'autre dans la cuisse, il avait perdu beaucoup de sang. Il est arrivé tôt ce matin aux urgences, il est encore au bloc, mais il ne devrait plus y en avoir pour longtemps.
-Très bien, je le verrais après mes visites.
Je repars, elle m'appelle de nouveau.
-Oui, Lisa ?
-Juste un détail, mais c'est ce qui fait que l'on te l'a confié… Il s'agit d'un drogué…
Je hoche la tête. Un drogué… Un de plus. Ce sont des cas qui m'intéressent car particulièrement complexe. En plus de mon travail à l'hôpital, qui déjà me prend beaucoup de temps, je suis bénévole dans un centre de désintoxication. J'en ai sauvé plus d'un, c'est ce qui fait ma fierté. Bien sur, certains n'ont pas pu en réchapper, et j'ai beau me dire que j'ai fait tout ce que j'ai pu pour eux, les remords me rongent quand même.
Essayant d'oublier pour l'instant le nouveau cas qui m'attend, j'entre dans la première chambre. Une femme d'une quarantaine d'année, s'y trouve, ses yeux papillonnent lorsque je referme la porte derrière moi. Je n'ai pas vraiment besoin de lire son dossier, je le connais par cœur, mais, par principe, je jette un regard aux résultats de la nuit, voir si quelque chose à changer, mais rien, heureusement et malheureusement.
Elle me sourit, j'en fais de même.
-Bonjours Marianne, comment vous sentez-vous aujourd'hui ?
-Prête à courir le marathon, n'êtes-vous pas d'accord docteur ?
Son sourire s'élargit davantage. Quarante ans, atteinte d'un cancer actuellement en phase terminale, sans famille pour la soutenir et toujours le petit mot pour détendre l'atmosphère, enfin tout dépend de qui lui fait face.
-J'aimerais vous dire oui, cependant vous ne semblez pas avoir les chaussures adéquates et je crains le pire pour vos chevilles.
-J'avais oublié, mes chevilles sont fragiles…
Tout en discutant, de tout de rien, d'elle, du temps qu'il fait, des nouveautés politiques, je change ses perfusions, lui donne ses médicaments et l'aide à aller se nettoyer.
Vingt minutes plus tard, je sors de la chambre pour rentrer dans une autre. Cette fois-ci, le visage est masculin, les yeux sont clos, le torse se soulève légèrement montrant la respiration calme de quelqu'un qui dort profondément et calmement. J'entrouvre le dossier, regarde les notes de service de la nuit, et remarque qu'il a fallu lui administrer de nouveau une dose assez importante de calmant. Ceci ne m'étonne guère, sachant la souffrance qu'il doit endurer chaque jour durant, chaque heure, chaque minute du temps qui s'écoule. Je relève la tête pour observer attentivement mon patient. Brûlures au quatrième degré, ses bras, son torse et son cou sont couverts de bandage. Explosion dans l'usine où il travaillait, il a voulu sauver un de ses amis et c'est lui a pris. Je lui réinjecte une dose de morphine, et pendant près d'une heure je m'occupe de lui changer ses bandages, en prenant grand soin de ne pas trop toucher à ses blessures. Il ne se réveilla pas, il ne bougea même pas. Je lui parle, tout en lui prodiguant des soins, de choses légères, futiles.
La matinée se poursuit, je m'occupe de mes patients, prenant systématiquement le temps de discuter avec eux, avec leur famille également lorsque celle-ci est présente. Ma pause déjeuner arrive enfin et je me dirige vers la cafétéria en compagnie de Jack, venu me tirer, gentiment certes, de la chambre de mon dernier patient. Nous passons dans la file d'attente, prenons de quoi manger tout en bavardant et nous installons à deux sur l'une des nombreuses tables. A peine assis, Jack me rabroue, comme tous les jours.
-Hermione ! Quand vas-tu apprendre à te nourrir comme un être humain normal.
-Mais enfin Jack, je me nourris !
-Quelques feuilles de salade verte et une pomme, en effet tu vas aller loin avec ça. Tu es trop maigre Hermione.
Je soupire. Il continue.
-Tu as la peau sur les os, il faut que tu grossisses un peu. Tu es médecin, tu sais parfaitement que cela est mauvais pour ta santé. Comment veux-tu attirer d'un homme ainsi ?...
-Tu sais que tu as de la chance que tu sois mon meilleur ami, sinon je crois que j'aurais particulièrement mal pris ta dernière phrase…
-Oui, je sais : tu n'as besoin et tu ne veux de personne. Tu me l'as suffisamment répété. Il n'empêche que…
-Il n'empêche que rien du tout Jack ! Je suis très bien comme ça, je n'ai pas fin du tout alors je ne vais pas chercher à manger plus que nécessaire. Je ne veux pas non plus attirer le regard d'un homme, je n'ai que faire de trouver l'amour. Je préfère me concentrer sur ma carrière, mes patients. Ils ont besoin de moi…
Jack lève les mains, paumes tournées vers moi, vaincus, et entama son propre repas. Nous discutons des patients, du nouveau directeur qui doit arriver à la fin de la semaine, puis nous passons de notre vie privée, enfin de la sienne surtout, sa dernière conquête, son père prochainement de passage à Londres, les dernières frasques de sa sœur, et tout ce qui lui passe par la tête le concernant. Je ris, je confirme, je lui fais la morale, et par-dessus tout je l'écoute. Plus attentivement que quiconque. J'aime quand il parle, je me délecte de la moindre de ses paroles. Il a cette façon de prononcer certains mots qui m'amuse tout particulièrement, ou encore ces petites mimiques qui animent son visage lors de ces discours. Jack est quelqu'un d'extrêmement beau, il le sait pertinemment mais s'en fiche royalement, tout comme moi. Je l'ai connu en première année de médecine, à Paris. A l'époque, il aimait encore s'amusait avec les filles et j'avais été l'une de ses proies, sauf qu'il n'avait jamais pu gagner la partie. Il m'a avoué, quelques mois après que notre première année, que je le fascinais complètement mais pas de la même façon qu'un homme lorsqu'il est amoureux, c'est sur cette base que s'est formée notre amitié qui n'a fait que s'amplifier au fil des années. Nous avons fini nos études de médecine ensemble, toujours collés l'un à l'autre pour réviser et rester les meilleurs de notre promo ; puis, une fois nos études finies, nous avons décidé de postuler à l'hôpital de Londres où nous avons –par le plus grand des hasard, bien que je soupçonne un petit versement de la part de son père- été admis. Cependant, encore aujourd'hui, je reste un vrai mystère pour lui, mais il n'en a que faire. Il attend juste le jour où je pourrais me confier en me protégeant tel un grand frère prend soin de sa sœur.
Perdue dans mes pensées, j'ai momentanément lâché l'histoire qu'il racontait et m'en aperçois lorsqu'il passe sa main devant mes yeux
-Allo ?! La Terre appelle Hermione…
Je secoue la tête, il rit, amusé.
-Excuse-moi Jack, tu disais.
-Dites moi Miss Evans, si je vous ennuie dites-le moi tout de suite.
-Tu sais bien que non.
-En effet, je sais… Ce que j'ignore en revanche c'est ce qui t'emmène loin de moi ainsi…
Je baisse les yeux sur mes mains qui jouent avec ma pomme, de façon légèrement mais nettement nerveuse. La main de Jack finit par arrêter la mienne.
-Tu ne me diras rien, et je ne t'en veux pas le moins du monde. Je comprends, ne t'en fais pas pour ça.
Je relève la tête, lui rend son sourire.
Nous sommes finalement interrompus par l'arrivée de trois autres médecins. Paul Crawters, cancérologue, Francine Griffita, gynécologue, et Andrew Mathis, généraliste, s'installent à nos côtés et une longue discussion, portant sur la politique, est entamée. Je me permets d'écouter d'une oreille distraite. Finalement, après une demie heure, Jack se lève, je l'imite, on salut nos collègues et nous repartons travailler. Cette après-midi, je dois le passer avec les enfants atteints de maladies graves. J'apprécie énormément les moments que je passe avec eux, contrairement à la plupart des gens qui sont gênés devant leurs têtes rasées, leurs visages pâles et les perfusions qui les suivent sans cesse, moi absolument pas. Ils sont plus matures que la plupart des adultes et ils comprennent des choses qui échappent à beaucoup de gens.
Je suis à peine entrée dans la pièce de jeu qu'une dizaine de gamins se précipite sur moi. Pendant un quart d'heure j'ai droit à de multiples bisous, câlins et dessins. Et lorsque le dernier enfant me lâche, je peux commencer mes auscultations. Je prends tout mon temps, je sais à quel point ils aiment parler. Ils se fichent qu'on les écoute réellement, ils veulent juste s'exprimer.
L'après-midi passe à une telle vitesse que je m'étonne qu'il soit déjà si tard lorsque je jette un coup d'œil à l'horloge. Il me reste une dernière fillette à voir. Melinda Frayols, 6 ans, atteinte d'une Leucémie, dans l'attente d'une greffe de moelle. J'entre dans sa chambre, elle lève ses grands yeux d'un bleu profond de son livre et m'offre un sourire radieux.
-Bonjour Melinda. Comment te sens-tu aujourd'hui ?
-Bonjour Hermione. Je vais très bien, regarde ce que maman m'a offert !
Elle tend son livre que j'attrape. Peter Pan. Ce titre ne m'étonne guère, cette histoire fait fureur auprès des enfants malades. Enfant éternel, qui n'a jamais rêvé de l'être…
-Je l'ai presque fini. C'est vraiment une très belle histoire mais moi je sais pas si je voudrais faire comme Peter Pan…
Je commence à m'occuper des ses perfusions et de ses analyses, tout en l'interrogeant.
-Je trouve dommage qu'il ne veuille pas grandir. Je pense qu'il faut pouvoir profiter de chaque jour et accepter de grandir, c'est pour ça que l'être humain est fait. Grandir… Vivre…
Elle parle joyeusement, pourtant je sens une très légère pointe de tristesse poindre dans sa voix.
-Tu es bien l'une des rares à ne pas vouloir rester enfant, la vie est pourtant plus facile.
-Peut-être… Mais la plupart des autres enfants n'attendent pas la mort avec le sourire. Moi je suis sûre que l'on va me soigner et je veux grandir pour connaître toutes les complications qui font râler les adultes.
Son sourire s'élargit et ses yeux s'illuminent de malice. Cette gamine m'étonnera toujours, avec elle j'ai toujours des discussions qui auraient mis mal à l'aise n'importe qui, et qui pourtant sont tellement pleines de sens et de maturité. Elle me paraît si âgée, si… adulte. Seuls ses yeux trahissent l'enfant en elle. Nous discutons encore un peu de Peter Pan et de la vie, puis je la quitte après lui avoir déposé un léger baiser sur le front. J'espère sincèrement que la greffe se fasse le plus rapidement possible et que Melinda puisse connaître la vie dont elle rêve.
Je retourne à l'accueil où Lisa est en train de ranger les derniers dossiers avant de rentrer chez elle. En me voyant arriver, elle me tend la main pour que je puisse lui remettre mes dossiers.
-Laisse Lisa, je vais les ranger moi-même.
-Merci Hermione, ça m'arrange bien en toute franchise, j'ai un rendez-vous ce soir et je sens que je vais déjà être en retard… Es-tu allé voir le nouveau patient ?
-Non pas encore, je suis d'ailleurs venue te demander son dossier.
Elle fouilla un instant dans une des piles et me tendit ledit dossier.
-Merci Lisa. Bonne chance pour ton rendez-vous et à demain.
-A demain Hermione.
Je la regarde s'éloigner d'un pas rapide avant de plonger le nez dans les fiches de l'inconnu. Blessure par balle… Dose très importante de drogue dans le sang… Complication lors de l'intervention… Sous morphine et calmant… Chambre 102.
Alors que je me dirige vers la chambre en question une alarme retentit. Aussitôt deux infirmières et le médecin de garde, arrivé depuis peu, se précipite exactement là où je me rends. Instantanément, je fais de même. Mais alors que je viens de faire un pas dans la pièce, je me fige, lâche le dossier dont les feuilles s'éparpillent sur le sol dans un bruit mat. Je regarde, sans rien faire, sans même bouger d'un millimètre, le médecin demander le chariot de réanimation et envoyer au patient plusieurs chocs électriques. Finalement, le cœur de l'homme inanimé repart et les infirmières sortent précipitamment de la chambre. Le médecin, Michael O'neil, s'approche de moi, ramasse mes papiers et me les tend. Je les attrape d'une main fébrile.
-Hermione ? Est-ce que tout va bien ?
J'hoche la tête. Il veut rajouter quelque chose mais une infirmière passe la tête par la porte et l'interpelle pour un souci concernant un autre patient. Il me regarde, hésitant, mais je lui fais signe -sans quitter des yeux le lit et son occupant- d'y aller, ce qu'il fait sans perdre de temps.
Je reste encore plusieurs minutes bloquée dans la contemplation de l'homme. Je ferme les yeux un instant, me surprend à prier de me réveiller dans mon lit, que tout ceci ne soit qu'un cauchemar. Je rouvre les yeux. Ce n'était pas un cauchemar où je suis endormie. Je ne rêve pas… Là, allongé sur le lit, d'une pâleur effrayante, ses cheveux longs d'un blond immaculé, une couche de sueur constellant son front, se trouve un fantôme du passé… Il a vieillit mais je le reconnais sans l'ombre d'un doute.
-Drago Malefoy…
vOili vOilOù !
bOn, je tente une nouvelle forme de fiction avec l'écriture de chaqu' chapitre en POV. J'espère que ça ne vous déplaît pas trop, en tout cas, cela me permet d'aller plus en profondeur dans les sentiments et les ressentiments des personnages…
Dites moi ce que vous en pensez, laissez une p'tite review ;-)
Bisous
à très bientôt !
