House avança vers le gardien. Celui-ci se tenait debout face à la porte grise qui le séparait de lui.
Il fit un signe de tête à l'homme qui lui lança un regard interrogatif. House se planta devant lui et essaya de jeter un coup d'œil à travers la vitre de la porte mais le gardien l'en empêcha en se postant devant celle-ci.
_ Vous n'avez rien à faire ici monsieur.
Il lança un regard à sa canne. Étrange canne... Très étrange.
House lança un regard circulaire avant de se pencher vers le gardien.
_ Benjamin et son frère jumeau voudraient vous rendre visite.
Il lui tendit discrètement les deux billets vert. Le gardien fit mine de ne pas les voir et répliqua :
_ J'ai entendu dire que leur mère avait eu des triplés.
House sourit et sortit de sa poche un troisième billet.
L'homme prit l'argent et fit un pas sur le côté.
_ Je n'ai rien vu, rien entendu. déclara-t-il en jetant des coups d'œil autour de lui.
Le sourire de House s'élargit tandis qu'il entrait dans la pièce. Il referma la porte avec délicatesse et se tourna vers son occupant.
_ Le menotteur devient le menotté. dit House avec son plus beau sourire narquois.
Grégoire, assis et attaché à une chaise le fusilla du regard mais ne répliqua rien.
House prit une chaise qui se trouvait au fond de la pièce et alla s'asseoir face à l'avocat qui ne quittait plus sa canne du regard.
_ Séquestration, tentative de meurtre, port d'arme illégal, idiotie outrancière et jalousie chronique... Vous allez passer un bon bout de temps en prison. déclara le diagnosticien avec ce même sourire moqueur.
_ Comment va Lisa?
Le sourire de House se figea.
_ Ça ne vous regarde pas.
_ Vous venez me narguer...
_ C'est mon droit.
_ A votre place je me serais terré quelque part en essayant de laver ma lâcheté.
Le bleu des yeux de House devint presque gris.
Grégoire, conscient d'avoir touché un point sensible se pencha vers lui et continua à tourner le couteau dans la plaie.
_ Si une femme avait pris une balle pour moi, je ne me pavanerais ainsi. Je comprends pourquoi elle était avec vous. Elle avait juste pitié. Mon pauvre ami...
Un rictus se forma au coin de la bouche du diagnosticien et une veine se mit à sautiller au dessus de son arcade sourcilière.
_ Ce n'est pas ce qu'elle m'a dit hier pourtant. Non en fait, elle était trop occupée à crier mon nom et à me dire qu'elle aimait ça... Elle a donc dû oublié de me glisser cette précision à l'oreille.
Grégoire voulu bondir de sa chaise mais ses menottes l'en empêchèrent.
_ Vous êtes jaloux car même votre mère ne voudrait pas se jeter et prendre une balle à votre place.
_ Espèce de...
_ Les philosophes ont donné un nom au geste de L-I-S-A. Amour je crois oui c'est bien ça. Moi qui pensais voir ce genre de chose dans les grandes pièces tragiques. J'ai été gâté.
_ Elle a failli mourir!
_ Ce n'est pas moi qui ait tiré.
_ Elle ne vous aime pas.
_ Elle semble vouloir tout faire pour me prouver le contraire.
_ Vous ne l'aimez pas!
House ouvrit la bouche pour répliquer mais aucun son ne franchit ses lèvres. Encore une fois, les mots refusaient dépasser le stade de la gorge.
_ Bien sûr que si. dit-il enfin.
_ Vous ne la méritez pas.
_ Peut être mais je la mérite plus que vous en tout cas.
_ C'est moi qu'elle aime!!
_ On ne séquestre pas quelqu'un quand cette personnes vous aime!
_ Je l'ai fait pour son bien.
House bondit de sa chaise.
_ Depuis quand molester quelqu'un fait partie des synonymes du bonheur?! Vous croyez peut être réussir un jour à obliger quelqu'un à vous aimer?!
_ Arrêtez d'employer un mot dont vous ne connaissez pas la signification.
_ Parce que VOUS la connaissez peut être?
_ Lisa m'aime. Nous étions heureux et vous êtes venu tout gâcher.
_ Elle ne vous a jamais aimé.
_ La ferme.
_ Elle n'aime que moi.
_ LA FERME!
_ Vous allez finir en prison et nous allons être ensemble. C'est con ça!
Grégoire gesticula avec force sur son siège, essayant en vain de briser ses menottes. Il se calma au bout d'un moment et fut pris d'un fou rire.
House arqua un sourcil, interloqué par ce comportement.
_ Je vais vous tuer. Je vais tous vous tuer.
_ Avec des menottes, ça va être difficile.
_ Si je ne peux pas avoir Lisa... Personne ne l'aura... Et surtout pas vous...
Il bascula sa tête en arrière et rit à gorge déployée.
_ Vous êtes fou. Fou et pitoyable.
L'avocat redressa la tête et sourit à House.
_ Nous sommes deux dans ce cas.
_ Vous avez raison. Et c'est pour cette raison que je suis là. Vous avez dû le constater, ma canne est différente. Je me la suit fait faire hier. Le pommeau est irrégulier et... il dévissa la tête. Parsemé de bouts de verre.
Grégoire lança un regard d'effroi à House qui lui répondit par un sourire carnassier. Il alla près de la fenêtre et cassa la vitre.
_ Qu'est-ce que vous faites?!
_ Je prépare la scène afin qu'on croit vous avez essayé de mettre fin à vos jours.
_ Comment ça?!
_ Cette canne a été faite dans un unique but...
_ Vous n'oseriez pas! Vous n'avez pas le droit!
House s'approcha doucement de lui.
_ Je vais me défouler sur vous, et vous laisser pour mort dans cette pièce. La salopard que vous êtes comprendra peut être ce qu'ont ressentit Wilson, Foreman et Cuddy.
_ NON!
House leva la canne au dessus de sa tête.
_ Vous l'avez dit vous même. Je suis comme vous. Fou et pitoyable.
***
House entra dans le hall de l'hôpital. Sourire aux lèvres. Il avait repris son ancienne canne en laissant son matériel de torture chez lui. Il savait que Cuddy, malgré son interdiction, avait reprit sa place de directrice et son siège derrière son bureau. Il décida donc d'y faire un tour. Il fit un pas en avant, et vit de loin une horde de policiers, de pompiers, d'infirmières et une Cuddy désappointée qui se dirigeaient dans sa direction, en poussant un brancard. Quand le cortège passa devant lui, son sourire se transforma en rictus alors qu'il reconnaissait Grégoire.
_ Qu'est-ce que ce malade fout là?!
Cuddy s'arrêta à son niveau et lui lança un regard noir.
_ D'après les policiers, il aurait tenté de mettre fin à ses jours en se cognant un peu partout et en essayant de se défenestrer.
_ Je savais bien qu'il était fou...
Cuddy se rapprocha un peu plus de lui et reprit sur un ton plus sévère.
_ Lui affirme que vous êtes venu et que vous l'avez battu.
_ Ce n'est pas l'envie qui me manque mais ce qu'il avance est absurde.
_ Les policiers pensent qu'il a fait ça dans le seul but de vous incriminer.
_ Heureusement pour moi, c'est raté!
Cuddy le prit par la manche et se dirigea vers son bureau. Quand la porte se referma derrière eux, la doyenne s'exclama :
_ Vous êtes un idiot House!
_ Maintenant qu'on est seul tu peux me tutoyer.
_ Pourquoi avoir fait ça?
_ Avoir fait quoi?
_ L'avoir tabasser.
_ Pourquoi m'accuser! s'offusqua le diagnosticien.
_ Il y a du sang sur ta manche. Heureusement pour nous, je suis la seule à l'avoir remarqué.
House leva son bras pour vérifier. Il y avait belle et bien une tâche de sang.
_ Merde...
_ Tu n'aurais...
_ Il l'a bien mérité!
_ Oh oui! Et maintenant il se retrouve dans notre hôpital, et bénéficie de nos soins!
_ Demande un transfert!
_ Parce que tu crois que je ne l'ai pas déjà fait?!
_ Tant pis alors...
_ Je t'interdis de l'approcher.
_ Tu as peur que je ne me trompe de perfusion.
_ Pire.
_ Voyons Cuddy! Je suis un professionnel!
_ Non House! Tu es fou et imprévisible.
_ C'est ce qui fait mon charme non?
_ Je t'en supplie! Pour une fois, obéis moi.
Cuddy marqua un temps de d'arrêt pour peser la débilité de ses propos. House ne lui avait jamais obéit. Ce n'était pas aujourd'hui qu'il le ferait.
_ Non, laisse tomber. dit-elle.
House sourit et tourna les talons. Alors qu'il s'apprêtait à sortir, Cuddy ajouta :
_ Si tu l'approches, pas de sexe pendant trois mois.
House fit volte face et la regarda, outré.
_ C'est une plaisanterie?!
_ Non, je suis sérieuse.
_ Tu ne tiendras pas trois mois! Rien que là, je sens que tu as envie de moi.
_ Tu veux parier?!
House frissonna. Cuddy sourit.
_ Ce mec est un vrai salop. Même indirectement, il fout le bordel!
Il ouvrit la porte avec violence et fit un pas en dehors.
_ House.
_ Quoi encore?
_ Il a eu mal?
_ Très.
_ Parfait.
***
_ Tension constante.
_ Très bien. dit Cameron.
Cuddy hocha la tête puis sortit de la pièce. Elle se figea quand elle vit House, assis sur un siège, en train d'observer tout ce qui se passait.
_ Je vous avais dit de ne pas approcher. dit elle sur un ton de reproche.
_ Je ne suis pas près de lui, je suis juste devant sa chambre!
_ House! elle se rapprocha et se planta devant lui.
_ Sortez de là.
_ Je suis dans le couloir.
_ Trop près.
_ Non.
Cuddy soupira.
_ Mais bon sang! Qu'est-ce que tu fiches ici!?
_ Tu aurais de la monnaie sur dix dollars?
_ Non.
_ Pourquoi Cameron a le droit de l'approcher et moi pas?
_ Parce que Cameron n'essaiera pas de le tuer. chuchota Cuddy.
_ Tu en es certaine? D'après toi, elle fait quoi là?
Cuddy fit volte face.
_ Et en plus elle est parano. ajouta-t-il avec un large sourire.
Elle se tourna à nouveau vers lui et lui fit les gros yeux.
_ Quoi encore!? J'ai le droit d'installer un bivouac dans ce couloir! Ce n'est écrit nulle part que c'est interdit!
_ Tu n'a pas de consultations?!
_ Je suis en repos figure toi.
_ QUOI?!!
House sortit une feuille de sa poche et la lui tendit.
_ J'ai été choqué par cette histoire avec Grégoire, il y a eu préjudice moral. Mon psy a écrit une lettre pour que je puisse avoir quelques jours pour m'en remettre. il prit sa mine de chien battu.
Cuddy lui arracha la feuille des mains et lit.
_ C'est une plaisanterie?
_ Approuvée par le juge!
_ Espèce d'enf...
_ Moi aussi je t'aime. Maintenant pousse toi! Tu gâches le spectacle.
_ Je me suis fais tirée dessus et...
_ Je t'avais dit qu'il était trop tôt pour...
_ Tu n'es pas choqué!
_ Non, mais mon psy en est persuadé.
_ Tout ça pour des consultations!
_ J'ai arrêté la vicodine, mais ça ne veut pas dire que je vais arrêter d'être MOI.
_ Je ne t'ai jamais... Si je suis avec toi... Rho et puis zut! Tu m'énerves!
_ Première dispute de couple.
_ House!
_ Un p'tit câlin?
Il ouvrit les bras dans sa direction. Cuddy le repoussa, lui lança un regard noir puis s'éloigna en faisant claquer ses talons sur le sol avec force. House la regarda partir avec un sourire satisfait puis se leva. Il salua les policiers postés près de la porte puis entra dans la pièce tandis que Cameron changeait les perfusions de Gregoire. Quand elle le vit, elle fronça les sourcils.
_ Cuddy m'a dit que vous ne deviez pas l'approcher.
_ Cuddy parle beaucoup.
_ Vous ne devriez pas être ici.
_ Je ne vous fais pas confiance.
_ Je n'oserais JAMAIS...
_ Ouais ouais ouais.
_ QUOI?
_ Sortez.
_ Non. Je...
_ S-O-R-T-E-Z!
Cameron lâcha la perfusion et sortit.
_ Je vais prévenir...
_ Le Docteur Cuddy. Oui oui! Allez y Thérésa! Je vous attends.
Il lui fit un grand sourire puis se tourna face à Grégoire.
_ Debout là dedans! Il tapa le lit du bout de sa canne.
Les policiers entrèrent dans la pièce.
_ Qu'est-ce que vous faites?!
_ Docteur House. Je fais un diagnostic et pour ça mon patient doit se réveiller. il leur fit un grand sourire puis fit le tour du lit.
_ Grégoire? M'entendez vous? Y'a votre mère en porte jarretelle dans le couloir.
Les deux policiers s'échangèrent des regards éloquents. House posa sa canne sur le côté puis prit Grégoire des deux mains.
_ Je vais vous retourner Grégoire à ... un, deux...
House poussa l'avocat qui tomba du lit.
_ Oh zut! Trois. s'exclama House avec un regard innocent.
Les policiers s'élancèrent vers l'avocat qui poussait à présent des hurlements.
_ Pourquoi l'avoir poussé?! s'écria l'un des officiers pendant qu'il aidait son collègue à remettre Grégoire dans son lit.
_ Ben... Pour l'ausculter.
Cuddy entra dans la chambre.
_ Mais je suis un infirme! Vous auriez dû m'aider! s'empressa-t-il de rajouter.
_ Que s'est-il passé? demanda la doyenne en lançant un regard noir au diagnosticien.
_ Grégoire semblait...
_ Je ne m'adresse pas à vous House!
_ Il voulait l'ausculter... commença l'un des officiers.
_ Salaud! hurla Grégoire.
Il commença à gigoter dans son lit.
_ Calmez vous! ordonna le deuxième officier.
L'avocat commença à se débattre. Cuddy passa devant House en prenant bien soin de le fusiller du regard, s'empara d'une seringue et la planta dans le cou de Grégoire qui se calma aussitôt.
House poussa un sifflement admiratif.
_ C'est ma copine. dit il aux deux policiers qui regardaient Cuddy, la bouche grande ouverte.
_ Menottez le. ordonna-t-elle avant de sortir. En passant, elle attrapa House par une oreille et le força à la suivre.
_ Aïe aïe aïe! s'exclama celui-ci. En vain...
Cameron les regarda passer, sans rien dire. House allait passer un sale quart d'heure... Elle avait presque mal pour lui.
Cuddy poussa la porte avec son pied et envoya valser House un peu plus loin. Il se tourna vers elle et lui lança un regard apeuré.
_ Attends attends! Je peux tout expliquer!
Cuddy s'avança vers lui, l'empoigna par le col...
_ NoOn!
Et plaqua sa bouche contre la sienne. House, d'abord complètement largué, ne réagit pas tout de suite. Puis lui répondit avec fougue. Au bout d'un moment, elle se dégagea de lui et lui lança.
_ Vous êtes un idiot House!
_ Apparement, c'est ce qui te fait craquer! répliqua le diagnosticien, haletant.
_ Pas de sexe pendant trois mois. lui glissa-t-elle aux oreilles avant de se diriger vers son bureau.
_ QUOI? s'étrangla-t-il.
_ Je t'avais prévenu.
House ouvrit la bouche puis la referma.
_ Bien.
_ Dictatrice.
_ Anarchiste.
_ Catin.
_ Infirme.
_ Excusez moi...
House et Cuddy firent volte face.
_ Oui?
Le policier, blême, avança vers eux.
_ Je...
Un coup de feu retentit. Cuddy poussa un cri d'effroi. L'officier s'écroula. Grégoire avança dans la pièce, arme braquée sur eux, puis referma la porte à l'aide de son pied.
_ J'ai beau chercher, je ne trouve pas ma mère docteur House.
TBC...
