Tara se réveilla car le soleil lui tapait dans les yeux. Mais elle n'eut pas le courage de les ouvrir, bien trop effrayée par ce qu'elle allait trouver. Est-ce qu'elle était morte ? Est-ce qu'elle était déjà en enfer ? Il y avait donc une vie après la mort ? Elle se décida donc à ouvrir les yeux et la déception fut cruelle. Elle était allongée dans un lit, dans la chambre dans laquelle Drago l'avait abandonnée. Elle ressentit à nouveau toutes les sensations qu'elle avait voulu fuir : Anna qui ne la considérait plus comme sa mère, Drago qui ne l'aimait plus et finalement, toute sa vie qui était réduite à néant.
Tara se mit à sangloter en silence. Alors c'était ça sa punition pour tout le mal qu'elle avait causé dans sa vie ? Rester en vie et regarder ceux qu'elle aimait la considérer comme une étrangère ? N'être plus rien pour personne ? Même la mort ne voulait pas d'elle apparemment. Elle sentit une douleur vive là où il n'y avait désormais plus qu'un immense vide.
Elle entendit alors des voix à l'étage inférieur. Des gens se disputaient. Elle entendit la voix de Dumbledore :
- Mais, enfin ! Comment avez-vous pu laisser une telle chose arriver ?
- Nous ne nous doutions pas qu'elle en était arrivée à ce stade là ... répondit la voix de Tonks.
- Vraiment ? Vous êtes parents, Remus et vous. Vous ne vous êtes pas demandé ce que vous auriez pu ressentir si, après des mois de séparation, Teddy ne vous reconnaissait pas ?!
- J'aurais certainement eu le cœur brisé, répondit Tonks.
Un silence se fit, que seul Dumbledore rompit :
- Ne vous méprenez pas. Je ne vous blâme pas uniquement. J'ai bien évidemment ma part de responsabilité. Mais j'aurais cru qu'au moins l'un d'entre vous aurait eu un peu plus de bon sens. Même toi, Drago.
- Je ... répondit la voix du jeune homme. Je n'ai pas osé ...
- Vous avez donc tous si peu confiance en moi ? demanda Dumbledore.
- Non, bien sur que non ... répondirent plusieurs personnes.
- Alors qu'est-ce que vous ne comprenez pas ? Si j'ai accepté d'ouvrir notre porte à Tara, c'est que j'estimais qu'elle le méritait. Vous ne croyez donc pas à la seconde chance ? Et pourtant, Drago est bien là, parmi nous !
Un nouveau silence envahit la pièce. Et ce fut encore Dumbledore qui le rompit :
- Nous pourrons remercier Merlin si elle se réveille. Quand je pense qu'il a fallut que ce soit un elfe de maison qui s'inquiète d'elle. Nous devrions tous avoir honte.
Tara entendit des pas indiquant que la pièce se vidait. Elle n'avait pas été le moins du monde apaisée par cette conversation. Ils se fichaient tous de son sort. Elle l'avait su dès qu'elle était entrée dans la maison. Mais surtout Drago. Il n'avait pas osé ? Qu'est-ce que ça voulait dire ? Qu'il ne se sentait plus l'âme d'un mari ? Qu'il ne la connaissait plus ? De plus, Dumbledore avait confirmé ses doutes : Anna ne l'avait pas reconnue. Que pouvait-elle espérer maintenant ? Tout était désormais gâché et il ne serait plus jamais possible de réparer les dégâts. Alors pourquoi rester ? Pour souffrir encore plus ?
La jeune femme tenta de se lever, dans l'espoir de fuir encore une fois. Mais son corps ne semblait pas vouloir lui répondre. Elle devrait donc rester encore quelques temps. Jusqu'à ce qu'elle ait la force de partir.
Elle entendit la porte s'ouvrir et regarda Dumbledore, Drago et Hermione entrer dans la pièce. Mais à peine les eut-elle identifié, qu'elle ferma les yeux. Elle n'avait pas la force de les affronter. Ils l'avaient cependant vue et Drago s'assit sur le lit en lui prenant la main :
- Tara ? Regarde moi s'il te plait ?
La jeune fille refusait toujours de le regarder. Pour voir à quel point il était beau et à quel point elle l'aimait alors que lui ne semblait plus partager ce sentiment ? C'était bien trop dur.
- Tara, dit Dumbledore d'une voix calme, même si Anna ne te reconnaît plus pour le moment, elle a besoin de toi. Tu ne peux pas lui en vouloir. Elle est trop jeune pour que sa mémoire fonctionne. Mais tout le monde sait ici que tu es sa mère.
- Tout le monde sauf elle ... dit Tara qui avait enfin ouvert les yeux en entendant parler de sa fille.
- Pour le moment, intervint Hermione. Mais je suis sure qu'avec un peu de temps ...
Tara tourna la tête vers la fenêtre, voulant cacher les larmes qui coulaient sur ses joues. Une bonne mère n'aurait pas eu besoin de temps pour être aimée de sa fille.
- Je vois que tu as l'air d'aller relativement bien. Physiquement, tout au moins, dit Dumbledore. Je pense qu'il est temps de vous laisser régler vos histoires seuls. Hermione, si tu veux bien m'accompagner ...
Ils sortirent tous les deux laissant Drago et Tara seuls. La jeune femme n'osait pas regarder son mari, si elle pouvait encore l'appeler ainsi. Il lui serra la main plus fort et lui dit :
- Pourquoi tu as fait ça ? Je comprends ce que tu as pu ressentir par rapport à Anna, mais tu m'avais moi ...
- Non, c'est faux, cria t-elle. Tu crois que je n'ai pas compris ? Tu ne veux même plus partager ma chambre, tu ne t'es pas approché de moi ... je le vois bien, ... tu ne m'aimes plus ...
Elle avait prononcer ces mots dans un murmure, les sanglots l'empêchant de continuer. Drago resta muet, ce qui ne rassura pas Tara. Elle prit sur elle pour continuer :
- Je ne peux même pas t'en vouloir. Comment pourrais-tu me pardonner de vous avoir abandonné ? Tu n'as pas besoin de répondre. J'ai réalisé hier soir que je suis ni une bonne mère, ni une bonne épouse.
- Comment peux-tu dire une chose pareille ? S'écria t-il. Si je n'ai pas partagé ta chambre, c'est parce que j'avais peur ...
- Peur ? Que je te trahisse à nouveau ? Tu ne me connais donc plus ? Tu ne me fais plus confiance ?
- J'avais peur que ce soit toi qui ne me pardonnes pas d'être parti. Que tu m'en veuilles d'avoir trahi, que ce soit toi qui ne m'aimes plus. J'ai espéré toute la soirée que tu viennes me rejoindre.
Tara resta muette de stupéfaction. Comment avait-il pu en arriver à de telles conclusions ?
- Quand Kreattur est venu me chercher en me disant que tu étais partie, je n'arrivais pas à le croire.
- Kreattur ?
- Tu sais bien, l'elfe des Black. Il est aujourd'hui au service de Sirius et maintenant de l'Ordre ... mais peu importe. Il t'avait suivie sur la plage et m'y a emmené. Oh Tara, si tu savais comme je regrette de ne t'avoir pas parlé hier ... Quand je t'ai trouvée, j'ai cru que tu étais morte et ...
Drago baissa la tête. Tara savait qu'il retenait des larmes.
- Est-ce que tu pourras jamais me pardonner ? Demanda t-il suppliant.
- Moi ? Mais je ne t'en ai jamais voulu ! C'est plutôt toi qui devrait ...
Il posa un doigt sur ses lèvres et se pencha vers elle pour y déposer un baiser. Elle eut l'impression de revivre leur premier baiser. Ce jour-là aussi elle était alitée et il était à son chevet. Mais c'était tellement loin ...
- Alors tu m'aimes toujours, demanda t-elle, la voix incertaine.
- Je n'ai jamais cessé de t'aimer. Il ne s'est pas passé une journée sans que je pense à toi.
Tara n'arrivait pas à croire ce qui se passait. Elle serra Drago contre elle, celui qui était redevenu son mari.
Les semaines qui suivirent furent assez difficiles pour Tara. Elle mit du temps à réapprendre à communiquer avec Anna. La petite fille ne restant avec elle que difficilement et toujours en présence de Drago. Tara pleurait beaucoup, souffrant de ce statut d'étrangère. Mais progressivement, la petite fille se calma et un jour, tendit spontanément les bras vers sa mère.
Quant à Drago, il avait rapatrié Tara dans sa propre chambre. Elle était restée alitée pendant plusieurs jours. Dumbledore lui avait expliqué qu'elle avait été trop affaiblie pour retrouver la santé aussi vite. Il lui avait prodigué des soins efficaces mais comme il le disait souvent : « Il ne pouvait pas remplacer le temps ». Lorsque Tara fut moins faible, elle put totalement retrouver son mari qui s'occupa d'elle comme au premier jour de leurs amours.
Pendant ce temps, l'Ordre s'activait beaucoup et quand la jeune femme fut sur pieds, elle put assister à l'une des réunions. Ce jour-là, Dumbledore prit le temps de lui expliquer les découvertes de l'organisation :
- Nous avons découvert il y a quelques temps déjà que Voldemort a repoussé les limites de la magie noire là où aucun autre sorcier ne s'était aventuré avant lui. Au début, nous n'avions que des soupçons, mais aujourd'hui, c'est une certitude : il a eu recours à des Horcruxes.
- Des quoi ? Demanda la jeune fille.
- Des Horcruxes. C'est un procédé qui appartient à une branche très sombre de la magie. Il consiste à diviser son âme pour en placer une partie dans un objet. De cette façon, si le corps du sorcier est endommagé, l'être survit car son âme est restée intact. La partie dans l'Horcruxe bien évidemment.
- Alors avant de tuer le Seigneur des Ténèbres, il faut détruire cette partie de son âme ? Puisque je suppose que c'est votre but, non ?
- C'est effectivement ce que nous tentons de faire. Nous ne sommes pas enclin à prendre la vie d'un autre homme mais il semble que cette fois, nous n'ayons pas le choix.
- Et est-ce que vous avez retrouvé cet Horcruxe ?
- Là réside un autre problème : il n'y a pas UN Horcruxe. Nous pensons qu'il y en a plusieurs. Et jusque là, nous avons réussi à en récupérer 5.
- Puis-je savoir ce que c'était ?
- Le premier était une bague qui appartenait à la famille de Voldemort et que j'ai mis des années à retrouver. Le second était une coupe qui avait appartenu à Helga Poufsouffle. Celle-ci nous a d'ailleurs donné du fil à retordre. Le troisième était une coiffe qui appartenait à Rowena Serdaigle. Nous pouvons au passage remercier Ronald et Hermione, car sans leur curiosité, nous n'aurions sans doute jamais découvert cet objet. Grâce à Kreattur, nous avons découvert le médaillon de serpentard, qui était le quatrième Horcruxe. Et enfin, le cinquième était à l'intérieur de Neville Londubat. Voldemort ne savait certainement pas qu'il lui avait transmis une partie de son âme le jour où il a assassiné ses parents. Néanmoins, c'est lui même qui a détruit cet Horcruxe lorsqu'il l'a tué.
A l'évocation de cet épisode, Tara baissa la tête car la honte était trop importante. Neville était mort à cause d'elle et ils le savaient tous. Dumbledore remarqua son trouble et lui dit :
- Tara, personne ici ne te reproche plus la mort de Neville. Certes, tu y as participé mais le passé doit rester où il est. Cela aussi fait partie de la seconde chance. Et je pense que ta culpabilité est déjà un assez grand prix à payer pour que nous ne rajoutions du poids sur ta conscience.
- Et puis, tu n'étais pas seule, intervint Drago. Moi aussi j'ai ma part de responsabilité. Pourtant, je suis là, comme toi. Nous ne devons pas oublier mais tirer des leçons de nos erreurs.
Il prit la main de Tara et y déposa un baiser. Dumbledore reprit :
- Nous pensons qu'il reste encore deux autres Horcruxes. Et j'ai une petite idée de l'un d'eux. Je n'ai aucune certitude, mais il me semble que Voldemort a un serpent auquel il tient beaucoup. Et je pense qu'il a placé en lui une partie de son âme.
- Nagini ? Demanda Tara surprise. Mais ce n'est pas un objet ? Il est vivant.
- Effectivement, et c'est bien là que réside notre chance. Nous pouvons tuer un animal plus facilement qu'un objet. Cependant, il nous manque un Horcruxe. Drago nous a parlé d'un objet dont Voldemort ne se sépare jamais. Un carnet.
- Quoi ? Son carnet ? C'est vrai qu'il l'a toujours sur lui mais ... ce n'est qu'un simple carnet ...
- Je ne crois pas, dit Dumbledore pensif. S'il le garde aussi près de lui, c'est qu'il a une certaine valeur.
- Et comment pensez-vous pouvoir récupérer le serpent et le carnet ? Demanda Tara soudain inquiète.
- C'est là qu'est le vrai problème. Nous avons cependant une chance : VOUS. Drago et toi, Tara.
- Je ne veux pas paraître négative mais il me semble que nous ne sommes plus dans les bonnes grâces du Seigneur.
- Vous, peut être pas. Mais vos parents, oui. Et je crois que Voldemort a toujours sous-estimé le pouvoir de l'amour. Je pense que vos parents vous aiment suffisamment pour vous écouter et je suis sur que vous saurez trouver les mots pour qu'ils acceptent de vous aider.
- Mais comment pourrons nous les contacter ?
- De la même façon que je t'ai contactée, dit Drago.
- Dobby ?
- Et Kreattur, ajouta Dumbledore. Il est impératif que vous vous rencontriez en même temps et je pense au même endroit. Vous aurez ainsi plus de poids.
- Mais ... le Seigneur ? Il le saura. Si 4 de ses lieutenants disparaissent en même temps, ça risque d'être louche.
- Cette partie là est mon travail, répondit Dumbledore. Je vais m'arranger pour que Voldemort s'éloigne pendant quelques heures, tout au moins, et je pense que vous pourrez profiter de son absence pour convaincre vos parents.
- Mais qu'est-ce qui nous dit que même s'ils sont convaincus, ils pourront nous procurer les Horcruxes ?
- Rien. C'est vrai. Mais ils sont notre seule chance. VOUS êtes notre seule chance. Vous sentez-vous capable de mener à bien cette mission ?
- C'est le moins qu'on puisse faire, dit Drago.
- Je suis d'accord, ajouta Tara. Et puis, tout ça, c'est aussi pour Anna.
