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Chapitre 4 :


Allongé sous la table, confortablement installé de façon à écraser les pieds de Vernon et Dudley à la fois, Sirius regardait Harry faire la vaisselle pendant que les Dursley et Rogue finissaient leur petit-déjeuner. Vernon avait l'air étrangement content, ce qui n'annonçait rien de bon et le décevait un peu. Il avait travaillé très dur à le faire bégayer, il était injuste qu'il s'en soit remis si vite.

Les jantes de sa voiture ne seraient plus jamais les mêmes, se rappela Sirius avec satisfaction.

« Marge pense venir visiter dans deux semaines. » Sirius vit Harry devenir soudain raide comme une planche de bois. « Elle est déçue de devoir rester à l'hotel, et j'ai dû lui dire que sa chambre avait été envahie par de la vermine qu'il fallait traiter avant de la laisser dormir là. » La jambe de Rogue fit un drôle de petit bond. De toute évidence, il n'était pas ravi. « D'autant qu'on a voulu accepter ce pauvre Molaire nulle part, elle va devoir le laisser derrière. »

La tante Pétunia émit un bruit qui se voulait probablement compatissant, mais sonna comme un gaz mal contenu. Les épaules de Harry se relâchèrent infinitésimalement. La jambe de Rogue continua de frémir. Sirius en aurait presque plaint les Dursley.

Harry termina rapidement la vaisselle et partit se réfugier dans sa chambre. Alors qu'il montait les escaliers, la voix de sa tante lui rappella que les hydrangeas n'allaient pas s'arroser tous seuls. Avec un soupir résigné, il partit dans le jardin. Sirius le suivit promptement. En quittant la cuisine, il vit Rogue se masser les tempes.

Il trouva Harry dans le garage en train de dérouler un tuyau avec un peu trop de brusquerie. Il tira trop fort et le support se décrocha du mur avec un clang retentissant. Depuis la maison, on entendit un faible « Et fais attention, espèce de fainéant ! ». Le garçon marmonna un juron et tourna le robinet d'un air renfrogné.

Bien entendu, Sirius se prit le jet d'eau en pleine figure lorsqu'il se retourna. Harry ne parut pas dévoré de remords.

Il arrosa quelques minutes en silence, et Sirius resta à ses côtés, d'une part pour le soutenir moralement, vu qu'il y avait de toute évidence un problème, et d'autre part pour frotter sa fourrure trempée contre sa jambe de pantalon en guise de vengeance.

Au bout d'un moment, il finit par lâcher un « Merlin, je la déteste. » presque inaudible. Sirius poussa un petit gémissement. « D'abord elle me lance son monstre aux fesses, ensuite elle manque de me faire expulser, et maintenant elle nous envahit en même temps que Rogue. Génial, » continua t-il d'une voix basse. « Vraiment parfait. »

Sirius émit un petit wouf et rentra dans la maison. Il était temps de prendre des mesures.


Rogue passait sa migraine en s'amusant à boire son café le plus lentement possible après avoir signifié aux Durlsey qu'il considérerait qu'ils quittent la table avant qu'il ait fini comme très grossier lorsque Sirius déboula dans la cuisine et commença à tirer avec insistance sur sa manche à l'aide de ses dents. Severus le suivit avec agacement. Dudley s'était agité de manière très amusante, et il aurait vraiment voulu savoir si sa vessie allait lâcher avant qu'il ne puisse se lever ou pas.

Le chien l'entraîna dans sa chambre, claqua la porte d'un coup de hanche tout sauf canin, et se changea en homme.

« Il faut qu'on fasse quelque chose. » déclara t-il sombrement.

« Si tu évitais de partir du principe que je sais de quoi tu parles, tu nous rendrais service à tous les deux. » répliqua sèchement Severus. Sirius se surprit à penser qu'encore une semaine auparavant il l'aurait simplement attrapé par le col et bouté hors de sa chambre sans prendre la peine de répondre, ou alors en hurlant très très fort. Bah, dans l'adversité on se rapproche.

« Les Dursley. Il faut les foutre dehors. Vite, » déclara t-il avec grand sérieux.

« Je peux savior d'où te viens cette idée brillante ? » demanda Rogue d'une voix qui se voulait acide mais qui sonna juste fatiguée.

« Dumbledore a dit qu'il fallait que Harry reste avec eux deux semaine pour renouveler la protection complètement. Ca veut dire que d'ici deux jours on a plus besoin d'eux, et vu comment la vie se passe ici avec eux, je suggère qu'on s'en débarrasse. »

« Tu es en train de me dire que tu veux qu'on les expulse de leur propre maison là ? »

« Exactement. Écoute, il le faut. Harry passe ses journées à étendre des lessives au lieu de s'amuser, toi tu dors tellement bien que t'as l'air d'avoir chopé la myxomatose, et si le gosse m'accuse encore une seule fois d'avoir lâché un vent à sa place je vais faire un malheur. Sans compter que j'en ai marre de rester sous forme de chien, j'ai déjà réussi à choper une tique sur la cuisse. »

« Mon coeur saigne pour toi. »

« Ouais, ouais, on la connaît. Ce que je dit, c'est qu'il faut se débarrasser d'eux, de préférence avant que la tante Ginette ou je ne sais quoi débarque. Et puis comme ça ils pourront aller se réfugier chez elle. Rien qu'à entendre son nom Harry est devenu dingue. »

« Pas étonnant. A ce que j'ai compris c'est la même tante que celle à qui il a lancé un sortilège de Gonflement par accident il y a deux ans. Apparemment elle s'en était prise à Li- à sa mère. S'il réagit aussi mal quand on s'en prend à elle qu'à son père c'est un miracle qu'elle n'ait été que ballonnée. »

« Comment tu sais ça toi ? »

« Cornelius Fudge est une pipelette en plus d'être un imbécile. Et bien entendu je me suis fait le devoir d'insulter Potter aussi souvent que j'ai pu devant lui. »

Il y eut un instant de silence tendu, mais Sirius choisit d'être un peu adulte pour une fois et de ne pas saisir la perche. « Alors ? »

« Alors quoi ? »

« Tu vas m'aider à les virer ou pas ? »

« Et pourquoi je ferais ça ? »

« Oh, va-y ! L'ennemi de ton ennemi et toutes ces conneries, c'est ton truc je suis sûr ! »

« Ca ne compense pas le fait qu'il faille être civil envers toi, désolé. »

« Plus de ronflements. »

« ... Vendu. »


Les deux se déclarèrent complice dans le crime, à défaut d'alliés, et se mirent au travail le jour même.

Au dîner, pour la première fois, Rogue engagea la conversation sous le regard éberlué de Harry, hilare de Sirius, et terrorisé de tous les autres. Pétunia avait l'air moins pétrifié par lui que les deux autres, peut-être parce qu'il mesurait un mètre quarante à leur première rencontre, c'est donc à elle qu'il avait choisi de s'en prendre en premier.

« Alors comme ça vous êtes femme au foyer. » Pétunia répondit avec un vague 'merf'. « Je suis assez curieux de savoir pourquoi vous ne travaillez pas, je dois dire. » La femme se redressa avec l'air hautain qu'elle prenait lorsqu'elle estimait avoir été mortellement offensée.

« Duddy a besoin qu'on s'occupe de lui en permanence ! Les mères qui travaillent et laissent leurs enfants se débrouiller seuls sont des irresponsables ! Et après les gens se demandent pourquoi la jeunesse part à vau l'eau. »

« C'est amusant, j'avais cru comprendre que votre fils était absent de la maison toute la journée sans interruption dix mois par an, » déclara Rogue en découpant soigneusement un morceau de sa tranche de rôti.

« Préparer son retour le soir prend beaucoup de temps, » répliqua Pétunia entre des mâchoires serrées. « Et cette maison demande de l'entretien ! » acheva t-elle triomphalement, avec un petit air de 'aha je t'ai cloué le bec'. « La lessive, la cuisine, l'entretien du jardin, le ménage, la vaisselle, ça prend beaucoup de temps quand on s'y prend honnêtement, sans secouer son petit bâton. » Sirius eut un reniflement depuis le dessous de la table qui ressemblait fort à un ricanement.

« Arrêtez-moi si je me trompe, mais ce n'est pas votre neveu qui se charge de tout ça ? » demanda innocemment Rogue. « Hier encore je l'ai trouvé en train de vidanger la voiture de votre mari. » Le neveu en question parut tout sauf ravi d'être inclus dans la conversation et battit stratégiquement en retraite sous le vague prétexte de devoir mettre le reste du rôti dans un tupperware avant que la sauce ne soit complètement figée.

Cette fois-ci, ce fut Vernon qui répondit. « On a accueilli le gamin quand vous autres vous l'avez abandonné sur le pas de notre porte comme un carton de lait ! On l'a élevé, nourri, logé et habillé sans jamais demander de compensation ! Le pain qui est allé dans sa bouche, c'est dans celle de notre Dudley qu'on a dû le prendre, tout ça par pure charité chrétienne ! » tonitrua t-il tout en tournant progressivement au lilas. L'air hautement amusé de Rogue ne fit qu'empirer les choses, et Harry semblait se retenir d'éclater de rire.

« En effet, le professeur Dumbledore a été terriblement présomptueux de s'attendre à ce que vous aimiez Potter comme votre propre fils et que vous l'éleviez avec chaleur. Je suis d'accord avec vous, il était bien plus important de nourrir votre fils. » Il y eut un silence de cathédrale. Pas un quelconque miracle,Vernon parvint à se retenir de dire quelque chose de mortellement stupide du style 'et pourquoi est-ce qu'on devrait aimer ce monstre ?', et plus personne ne prononça un mot de tout le repas.

Rogue afficha un petit sourire satisfait tout du long, et Harry lui jeta de multiples regards suspicieux.


Quelques heures plus tard, ce fut au tour de Sirius. Il informa Harry qu'il aurait sa chambre pour lui tout seul cette nuit là, répondit à toutes ses questions par un sourire vaguement sadique, et lui souhaita bonne nuit.

Ensuite il se transforma, sortit dans le couloir, et ouvrit d'un petit coup de tête la porte de la chambre du couple Dursley. Ils étaient déjà tous deux sous les couvertures. Pétunia lisait un roman de Barbara Cartland en attendant de devoir retirer la pâte verte qu'elle s'était tartinée sur la figure, et Vernon somnolait. Son souffle laborieux faisait voleter les poils de sa moustache.

Sirius se dit que cette scène paisible n'attendait que d'être dérangée, et bondit promptement sur le lit. Pétunia poussa un petit cri, et Vernon se redressa avec un sursaut. Le chien ne leur prêta aucune attention et commença à tourner sur lui-même pour se faire un nid dans le duvet. Puis il s'allongea, poussa un petit 'wouf' étouffé, et agita joyeusement la queue.

Les Dursley restèrent silencieux, comme figés d'horreur. Il y avait un animal dans leur lit. Et s'ils essayaient de le faire descendre il était suffisamment gros pour les dévorer tous les deux. En plus, Dieu seul savait comment son monstre de maître l'avait dressé. Et si c'était un chien d'attaque ?

Ils restèrent sans bouger toute la nuit. Huit heures, assis contre la tête du lit, parfaitement rigides, dans un silence assourdissant. Après tout, comment être sûr que la créature dormait vraiment ? Ils ne fermèrent pas l'oeil une seconde. Sirius dormit comme un bébé, jusqu'à ce que le réveil ne sonne et que les Dursley ne bondissent hors du lit, et que Pétunia n'aille rincer son argile depuis longtemps dure comme de la pierre.


Lorsque Harry vit arriver son oncle et sa tante dans la cuisine, il eut un choc. Ils avaient l'air d'avoir vu un fantôme. Un fantôme de gauche homosexuel et libéral. Il n'en dit cependant rien, et comprit ce qu'il s'était passé lorsque son parrain trottina joyeusement à leur suite.

Ensuite vint Rogue, qui en apercevant la tête des Dursley eut un sourire un peu effrayant. Harry aurait pu jurer l'avoir vu lancer un regard approbateur à Sirius. Mais qu'est-ce qui avait bien pu se produire ?

Harry ne le sut jamais, pas plus qu'il ne fut mis au courant de l'incident avec la bouteille familiale de ketchup alors que Petunia regardait Santa Barbara, de la fois où le cognac de Vernon fut remplacé par du Whisky Pur-Feu (version extra, dans laquelle la rumeur disait qu'on pouvait abriter des lézard de magma), ou encore du sort malheureux du câble de connexion internet de Dudley.

Il fut donc très surpris lorsque, le surlendemain, la famille fit précipitamment ses bagages et annonça qu'elle partait en vacance chez Marge. Pour tout au revoir, Vernon aboya « On revient en septembre, surtout ne touche à rien et ne met pas tes pieds sur le canapé ! » avant de démarrer sur les chapeaux de roues.