Bon allez, comme je suis sympa, j'ai écrit une version sérieuse avec cette histoire de Drago triton ;D

Pas d'humour donc dans ce texte-ci, mais j'espère qu'il vous plaira.


Lors de la seconde épreuve du Tournoi des Trois Sorciers, Harry Potter dut descendre dans les profondeurs du lac noir. Un monde de ténèbres et de secrets, d'algues et de créatures obscures, où Harry plongea tête la première sans avoir la moindre idée de ce qu'il risquait d'y trouver.

Au final, l'histoire se finit plutôt bien pour l'adolescent de quatorze ans qu'il était. Harry découvrit la cité des sirènes, délivra son ami Ron et faillit bien remporter l'épreuve. Pourtant, passées la terreur et l'euphorie de ces instants, Harry ne retint qu'une seule chose de sa descente dans le lac.

Cela n'avait duré qu'une fraction de seconde. Une vision, glaçante de beauté, qui s'était gravée dans son cœur pour ne plus jamais s'en déloger. Alors qu'il luttait pour libérer Ron de ses liens, Harry avait aperçu, en retrait derrière les légions de sirènes aux piques acérées, un triton assis en trône sous un puits de lumière. Il ne ressemblait pas aux gardiennes qui faisaient face à Harry. Ses traits paraissaient plus humains, et, paradoxalement, plus surnaturels encore. Il semblait jeune, fier, assistant à la scène comme les spectateurs présents dans les tribunes à des dizaines de mètres en surface, présidant le Tournoi tel Dumbledore lui-même. L'espace d'un très bref instant, son regard froid avait croisé celui d'Harry, et Harry avait été incapable de s'en détourner. Ron libéré de ses liens l'entraînait vers le haut, vers cet oxygène dont il commençait à manquer. Mais Harry gardait la tête baissée vers cet être incroyable, surhumain et magnétique, qui avait suivi son ascension des yeux sans esquisser un seul mouvement.

Quelques jours après la seconde tâche, Harry se leva tôt, un samedi matin. Cela faisait des nuits que le triton souverain hantait ses rêves. Sans cesse, il revoyait ses cheveux de platine, tels une auréole d'argent autour de ses traits fins, sa peau pâle aux reflets lunaires, et l'intensité de ses iris gris aux pupilles fendues...

Alors, ce matin-là, Harry descendit seul au bord du lac. Il resta assis à contempler la surface, en se traitant d'imbécile, se demandant bien ce qu'il attendait qu'il se passe. Cela ne l'empêcha pas de revenir le lendemain, et puis les jours suivants, de temps en temps. Ses visites au lac devinrent bientôt une habitude. Dans l'effervescence de la troisième tâche qui se préparait, Harry voyait ces balades comme une sorte de pèlerinage, un instant de recueillement et de méditation qui lui permettait de recouvrer son calme, d'apaiser ses angoisses en se remémorant les eaux froides du lac. Il convoquait en souvenir l'image de ce souverain majestueux par-dessous les eaux, et l'attraction irrépressible qu'il ressentait pour cette idole sous-marine éclipsait toutes ses autres préoccupations.

La quatrième année finit par s'achever, le Tournoi également. Harry, lui, poursuivit ses visites. Il osa même aller plus loin en franchissant la limite qu'imposait le lac : dès que le temps le lui permettait, il s'immergeait dans l'eau froide, à l'abri des regards, plongeant jusqu'à ce que ses tympans lui fassent mal et scrutant en vain les ténèbres. Les strangulos finirent par s'habituer à sa présence. Au bout d'une année de cette cohabitation étrange, ils durent le considérer comme l'un des leurs et le laissèrent tranquille. Harry put se laisser librement dériver sur le ventre à la surface du lac, les yeux grands ouverts vers les grands fonds, ressentant plus que jamais cette connexion, ce lien intense qui s'était noué entre lui et la créature aux yeux gris.

En sixième année, Harry s'aventura encore davantage dans ce petit monde aquatique. Il apprit à reproduire le sortilège de Tête-en-Bulle, et s'adonna dès lors à toutes les explorations qu'il brûlait de faire depuis ce fameux jour du Tournoi. Il retrouva le chemin de la cité des sirènes et s'en approcha avec respect et circonspection, s'arrêtant lorsque les gardiennes lui intimaient de le faire et ne cherchant pas à violer leurs usages.

Sur son temps libre, il investit la bibliothèque de Poudlard aux côtés d'une Hermione surprise et lut tout ce qu'il pouvait trouver sur le peuple des sirènes. Il apprit leur histoire, leurs coutumes, leurs usages, et il fut rapidement certain d'avoir eu sous les yeux, ce fameux jour du Tournoi, l'un des héritiers de la monarchie absolue qui gouvernait cette espèce subtile.

Sa curiosité se transforma finalement en véritable obsession. Un soir, au gré d'une de leurs rencontres nocturnes, Harry évoqua pudiquement son expérience avec Dumbledore, et lui demanda s'il pouvait lui enseigner la langue du peuple des sirènes.

- Les sirènes sont une espèce difficile, Harry, lui répondit le directeur d'une voix douce. Ils sont fiers et très farouchement attachés à leur indépendance. Ils refusent absolument de se mêler avec le monde de la surface.

- Mais vous avez gagné leur amitié, pourtant ! protesta Harry, presque surpris par le désespoir dans sa voix. Vous avez réussi à leur parler, ils acceptent de vous voir !

- Et c'est le fruit d'une très longue entreprise.

Joignant ses doigts fins devant lui, Dumbledore prit le temps de choisir soigneusement ses mots :

- Ecoute, Harry, dit-il enfin. Les sirènes exercent parfois une fascination terrible sur certaines personnes. Les mythes et les légendes qui parlent de marins rendus fous par des sirènes ne sont pas totalement sans fondement. Je ne crois pas que les sirènes y soient volontairement pour quelque chose : il y a simplement un aspect, chez eux, qui attire les âmes au plus profond des ténèbres et les y noient, parfois... Je crois savoir qui est le triton dont tu m'as parlé. C'est Drago, le fils du roi des sirènes. Il héritera du trône, un jour. Un être passionnant, j'en suis sûr, mais... Il n'y a rien pour toi au fond du lac noir, Harry.

Harry renonça ce soir-là. Du moins officiellement. Mais, dans le secret de la bibliothèque, il dénicha le seul ouvrage dédié au langage des sirènes et entreprit son apprentissage par lui-même.

C'était excessivement difficile. La langue des sirènes n'avait rien de commun avec aucune langue humaine, et Harry n'avait pas de professeur pour corriger sa prononciation. Mais il s'acharna, encore et encore, jusqu'à se sentir suffisamment confiant pour engager la conversation avec les sentinelles postées à l'entrée de la cité aquatique.

Ces dernières le reconnaissaient désormais. Lorsqu'il tenta un salut hasardeux dans leur langue gutturale, elles échangèrent un regard, interloquées, mais ne répondirent pas. Il poursuivit ses efforts, et le lendemain, il reçut à son tour un salut de la part de ces deux sirènes à la fois stupéfaites et curieuses.

Visiblement, la nouvelle fit rapidement le tour de la ville. Dans les jours et les semaines qui suivirent, d'autres sirènes se montrèrent à la périphérie de la cité lorsqu'Harry entamait ses visites. Il ne tarda pas à pouvoir mener une conversation normale avec chacune d'entre elles, et son vocabulaire, comme ses liens avec le peuple sous les eaux, s'améliorèrent.

Mais bien sûr, il n'y avait toujours pas de prince à l'horizon. Alors qu'il entamait sa septième année, Harry en venait parfois à se demander s'il avait bel et bien vu cet être enfoui sous la surface, souverain d'un monde dont il ne pourrait jamais faire partie, impérieux, superbe et solennel. Son souvenir se perdait dans sa mémoire, comme les contours flous de ce monde aquatique, et Harry n'avait qu'une seule crainte : perdre un jour tout ce que cette expérience avait été pour lui.

Une nuit, Harry resta ainsi à méditer des heures entières, allongé dans l'herbe auprès du lac, contemplant l'éclat brutal de la Lune. Un clapotis sur la rive le fit se redresser.

Et il était là. Magnétique, inqualifiable, plus électrisant qu'il ne l'était dans tous ses souvenirs réunis. Drago, le prince du lac noir, le triton enfant de la Lune.

Harry demeura figé au point d'en oublier de respirer. L'homme-sirène se tenait à quelques mètres de lui, affleurant à peine sur le rivage herbeux, ses bras croisés sur la terre ferme. Il dévisageait Harry de la même expression lisse et froide qu'il lui avait vue près de trois années plus tôt. Pourtant, un petit sourire finit par animer ses traits...

- Pourquoi est-ce que tu viens nous observer sans cesse ? dit-il soudainement.

Il avait une voix trainante. Claire, acérée, aux consonnes dures et aux voyelles longues, donnant à son phrasé une cadence hypnotique. Harry ouvrit grand les yeux sans savoir quoi répondre. Chaque parcelle de son corps brûlait du spectacle qui lui était offert. Il contemplait l'homme-sirène comme s'il risquait de disparaitre soudainement, emporté à nouveau au fond du lac par un caprice de son caractère impétueux, et il se repaissait de lui pour graver dans sa mémoire chaque trait, chaque frémissement de cette rencontre si unique...

Drago avait une peau pâle qui luisait d'une aura argentée sous la lumière de la Lune. Quelques écailles traçaient une trainée scintillante au creux de ses épaules, le long de sa mâchoire, et plus loin sous les flots... Ses cheveux d'un blond presque blanc encadraient son visage de mèches humides, au goutte-à-goutte obsédant. Ses yeux inhumains, durs comme ceux des poissons, fixaient sur Harry un regard d'acier pur. Harry aurait pu suivre ces yeux jusqu'au fond du lac, et plus loin encore... Drago ressemblait à un humain, et pourtant n'avait rien d'humain. Tout dans sa perfection criait à Harry à quel point l'être qu'il avait devant lui était magnifique, exceptionnel, et inaccessible... Le jeune homme sentait son cœur battre très fort dans sa poitrine, emballé par l'attraction irrésistible qui ne l'avait pas quitté depuis ses quatorze ans, et il se décida enfin à répondre d'une voix faible :

- Je voulais te revoir...

Il avait parlé dans la langue des sirènes. Maladroitement, sans doute, mais le sourire du triton s'élargit :

- Approche, dit-il.

Harry obéit. Il s'allongea dans l'herbe sur le ventre, pour se trouver dans la même position que le prince. Si près de lui, il pouvait sentir son odeur : un mélange de froid, de sable noir et d'algues. Stupéfait mais incapable de réagir, Harry vit le prince tendre sa main vers lui : une main blanche aux longs doigts palmés, fine, fantomatique. Drago effleura son visage, étudiant le relief de ses traits comme si lui aussi cherchait à comprendre à quel genre de créature il avait affaire. Dans ses yeux luisait une curiosité ardente, qui cloua Harry sur place. Le prince semblait aussi fasciné que lui. Alors, soudain, Drago prit appui sur ses bras et l'embrassa.

Harry reçut ce baiser sans reculer, absolument tétanisé, cueilli par une émotion si intense qu'il n'avait pas de mots pour la définir. Il eut l'impression que le monde entier venait de basculer, que le destin lui-même était entré en collision avec ses lèvres, et qu'il y goûtait désormais avec toute la violence de la découverte.

Le baiser de Drago n'avait rien de léger, anodin ou innocent. Le prince souda immédiatement leurs lèvres ensemble, son visage pressé contre le sien, et Harry sentit bientôt la caresse d'une langue bifide contre sa bouche. Il se laissa faire, totalement subjugué, pénétré par la saveur d'une espèce étrangère qui l'envahissait tout entier... Ce baiser avait le goût minéral d'une vie passée loin de la lumière du Soleil. C'était le goût de la pluie, de la froideur intense et des pierres tout au fond du lac gelé, la morsure dure et vivifiante d'une étreinte imposée dont aucun d'eux ne sortirait indemne...

Harry laissa Drago l'embrasser, éperdu, totalement abandonné à la langue noire du prince et à leurs souffles qui se conjuguaient... Ils s'embrassèrent jusqu'à ce qu'Harry n'en puisse plus, fou d'un désir dont il n'avait jamais eu conscience, prêt à se damner pour plus, ici et tout de suite...

Drago le relâcha à cet instant. Rougi malgré son sang froid, il sourit en regardant Harry :

- Je ne peux pas te rejoindre dans ton monde, bel humain, dit-il. Je ne peux pas changer ce que je suis. Ça me tuerait. Mais toi, tu peux venir dans le mien.

Voyant qu'il ne comprenait pas, Drago déposa à nouveau des baisers légers tout contre ses lèvres :

- Je peux t'emmener avec moi, susurra-t-il. Je peux t'initier aux secrets de mon peuple et faire de toi l'un des nôtres.

Il l'embrassa une dernière fois, puis posa ses yeux sévères dans les siens :

- Réfléchis bien. Je ne peux plus te laisser t'aventurer dans le lac comme bon te semble. Nos deux mondes ne cohabitent pas. La prochaine fois que je te verrai dans le lac, je prendrai cela comme une décision de ta part, et je t'emmènerai avec moi. Tu ne reverras plus jamais la surface.

Il recula dans l'onde noire :

- Choisis, bel humain. Choisis.

Harry le regarda disparaitre, stupéfait, encore terrassé par les émotions qui l'avaient traversé. Un mélange d'effroi et d'excitation parcourut sa colonne vertébrale. La conscience d'avoir échappé à un danger, mais quel magnifique danger...

Le cœur brisé, rempli d'exaltation, Harry retourna au bord du lac les jours suivants, encore et encore. Les profondeurs l'appelaient comme les bras d'un amant. Pourtant, il était incapable d'y plonger... La raison, la peur, toute sa condition d'humain le retenaient de se jeter vers ce destin sous-marin, loin de tout ce qu'il avait connu. Arriva la fin de l'année, et le moment de quitter Poudlard. Harry fit ses adieux aux eaux envoûtantes du lac noir. Sa résistance l'avait préservé jusque-là. Il se lança dans ses études, construisit sa vie, se bâtit un avenir petit à petit. Pourtant, à chaque fois qu'il avait l'occasion de revenir à Poudlard, il prenait quelques heures pour aller se recueillir au bord du lac. Il convoquait alors en esprit le souvenir de ce baiser plus vrai que tout ce qu'il avait jamais vécu, et l'image du prince, au fond des eaux, ce prince qui l'aimait...

Un jour, peut-être, il finirait par céder. Un jour, il finirait par plonger.


Et voilà, j'espère que ça vous a plu !

Si vous aimez ce que je fais, je tiens à vous dire que j'ai déjà publié deux romans papiers !

Le premier, Ézéchiel, est un thriller psychologique qui parle de la frontière entre le rêve et la réalité, et de la façon dont notre subconscient peut nous manipuler. Avec une jolie romance en prime ;D !

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Je vous dis à très bientôt pour de nouvelles aventures,

Nat'