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J'ai eu du mal pour celui-ci. Je partais dans une direction puis dans une autre. C'était un peu compliqué alors que je sais très bien où je vais au final. Enfin bref, en tout cas, voici le nouveau chapitre.
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13. Chute libre
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_ Bip, bip, bip, bip, bip
Humm.
_ Bip, bip, bip, bip, bip
J'ai mal à la tête. Arrêtez ça, s'il vous plait.
Où est ce que je suis ?
Il y a quelqu'un ?
_ …
Du mouvement ? J'ai senti quelqu'un bouger près de moi !
Qui est là ? Répondez !
_ Katniss ?!
Prim ? C'est Prim ! Mais où est-elle, je ne la vois. Il fait sombre ici et puis j'ai mal partout.
Prim !
_ …im ?
_ Katniss ! Oh mon Dieu, tu m'entends ? Si tu m'entends n'essaye pas de parler d'accord ? Serre juste ma main, Ok ?
Pourquoi est-ce que je ne dois pas parler ? Et pourquoi est-ce qu'elle s'éloigne ?
_ Katniss ?
Mais où va-t-elle?!
_ Katniss ?
Restes avec moi Prim ! Restes ici !
_ …iss ?!
Prim, ne me laisse pas !
*OooooO*
_ … c'était complètement stupide, je sais mais je ne vois pas ce que j'aurais pu faire d'autre ce jour-là. Tu m'as couru après dans toute la maison jusqu'à ce que je te le rende. C'était juste un pull pourtant.
Non, ce n'était pas « juste un pull », c'était le dernier que maman m'ai acheté. C'était le …
_ … mien.
Ma voix est à peine audible comparée à celle, claire et nostalgique, de Prim. Des pas précipités qui se rapprochent de moi. La main de ma petite sœur qui enserre la mienne en un geste tendre et urgent à la fois.
_ Katniss ?
Sa voix si douce mais qui trahie une fatigue sans nom.
_ Prim ?
Ma voix si fragile, plus proche du croassement qu'autre chose. J'ouvre doucement les yeux, la lumière est trop forte alors je les referme. Je me sens affreusement lourde, comme si la gravité me retenait au sol, m'empêchant d'esquisser le moindre mouvement. Ma bouche est pâteuse, j'ai mal à la gorge, à la tête et surtout : je ne sais pas où je suis.
_ Katniss ? J'ai baissé la lumière, tu peux essayer ouvrir les yeux à nouveau ?
Prim, ma gentille petite sœur. Je suis si heureuse de l'entendre ? J'ai l'impression de ne pas l'avoir entendu depuis des mois, voire des années. Je tente à nouveaux d'ouvrir les yeux. Il y a moins de lumière, mes paupières papillonnent et mon mal de tête augmente un peu mais j'ai connu pire. Autour de moi, je ne reconnais pas grand-chose, des touches de couleurs attirent mon attention vers une table dans un coin de la pièce… des fleurs ? Une fenêtre, un lit, une armoire, ma sœur, enfin ! Je la dévisage. Mon Dieu ce qu'elle a l'air épuisée.
_ Où…
Qu'est-ce que j'ai mal à la gorge. Même avaler ma salive est douloureux. Prim semble m'avoir comprise néanmoins.
_ Nous sommes à l'hôpital Katniss. Ne t'inquiète pas, je suis avec toi. Je ne bouge pas. Tu as eu un accident de voiture ? Tu t'en souviens ? Presse ma main si tu t'en souviens.
Je la regarde mais je ne bouge pas. Un accident ? Vraiment ? Je ne m'en souviens pas. Quand ?
_ Qu…
_ Non, non, ne force pas.
Je me force à un peu d'apaisement et ferme les yeux. Prim est bien là, c'est l'essentiel.
_ Tu étais en voiture. Il y a eu un accrochage puis une perte de contrôle. Le véhicule a fait plusieurs tonneaux avant de s'immobiliser. Tu as la jambe droite cassée, des contusions un peu partout, une belle entorse au poignet droit et un léger écrasement du larynx. Il ne faut pas que tu forces sur ta voix, ça reviendra progressivement. Mais, je te le répète, je suis là et je m'occupe de tout. Même mes collègues vont être au petit soin pour toi et bientôt, il n'y paraîtra plus.
Je prête attention à tout ce que me dit ma petite sœur et je reste calme, étrangement calme malgré ce qu'elle vient de m'annoncer. Mon cerveau carbure, j'essaye de me souvenir de cet accident. Mon mal de tête augmente mais je sens que quelque chose m'échappe alors je cherche encore. C'est mon état de santé ? Prim ne me dit pas tout ? C'est peut-être bien plus grave et elle hésite à tout me lâcher d'un seul coup? J'ouvre à nouveau les yeux et croise son regard. Elle me sourit mais elle est terriblement inquiète, c'est évident. Je perçois les cernes sous ses yeux bleus et quelques mèches de ses cheveux blonds s'échappent négligemment de… s'échappent négligemment de … de… de… J'ai dû mal à respirer. Je n'arrive plus à respirer tout à coup. Je me sens oppressée et je lance un regard apeuré vers ma sœur. Sans me quitter des yeux, elle appuie sur un bouton près de lit et me caresse doucement le visage en me soufflant des paroles que je ne comprends même pas. Quelque chose, quelque chose est entrain de m'emporter comme une vague qui briserait tout sur son passage. Ça vient de l'intérieur, je suffoque, je panique. Prim appuie encore sur son bouton et se penche vers moi mais j'ai le regard fixé sur sa natte, sa natte d'où émergent quelques mèches blondes… du sang… du sang sur des mèches blondes. L'image est furtive, puissante, elle me vrille le cœur et je cherche mon air. J'ai mal ! Je veux respirer ! J'ai mal ! Pourquoi j'ai si mal ! Il y a beaucoup de monde dans la chambre maintenant, ils s'affairent autour de moi et je sens que je me débats, que l'on essaye de me retenir… du sang sur des mèches blondes…. Prim est au-dessus de moi, elle me parle, cri presque, je le vois à ses traits mais je ne l'entends plus. Tout ce que j'entends c'est le sang qui pulse à mes oreilles, tout ce que je sens c'est que je ne peux plus respirer, tout ce que je vois se sont ses yeux, ses yeux bleus qui me fixent avec terreur.
Peeta !
Je veux hurler, ma gorge se resserre comme un étau. Rien ne sort mais la douleur est intolérable. Pleurant, suffocant, je tente de me redresser. Des vagues de douleur traversent mon corps de part en part mais il faut que je me relève, que je retrouve Peeta ! Il était là ! Il était avec moi dans cette voiture, comment va-t-il ? Je me rappelle : le choc, l'embarder sur la droite, Peeta qui perd le contrôle, nos corps ballottés de toute part avant que la voiture ne s'immobilise. Peeta qui me regarde sans me voir, du sang sur ses cheveux blonds. Mes yeux roulent à nouveaux vers Prim qui souffre pour moi. Elle sait que je me souviens, elle sait que je cherche après Peeta. Une des infirmières tient une seringue en main, ils m'ont donné quelque chose. Mon corps ne répond plus, je flotte mais la douleur est toujours là, palpable, sournoise, elle s'infiltre par tous les pores de ma peau. J'ai conscience de mon corps immobilisé par leur drogue, j'ai conscience des larmes qui coulent le long de mes joues et j'ai conscience que si Prim n'a rien dit pour me rassurer, c'est que Peeta est mort.
*OooooO*
Je ne sais pas si c'est le jour ou la nuit. Je ne sais pas quelle jour nous sommes et je ne sais même pas s'il y a du monde autour de moi. Je me suis recroquevillé en moi-même, là où Peeta et mes parents vivent encore. Là où personne ne peut venir me dire que je suis en vie mais pas eux. Est-ce que je suis égoïste ? J'ai entendu Prim m'appeler, me dire de revenir vers elle. Gale et Johanna aussi sont venus. Je les ai tous entendu et je n'ai pas répondu. Aucun d'eux n'a parlé de Peeta, aucun d'eux ne m'a parlé de la seule chose qui m'intéresse : lui. Alors je ne leur parle pas non plus. Un médecin est venu et à dit que j'étais en état de choc et de demi-conscience. Que j'étais la seule à pouvoir me ramener. Mais me ramener pour quoi ? Quand je ne supporte plus leur tristesse, je m'enfonce plus profondément en moi-même et je n'entends plus rien que les battements de mon cœur. Je me concentre dessus, je voudrais le faire cesser de battre, je voudrais qu'il arrête de me maintenir dans un monde où je n'ai plus rien. Où deux secondes suffisent pour tout réduire à néant dans votre vie. Où un accident de la route vous propulse en un rien de temps dans le plus profond des abîmes pour ne plus jamais vous en laisser sortir. Où votre corps en chute libre n'aspire qu'à toucher le fond tout en sachant pertinemment qu'il ne l'atteindra jamais. Il n'y aura jamais de fin à votre tristesse et même les larmes de votre sœur ne peuvent rien y changer.
Début du Flashback
Peeta et moi sommes allongés sur la terrasse en bois de son refuge comme il le dit lui- même. A même le sol, la tête tournée vers les nuages, le temps glisse sur nous comme une plume. Nous sommes arrivés hier soir et déjà je ne veux plus partir.
_ Hey.
J'ouvre à demi les yeux en entendant la voix de Peeta près de moi.
_ Humm, quoi ?
_ Ça te dis de faire un petit jeu ?
Il pique ma curiosité.
_ Un jeu ? Lequel ?
_ Réel, pas réel tu connais ?
_ Non.
Il s'est tourné sur le côté pour me faire face, je garde ma position initiale.
_ On propose chacun notre tour une assertion que l'on pense être vraie et l'autre doit nous dire si ce qu'on pense est réel ou non. Par exemple, tu pourrais me demander si j'aime le café et je te répondrais : « pas réel, je préfère le thé ». Tu vois ?
_ Ok. Est-on obligé de donner la vraie réponse ensuite ?
_ Non, répond comme tu le sens. Le but est d'être honnête bien sûr mais si le sujet est top sensible, un simple réel/pas réel pourra suffire.
Dans ce cas, je peux peut-être m'y risquer.
_ Ok mais c'est moi qui commence.
_ Vas-y, je t'écoute.
Il se replace à nouveau sur le dos et je sais qu'il sourit. Il sourit à chaque fois que je suis avec lui, même pour les choses les plus anodines. Il me donne l'impression d'être importante quand il fait ça, d'être unique. Cette idée déclenche ma première question, même si je connais déjà la réponse.
_ Je ne suis pas la première femme à qui tu fais visiter cet endroit.
_ Pas réel.
Je souris.
_ Je croyais que la règle était d'être honnêtes ?
_ Je le suis. La réponse est « pas réel », tu es bien la première femme à venir ici.
Je tourne la tête vers lui. Il n'a pas bougé et son visage est serein, ses yeux fermés. S'il ment, il le fait bien. Il ouvre la bouche.
_ A mon tour.
_ Tu t'étonnes chaque jour de ce que tu apprends sur moi.
Un grand sourire s'élargit sur son visage.
_ Réel.
_ Et ça te plait ?
Il me regarde en souriant encore plus… si c'est possible. Là c'est moi qui tourne à nouveau mon visage vers le ciel.
_ Ce n'est pas une affirmation et ce n'est pas ton tour.
_ Oh s'il te plait !
_ Non, je ne répondrais pas. A moi !
Je l'entends se remettre sur le dos.
_ Tu aimes les gens.
_ Réel.
La réponse était évidente dans un sens mais j'avais besoin de l'entendre je crois.
_ Tu te protège en permanence des autres.
_ Réel.
Ce n'est pas un scoop. Je suis parfois si sauvage, mon cercle d'amis est très réduit et ma relation avec Peeta est vraiment une exception.
_ D'où te vient cette confiance ?
_ Ce n'est pas une affirmation.
Je rigole, prise en faute moi aussi.
_ Très bien. Disons que c'est facile pour toi d'aimer les autres.
Il y a des gens comme lui et des gens comme moi.
_ Pas réel. C'est un pari. Je veux croire qu'on recèle tous quelque chose qui mérite d'être découvert.
Je ne m'attendais pas à ça mais quelque part ça lui ressemble bien aussi.
_ Il t'arrive de penser que tu ne mérites pas d'être heureuse.
Sa voix est plus grave, son intonation plus triste.
_ Pas réel. Je crois que la vie ne s'encombre pas de qui mérite quoi. Elle donne, elle reprend.
Je ne me victimise pas. Je constate que certains rencontrent plus de galères que d'autres simplement. Le silence entre nous est parlant, on a mis le doigt sur quelque chose de profond. J'essaye d'effacer cette dernière note dramatique en parlant avec plus de légèreté.
_ Tu ne me comprends pas vraiment sur ce point.
_ Réel, je l'avoue.
Je devine qu'il a les yeux ouverts maintenant. Bien fixés sur les nuages pendant qu'il s'enfonce dans une profonde réflexion.
_ En définitif, tu n'acceptes plus rien de la vie pour qu'elle ne te reprenne rien.
_ Réel.
C'est exactement ça. Quand on n'a rien, on ne peut rien perdre.
_ Sauf moi.
_ …
J'ai ouvert mon cercle c'est vrai. J'ai ajouté Peeta à la liste des personnes qui me sont chères en connaissance de cause. J'ai offert une nouvelle cible à la vie pour me blesser. Je ne voulais pas mais…
_ Tu m'aimes.
_ …
Je sens que mon visage chauffe instantanément, je ne réagis même pas au fait que ce n'est pas son tour de parler. J'entends seulement mon cœur battre plus fort dans ma poitrine quand la forêt autour de nous se fait plus silencieuse.
_ Kate. Réel ou pas réel ?
_ Réel.
Fin du Flashback
Je me suis laissée porter à la surface et j'entends un peu ce qui m'entoure. Peeta a parfois cet effet là sur moi. Il me fait me sentir si bien que mon esprit revient dans cette chambre d'hôpital même quand je ne veux pas y être. Il y a quelqu'un près de moi. Prim sans doute. Je suis désolée de lui faire de la peine mais je sais que Gale est là, mon oncle et ma tante sont là et puis surtout elle est forte, bien plus qu'il n'y parait. Un soupir. Ce n'est pas Prim mais cette présence m'est familière. Une voix reprend :
_ On s'est disputés…
Gale ?
_ C'est vraiment dur pour Prim, tu t'en doute ? Elle aimerait que tu reviennes avec nous, surtout quand les médecins nous disent que ça ne dépend que de toi. Ça lui fait mal de penser que tu ne veux pas revenir vers elle. Elle les a tous traités d'incompétents, pourtant c'est son métier. Elle sait qu'on ne peut pas tout régler à coup de médicaments et de pilules magiques.
Il rit mais son rire n'a rien de joyeux. Il est à bout lui aussi. Pourquoi est-ce que je ne meure pas ? Pourquoi est-ce que je ne rejoins pas plus vite Peeta et mes parents pour permettre à mes proches de faire leur deuil ?
_ Elle m'en voudra mais après tout qui sait ? Si ça se trouve c'est moi qui ais raison et pas elle. Qu'est-ce que tu en penses Kat' ?
Je ne sais pas de quoi il parle et je ne suis pas sûre de vouloir le savoir. Mais si parler lui fait du bien, je peux bien l'écouter avant de re-sombrer avant de réessayer de mourir.
_ Le coma, la demi-conscience, tout ça je n'y connais rien, ce n'est pas mon domaine. Mais toi et moi on sait aussi qu'on ferait tout pour ceux qu'on aime. On ferait encore plus pour celui ou celle qu'on aime. Même aux frontières de la mort, je lutterais de toute mes forces pour revoir Prim et je sais que toi aussi, tu donnerais tout pour revoir Peeta ne serait-ce qu'une fois. Il est deux étages plus haut Katniss. Les médecins sont très pessimistes, pour eux, il est déjà mort mais qu'est-ce qu'ils en savent au fond, hein ? Moi, je dis qu'il est là et qu'il t'attend. Pour vivre ou pour mourir mais il t'attend. Alors réveille-toi et vas le voir. Il a besoin de toi.
C'était un chapitre de transition. Un peu space n'est-ce pas ?
PS : je repasserais plus tard pour les fautes, désolée pour les premiers lecteurs :-)
