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Voici le nouveau chapitre. Rassurez-vous, j'ai toujours autant envie d'écrire mais seulement beaucoup moins de temps pour le faire.

Merci à mes lecteurs et à bientôt.

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15. Retrouvailles

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Je jette mes clefs sur la petite table du salon puis m'effondre sur mon canapé sans prendre la peine de retirer ma veste. Je suis épuisée.

_ Tu rentres plus tard que prévu, non ?

Gale est debout dans l'embrasure de la porte qui donne sur la cuisine. Un sourcil relevé, l'air profond mais négligemment appuyé contre le chambranle, il me fait penser à un mannequin posant pour une marque de parfum pour homme. Je me redresse pour pouvoir retirer mes chaussures et déposer mon sac toujours accroché à mon bras.

_ Oui. Katniss a encore fait des siennes.

Là, il sourit franchement et s'approche de moi pour m'aider à me débarrasser de tout mon bric à brac. Il récupère mes affaires et m'embrasse tendrement sur le front. Depuis que je suis allée voir Peeta, la tension est retombée entre nous. Ce n'est pas encore parfait mais nous faisons tous les deux des efforts pour que les choses s'arrangent.

_ Tu ne peux pas lui en vouloir, me dit-il tout en s'éloignant pour ranger mes affaires. Elle n'a pas l'autorisation de monter dans sa chambre donc…

_ Donc elle fais le mur ?! S'il te plait Gale, elle est pire qu'une enfant ! Elle ne tient même pas sur ses jambes plus d'une ½ heure mais portant elle crapahute tous les soirs dans les couloirs de l'hôpital dans l'espoir d'atteindre sa chambre.

_ Mets-toi à sa place Prim.

Gale revient s'asseoir sur le canapé et me ramène vers lui dans un de ses gestes protecteurs que j'affectionne tant. Il essaye de m'amadouer. Il fait toujours ça quand il veut avoir gain de cause, et je dois reconnaître que ça marche plutôt bien. Il resserre son étreinte et chuchote à mon oreille tandis qu'un de ses pouces effectuent de légers cercles sur mon bras.

_ Imagines-toi ce qu'elle vit. Elle rencontre enfin quelqu'un avec qui elle se sent vraiment bien et ils sont victimes d'un terrible accident. Elle le croit mort, elle y croit tellement qu'elle reste volontairement plongé dans une sorte de coma.

_ Ce n'était pas un coma à proprement….

_ Laisses-moi finir. Elle finit par en sortir. Pour quoi faire ? Pour le voir. Et que l'empêche-t-on de faire ?

Sa voix, ses caresses, son odeur, tout cela est en train de gagner sur ma détermination à rester fâchée contre ma sœur. C'est presque dans un souffle que je réponds à sa question :

_ De le voir.

_ Précisément mon cœur.

*OooooO*

Cette fois-ci, j'y arriverais. L'infirmière de garde vient de sortir, mes béquilles sont à proximités et personnes n'a remarqué que j'y ai fixé du papier toilette pour qu'elles soient encore plus silencieuses. Je ne veux rien laisser au hasard cette fois. Finis le repérage : ce soir, je dois voir Peeta. Je sais que je ne suis pas de la famille, je sais que je dois me ménager si je veux récupérer à 100% de mes capacités mais je sais aussi que j'y arriverais beaucoup mieux après l'avoir vu, et je suis sûre que ce sera pareil pour lui.

J'attends encore quelques instants puis repousse doucement les draps. Je suis déjà enveloppée dans ma robe de chambre. Je ne voulais pas perdre de temps, et surtout de l'énergie, à le faire au moment de partir. J'attrape mes béquilles, souffle un bon coup et pousse sur elles en même temps que j'expire. Une douleur sourde remonte le long de ma jambe droite mais je tiens le choc. J'avance jusqu'à la porte et l'entrouvre aussi délicatement que possible. C'est une des phases les plus périlleuses pour moi. Je dois ouvrir cette porte et parcourir la moitié du couloir avant de pouvoir emprunter l'escalier de service. Inutile de croire que je pourrais monter les deux étages dans mon état mais par contre si j'atteins le palier intermédiaire, je pourrais prendre l'ascenseur qui me mènera un étage au-dessus de Peeta. Il y a très peu de surveillance de ce côté. Là, je pourrais redescendre par les escaliers sud et marcher jusqu'à sa chambre, c'est la chambre numéro 424. Si je ne me trompe pas, je n'aurais que le tiers du couloir à traverser. Je passe ma tête dans l'entrebâillement, la voie me semble libre. Je sors de ma chambre et repousse doucement ma porte. C'est parti.

Pour le moment, tout s'est bien passé. Ma jambe me fait de plus en plus souffrir mais c'est encore supportable. L'ascenseur me donne le temps de faire une pause. Ma crainte immédiate de toute façon n'est pas de m'effondrer mais bien de tomber sur quelqu'un à l'ouverture des portes, on ne peut pas prévoir. L'ascenseur vient de s'arrêter et les portes s'ouvrent. Je reste quelques secondes sans bouger avant de réagir au moment où les portes allaient se refermer. Je les stoppe grâce à l'une de mes béquilles et je reprends ma marche. Descendre les escaliers n'est pas tellement plus aisé que de les monter dans mon cas mais la douleur est différente. A ce stade, il n'est pas question de faire demi-tour donc j'essaye de ne pas y penser. Je commence à avoir des fourmis dans les mains mais ça aussi, je tâche de le mettre dans un coin de ma tête. Il m'a fallu une bonne minute pour descendre une dizaine de marches mais à part ça, tout va bien.

La respiration sifflante, je pousse les portes battantes devant moi et prends soin de ne pas les relâcher brusquement. Je m'avance dans le couloir. Je suis bien à l'étage de Peeta. Il est là dans l'une de ses chambres et rien qu'à cette idée mon cœur commence à s'emballer. C'est la chambre 418 qui me fait face ce qui signifie qu'il n'est qu'à trois portes de moi ! Je fixe mon regard dessus et continue d'avancer en faisant fi des fourmillements qui gagnent du terrain dans mes membres et de la douleur rampante de mon côté droit. Je suis devant la porte 422 quand j'entends du bruit qui vient du fond du couloir et que je vois une porte s'ouvrir vers l'extérieur ! Sans réfléchir, je pousse la porte de la chambre et y rentre. Je me cogne contre quelque chose et étouffe un cri. Ma jambe droite n'avait pas besoin de ça. Je ferme les yeux et serre les dents pour laisser le temps à la douleur de refluer et pour reprendre mon calme. Au bout d'un certain temps, je rouvre les yeux. Ils s'habituent peu à peu à la pénombre de la chambre et je devine un lit sur ma gauche, quelqu'un y est allongé. Je ne sais pas si cette personne dort ou pas mais au moins, elle n'a pas bougé. Je me plaque contre la porte et risque un regard dans le couloir. La porte qui s'était ouverte est maintenant fermer. Je suis à une porte de Peeta, c'est maintenant ou jamais. Portée par l'adrénaline, je sors rapidement de la chambre et effectue les derniers mètres qui me manquent sans oser respirer.

*OooooO*

Pelotonnée contre Gale, je n'arrive pas à fermer l'œil. Lui dors depuis longtemps, je sens sa poitrine se soulever doucement. Sa respiration est profonde et ses battements de cœurs réguliers. Gale a très vite retrouvé le sommeil après le « réveil » de Katniss. Pour moi, c'est plus dur. Pas autant que quand elle était dans le coma mais quand même. J'ai parfois l'impression que rien ne sera jamais comme avant pour nous, et ça me fais peur, terriblement peur. Je ne sais pas pourquoi mais j'ai un mauvais pressentiment.

*OooooO*

J'avance doucement vers le lit trônant au milieu de la chambre. C'est une grande chambre comparée à la mienne. A vrai dire, celle dans laquelle je me suis réfugiée était plutôt grande elle aussi. Mes pas me rapprochent petit à petit du lit et mes yeux perçoivent de mieux en mieux ce qui m'entoure. Les machines d'abord et leurs bips réguliers, le bureau près de la fenêtre et la causeuse tournée vers le lit. Un magasine y est déposé. Peeta a eu de la visite ? Qui ? Ses parents ? Ses frères ? Je continue d'avancer et touche maintenant le bord du lit qui lui aussi est plus spacieux que le mien. Je discerne une forme que je reconnaîtrais entre mille. C'est bien lui, c'est Peeta. Je relâche tout l'air que j'avais dans les poumons et me penche vers lui. Je pose une béquille contre le lit et tends la main vers son visage. Je me bats avec l'envie folle de tout lâcher pour me lover lui.

J'ai l'impression de rêver. C'est peut-être le manque de lumière mais il ne semble pas porter de marques de son accident sur son visage. Il y a un léger pansement sur son côté gauche mais c'est tout. Du bout des doigts, je suis le contour de sa mâchoire, la courbe de ses oreilles, caresse délicatement son front et glisse sur l'arrête de son nez. J'aurais aimé toucher ses lèvres mais j'ai peur d'heurter les tubes qui lui permettent de respirer. C'est déjà beaucoup que je sois enfin près de lui. J'utilise mes dernières forces pour me rapprocher encore plus et sentir son corps contre le mien. Je sais que ce n'est pas prudent mais je ne peux pas rester comme ça, si près et si loin de lui à la fois. Je m'allonge près de lui en essayant de ne rien toucher et je ferme les yeux pour profiter de sa chaleur et de son odeur, que tous les produits pharmaceutiques du monde ne réussiront pas à occulter. Un bien-être incroyable m'envahit, je suis enfin à ma place.

Je reste de longues minutes comme ça, sans bouger, à simplement profiter de l'instant puis doucement, d'une voix un peu cassée, je me mets à lui parler. Je lui raconte les brides de souvenirs que j'ai de l'accident, je lui parle de la peur que j'aie ressentie en le croyant mort. Ma voix devient un chuchotement au fur et à mesure que la fatigue me gagne mais je continue à lui dire combien ça a été difficile pour moi de ne pas pouvoir l'approcher, que j'ai fait de mon mieux pour récupérer de façon à pouvoir me déplacer plus librement et surtout combien il me manque. Des choses que j'aurais eues tant de mal à lui dire de vive voix, sortent naturellement dans cet espace clos que nous partageons.

Je ne sais pas à quel moment, je me suis endormie mais quand je me suis réveillée, j'étais toujours auprès de Peeta et un homme me regardait avec étonnement.

*OooooO*

_ Bonjour ma vielle ! Alors comment tu vas ? Toujours à faire ton poisson rouge ?

Johanna venait de rentrer ma chambre avec sa fougue habituelle. Je me contentais d'émettre un grognement.

_ Ooh, c'est bon arrête ton char, il n'y a personne à l'horizon. Tu peux parler.

Je m'éclaircie la gorge avant de lui répondre de cette voix devenue si particulière.

_ Tu pourrais faire moins de bruit quand même.

Je me redresse du mieux que je peux et lui fais signe pour qu'elle arrange un peu mes oreillers. Elle s'avance tout en continuant de discourir.

_ Et louper les regards courroucés du personnel ? Surement pas ! Allez fais-moi une place, je suis crevée et j'ai les pieds en compote. Parce que tu t'imagines bien que pendant tu reprends des forces en mode Thalasso, moi je dois faire tout le boulot.

_ Effie n'a engagé personne ?

_ Bien sûr que si mais cette petite sotte ne trouverais pas une encyclopédie en 10 volumes dans une bibliothèque pleine de Comics!

Comme d'habitude, je soupçonne Johanna d'en faire trop pour me changer les idées. Je sais qu'Effie ne prendrait pas quelqu'un d'inexpérimentée pour se charger de sa précieuse boutique. Je lui manque et c'est sa façon de me le dire. Elle me manque à moi aussi, mon appartement me manque, la librairie me manque, l'ambiance du Twelve me manque et même Haymitch me manque. Mais celui qui me manque par-dessus-tout, c'est bien Peeta.

_ Encore en train de penser à ton étalon ?

Johanna se lisse les cheveux tout en me fixant du regard.

_ C'est plus fort que moi, je m'inquiète pour lui.

_ Mais Prim te tient au courant de son état de santé, non ? Et puis tu m'as dit que l'opération « abordage » avait réussie.

_ Oui, c'est vrai mais j'ai appris une nouvelle que Prim ne sait pas encore ?

_ Laquelle ? Et comment tu as pu apprendre quelque chose ?

_ Par son père.

Johanna me regarde la bouche ouverte. Quelque chose lui échappe et je vais devoir remplir les blancs.

Je commence à lui expliquer comment j'ai pu me faufiler jusqu'à sa chambre et les deux ou trois frayeurs que j'ai eu durant le parcours. Je lui explique dans quel état je l'ai trouvé et comment je me suis endormie à ses côtés.

_ Quand j'ai ouvert les yeux, j'ai vu qu'un homme me regardait et que le soleil était déjà levé. Je ne sais pas pourquoi, mais je n'ai pas eu peur en le trouvant là. Il était simplement assis sur une chaise près de la tête du lit de Peeta et tout en lui me paraissait si familier. C'est lui qui a parlé en premier.

Début du flashback

_ Je suis le père de Peeta et vous êtes ?

Je n'ai pas osé répondre dans un premier temps puis quelque chose dans son regard m'a rassuré.

_ Je… je…

Ma voix avait du mal à sortir de si bon matin. J'ai porté mes doigts à mon cou et il a eu l'air de comprendre. Il m'a fait signe de ne pas forcer puis il s'est installé plus confortablement sur son siège. Je me suis approché un peu plus de Peeta comme pour me mettre à l'abri.

_ Vous devez être la jeune fille dont m'a parlé Peeta.

Devant mon air surpris, il s'est mit à sourire ce qui a allumé une petite étincelle de joie dans son regard triste.

_ Ne soyez pas étonnée. Peeta est un garçon secret pour beaucoup de monde mais pas pour moi. Il n'allait pas bien dernièrement, je l'ai bien remarqué même s'il ne disait rien de particulier. Il souriait comme d'habitude mais il lui manquait quelque chose… son regard n'était pas…vous voyez ?

J'ai secoué la tête en signe d'approbation. A mon avis, le père et le fils se ressemblait beaucoup à ce niveau parce que je voyais le même manque dans le regard de l'homme devant moi.

_ Il avait pourtant un bon boulot, il préparait son mariage mais quelque chose n'allait pas. Et puis tout à coup, silence radio. Pendant quelques jours, je n'ai plus eu de nouvelles du tout puis un message par ci, par-là, rien de personnel. Je n'ai jamais été doué pour parler, Peeta lui est très doué pour ça.

Son regard s'est allumé un peu plus comme éclairé de l'intérieur par un souvenir agréable.

_ Il vous a parlé des débats ? Je eu l'occasion de le voir prendre la parole, une fois, devant toute une salle. Il n'a pas tremblé, son verbe était clair… Peeta est doué pour ça…

Puis la lueur dans ses yeux s'est atténuée.

_ Et puis il a fini par nous dire que le mariage était annulé. Il ne nous a pas vraiment donné d'explication, juste que c'était ce qu'il y avait de mieux à faire.

J'ai une pensée pour Delly que je revoie sortir en furie de son appartement. Je ferme les yeux pour chasser ce souvenir. Le père de Peeta me regarde fixement.

_ En entrant dans la chambre, j'ai compris que c'était vous. Vous aviez l'air si paisible contre lui. Il ne m'a parlé de vous qu'une fois. Il m'a simplement dit : « Papa, c'est elle et il faut que je te la présente ». Son regard ce jour-là… Pardonnez-moi de ne pas être m'être fait connaitre plus tôt et de ne pas avoir pris directement de vos nouvelles. Tout cela n'est pas facile pour moi mais j'imagine bien que pour vous non plus. Son état est si incertain.

Je serre le bras de Peeta en entendant ces quelques mots. Prim m'a déjà dit ça mais je ne veux pas l'entendre. Ils se trompent, ils se trompent tous. Peeta ne me laissera pas.

_ Les médecins me disent de me préparer. Ils vont le débrancher dans deux jours. Soit il respirera de lui-même, soit il mourra. Je crois que c'est ce qu'il voudrait, qu'on le laisse décider mais c'est dur pour un père. Est-ce que vous serez-là ? Resterez-vous avec moi, avec lui ?

J'ai fermé les yeux tellement forts en entendant ça. Dans deux jours ?! Et que ce serait-il passer si je n'étais pas venu hier soir ? Prim aurait-elle pu être au courant assez tôt ? Je sens les larmes couler sur mon visage et mouiller les draps. Ma voix est faible mais je sais que je peux parler.

_ Oui, je serais là mais ne vous inquiétez pas. Il respirera.

Fin du flashback

_ Katniss ! Ils vont le débrancher demain ? Mais si jamais…

Johanna est déboussolée. Elle ne s'attendait pas à ça. Je lui serre la main autant pour la rassurer que pour me donner du courage, je ne veux pas qu'elle voit l'inquiétude qui ronge mon cœur malgré tout.

_ Ne t'inquiète pas Jo, il respirera.


Merci d'après pris un instant pour lire ce chapitre.