Bien le bonjour !
Pour commencer, merci à Lilia Purpurea pour le Follows !
On a commencé soft parce que c'était le prologue, mais il est temps de passer aux choses sérieuses !
Pour info, ce chapitre, sous forme de roman classique, ferait dans les alentours de 13 pages écrit en 10 (et sans toutes les marges), donc vous avez de la matière ^^

J'espère que mon chapitre vous fera passer un "bon moment"
Bref ! Bonne lecture à tous et à toutes !


Chapitre 1 : Le pacte écarlate

Réjouissance. Tel était le mot qui vous viendrait instinctivement à l'esprit si vous étiez présent dans la petite bourgade de Skertröm, dans lequel les guerriers de l'Église de la Lumière fêtaient leur victoire. Chopes mousseuses pour célébrer les vainqueurs, femmes aguicheuses pour oublier la douleur et musiques heureuses pour dissimuler les pleurs. Ainsi se déroulait le rituel à la gloire des vivants et des morts, des amitiés perdues ou nouvellement liées mais surtout de la dernière nuit avant le retour à la ville, la maison, la civilisation, loin des atrocités d'un front tenu pendant plus de deux ans. Rires et instruments montaient langoureusement vers l'atmosphère, allégrement accompagnés des braises et des lueurs ambrées des feux de joies, baignant de ce même colori les toits aux ardoises bleutées du village, qui à jamais se souviendrait d'avoir accueilli les héros éphémères d'une bataille parmis tant d'autre.

Mais tous ne semblaient pas être attirés par les goûts et les couleurs enivrantes des festivités. A plus d'une journée de marche de là, se dessinait le coeur d'une forêt enneigée aux conifères imposants, dissimulant de leurs chapiteaux épineux le destin des voyageurs les plus téméraires aux yeux des puissances supérieures. Amer paradoxe avec le précédent décor, quand en ce lieu, tout n'était que froid et lugubre, où seul le salut de votre âme est à prier. Surement ce qu'auraient dû faire ces deux chevaliers, à l'emblème du Bouclier, forçant leurs montures à un galop frénétique entre les troncs éparpillés chaotiquement le long de leur itinéraire, sans même ne leurs laisser aucune chance d'esquiver les ronces déchirant leurs capes dorées, rayant leurs armures et labourant jusqu'au sang le cuir des flancs et des membres des chevaux qui ne se retenaient plus d'henir de douleur, de panique ou de fatigue, à moins que ce ne fut un désagréable mélange des trois. Le calvaire ne se résumait pas à cela, la neige épaisse les obligeait à donner toute leur puissance à chaque impulsion, sans compter que les artefacts de leur passage avaient déjà attiré à eux une meute de loups qui s'organisait silencieusement à les encadrer, attendant la première opportunité pour pouvoir lancer l'assaut.

Cette dernière survint lorsque le sabot antérieur d'un des destriers s'enfonça dans un trou dissimulé sous la couverture poudreuse des lieux, l'obligeant à chuter lourdement au sol et laissant choir son cavalier à ses côtés. Si quelque chose pouvait bien correspondre à un signal pour les prédateurs, ce fut sans aucun doute cet incident. Les silhouettes velues des bêtes surgirent de l'ombre pour se ruer sur le pauvre animal qui n'avait plus moyen de se défendre. En revanche, son propriétaire ne sembla pas accepter de s'en voir être séparé de cette manière, et attrapa donc sans hésitation son marteau de combat à deux mains encore accroché à la selle de de son canasson afin d'effectuer un large mouvement circulaire interdisant à ses assaillants de s'approcher plus. Un instant de flottement s'installa durant lequel il put distinguer le souffle incertain de sa monture dans son dos, se noyant progressivement à ceux de rage des prédateurs, dérangés par cet acte défensif imprévu. Par le biais de brefs regards luisants, ils en conclurent cependant que leur nombre leurs permettraient de prendre l'avantage sur le bipède malgré son arme et l'aisance qu'il semblait posséder dans le maniement de celle-ci. En un hurlement, ils reprirent l'assaut affamé, deux d'entre eux se sacrifiant sur l'humain afin de le retenir.

Il arriva tout de même à asséner un violent uppercut avec son arme à la première bête qui fut ainsi projetée contre un tronc, tout en comprenant trop tard qu'il n'aurait pas le temps de se préparer pour la seconde. Un reflex le poussa toutefois à mettre son bras devant son visage dans un maigre espoir de protection. Évidemment, cela n'aurait été d'aucune utilité si l'animal n'avait pas été littéralement amputé de la moitié de son corps en plein bond par l'épée bâtarde du second chevalier, toujours perché sur sa monture, ayant rebroussé chemin à la rescousse de son camarade. Il continua sa percée au sein de la meute, trop occupée à se partager la chair chaude de leur proie encore vivante, qu'il réduisit aisément de quelques membres, poussant par la même occasion les rescapés à fuir vers le combattant au sol, se chargeant de les briser avant qu'ils ne puissent s'échapper, sans ressentir le moindre scrupule. Ce qui resta bientôt des loups ne fut plus que des taches de sang imbibées de touffes de poils, dont la chaleur faisaient fondre la neige alentours, ainsi que des jappement d'agonie qui se turent un à un.

Les deux cavaliers, se retrouvant dans une bulle de tranquillité aussi inespérée qu'un imprévue, se jetèrent un long regard derrière les fentes en croix de leurs heaumes, desquels de voluptueuses bouffées brumeuses, témoins de leurs respirations haletantes, s'extirpaient et et se dissipaient rapidement. Celui au marteau fut le premier à se détourner du lien visuel pour se consacrer à sa monture, dont la chair avait été bien trop entamée par les crocs acérés, et dont le cuir brun se se retrouvait désormais tacheté d'un sang poisseux. Étrangement, le regard de la bête était particulièrement serein, implorant la compassion de son propriétaire et son pardon d'avoir failli dans la tâche qu'il lui confiait. Celui-ci se baissa à son niveau pour lui tapoter l'encolure avant de caresser le poil chaud de la zone, en lui murmurant de petits bruits semblant les réconforter tous deux. Puis, sans s'attarder, dégaina sa dague et lui trancha la carotide dans l'espoir de lui insuffler la mort la moins douloureuse possible. Il resta à ses côtés, attendant les dernières convulsions de la bête pour enfin pouvoir se relever et laisser derrière lui le souvenir d'une amitié particulière, mais de longue date. Privé de moyen de transport, il accepta la main tendue du second paladin, l'invitant à se placer à l'arrière de son destrier. Une fois installé le plus confortablement possible, ce qui ne signifie pas grand chose quand vous êtes à cru et en armure, il ordonna à son sauveur de ne pas perdre plus de temps et de ne pas ménager sa monture.

Il fallut encore quelques heures pour que le duo puisse arriver à l'orée d'une imposant propriété aux alentours de la cité de Lasbalor. Un grand manoir en forme de H, batit en pierres blanchies, entouré de jardins et de fontaines donnant vie au lieu, même dans la claire obscurité d'une fin de nuit, et donnant accès sur un bois entretenu pour la chasse et autre activité champêtre. Un garde les fit s'arrêter devant le portail, splendide ouvrage d'un maître forgeron surement reconnu de la région, et n'accepta d'ouvrir ce dernier qu'après avoir obtenu vérification et confirmation de leurs identité. On convoqua un palefrenier afin de les guider jusqu'à l'écurie où il allait pouvoir prendre en charge le destrier, mais surtout où nos deux cavaliers purent enfin mettre pied à terre, ne prenant avec eux que leurs armes respectives, ainsi qu'un panier d'osier initialement attaché là où s'était installé le guerrier au marteau, et qu'il s'était donc retrouvé à maintenir entre ses bras tout le reste du voyage. Se considérant enfin en sécurité, ils s'accordèrent de pouvoir ôter leurs heaumes, et se jetèrent un regard éprouvé mais satisfait.

Celui qui avait perdu sa monture était visiblement le plus vieux, de taille moyenne et trapu, arborant une chevelure grisonnante rabattue en arrière sur le dessus et taillée de près sur les côtés se prolongeant en deux larges favoris se joignant sous un nez aquilin en une épaisse moustache. Un regard noir mais sympathique se baladait dans ses yeux en amande, accentués par les rides parsemant l'intégralité de son portrait. Le second, quand à lui, était plus grand élancé, dominant le premier de toute la force de sa jeunesse, cheveux châtains aux reflets dorés dont des mèches rebelles tombaient de chaque côté de son front, cachant parfois ses iris d'un bleu gris qui seraient sans doute d'une froideur perçante dans le futur. Le vétéran plaça sa main sur l'épaule de son cadet et lui imposa un ordre, sur lequel il insista sévèrement en dressant son index ganté de fer entre leurs deux visages.

" A partir de maintenant, tu te contentes de faire uniquement ce que je te dis, pas de prises d'initiatives… Et surtout tu ne parles pas ! Compris ?"

Bien que la question fut tout ce qu'il y a de plus rhétorique, l'intéressé acquiesça du chef et se vit confier la responsabilité du panier. La consigne comprise, ils purent enfin entrer dans la demeure. Un domestique fit son apparition dès leurs premiers pas, et leurs demanda mielleusement s'ils avaient rendez vous avec le propriétaire des lieux ou s'ils désiraient simplement souscrire au droit du gîte et du couvert pour finir la nuit. L'aîné se contenta de répondre qu'ils attendraient leur hôte dans le bureau de ce dernier, avant de s'y rendre d'une démarche assurée, se plongeant dans un sinistre mutisme. Inutile de vous préciser que cette initiative ne fut pas sans déplaire au valet qui insista, se hâtant pour se maintenir au rythme des invités déjà en marche, tout d'abord insistant, puis implorant ces derniers de plutôt accepter de se rendre dans la salle commune ou dans un chambre d'accueil en attendant qu'il puisse faire part à son employeur de leur requête, ce à quoi il n'obtint, évidemment, aucune réponse.

Après avoir parcouru prestement maintes couloirs et escaliers, ayant forcé le majordome à les abandonner par la même occasion, ils débouchèrent enfin sur une pièce relativement luxueuse. Dalles et colonnes de marbre veiné, rideaux et tentures de velours pourpres, un bureau en chêne massif trônant devant une succession de portes vitrées, donnant accès à un balcon surplombant les jardins, des fauteuils à haut dossiers rembourrés d'un coloris bordeaux, plafond peint et envahit de moulures, ainsi qu'une imposante bibliothèque recouvrant les murs inutiles, dont le nombre d'ouvrages ferait pâlir de jalousie certains occultistes chevronnés de la Tour des Mages. Le bureau était dans un désordre organisé, couvert de parchemins roulés comme ouverts, servant négligemment de sous verres, et de réceptacle pour des pelures de mandarines provenant d'un pot à fruit, à côté de l'encrier, emplissant la pièce de l'essence de l'agrume, se mélangeant avec harmonie aux notes d'esprits de cuirs des reliures, de patchouli et d'épices, ainsi qu'aux senteurs de bergamotes et de vanilles qui parfumait déjà la demeure depuis l'entrée. Odeur onctueuse et réconfortante, les invitant de manière limite provocante à se mettre à leurs aises.

Le plus jeune se plaça à côté de la porte, restant debout, une main sure, posée sur le pommeau de son épée bâtarde et plaquant le panier d'osier contre son plastron d'acier de façon plus nerveuse avec l'autre. Le second paladin ne se refusa pas l'agréable étreinte d'un des fauteuils, et succomba à l'attrait d'une courte sieste en attendant l'arrivée de leur hôte, la nouvelle de la leur devant déjà s'être répandue suite au comportement adopté avec le valet. Toutefois la stratégie ne sembla pas être des plus efficace, bien que le soldat profita sans se plaindre des quelques heures de repos supplémentaires qui lui furent ainsi involontairement accordé. De cette manière, il parut bien plus apte à la conversation quand émergea de l'entrée le propriétaire. Homme chauve à la barbe et aux sourcils garnis, la peau pâle et les traits tirés, dessinant de grandes poches sous ses yeux fatigués mais brillant toutefois d'une étrange vivacité de par ses iris aux reflets violacés. Sans se soucier de celui qui officiait sans broncher tel un garde, il ôta son aube colorée et la chaîne au pendentif en forme de bouclier qui pesait sur son cou, qu'il fit craquer, pour les lancer nonchalamment, accompagnés de nouveaux parchemins qu'ils tenaient sous le bras, sur un coin du bureau, afin de ne paraître que dans une simple chemise de cachemir noir quand il prit place face au vétéran, trônant en tant que maître des lieux. Comme si de rien n'était, il se permit d'avaler en vitesse quelques quarts de ce qui semblait être un de ses mets favoris et se servit un verre de vins rouges qu'il avala d'une traite. Ce petit rituel sembla le rendre enfin apte à s'intéresser à ses invités, qu'il prit le temps de dévisager. Leurs armures salies par la guerre et leurs capes déchirées par les aléas de leur voyage ne lui inspiraient surement pas confiance, mais si ce fut le cas, il se cacha bien de le montrer, conscient que s'ils avaient eu la possibilité de se présenter sous un meilleur jour, ils l'auraient fait, les paladins portant un point d'honneur connu de tous pour leur respect des règles et des étiquettes.

"Je ne connais pas vos visages…" Il lâcha cette phrase utilisée à la fois comme introduction, reflection et conclusion, laissant perplexe le duo qui ne sut quoi répondre, ce qu'il ne leurs laissa de toute manière pas le temps de faire.
"... Mais vos brassards blancs me permet de savoir que vous faîtes partie de l'Escouade de Castelblanc ayant abattu le chef de guerre de l'Eglise de l'Hiver et du Froid à la Bataille du Champs d'Aüjgur. Je sors tout juste d'une longue séance de rapports avec mes émissaires… Lasballor n'est pas la porte à côté et ne constitue pas plus une étape d'un quelconque trajet pour la citadelle de la Lumière. Si j'ajoute à cela que vous avez préféré rater les festivités pour vous rendre ici, vous ne verrez sûrement aucun mal à ce que je considère votre présence dans mon bureau, sans oublier votre comportement empressé dont j'ai eu retour, comme suspicieuse pour le moins ?
- C'est tout à fait légitime, je le conçois, acquiesça sans gêne ni honte celui qui lui faisait face.
- Bien. Je ne suis surement pas autant fatigué que vous, mais je suis à deux doigts de vous demander d'attendre demain pour cette audience… Donc je vous prierai de vous rendre directement aux faits sans essayer de m'entourlouper par le récit de vos possibles péripéties secondaires."
Le vétéran accepta les conditions, semblant vouloir régler l'affaire qui les avait poussé ici au plus vite, et se racla discrètement la gorge avant de commencer.

" Messire, je me nomme Prospère Hallgard, Paladin Commodor de la légion Éclat de Castelblanc. Vous savez que la guerre qui a mené à la bataille, dont vous connaissez déjà les tenants et aboutissants, a duré deux ans. Période durant laquelle un de mes hommes a fauté avec une paysanne de Skertröm. Cette femme a mis au monde un enfant illégitime puisque le dit homme possède déjà femme et enfant, et elle le lui a confié. Il ne peut donc pas le ramener chez lui… cependant j'ai ouïe dire que le Cardinal Suprême Hassbar, vous en somme, avait déjà su régler ce genre d'imprévu… D'où ma présence ici." Il conclut son récit en faisant un geste de main à son compagnon qui apporta et déposa fébrilement la corbeille sur le bureau avant de reprendre sa place à côté de la porte. L'hôte en profita pour faire glisser délicatement l'objet jusqu'à ses genoux et en ôta le couvercle pour y découvrir un bébé emmailloté, installé sur un matelas improvisé de morceaux de tissus et de cotons. De façon tout aussi minutieuse, il le referma et le reposa sur sa table de travail.
" Il m'a l'air bien calme au vue du voyage que vous venez d'effectuer…
- Je me suis permis de lui administrer quelques gouttes de laits de pavots dans sa boisson…
- Bon reflex. Et qu'avez vous fait de la mère ?
- J'ai pris les dispositions nécessaires, selon ce que j'ai entendu à propos de vos exigences.
- Excellent, il ne vous reste donc plus qu'à me donner le nom du père et je vous décharge de ce poid.
- Malheureusement, je préfère que personne ne soit cité."
La réponse résonna dans la pièce comme lors de l'annonce d'une fatalité d'une tragédie théâtrale, et installa un silence pesant. Le regard du cardinal s'assombrit et il laissa ses doigts pianoter nerveusement le plat de son bureau. Quelques inspirations plus tard, il reprit en arborant un large sourire narquois.
" Dans ce cas, vous pouvez repartir avec… ou en assumer la responsabilité !"
De nouveau, une pause prit place durant le dialogue, et ce fut au tour du vieux paladin de se joindre aux percussions, en tapotant frénétiquement le manche de son marteau, tout en affrontant le second joueur par la vision. Reprendre la parole, c'était s'avouer vaincu, ce à quoi ni l'un ni l'autre ne voulait se rabaisser… Et pourtant, cela se produisit.

"Je suis le père."
L'étonnement se propagea parmis les deux orgueilleux, l'intervenant étant le second paladin qui venait de défier le seul ordre de son supérieur, qui s'avança et prit place au sein du débat, s'installant avec hésitation par la même occasion à côté du vétéran qui ne se priva pas pour lui chuchoter quelques sincères réprimandes auxquelles il ne porta aucun intérêt, focalisant toute son attention sur Hassbar, qui ne feignit pas sa surprise et son intérêt pour ce retournement de situation.
" Excellent, vous voyez sir Hallgard, quand on y met du sien, tout s'arrange ! Puis je vous poser une question jeune homme ?
- Evidemment monseigneur.
- Vous êtes deux, et j'ai eu confirmation que vous êtes arrivés à deux sur le même cheval. A moins que j'eusse raté un quelconque changement dans la tradition qui pousse chaque paladin à avoir son destrier personnel…
- Malheureusement Aube, mon palefrois a été victime d'une attaque de loups qui lui fut mortelle durant notre passage par le Foret des Eltrys, intervient sèchement Prospère.
- Tout mes condoléance, j'ai entendu parler du lien qui peut vous unir avec vos montures...Et hormis vous, et la mère, dont vous vous êtes préalablement chargé, vous pouvez donc m'assurer que personne d'autre n'est au courant ?
- Je m'en porte garant, en effet.
- Parfait"

Le Cardinal tapa deux fois dans ses mains, et dans la seconde même, une ombre surgit de l'arrière du dossier du Commodor, lui tranchant la gorge d'une main en plaçant un tissus humidifiée sur la plaie béante avec l'autre. L'action fut si rapide que ce n'est pas le meurtre qui fit sursauter le paladin survivant mais le fait de se rendre compte de la présence d'un quatrième homme dans la pièce, ne comprenant que bien après ce qu'il venait de se passer à ses côtés. Il resta tétanisé un long moment, Hallgard n'était pas son mentor et n'avait pas été son précepteur, il s'était même révélé être quelqu'un de dur et sévère lorsqu'il fut sous ses ordres pendant ces deux dernières années, par soucis de discipline, bien entendu, mais il ne l'avait vraiment apprécié autrement qu'en tant que compagnon de combat et bien entendu quand il dévoila un nouveau visage en lui promettant de trouver une solution pour son fils… La méfiance dont faisait preuve le Cardinal Suprême à propos des personnes au courant de ses actions aurait dû le mettre sur la voie de son funeste destin et il lui en voulut presque de ne pas y avoir penser. Que la Fortune peut être moqueuse de faire survivre un homme durant deux hivers de combats pour l'abattre le lendemain de la victoire. Il fallut bien du courage au jeune homme pour oser poser son regard sur l'assassin. Malheureusement, l'apparence de ce dernier était dissimulée derrière une cape blanche, sous laquelle pouvait tout de même se deviner un plastron, et d'où émergeait une main gantée tenant une splendide rapière d'argent à la garde en cloche cuivrée, dont coulait du fluide vital depuis le tranchant de la lame. Son visage était recouvert par un masque d'or ne laissant apercevoir que sa bouche et sa mâchoire, tandis que ses cheveux étaient regroupés sous un large chapeaux à plumes. Dès que le saignement sembla être terminé, il souleva le vétéran comme s'il ne pesait rien et disparut avec lui par une porte dissimulée par laquelle il était surement rentré.

Le paladin se sentit enfin rassuré dès que l'étrange personnage, qui n'avait pas dit un seul mot durant le temps de son ouvrage, avait disparut de sa ligne de mire. Il déglutit, et en s'accrochant à tous son courage focalisa de nouveau son attention sur son interlocuteur qui s'était remis à manger ses mandarines. Il s'essuya rapidement les mains et le coin des lèvres avant de reprendre.
" Comprenez bien, jeune homme, pour la sécurité de votre fils et votre anonymat, il me faut le moins de personnes au courant possible. Ma sécurité personnelle est assurée par les Rapières dorées, dont vous venez de rencontrer l'un des membres… Inutile de vous préciser que votre enfant et votre secret seront inatteignables avec ces hommes pour en assurer la surveillance.
- C'est tout ce que je demande…
- Cependant, toute chose a un prix. Feu-Sir Hallgard a bien dit que vous avez aussi un enfant légitime, n'est ce pas ?
- En effet messire… une fille qui est destinée à devenir paladin… Vous ne comptez pas…"
Voyant le doute et l'horreur se dessiner dans le regard du guerrier, le cardinal imposa ses mains en l'air pour le rassurer et lui faire comprendre qu'il n'imaginait tout de même pas lui faire quelconque mal.
"Non, du tout ! Mais j'exige que votre prochain enfant soit formé pour la mission spirituelle, les monastères manquent de résident et je pourrais me débrouiller pour le faire monter dans les hautes sphères religieuses. Je donnerai ma vie pour votre bâtard, quand en retour votre fils consacrera la sienne pour suivre ma voie."
Le père fut confronté à un dilemme intérieur, qu'il résolut en appuyant sur l'idée qu'il ne serait pas contre savoir qu'au moins un de ses enfants ne risquerait pas sa vie sur des champs de batailles ou à l'aventure jusqu'à ce que mort s'ensuive.
" Il en sera fait selon votre volonté… puis je tout de même lui choisir un nom ?
- Bien entendu. Que proposez vous ?
- J'ai toujours voulu avoir un fils nommé Théodore.
- Malheureusement, c'est un nom bien trop noble pour un bâtard…"
Le père s'enferma de nouveau dans un silence de reflection pendant que son hôte avait déplié un parchemin qu'il grattait énergiquement de sa plume en attendant une réponse.
"- Si c'est pour l'appeler "Fitz" ou un autre nom qui le stigmatisera toute sa vie comme enfant illégitime, je préfère vous laisser choisir,..."
Il allait conclure sa phrase, mais se stoppa net pour prendre un morceau de sa cape en lambeau et en déchirer un rectangle qu'il tendit au Cardinal.
"... En revanche, ma femme dit toujours que ma fille dort mieux quand elle sait que nous ne sommes pas loin… Si vous pouviez lui confier cela comme peluche, ou je ne sais quoi. Je vous serais on ne peut plus reconnaissant."

L'intéressé attrapa le ruban doré improvisé et le fit glisser entre ses doigts avant de le déposer dans le panier où y reposait toujours le nouveau propriétaire de cette bande de tissus.
" Bien entendu… Il ne nous reste plus qu'à signer un contrat attestant de notre rencontre et de notre accord."
Il retourna le parchemin tout juste remplis et fit passer un pot de cire chaude au paladin, qui ôta son gantelet pour récupérer sa chevalière. D'un geste d'abord hésitant, il se munit du réceptacle, qu'il fixa, perdu dans ses pensées, puis l'inclina légèrement afin de verser précautionneusement le liquide sur le coin inférieur du pacte.
Un pacte qui avait déjà fait couler plus de sang que d'encre, un pacte écarlate, un pacte qu'il imprègna de façon résolue et à jamais du sceau de la famille Silverberg.


Bon, j'espère que ça vous a plu, franchement je me suis vraiment fait plaisir à l'écrire personnellement ^^
Avant qu'on ne puisse me faire la remarque, je sais que les Cardinaux sont liés à la religion catholique et nous n'avons aucune idée s'ils en existent dans l'univers d'Aventures... mais si vous aimez la signification des couleurs, vous comprendrez facilement, et si vous voulez plus d'éclaircissements dessus, n'hésitez pas à me contacter par MP, par Twitter, ou en review !

Lâchez vous d'ailleurs en review, conseil, avis, critique, impression, suspicion, séduction et tout ce qui rime en -tion sera aussi bienvenue !
En espérant que ce chapitre vous aura plu, je vous remercié de m'avoir lu.
On se retrouve la semaine prochaine (le dimanche en général) pour la suite !
Bonne continuation à tous et à toutes !