Hey, Ca faisait longtemps ? Je vous ai manqué ? Non ? C'est pas grave!
Pour rappel, Sixte a rencontré Mani, qui lui a parlé d'Aventures, Il part à la recherche de la bibliothèque pour y trouver des romans, un bouquin de cuisine pour une cuisinière afin de préparer le repas de la Fete des Elementaires de Lumière le lendemain.
Y a de la matière, donc je vous retiens pas plus, bonne lecture ;)
(Et comme d'hab, merci à Dry, Lilia et Rain pour leurs retours à chaque fois)
Chapitre 4 : La Fête des Élémentaires
Les vieilles bibliothèques sont réputées pour être des endroits particuliers coupés du monde, appartenant à une dimension à part, où le temps n'a pas effet. Celle ci n'y dérogeait pas, l'odeur de cuir des reliures vint lui chatouiller les narines dès son premier pas, alors que devant lui se dressait une armée d'étagères pleines à craquer, dont l'obscurité ambiante lui empêchait de déterminer le nombre. Sixte se sentait ridiculement minuscule à côté de cet assemonsement architectural de bois et de savoir sur lequel même le plafond semblait reposer. Il tatonnait aussi bien dans le noir que dans l'inconnu, se laissant guider au hasard dans les couloirs de ce dédale. Il avait récupéré et allumé une lanterne à l'entrée, s'en servant pour éclairer des pans entiers de titres qu'il lisait à voix haute, tel une incantation susceptible de le mener jusqu'à ce qu'il cherchait, chose ardue puisqu'après tout il ne savait lui même pas vraiment de quoi il était en quête. A force de déambuler, il finit par tomber sur des ouvrages dont les titres évoquaient clairement des recueils de recettes. Il s'arrêta donc au niveau de cette rangée et fit glisser sa lumière dans l'espoir de trouver le manuel culinaire demandé par Myrbel. La tâche fut plus compliquée qu'il ne s'y attendait, le rangement étant d'abord effectué par périodes, thèmes, puis par noms d'auteurs et enfin ordre alphabétique. Il finit par trouver le fameux ouvrage de Gaspard Savoureux. Il le prit sous le coude et poursuivit ses recherches. Sa démarche le mena jusqu'à la catégorie "art", il attrapa au hasard l'un des manuscrits, un petit carnet en cuir noir sur lequel était gravé en lettre d'or "Poèmes et ballades de la première ère". Pas de nom d'auteur apparent, une écriture en patte de mouche, ainsi que plusieurs textes par page, avec des annotations pour les airs de chants… Surement un original, en conclut-il. Il le rangea dans sa poche de pantalon, et se décida à reprendre sa route.
Cependant, il ne s'attendait pas à être aveuglé par une lumière provenant d'une source inconnue en se retournant. Par réflexe, il envoya le livre de cuisine dans la direction en question. La source se décala et il réussit à revoir plus nettement. Lodan se tenait devant lui, une lanterne à la main et le regardait d'un air mêlant mécontentement et surprise. Sixte n'eut même pas le temps de s'excuser que le mage l'interrogea.
" Tu sais que c'est interdit de pénétrer dans l'enceinte de la bibliothèque à cette heure-ci ?
- Non, désolé… Mais c'était ouvert ! protesta l'enfant.
- Cela ne signifie pas pour autant que c'est autorisé…
- D'accord, d'accord… Mais si c'est interdit, qu'est ce que tu fais là, toi aussi ?"
La question décrocha un sourire à l'adulte, qui ne parvint pas à retenir son rire pendant un bref instant, qu'il se força à contrôler pour pouvoir répondre.
" C'est que j'en suis le gardien, vois-tu ? Ma présence ici est donc totalement justifiée… Contrairement à la tienne."
Un peu de temps fut nécessaire au bâtard pour savoir si son protecteur bluffait et si ce n'était pas le cas, pourquoi il ne lui en avait jamais parlé, toutefois aucune réponse ou tentative d'excuse n'arriva à sortir de la bouche de l'enfant. Le mage décida certainement de passer outre et préféra se pencher pour récupérer au sol le manuel culinaire. Il s'arrêta un instant pour lire le titre, puis re-dirigea son regard vers Sixte, pour finalement laisser échapper un éclat de rire, dont l'écho se prolongea dans toute l'immensité inconnue de la bibliothèque.
" Tu t'es réellement aventuré ici pour venir chercher ca ? Te serais tu découvert une passion pour les arts de la table à force de passer autant de temps à te faire renvoyer de tes cours d'escrime ?
- Cela fait bien longtemps qu'Airyn ne m'a pas renvoyé d'une leçon… Et non, c'est Myrbel qui m'a demandé de le récupérer pour elle, pour la fête des Elémentaires de demain.
- Je vois."
Satisfait de la réponse apporté, il rendit le livre à son propriétaire temporaire.
" A vrai dire… je voulais en profiter pour emprunter quelques livres d'Histoire. Tout ce que je connais du Cratère se résume à ce manoir…
- Ah ! Voila autre chose. Tu sais Sixte, lire l'Histoire est une chose, savoir y tirer le vrai du faux en est une autre. En revanche, comprendre comment l'Histoire s'est écrite, voilà ce qui est intéressant.
- Et donc ?
- Suis moi, je vais t'expliquer."
C'est ainsi que les deux personnes se mirent de nouveau à déambuler dans le labyrinthe de la bibliothèque, le mage en avant, guidant les pas de l'enfant, bien satisfait de ne plus avancer à l'aveuglette. Profitant du parcours, Lodan commença à détailler à son auditeur où il voulait en venir.
" Tu sais, après que les aventuriers aient pris les armes en quête de gloire, pour bouter les Élémentaires et les Divinités hors de leurs trônes, il y a eu un laps de temps avant que les Eglises ne reviennent diriger les hommes et certaines cités. Durant cette période de latence, ce sont ces mêmes aventuriers qui se sont assis à la tête de contrées, de royaume et parfois d'Empire. L'ironie de l'Histoire fait que ceux qui furent compagnons se sont battus entre eux durant longtemps pour conquérir plus de terres, avoir plus de puissance, et c'est cette même fragilité qui a permit le retour des religions au pouvoir.
- Et que sont devenus les Élémentaires et le Divinités ?
- C'est une autre histoire… Là où je veux en venir, c'est que cette période est la plus complète en terme de manuscrits et de renseignements… La plupart de ces dirigeants tenant méticuleusement des journaux pour pouvoir être à jour sur tous les mouvements d'alliances, de batailles, stratégies établies, ainsi de suite…"
La promenade se stoppa sur ces paroles, ils étaient arrivés dans les rayons historiques. Sans même prendre la peine de chercher, l'adulte dirigea sa main vers un large bouquin à la couverture en velours, qu'il tendit à Sixte.
" Mémoires d'un guerrier pacifiste. C'est un titre assez original, j'y conviens… Elles ont été écrites par Emir Kerbourg en …
- Kerbourg… Comme l'Empire de Kerbourg ?
- Exactement. C'en est le fondateur, bien qu'à l'époque ce n'était qu'un simple royaume, de taille minuscule même. Mais on ne juge pas un filon à sa taille, mais à sa profondeur… Et Emir avait mis la main sur la bonne parcelle, puisque le destin avait mis sous ses pieds l'une des plus grandes ressources d'or et de diamants du Cratère.
- Et les Royautés voisines ?
- Elles s'étaient rendues compte que des veines des filons arrivaient à leurs frontières. Mais les lois ont toujours décrétées que le propriétaire de la veine la plus profonde détenait aussi les ramifications de celle-ci.
- Donc à Emir Kerbourg ?
- Exact. En connaissance du peu d'hommes dont il disposait, il créa un arrangement avec les deux rois frontaliers de l'Est et de l'Ouest. Ils devraient laisser ses ouvriers extraire librement les ressources et les ramener à Kerbourg en contrepartie de la moitié de celles ci.
- Ils ont accepté ?
- Au début oui, les revenus étaient plus que rentables… Mais les hommes désirent toujours plus, surtout quand chacun des rois apprirent que Kerbourg avait proposé le même compromis à l'autre. A ce moment, ils prirent conscience du peu de perte que représentait le compromis pour Emir, et du potentiel total du territoire… Mais il était déjà trop tard, ce dernier ayant utilisé une bonne partie de ses ressources pour bâtir des fondations plus qu'efficace et recruter des soldats expérimentés… Cependant, les deux rois ignoraient cela.
- Donc ils décidèrent d'attaquer Kerbourg ?
- Tout à fait… Mais ce dernier était plus intelligent que cela. Il laissa trainer librement aux oreilles des espions qu'il mènerait une attaque en personne à un point d'une frontière pour récupérer les mines qu'il jugeait lui appartenir de droits, sans jamais préciser quel royaume il attaquerait, ni que cette parcelle du royaume était si fine que les deux territoires de l'Est et de l'Ouest se touchaient presque.
- Je trouve cela plutôt stupide, il allait se faire encercler…
- Justement non… Il ne s'y est pas rendu. Mais le jour ayant bien était choisit, la brume empêchait de distinguer les motifs des étendards, et ce sont les deux armées de l'Est et de l'Ouest qui se firent face et se foncèrent dessus ce jour là. Une fois la bataille lancée, ils ne comprirent que trop tard l'erreur et se fut un massacre sans nom. Emir arriva avec ses hommes à la fin de la bataille et prit en otage les deux rois sans difficultés, récupérant ainsi les deux royaumes frontaliers sans combattre. Et ainsi naquit l'Empire de Kerbourg, sans perdre un seul homme de ses rangs.
- Et ce n'est marqué dans aucun livre d'histoire ?
- Non… Les historiens de Kerbourg ayant préféré relater une fiction épique où Emir perdu ses hommes au combat et du affronter seul avec une épée brisée les deux rois qui s'étaient alliés en combat singulier. Premièrement c'est bien moins rendre gloire à la finesse d'esprit de cet homme et c'est bien peu intéressant en terme de moralité.
- Et quelle est la moralité ?
- A toi de me le dire quand tu auras fini de le lire" conclut-il en ébouriffant les cheveux de Sixte d'un geste de la main et en lui souriant affectueusement.
C'est ainsi qu'ils restèrent là, plusieurs heures à parler des bienfaits de la lecture de l'histoire, Lodan appuyant sur le fait que de tels stratégie pouvait tout aussi bien l'aider à en établir de nouvelles lors d'un combat, et lui procura trois ouvrages de plus sur les mémoires de grands chefs de guerres de l'époque. Se rappelant toutefois que le lendemain était une longue journée avec la Fête des Élémentaires, le mage pria son jeune élève improvisé de bien vouloir aller se coucher, tout en lui rappelant qu'il serait désormais le bienvenue ici, et qu'il serait ravit de pouvoir converser avec lui des leçons qu'il aurait tiré de la lecture. Heureux de cette nouvelle facette de la vie qui s'ouvrait à lui, l'escrimeur s'en alla sans rechigner, les bras chargés de nouveaux savoirs, tout en pensant à faire un détours par la cuisine pour poser le livre de recettes. C'est d'ailleurs en voyant Myrbel et les autres ouvrières de la pièce s'y activer qu'il prit réellement conscience de l'heure qu'il était.
Le réveil ne fut pas des plus faciles, si bien que Sixte du faire une croix sur sa promenade d'entraînement matinale pour se rendre directement à la leçon d'arme d'Airyn. Toutefois, arrivé dans la cour arrière, il ne trouva personne. Surpris, il se décida à faire le tour du manoir dans l'espoir de la trouver, se demandant si elle n'avait pas donné un autre lieu de rendez vous la veille qu'il n'aurait pas écouté à cause du peu d'attention qu'il portait à la maître d'arme. C'est dans le grand jardin principal, à l'entrée de la demeure qu'il la trouva, à cheval, habillée dans une armure de cuir blanche et or, à donner des directives à de nombreux hommes qui s'activaient pour mettre en place le dispositif de sécurité et d'accueil pour les festivités. Il l'oubliait souvent, mais en dehors de ses fonctions de professeur d'escrime, elle était aussi la chef des gardes du Cardinal Suprême, excepté les Rapières Dorés qui constituaient les hommes de mains personnels et l'escorte personnelle de ce dernier. En voyant l'enfant arrivé un peu surpris, elle fit signe à ses hommes de continuer et lança sa monture au galop pour le rejoindre. En plus du brouhaha occasionné par l'activité de toute cette foule, le frappement des sabots sur les graviers se rapprochant parut un calvaire aux oreilles engourdies par le manque de sommeil de l'orphelin. Dès qu'elle fut à son niveau, elle se pencha, un regard pleins de jugements, mais aussi d'amusements vers lui.
"Et bien Sixte, cela va bientôt faire dix ans et tu n'es toujours pas capable de te souvenir que je suis toujours réquisitionnée à l'occasion de la Fête des Élémentaires ?
- Pas vraiment… Cela vous étonne vraiment que j'ai du mal à voir en vous la chef de la garde quand on sait la façon dont vous traitez un jeune élève ?"
Son ton était emplis de toute la rancoeur non feinte qu'il portait pour la personne. La réponse silencieuse qu'elle lui rendit par son regard n'en était pas plus amicale.
" - C'est exactement pour cela que j'en suis arrivée à ce poste. Et je n'en aurais pas à en aboutir à une telle rigueur si les élèves en question n'étaient pas aussi bornés et peu respectueux envers leurs enseignants. Tu ferais mieux d'aller en cuisine ou dans la salle de la Séance où a lieu la réception voir s'ils ont besoin d'aide. Ca te fera de l'entrainement et ca te rappellera la chance que l'on t'a offerte en daignant se soucier de la condition d'un orphelin."
D'un simple coup de talon, elle fit faire demi-tour au cheval. "Et penses à te changer, si tu n'es pas capable de faire honneur à ce que l'on fait pour toi dans ta façon d'être, essaies de faire un effort sur ce point quand à ton paraître."
La lueur d'amusement avait disparu dans son regard. Puis elle repartit aussi rapidement qu'elle était venue, braillant de nouvelles directives à ses hommes.
Fulminant intérieurement, il suivit néanmoins les ordres d'Airyn. Il se forçait à se faire des efforts en cours, et voilà tout ce qui aboutissait de cela. Elle ne voyait pas en lui un enfant, alors pourquoi être aussi surprise qu'il n'agisse pas comme tel ? Il se retenait toujours de ne pas aller contre ses indications pour éviter toutes réprimandes d'Hassbar, et au fond, rien ne s'était arrangé. Il laissa ses pensées de côtés en proposant ses services à la cuisine. On lui répondit qu'il y avait déjà bien assez de monde et qu'il ferait en effet mieux d'aller se changer, la coutière du Cardinal suprême lui ayant apparement confectionné une tenue spécialement pour l'occasion.
Il se dépecha donc de rejoindre le bureau du Cardinal où il était surement attendu pour les essais et les retouches. En poussant la porte du cabinet, Hassbar s'y trouvait bel et bien, debout, les bras écartés en forme de T, laissant libre cours à la costumière de se mouvoir autours de lui. A la vue de Sixte, il essaya de briser la sévérité de son visage par un sourire chaleureux… Sans grand succès, mais la tentative fit plaisir à l'enfant qui lui rendit la pareille en effectuant une brève révérence. Il était vêtu d'une casaque d'un amarante sombre, rappelant la couleur violette de ses yeux, recouverte d'un plastron argenté aux reliefs dorés, se décrivant en un bouclier au centre d'un soleil , dont les rayons dessinaient quasiment les détails anatomiques de la musculature de l'endroit. La chemise et le pantalon sous la casque étaient d'un blanc aussi immaculé que la cape en batiste quasiment translucide qui flottait autours de l'ensemble, tel une aura de lumière. Comme chaque année, il se rasait de près pour l'occasion, portait une rapière d'apparat au flanc et un anneau cuivré orné de rubis sur son crâne chauve. On aurait aisément pu se méprendre et croire que c'était à un général prestigieux à qui il faisait face. Même le teint habituellement pâle et grisâtre de la personne prenait en couleurs, plus rosée, on assistait annuellement à une métamorphose littérale. Les dernières retouches finies, il laissa sa place à l'enfant, qui, après avoir enlevé son haut, prit la même pose que lui. On lui fit enfiler une chemise de lin blanche bouffante ainsi qu'un cache poussière sans manche en cuir écaillé d'un bleu clair vif à col large beige, descendant en diagonale jusqu'à des bottes à revers. Le tout était ceintré par une ceinture tressée haute. La costumière recula de trois pas pour contempler son travail. Elle se laissa quelques instants pour réfléchir en commençant à tourner autours de lui.
"Il manque quelque chose… Sixte, tu n'aurais pas ce long ruban jaune avec lequel tu te ballades toujours ?"
L'intéressé fouilla dans sa poche et passa l'objet à la vieille dame.
"C'est exactement ce à quoi je pensais ! C'est dommage qu'il ait perdu sa couleur dorée d'origine, mais ca fera parfaitement l'affaire."
Elle s'arrêta dans son dos, et fit passer sa main dans la crinière bouclée de l'enfant. Elle tira un bon coup en arrière pour en faire un chignon lisse qu'elle noua avec la bande de tissus.
" Tu es parfait"
Elle tourna la tête pour obtenir l'approbation d'Hassbar, qui la lui donna d'un hochement de tête. Comprenant qu'elle avait accompli sa tâche, elle quitta la pièce sans attendre de se faire congédier. Les deux hommes restèrent dans la pièce dans le silence pendant un moment sans essayer de bouger ou d'intervenir. Le cardinal fut le premier à se mouvoir pour aller chercher l'une de ses fameuses mandarines qu'il se mit à décortiquer lentement en regardant par la fenêtre, l'odeur à la fois amère et sucrée du jus se mélangeant avec le parfum déjà chargé de la pièce pour venir chatouiller l'odorat de l'enfant. Il s'était longtemps demandé d'où lui venait ces manies. Il avait cru entendre par les bruits de couloirs que les cuisinières y injectaient du poison sous ses ordres depuis plus de trente ans dans le but de se mithridatiser. Le concept lui avait semblé bien flou, mais il avait trouvé ca astucieux.
Finalement, ce fut le plus âgé qui prit la parole en premier, et comme chaque année, à la même période, prononça la même phrase.
"Tu sais ce que je vais te demander Sixte…
- Oui Monseigneur…
- Je sais que c'est un peu fâcheux de te redemander ça, encore et encore, alors que tout le monde profitera des festivités… Mais cette année, il est encore plus important que tu laisses tes oreilles trainer durant la fête… Les temps sont obscurs en ce moment au sein de l'Eglise de la Lumière… Les désaccords grandissent, et les trahisons naissent. Il ne nous faut rien laisser de côté, surtout durant ces jours où nous avons tendance à baisser notre garde inconsciemment. Tu es prêt à me rendre ce service ?
- Bien sûr Monseigneur…"
L'Homme d'Eglise n'avait toujours pas décroché son regard de la fenêtre et seul un très faible "Parfait…" quasiment inaudible se fit entendre. Un nouveau silence s'installa, mais fut rompu bien plus rapidement que le premier.
"Il va falloir y aller, je vois la délégation de Castelblanc arriver au loin… Je t'attendrais ce soir, ici même pour ton rapport.
- C'est compris."
L'enfant quitta la pièce et se hâta à rejoindre la grande salle. La fête n'allait pas tarder à commencer.
La fête des élémentaires de la Lumière commençait toujours par une grande messe en présence des délégations des autres grandes cités appartenant à cette église, ainsi que les habitants des villages alentours. Ensuite, le repas commence dans la profusion et la fête continue dans l'excès de l'alcool et du reste du festin tout l'après-midi durant. La tradition veut que chaque barde chante trois chansons, l'une religieuse, l'autre festive et la dernière de leur propre création, qu'on élise le plus beau couple des nouveaux adultes parmis tous les jeunes de 16 ans, ainsi que celui des meilleurs danseurs qui auraient l'honneur d'ouvrir le grand bal de Castelblanc trois jours plus tard. En effet, à la fin de la journée, les délégations reprenaient la route pour passer dans d'autre cité chaque jour, jusqu'à la capitale de la Lumière où s'achevait la Fete. Sixte adorait particulièrement regarder les joueurs de luths, étudier leurs mouvements de doigts, une dextérité qu'il aimait comparer à celle des escrimeurs. Mais cela lui permettait surtout de se focaliser sur un point et de laisser ses oreilles voguer au fil des conversations alentours. Ensuite, il n'avait plus qu'à se balader le long des tables de buffets pour se servir et recommencer son petit jeu d'écoute.
En général, il ne trouvait rien, alors toutes les deux heures, il allait faire un tour en cuisine pour glaner des informations aux petites mains du service. En général, il ne pêchait pas grand chose de concret, du moins selon les dires du cardinal suprême. Trop jeune pour boire et profiter autant que tous ceux qui le faisait, il voyait donc cela comme un jeu, et une belle journée puisqu'elle le sortait de sa routine quotidienne.
Au retour des cuisines, il en profita d'ailleurs pour ramener un plateau d'assortiment de volailles, jusqu'à ce qu'il se stoppe à l'angle d'un couloirs,entendant des murmures au loin. Silencieusement, il se stoppa et se cala contre le mur pour pouvoir se concentrer pleinement sur la conversation secrète, sans pouvoir voir les deux personnes sans prendre le risque de se faire découvrir aussi.
" Tu es sur de toi ?
- Le vieux Hassbar sera forcément opposé, il lutte depuis le début pour que notre Eglise ait le dessus sur toutes les autres.
- Mon supérieur est pourtant convaincu que c'est la meilleur solution.
- Je le suis tout autant. La création de la fédération des Eglises permettrait que le Codex soit partagé à égalité d'usage pour éviter tout abus d'utilisation et de les unir sous un même étendard.
- Mais Hassbar a une voix trop importante au conseil, et c'est un exemple pour d'autre membres. Son opposition risque d'entraîner un grand lot de refus du projet.
- Nous sommes à deux doigts de pouvoir bâtir la plus grande ébauche de paix jamais créée, et c'est juste un vieux qui nous empêche, je le sais. Ca risque même de nous affaiblir si nous sommes en dehors du projet.
- Alors tuons le… Un poison fera très bien l'affaire.
- Impossible, ici on sait quasiment de source sûre qu'il en prend des doses tous les jours pour se protéger des effets… Et avec une dose de cheval, l'empoisonnement sera trop visible et risque tout autant de faire foirer l'affaire.
- Un accident de chasse ?
- Non plus… Il bouge pas du manoir, et encore moins pour perdre son temps avec ce genre de distractions.
- Alors un assassinat en bonne et due forme… Durant la Séance, ou son sommeil. Que ce soit avec un couteau ou un oreiller...
- Il est protégé sans relache par ses Rapières Dorées. Même en tentant un assaut contre cette petite forteresse, un seul d'entre eux pourrait réduire à néant n'importe lequel de nos escadrons de paladin. Même celui d'Oppenheimer.
- Alors on attend qu'il claque, c'est ca ?" Le ton commençait à monter, et Sixte en avait assez entendu en terme d'enjeux. Il ne lui manquait plus que des visages… et aussi des noms.
Volontairement, il fit tinter son plateau contre le mur à côté de lui pour annoncer son arrivée, afin que les deux comploteurs puissent cesser leur discussion en pensant ne pas avoir été entendus. Sans un mot, il passa à coté d'eux, en essayant de ne pas leur montrer qu'il enregistrait dans sa mémoire leurs traits. L'exercice fut plus dur que prévu, mais il fallait que son rôle, qu'il venait de s'imaginer, de page allant livrer un repas de protéines à son maître, soit crédible. L'un était petit, trapu, basané mais avec le regard clair, cheveux rasé sur les côtés mais long sur le dessus, et coiffé en queue de cheval, avec un collier de barbe en pointe. Le détail le plus remarquable de son accoutrement était sa boucle d'oreille portée à gauche, qui ressemblait à deux dragons en double hélice spiralées maintenant une perle rouge au milieu d'eux. Le second homme, il le connaissait déjà, c'était un membre occasionnel de la Séance restreinte, mais il était incapable de ressortir son nom… Mais il le connaissait. Tout se déroula en quelques secondes, puis il les perdit de vue. Dès qu'il se sut lui même hors de leur champs de vision, il lâcha son plateau sur un meuble du couloir et se mit à courir. Il savait qui prévenir et où le trouver.
Arrivé à la bibliothèque, il cria le nom de Lodan, qui ne rappliqua pas aussi rapidement qu'il ne l'espérait. Ce dernier était plutôt très calme, prenant même le temps de ranger ses lorgnons dans l'une de ses multiples sacoches se trouvant sous son manteau avant de s'intéresser à ce que l'enfant allait lui raconter. Même lorsqu'il eut finit de tout lui expliquer. L'ancien mage du temps lui conseilla de se rendre directement dans le bureau du Cardinal Suprême et de les y attendre, malheureusement, avec les festivités, cela signifiait jusqu'à la tombée de la nuit.
Le temps lui parut bien long, et ce n'est aucun des deux hommes qu'il attendait qui brisa sa solitude, mais une Rapière Dorée, et bien plus tard que prévu. Sans aucun échange de paroles, il comprit le message, et se mit à le suivre. Ainsi, il fut mené directement à la salle de la Séance, bien silencieuse par rapport au reste de la journée. D'autres gardes personnels du maître des lieu était présent, chose peu commune pour garder la petite porte qui menait à l'estrade de la pièce. L'un d'eux l'ouvrit pour laisser passer l'enfant et la referma après son passage. Hormis la partie surplombante, le reste de la pièce avait été intégralement vidé et le sol recouvert d'une épaisse couche de poudre bleue. Lodan était a genoux, Hassbar à ses côtés au centre d'un cercle que le mage venait de tracer à la craie sur les du promontoir. Il fut invité à les rejoindre. Lodan se redressa et commença à incanter, tandis que des cercles runiques translucides se mirent à se former autours de ses mains. Soudainement une grande rafale de vent emergea de nul part et tous les grains azurs se mirent à s'envoler… puis à léviter… pour finalement se rassembler en tas aériens et former un tableau en trois dimensions… Et pas n'importe quelle scène: c'était le repas du déjeuner qui se trouvait retranscrit sous leurs yeux, tel un hologramme. Il fallut moins d'une minute à l'érudit pour que l'image soit complètement parfaite.
" Je te félicite pour ton travail Sixte… Maintenant montre nous ces deux hommes." lui ordonna Hassbar.
L'orphelin quitt a donc le cercle et se mit à déambuler au milieu des statues poudreuses, fixant chaque regard, analysant chaque corpulence pour retrouver les deux hommes. Il finit par trouver celui qui était trapu à la boucle d'oreille et le signala aux deux adultes. Lodan repronca une nouvelle formule, en jouant avec ces cercles de runes comme des cadrans. En un instant, tout pris une dimension encore plus folle, et la scène se mit en action, et en accélérée. Quinze minutes se déroulèrent, jusqu'à la fin de la retranscription du repas pour que le second complotiste vint s'assoir à côté du premier. Une fois le sorcier averti, il exécuta encore un autre rituel et tous les grains se précipitèrent sur les duo localisé par l'enfant. Ils étaient exactement comme dans ses souvenirs. Le cardinal vint le rejoindre pour les examiner "virtuellement" en face à face.
" En effet petit, c'est bien Yrvak, un de nos espions que tu as reconnu… Un agent double apparement."
Il se déplaca d'un pas sur le côté pour se mettre en face de l'homme basané.
" Quand à lui, c'est le Capitaine Paladin Magfadir, l'un des proches du Haut-Général Kagister… Un membre influent du Conseil de Castleblanc."
Il se retourna vers Lodan en posant une main sur l'épaule de l'enfant.
" Tu peux toujours leurs faire répéter ce qu'ils disaient avec ce sort
- Bien entendu, il y a suffisamment de craies réunies dans leurs sculptures pour les animer et leurs faire revivre toute la conversation.
- Parfait. Donne moi juste deux minutes."
Il fit signe à l'orphelin de retourner vers la porte et l'y accompagna jusque dans le couloir. Il mit un genoux à terre pour être à la hauteur d'un gamin de dix ans, et plongea son regard mauve perçant dans celui de son interlocuteur.
" Tu as été parfait aujourd'hui, Sixte. Je t'en félicite. Va te coucher, reposes toi bien. Je ne peux pas te promettre un véritable repos pour les jours à venir… Mais après cette semaine, ca sera différent."
Le sourire qu'il décrocha fut pour la première fois sincère et chaleureux. Le petit escrimeur y voyant même se dessiner une pointe de fierté. Rien n'aurait pu le rendre plus heureux en ce jour, il avait beau être plus mature que la majorité de ceux de son âge, il n'en gardait pas moins la vanité que peut avoir un enfant quand on le félicite ou qu'on le récompense.
En quittant le couloir menant à la salle, il entendit le cardinal ordonner à l'un des membres de sa garde personnelle de se rendre à Lasballor au plus vite, et de lui ramener Symba le faussaire avant que la lune n'atteigne son apogée.
La nuit fut meilleure que la précédente, bien qu'elle lui sembla plus courte… surtout que c'est Airyn qui toqua à sa porte pour le réveiller. Confus, il sauta du lit, pensant être en retard pour sa leçon matinale, avant de se rendre compte qu'il faisait encore complètement nuit.
" Le Cardinal Suprême m'a demandé de te prévenir de faire tes affaires pour une semaine de voyage, et d'y ajouter la tenue que tu portais aujourd'hui. Ensuite tu pourras te rendormir pour trois heures… Puis nous partirons pour Castelblanc."
J'espere que ca vous a plu !
Difficile de vous promettre de reprendre un rythme régulier (la vie étudiante, que voulez vous...), mais j'ai le scénario quasiment complet qui n'attend qu'à être dévoilé !
En attendant, j'ai hate d'avoir vos retours, donc n'hesitez pas à poster une petite review, ca fait toujours plaisir, et ca motive encore plus.
En attendant bisous !
