[NDA: Salut ! Bon alors je m'excuse encore pour le retard, je déteste ça en plus. J'espère que ce chapitre vous plaira, nous arrivons à la fin malheureusement, mais j'ai déjà commencé à réfléchir à une autre fanfiction, avec le même pairing, enfin l'idée germe dans ma tête, donc je verrai bien si cela aboutit à quelque chose mdrr. En tout cas, merci beaucoup pour votre soutien, et je vais faire en sorte de mettre moins de temps à poster la suite. N'hésitez pas à me donner votre avis, ça me fera toujours très plaisir. A la prochaine ! :) ]
Eren fixait l'enfant agonisant ainsi que son bourreau à tour de rôle, quelques perles de sueur roulaient contre sa tempe, n'imaginant pas une seule seconde que l'ébène irait jusqu'à étrangler un petit garçon innocent. Etait-ce pour le tester ? Il avait certes des doutes, mais cela n'était pas impossible, car la façon dont le noiraud le regardait, avec cette lueur de défit dans le regard, il attendait quelque chose de sa part, il en était quasiment certain. Du moins il l'espérait, car il ne souhaitait pas assister à une telle mise à mort. Ce fut alors avec le plus grand calme qu'il se prononça, sa voix se faisant basse et maîtrisée, contrastant avec celle de son autre lui plus faible et avec la voix rocailleuse de celui qui voulait tuer le plus vieux.
- J'ai compris le message, tu n'as pas besoin d'aller aussi loin. Laisse-le tranquille, il a assez souffert.
Suite à ces surprenantes paroles, Livaï fronça légèrement les sourcils, ne s'attendant pas à ce que cet Eren-là ait de la compassion pour quelqu'un, car il pensait vraiment qu'ils étaient pareils, sans aucune empathie. Et c'est en remarquant cela qu'il comprit qu'une troisième personnalité avait fait son apparition via l'esprit fissuré de son homologue.
- T'es qui toi ? balança l'ébène d'un ton nonchalant, sans relâcher la pression sur la gorge de l'enfant.
- Celui qui t'a pris dans ses bras et réconforté cette nuit-là parce que tu chouinais comme un bébé, rétorqua le châtain avec un léger sourire malsain.
Livaï ne répondit rien face à cette pique envoyée de front, le fixant sans aucune émotion, seules les suffocations du petit être agonisant comblaient le silence pesant qui venait de s'installer entre eux. Le châtain ne tarda pas à s'exprimer à nouveau, après avoir fait mollement craquer sa nuque.
- Relâche-le et regarde-le bien, il a exactement le même regard que toi cette nuit-là. Tu veux tuer la seule personne qui pourrait te comprendre ? La seule qui a vécu la même chose que toi ? Montre-lui plutôt ce que tu as fait dans ce sous-sol, ce même sous-sol où elle vous enfermait pendant des jours en vous affamant.
Eren finit par hausser les épaules, dans un long soupir, comme si cela ne l'intéressait pas plus que ça au fond, car son ton était complètement détaché, étranger au problème. Mais comme il avait tout de même de l'empathie pour l'enfant, il ne voulait pas que ce dernier succombe, alors il rajouta d'un ton neutre ces derniers mots.
- Ou alors tue-le, et finis ta vie seul, sans personne pour partager et comprendre ta peine. C'est à toi de voir, tu sais.
- Ce serait beaucoup plus cruel de le laisser vivre avec ces traumatismes, il finirait par se foutre en l'air je le sais, je suis passé par là, Eren. rétorqua Livaï, tandis qu'il desserrait lentement et inconsciemment sa prise autour de la gorge de l'enfant, sans pour autant le relâcher.
Lorsque le garçon reprit une difficile et douloureuse respiration, Eren posa alors son regard sur ce dernier, comprenant immédiatement ce que voulait l'ébène au plus profond de lui. Et bien qu'il ne souhaitait plus dire un mot, dépassé par les évènements, il rétorqua tout de même, d'une voix basse sans décrocher son regard de l'enfant.
- Tu n'as pas envie de le tuer, n'est-ce pas ? Il y a une part de toi qui ne veut pas le faire, qui espérait que je me mette en travers de ton chemin. Parce qu'au fond, il te rappelle une période qui t'horripile. Mais tu vois aussi en lui celui que tu étais à son âge dans une détresse inimaginable, tu as envie de le sauver, arrête de te mentir. Alors relâche-le, et terminez le travail ensemble.
Livaï passa sa main libre sur son visage, comme pour essayer de calmer son trouble et ainsi pouvoir reprendre le contrôle de ses émotions et de ses actes. Ce garçon lui rappelait tellement cette horrible période, serait-il capable de supporter tout cela, ou devrait-il simplement le tuer et passer à autre chose ? Il ne savait pas vraiment quelle était la meilleure solution, mais il savait pertinemment qu'à cette époque, il aurait aimé que ce genre de miracle se produise. Que quelqu'un vienne le libérer de cet enfer, quelqu'un qui soit aussi passé par là, et qui le guide, lui apprenne à vivre avec, à supporter toutes ces infâmes images qui défilaient sans cesse dans sa tête. Quelqu'un qui lui montre comment exorciser ce mal atroce, à trouver un défouloir pour cette immense colère qui le consume, pourrait-il être cette personne ? Eren était certes quelqu'un d'assez faible, mais il avait toujours de bonnes idées. C'était lui qui avait pensé à la vengeance, et à présent, il lui proposait de faire de l'enfant son partenaire.
Après quelques instants dans une longue et profonde réflexion, Livaï finit par relâcher complètement la gorge du jeune enfant, le laissant lourdement tomber contre le mur tandis qu'il reprenait difficilement sa respiration. Pourquoi ne pas essayer après tout ? Et si cela se passait mal, Livaï n'aurait qu'à l'achever, ce serait très facile. Pourquoi avait-il capituler si vite ? Car c'était un défi pour lui. Il s'était toujours posé la question : Et si j'avais pu être sauvé, qu'aurait été ma vie ? Grâce à cet enfant, il pourrait enfin avoir la réponse à cette énigme qui le torturait depuis de nombreuses années.
Alors qu'ils descendaient tous les trois les escaliers en bois, Livaï somma au châtain d'aller les attendre dans la voiture, car cela ne le concernait plus désormais. Il voulait être seul avec le garçon, juste tous les deux, il voulait que ce dernier constate par lui-même que cet enfer avait définitivement pris fin. Le châtain ne s'était pas opposé à sa volonté, ne souhaitant pas de nouveau avoir à assister à ce massacre inhumain. Il sortit donc le la grande bâtisse, allant les attendre dans la voiture.
Les deux garçons descendirent donc jusqu'au sous-sol, Livaï prenant soin de tenir fermement la petite main frêle du gamin afin qu'il ne s'échappe pas, ne sachant absolument pas comment il allait réagir face à toute cette violence et il avait tout sauf envie de se mettre à sa poursuite. Lorsqu'ils se retrouvèrent devant les deux cadavres inertes, Livaï fut plus que surpris par la réaction du plus jeune, et pour cause. Ce dernier n'avait absolument aucune réaction. Il restait immobile, les yeux ternes dont des cernes prononcées épousaient le bord de ces derniers. Il n'y avait rien, pas la moindre fuite d'émotion. Ni de joie, ni de répulsion, absolument rien. Aucune empathie. Cette maison était une véritable usine à psychopathes. Et ce spectacle silencieux emplissait le coeur de Livaï de joie, mais surtout d'espoir. Il était comme lui, ils se ressemblaient beaucoup plus qu'il ne le croyait. A force de voir des atrocités tous les jours, pendant des années, à subir les pires sévices, on devient complètement hermétique à la violence. Il n'y avait plus de doute possible à présent, cet enfant avait vécu les mêmes choses que lui. Peut-être pas aussi longtemps, mais assez pour avoir été détruit psychologiquement.
Tandis qu'il sortit une cigarette de son paquet, il l'alluma silencieusement, et ce fut en soufflant son épaisse fumée blanchâtre qu'il prononça cette phrase d'un ton légèrement amusé comme pour cacher son trouble.
- D'abord, il me demandait comment s'était passée ma journée, ensuite il approchait sa main de mon visage, me disant que tout allait bien se passer. Mais ça ne se passait jamais bien. Je fermais les yeux et je m'imaginais ailleurs, attendant qu'il termine ce qu'il avait à faire. Et quand il avait fini, je restais dans mon coin en essayant de ne pas faire de bruit, afin de ne pas lui donner envie de revenir.
Il fit une pause dans son récit, passant sa main libre dans ses cheveux afin de les plaquer en arrière, tandis que l'enfant restait silencieux, telle une coquille vide, il écoutait simplement son ainé parler, bien que ces anecdotes lui étaient amèrement familières.
- Regarde ce que je lui ai fait, ça te plait ? Je ne pourrai pas te dire lequel des deux a le plus souffert, c'était des douleurs différentes, mais crois-moi, ils ont payé leurs dettes. Le coeur de la vieille a lâché alors que je n'avais dépecé que soixante pourcent de son corps. Elle n'était pas aussi solide que je le pensais.
Un fin et léger sourire vint étirer les lèvres du plus vieux, rendant son visage plus qu'effrayant, tandis qu'il passa sa langue lentement sur ces dernières, avant de tirer longuement sur sa cigarette. Il se prononça ensuite à nouveau, beaucoup plus bavard que d'habitude.
- Comment tu t'appelles ?
Suite à cette question, l'enfant ne prit même pas la peine de regarder le plus vieux, étant complètement hypnotisé par les deux cadavres en face de lui. Jusque là, il les avait fixé en silence, mais il finit alors par murmurer d'une voix morne, révélant donc son identité.
- Ulrich Muller, monsieur.
- Ne m'appelle pas monsieur, idiot. Moi c'est Livaï Ackerman.
Tout en gardant sa clope entre ses lèvres, Livaï relâcha alors la main de ledit Ulrich, avant d'aller fouiller à nouveau dans son sac de sport noir. Il en sortit deux petits bidons d'essence, en donnant un au gamin, l'incitant à le prendre sans poser de questions. Il lui expliqua alors son geste, le visage complètement neutre, sans jamais avoir changé le ton de sa voix.
- Asperge d'essence celui que tu détestes le plus, Ulrich.
Après que l'incompréhension ait quitté son visage, le garçon obéit sagement à son ainé, laissant couler maladroitement le liquide transparent sur le corps de l'homme mort en face de lui. Il avait fait son choix, et tout comme Livaï, c'était cet homme qu'il détestait par dessus tout. Celui qui l'avait le plus fait souffrir. Cet être immonde, cette erreur de la nature. Livaï était quasiment sûr que cette expérience allait panser les blessures du plus jeune, comme une thérapie. Le fait de brûler littéralement le corps de son père adoptif allait être une libération. Même si les flammes allaient s'occuper des deux corps ensembles, le choix du garçon était symbolique. Lorsqu'ils eut terminé d'asperger les corps d'essence, Livaï prépara son sac afin d'être prêt à quitter les lieux une fois que le feu se serait propagé. Il revint ensuite aux côtés de l'enfant, lui reprenant la main, au cas où il réagirait mal, puis de sa main libre, il lui tendit sa cigarette consumée au trois quart.
Ulrich le fixa longuement, avant d'enfin porter son attention sur le mégot fumant. Il mit quelques secondes à comprendre le geste de son ainé. En effet, c'était donc à lui de démarrer le feu. Il fut quelque peu touché par cette attention, ayant comme l'impression que Livaï avait de la considération pour lui, qu'il était prêt à partager jusqu'à même les tâches de sa propre vengeance. Bien qu'il ait tenté de l'étrangler, Ulrich ne lui en voulait pas, n'était pas non plus effrayé, car à vrai dire, il avait vécu des choses bien pires que cela. Mais surtout, son sauveur avait tant de points communs avec lui que ça le rassurait, car il était sûrement le seul avec qui il pourrait en parler, sans se faire juger, sans qu'on le regarde avec pitié.
Il saisit donc le mégot qui continuait de se consumer du bout de ses petits et fins doigts, puis il fixait les deux corps aspergés de liquide face à lui, d'un regard neutre. Et sans se faire prier davantage, il jeta l'objet d'un mouvement furtif, ce dernier ne tardant pas à faire embraser les victimes, par ce bûcher insolite, afin qu'il n'y ait plus aucune trace de leurs méfaits. Les flammes d'un orange qui tirait sur un jaune vif se reflétaient dans leurs yeux ternes, jusqu'à ce que ceux de Livaï finissent par pétiller d'un plaisir incommensurable. Le sentiment qu'il eurent à ce moment précis était unique en son genre. Le feu qui brûlait dans de nombreux bruits de craquements semblait comme purifier leur âmes meurtries, il nettoyait tout sur son passage, comme si cet horrible passé n'avait jamais existé.
Lorsque les flammes ainsi que la fumée qu'elles émanaient étaient devenues trop dangereuses, Livaï finit par tourner le dos à ce spectacle, serrant fermement la main de l'enfant, puis il monta les escaliers deux par deux afin de quitter cette maudite maison. Ils empruntèrent les petites ruelles sombres, jusqu'à retrouver la voiture à l'arrêt, quelques minutes plus tard.
Eren était en train d'attendre sur le siège passager, et fut alors rassuré en voyant son aîné s'installer au volant de la voiture. Il ne prit malgré tout pas la peine de poser la moindre question sur la présence du garçon sur la banquette arrière, ayant déjà deviné qu'un lien fort s'était tissé entre eux. Un lien qu'il ne comprendrait jamais, car ils étaient bien plus proches que le châtain l'avait été avec son aîné. Cela lui faisait tout de même plaisir que l'ébène ait décidé de revenir sur sa décision, mais surtout qu'il ait écouté le conseil de son cadet, chose qu'il n'avait jamais fait jusque-là.
Livaï était vraiment quelqu'un d'imprévisible, personne ne savait ce qu'il se passait réellement dans sa tête, de ce qu'il était capable de faire d'une seconde à l'autre, et cela rendait la situation toujours plus délicate. Jamais il ne se remettait en question sur ses propres actes, car il voyait les choses différemment que le commun des mortels. C'était ce qui le rendait si fascinant aux yeux du châtain, il avait cette spontanéité, cette absence d'hésitation qui le rendait si fort, intouchable. Il était extraordinaire.
- ...ren ? Oï, Eren !
Une voix le fit immédiatement quitter ses pensées, tandis qu'il porta son attention sur le noiraud, ce dernier étant concentré sur la route après avoir allumé sa cigarette. Malgré le fait qu'Eren était maintenant disposé à l'écouter, aucun son ne pouvait passer ses lèvres. Mais son aîné n'attendait pas spécialement la moindre parole de sa part, ne cherchant qu'à attirer son attention. Lorsqu'il l'eut enfin, il lui confia cette soudaine révélation , après avoir passé plusieurs minutes à réfléchir.
- Tu avais raison tu sais, le fait de les punir m'a vraiment libéré d'un poids immense, à un tel point que je n'aurai jamais pu l'imaginer.
Il fit une pause dans son récit, tandis qu'il zieutait dans le rétroviseur afin de s'assurer que le gamin dormait bel et bien, car il n'aimerait pas que son nouveau protégé apprenne la nouvelle de cette façon. Lorsqu'il en eut le coeur net, il reprit alors la parole d'une voix grave et cinglante.
- Il y a une chose que je n'avais pas prévu, Eren. Je savais que j'étais capable de commettre des atrocités à en faire rougir le diable lui-même, même si je n'étais jamais allé aussi loin dans cette violence, je savais que je n'aurai aucun mal à le faire.
Il prit une seconde pause, comme s'il hésitait, chose qui était complètement étrangère pour lui habituellement, tout en tirant longuement sur sa clope, puis ce fut lorsqu'il cracha la fumée épaisse de sa cigarette qu'il lui lança cette révélation, telle une bombe, tout en le fixant avec des yeux perçants et remplis de détermination.
- J'ai adoré ça. Découper la chair, tout ce sang, cette folie qui m'étourdit, entendre tous ces hurlements telle une mélodie qui me caresse délicieusement les tympans. J'en veux plus, jusqu'à en être écoeuré.
Il reposa de nouveau son attention sur la route, laissant son cadet sans voix, tandis qu'il continuait de fumer lentement, laissant ce silence angoissant s'immiscer un bref instant entre eux. Il reprit soudainement la parole, sentant le regard ahuri de son homologue le dévisager.
-J'ai un contact qui habite à deux heures de Berlin, il pourra m'aider à étancher cette nouvelle soif. Mais avant cela, j'aimerai que tu me dises où tu voudrais que je te dépose. Dans la capitale c'est impossible, mais s'il y a un endroit où tu souhaiterais aller, je t'y conduirai, prends cela comme un geste te démontrant ma gratitude.
Ce sentiment d'abandon, il le ressentait à nouveau. Une douleur qui lui lacérait le coeur, et lui tordait l'estomac. Livaï allait-il encore l'abandonner, malgré tout ce qu'il avait fait pour lui, malgré tout ce qu'il avait enduré ? N'était-ce pas encore suffisant ? Il détestait cet horrible sentiment, malgré le fait qu'il pensait que son aîné ne pouvait pas se passer de lui, ce dernier avait encore changé d'avis. Pourquoi cherchait-il constamment à se débarrasser de lui ? Ce serait tellement plus simple s'il le laissait le suivre sans avoir la moindre réticence, de façon totalement naturelle. Eren poussa alors un long soupir, tout en susurrant ces quelques mots avec une pointe de colère et de conviction.
- Je te l'ai déjà dit, je ne me séparerai jamais de toi, alors arrête de vouloir toujours te débarrasser de moi, ça commence vraiment à m'énerver.
- Je n'essaye pas de me débarrasser de toi, lança Livaï d'une voix monocorde. T'as encore la chance de pouvoir passer du temps avec ta famille, avec ta mère, alors pourquoi tu n'y retournes pas ? Pourquoi tu t'obstines à suivre quelqu'un comme moi ? Si j'avais la chance que tu as, je ne me poserai aucune question, alors arrête de faire des caprices dignes d'un enfant et va retrouver ta famille.
Et voilà, il recommençait avec ça. Il se permettait de faire les choix à sa place, sans connaître la moindre chose sur le passé du châtain, et malgré cela il pensait savoir ce qui était bon pour lui ou pas. Malgré l'avertissement de ce dernier, Livaï persistait et le blessait au plus haut point. Il ne savait rien de son passé et se permettait de lui donner des leçons, comme si retrouver sa famille était la meilleure solution. Quel abruti. Face à l'entêtement de son ainé, Eren finit par comprendre, et admettre, que leurs sentiments n'étaient absolument pas réciproques. Finalement, le noiraud pouvait très bien survivre seul, sans sa compagnie, il ne dépendait absolument pas de lui, il n'en avait rien à faire à vrai dire, tandis que pour le plus jeune, c'était l'inverse. Ce dernier dépendait complètement de lui, il lui vouait désormais une dévotion absolue. Malgré sa personnalité bancale qui persistait à vouloir le tuer, il avait besoin de lui pour survivre. De nombreuses larmes refaisaient surface, tandis qu'il semblait à bout, comme piégé dans une situation insurmontable, absente de toutes solutions.
- Ma mère n'a plus besoin de moi, lança le plus jeune d'une voix chevrotante, à bout de nerfs. Lorsque nous nous sommes retrouvés tous les deux, suite au départ de mon père, elle a sombré lentement dans la dépression. Elle avait le sentiment d'avoir tout perdu, que sa vie s'était brusquement arrêtée. Lorsqu'elle avait ses périodes de fatigues aigues, je n'osais jamais voir son visage s'abimer à cause de la dépression, ses yeux ternes, qui ne cessaient de hurler son refus de continuer de vivre. Elle était fatiguée de vivre, elle n'avait plus envie de rien. Je restais dans ma chambre, laissant notre maison devenir de plus en plus insalubre, et je ne faisais rien pour l'aider, je me voilais la face, me disant simplement que si je ne la voyais pas, cette situation n'existerait pas. Cela a duré plusieurs mois, voire même une année entière, jusqu'au jour où elle a complètement pété les plombs. Elle est entrée dans ma chambre, les yeux inondés de larmes, et m'a supplié à genoux de mettre fin à ses souffrances, car elle n'arrivait pas à le faire d'elle-même. Bien-sûr, j'ai refusé catégoriquement, et elle me suppliait encore et encore, elle m'effrayait. Elle me traitait de lâche, me reprochant de ne pas l'aimer assez pour l'aider, que c'était de ma faute si elle souffrait comme ça. Et subitement, j'avais eu comme le sentiment que quelqu'un tentait de prendre le contrôle de mon esprit, de régler le problème à ma place car j'étais trop faible pour le faire. Depuis ce jour, il est présent à chaque fois que j'en ai besoin, il m'aide à surmonter chaque épreuve que je rencontre. Mais à cause de toi, je suis en mauvais termes avec lui, parce que je l'empêche de s'en prendre à toi. Si je le relâchais complètement, il te tuerait, sans aucune hésitation, et je pense que tu lui donnes de plus en plus raison à force de vouloir te débarrasser de moi, parce que ça me fait du mal tu comprends ?
Bon sang, sa tête le faisait souffrir le martyre, une violente migraine s'était emparée de lui, il avait comme l'impression que son sang bouillonnait à l'intérieur, à la limite de l'explosion. Un violent et fort conflit se faisait ressentir au plus profond de lui, tandis qu'il avait les mains plaquées sur son visage, murmurant de nombreuses phrases incompréhensibles, comme s'il s'adressait à ses différentes personnalités qui se battaient pour avoir le contrôle de son corps et son esprit. De nombreuses larmes roulaient sur ses joues, la douleur étant plus qu'insupportable, tandis qu'il grinçait violemment des dents sans pour autant cessé de susurrer des mots sans aucun sens entre eux.
- Eren qu'est-ce qu'il t'arrive ? demanda Livaï, complètement impuissant face à cette situation inattendue et toutes ces révélations.
Alors qu'ils étaient sur une route de campagne, Eren finit subitement par retrouver le calme intérieur. Il avait le regard terne, un visage sans aucune expression, il semblait serein et absolument maître de la situation. Et alors qu'il posa les yeux sur la fenêtre de son côté, il ordonna vivement, d'une voix intransigeante.
- Arrête la voiture.
Livaï le fixa subitement en fronçant les sourcils face à l'incompréhension dans laquelle le mettait le plus jeune, mais il s'exécuta sans discuter. Lorsqu'il enclencha le frein à main, Eren posa son regard menaçant sur lui, avant de prendre la parole d'une voix plus que glaçante.
- Tu cherches à te débarrasser de moi car tu penses que nous sommes différents, arrête de chercher constamment des excuses comme ma famille ou des conneries dans le genre, tu m'énerves. Tu ne sais rien de mon passé, alors arrête de t'en servir en faisant comme si tu t'inquiétais pour moi. Je vais te montrer que moi je suis quelqu'un de sincère contrairement à toi.
Il ne chercha même pas à recevoir une réponse de la part de son aîné, il se contenta simplement de fouiller dans le grand sac de sport noir à l'arrière. Lorsqu'il sortit de ce dernier le couteau de la plus grande taille, il descendit de la voiture sans un mot, cachant l'objet dans son dos. Il attendit quelques instants que le groupe de trois jeunes qu'il avait repéré de loin soient à son niveau, le visage toujours inexpressif. Ces jeunes personnes devaient très certainement rentrer d'une soirée bien arrosée, car ils titubaient et parlaient fort, ne se rendant même pas compte de sa présence pendant un temps. Jusqu'à ce que l'un des jeunes hommes s'approche d'Eren, le visage à la fois inquiet mais curieux.
- Vous êtes tombés en panne ? demanda l'un des jeunes tout en ayant du mal à articuler.
Le châtain gardait le visage inexpressif, comme s'il n'avait aucune appréhension sur ce qu'il comptait faire. Son visage était tellement vide d'expression qu'il en était effrayant. Et sans dire aucun mot, dans un geste vif et contrôlé, il finit par planter la lame dans la gorge de son interlocuteur, la sectionnant ensuite d'un mouvement bref et précis. Le sang gicla sur son visage ainsi que sur ses vêtements. Pendant un court instant, le temps semblait s'être arrêté. Puis subitement, les deux jeunes restant se mirent à courir afin d'échapper au même destin funeste que leur défunt ami. Mais Eren ne semblait pas en avoir terminé, il se mit lui-même à les poursuivre, n'ayant aucun mal à les rattraper, car lui était sobre et bien lucide comparé aux deux autres.
Il passa violement son bras autour du cou d'un des jeunes hommes restants, puis il planta brutalement la lame du couteau dans sa poitrine à plusieurs reprises, jusqu'à ce que ce dernier rende son dernier souffle. Il le relâcha alors lentement, le laissant tomber lourdement sur le sol en béton, inerte, avant de s'occuper du dernier. Celui-ci venait de trébucher, tremblant de peur, tandis qu'il le suppliait de l'épargner. Eren s'avança lentement jusqu'à lui, le visage toujours aussi hermétique. Et sans prendre le temps de réfléchir, il vint alors planter de nombreuses fois la lame de son couteau dans le visage de sa dernière victime, sans la moindre hésitation. Lorsqu'il en eut terminé, il respira calmement, fixant un point invisible sur la route tandis qu'il gardait le couteau ensanglanté dans sa main.
Livaï ayant assisté à toute la scène après être descendu de la voiture, fixait le châtain avec de grands yeux, comme si ce qu'il venait de voir semblait improbable il y en encore quelques minutes. Mais malgré sa surprise immense, ses yeux pétillaient de mille feux, car ce spectacle lui avait procuré une excitation sans pareille, comme si son rêve devenait enfin réalité. Il n'eut malheureusement pas le temps de prendre la parole en premier, car son cadet le devança, mais il gardait tout de même un sourire assez effrayant, tant il était empli d'une fierté malsaine.
- Tu vois, j'en suis tout autant capable que toi, et je recommencerai si tu me le demandes, lança le châtain d'une voix grave et monocorde. Mais si jamais tu recommences à lui faire du mal, à le repousser et à l'abandonner, je te ferai exactement la même chose, Livaï. Et cette fois il ne me retiendra pas, car il m'a donné l'autorisation. J'espère que je n'aurai pas à en arriver là, même si l'idée de te découper en morceaux me fait rêver.
To be continued...
