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CHAPITRE TROIS
Nous étions descendues en dernier Ginny et moi pour le banquet du soir. La moitié des professeurs étaient partis et les autres discutaient autour d'un dessert. Il ne restait plus qu'un quart des Gryffondor, et les plats réservés aux retardataires étaient placés en bout de table. Il n'y avait que deux première année qui discutaient de Métamorphose, alors nous nous assîmes près d'eux.
Je me servis de la purée et du canard laqué. Je n'avais pas mangé de la journée à part un bout de gâteau au caramel de chez Honeydukes que Ginny m'avait donné quand nous étions rentrées de Pré-Au-Lard l'après-midi. Elle me regardait manger avec amusement tout en discutant d'Harry et de ses compétences en tant que chef de l'équipe de Quidditch. Je hochai la tête, émis quelques commentaires mais il fallait avouer que le conversation n'était pas très intéressante, bien qu'agréable. Elle changea rapidement de sujet.
- J'ai entendu parler d'une soirée inter-maisons organisée par les préfets de dernière année.
- Oh, fis-je enter deux bouchées. Et elle a lieu quand ?
Ginny sourit d'excitation, bût une gorgée de jus de citrouille et joignit ses mains.
- Nous avons tous rendez-vous dans deux jours, vendredi soir. Il y a une autre après-midi à Pré-Au-Lard vendredi. On pourra acheter quelque chose.
J'acquiesçai, puis portai la discussion sur les cours du lendemain, pratiquement tous avec les Serpentards. Ginny ne paraissait pas en colère à leur évocation, pas comme d'habitude. Elle avait un peu de rose sur le haut des joues, et un froncement de sourcils incertain créait un pli sur son front.
- Quelque chose ne va pas ?, demandai-je naturellement.
- Non… Non, ça va. C'est juste que… Tu vas me prendre pour une folle. Laisse tomber.
Elle prit un pancake et le fourra dans sa bouche comme pour s'empêcher de parler.
- Tu sais, avec Harry… Chacun de notre côté, on a vécu la même guerre, traversé les mêmes champs de batailles, affronté les mêmes ennemis. Quelques mois plus tard on s'est retrouvés attablés, l'un en face de l'autre, comme deux vieux soldats partageant seuls ce secret bien trop horrible pour être divulgué. Au milieu des silences, c'était difficile de retrouver l'insouciance des temps anciens. Il y a quelque chose qui s'est cassé, Hermione. Et j'ai appris à l'ignorer, ça fait mal, mais je le fais quand même tu sais.
Elle but une gorgée de jus pour se redonner contenance, puis s'éclaircit la gorge.
- Je me suis détachée, doucement, puis attachée à quelqu'un de nouveau.
Je lui souris et lui pris la main.
- Je crois que c'est ça qui tue les gens, tu sais. De pas changer de vie assez souvent, fis-je.
Je fixai une seconde mon assiette, puis relevai les yeux vers elle.
- Sois contente. T'as réussi à le faire, toi.
Elle rit nerveusement.
- Toi aussi, je l'ai vu. Tu t'es un peu éloignée de nous depuis cette année. J'ai remarqué que tu n'étais plus ce que tu étais avant. J'ai aussi envie de… de ''changer d'air'', en quelque sorte. Rester avec des gens nouveaux. Puis il y a Blaise Zabini. Il me lance des regards normaux depuis cette année. Normaux au plus normal qui soit. Avant ce n'était que du détachement.
Elle croqua dans son pancake, puis sourit.
- J'ai eu envie d'essayer. Je sais que tu étais avec eux cet après-midi. C'était bien ? Je veux dire… La nouveauté ?
- Rafraîchissant, fis-je.
Elle me sourit et je lui souris en retour. Je commençais à me dire qu'il n'y avait plus d'espoir que mes amis Gryffondors me comprennent un jour. Et bien, contrairement à ce que je pensais, Ginny, elle s'était réveillée. J'étais contente.
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Je me retournais sans arrêt dans mon lit, je n'arrivais pas à me rendormir. Il restait une bonne heure avant le début du petit déjeuner à sept heures pour les lève-tôt. Tout le monde descendrait à huit heures au plus tôt. Regardant une énième fois la montre moldue sur mon oreiller, je grognai. Je repoussai les couettes vivement et tirai le rideau de mon lit. Rejoignant la salle de bain sans faire de bruit pour ne pas réveiller les autres – je respectais leur sommeil tout de même. Je pris ma douche et m'habillai. Il faisait plus froid aujourd'hui alors j'enfilai un sweat en laine gris et un jean noir auquel je jetai un sort de réchauffement. Je lissai mes cheveux d'un coup de baguette et me maquillai. Je me regardai dans le miroir puis descendis d'un pas sautillant dans la Salle commune, puis sortis de la pièce. Je décidai de me promener un peu vers le parc. Tout en marchant, je repensai à la journée d'hier. Je m'étais réveillée à l'infirmerie, et Mme Pomfresh m'avait dit que je m'étais évanouie. Je me souvenais avoir parlé à Luna de mes parents, puis plus rien. Si, je me souvenais de ces mains… fraîches, et ensuite, à l'épreuve de Drago, les mêmes. Celles de … Théodore ! C'était donc lui qui m'avait sauvé de ma crise d'angoisse ? Il fallait que je le remercie. Je m'arrêtai devant le terrain de Quidditch. Je ne m'étais même pas rendue compte d'où j'allais. Il y avait un entraînement. Je ne savais pas les joueurs si matinaux. Pour la première fois de ma vie, je m'engageai par moi-même – de mon plein gré ! – à aller voir un match de Quidditch. Ce n'était pas plus mal que de flâner dans tout Poudlard pendant une heure. Je montai les gradins, quasiment vides. J'aperçus Théodore, au gradin d'à côté, alors je descendis du mien pour le rejoindre. Je m'assis à côté de lui.
- Qu'est-ce que c'est ?, demandai-je en regardant le livre qu'il lisait.
Il leva les yeux, sourit puis s'adossa de façon à étendre ses jambes.
- Les origines de Darwin.
- Moldu.
- Je sais. Mais la seule chose qu'il ont fait de mieux que nous, c'est la littérature. Et Stephen King.
Je portai mon regard vers le match, un léger sourire sur les lèvres. Je l'aimais bien.
- Je t'aime bien, souffla-t-il.
Comment avait-il pu lire ainsi dans mes pensées ? C'était …
- Moi aussi Théodore, lui retournai-je avec un sourire en coin.
- Tant mieux alors.
Il ferma son livre et resserra son manteau autour de lui. Je poussai un soupir, me retournant vivement vers lui.
- Dis, c'est toi qui m'a emmenée à l'infirmerie l'autre jour ?
- Question rhétorique.
Je ris, replaçant mes cheveux balayés devant mon visage par le vent.
- Tu viens souvent à la tour d'Astronomie ou c'était juste un hasard ?
- J'emmenais Drago avant. Maintenant, je crois qu'il sait y aller tout seul. Et par rapport à l'autre fois, j'avais juste envie de fumer une clope.
Le capitaine de l'équipe de Serpentard poussa un hurlement, criant des reproches à un frêle et petit ''autre nouveau de merde dans notre équipe''. Bien sûr, il essayait de se défendre, en bon Serpentard, mais Drago ne lui laissait aucune chance de parler, ne serait-ce que de respirer. Il pointa du doigt les vestiaires, puis tendit la main vers le nouveau qui lui tendit son balai. Il était viré de l'équipe. Théodore rit mesquinement.
- Toujours pareil. Crois-moi pour rien au monde je n'essaierais de postuler dans notre équipe. Drago est trop indulgent et en plus, je n'aime pas ce sport.
- Moi non plus. C'est mieux de le regarder. Dis, tu me prêteras ton livre ?, fis-je soudainement, changeant de sujet.
- Bien sûr.
Il me le tendit.
- Tu l'as fini ?
- Lu et relu au moins sept fois. Prends-le.
- Merci, fis-je en lui déposant un bref baiser sur la joue.
Il sourit, puis fourra ses mains dans ses poches, se levant.
- Alors que m'arrivera-t-il si je t'offre la dernière édition de l'Histoire de Poudlard, quand à peine je t'offre un petit roman j'ai le droit à un bisou.
Je me levai à mon tour et nous nous dirigeâmes vers le château. Une fois arrivés, la Grande Salle était quasiment vide et la nourriture apparût à la seconde où nous rentrions, nous déjeunâmes tout en discutant.
- Tu ne m'as toujours pas dit ce qu'il y avait, sous ce drap à l'épreuve.
Il sourit et prit une bouchée de porridge. Même quand il mangeait il avait cette adorable fossette sur la joue.
- Tu vas à la soirée demain soir ?, fit-il innocemment.
- Ne changes pas de sujet, s'il te plaît !, le réprimandai-je en riant.
- Je ne change absolument pas de sujet, petit Rat-de-bibliothèque.
- Ne m'appelle pas comme ça !
- Je trouve ça plutôt mignon.
Je touchai du bout des doigts la neige sur la table qui tombait depuis que nous nous étions assis.
- En quoi un Rat-de-bibliothèque est-il mignon ?
Il prit un air faussement sérieux, comme si il allait lancer un sujet de politique.
- Un rat de l'opéra, par exemple. Ce n'est pas péjoratif. Un Rat-de-bibliothèque c'est la même chose, sauf que… au lieu qu'il soit passionné par la danse, il est passionné par les livres. Ou les bibliothèques, dans ton cas.
- Je ne suis pas passionnée par les bibliothèques !, fis-je prenant une mine renfrognée. J'aime la littérature.
- Ca va, okay !, s'exclama-t-il en levant les mains. Je ne t'appelle plus comme ça. Mais crois-moi, je te trouverai bien un surnom.
- Si tu veux. Mais tous sauf celui-ci.
- Donc, tu vas à la soirée demain soir ?, répéta-t-il.
- Avec Ginny. Mais je ne suis pas sûre que tous les septième année soient présents.
- Oui, c'est vrai, les préfets n'ont prévenu que certaines personnes.
- Tu sais où ça se passera ?, demandais-je en mordant dans une pomme.
- Non, normalement, les préfets fourniront l'information demain. Ils travaillent vraiment dur. Blaise m'a parlé d'un sort d'insonorisation puissant, donc j'en déduis que ce sera dans un grand espace, ou un endroit ouvert.
- J'ai hâte.
Les Serpentards, revenant du match s'assirent à côté de nous. Pansy me regarda d'un air impressionné.
- Eh, bien, t'y vas fort à ton initiation.
- De quoi tu parles ?, lui demandai-je.
D'un regard, elle m'indiqua la table.
Ah… oui. J'étais assise à la table des Serpentards. Je n'avais pas trop réfléchi à où m'asseoir, j'avais juste suivi Théodore. Pour réponse, je haussai les épaules. La salle s'était petit à petit remplie, jusqu'à devenir pleine. Certains me fixaient ou me pointaient du doigt et d'autres chuchotaient en me regardant d'un air accusateur.
- Au fait, tu y vas à la soirée, demain ?, fit-elle.
- J'ai l'impression qu'on ne parle que de ça, soupirai-je. Sinon, oui. Et demain il y a une sortie à Pré-au-Lard, j'y vais avec Ginny.
Je la vis sourire tristement, remuant sa gelée de framboise sans grande envie.
- Tu pourrais nous accompagner, lui proposai-je, espérant que ça lui redonnerait le sourire.
Gagné. Elle releva la tête d'un coup et fit un immense sourire, les yeux pétillants.
- Avec plaisir ! Mais Weasley, elle ne…
- Non, pas de problème. Au fait, Blaise… , m'exclamai-je soudain en me retournant vers lui à ma droite, je voulais savoir…
- Ouh là, ça à l'air important !, se moqua-t-il.
- Oui, un peu. Ginny est… comment dire… attirée par ton charme inter-spatial ?
Il recracha son jus de citrouille.
- S… Sérieusement ? Sérieusement de sérieusement ?
- On ne peut plus sérieuse, confirmai-je. En quoi ça te choque tant que ça ?
- Il veut sortir avec elle depuis trois ans, intervint Drago.
- Mais pourquoi ne tu ne lui as pas demandé tout simplement ?, m'exclamai-je. Après tout, tu as toujours eu les filles que tu voulais, non ?
Blaise marmonna inintelligiblement, un sourire énorme éclairait son visage. Théodore lui mit une tape dans le dos. Soudain, j'entendis un raclement de gorge derrière moi. Je vis Pansy faire les gros yeux, Drago avait les sourcils haussés et Théo la bouche ouverte, tous fixant quelque chose derrière moi. Je me retournai… sur Harry et Ron.
- Bonjour, fis-je innocemment.
- Hermione, tu vas nous expliquer ce que tu fous, là ?, clama Ron.
- Je te demande pardon ?, grognai-je.
De quel droit se permettait-il de me parler sur ce ton ? Il ne l'avait fait qu'une seule fois dans sa vie, et ce, au bal de Noël lors du Tournoi des Trois sorciers. Pourquoi s'en prenait-il à moi ? Harry poussa Ron en arrière, l'air stressé.
- Je… On aimerait te parler Hermione, si tu veux bien.
Je soupirai, puis bus une gorgée de mon jus avant de balancer mes jambes de l'autre côté du banc pour me lever et les suivre derrière les portes de la Grande Salle.
- Je vous écoute.
Je croisai mes bras et m'adossai au mur.
- On te trouve distante depuis cette année Hermione…, commença Harry.
- Je ne comprends pas pourquoi tu restes avec ces salauds de Serpentards, cracha Ron, transparent.
La colère m'aveugla peu à peu. Pourquoi voyait-il le mal dans tous mes faits et gestes ? Depuis toujours, je pensais à de la surprotection. Mais maintenant, je ne voyais que de la jalousie.
- La ferme Ron, sifflai-je. Je fais ce que je veux. Je reste avec qui je veux. Je parle à qui je veux, okay ? Tu n'es ni mes parents, ni Merlin, ni encore quelqu'un à qui j'obéirais si il me disait que ces personnes sont dangereuses pour moi. Et si tu étais un tant soit peu mon ''ami''…
Je mimai les guillemets avec mes doigts.
- … Tu me laisserais faire ce que bon me semble, finis-je.
Je ne pouvais être plus claire. Ainsi me laisserait-il tranquille avec ses idéologies dictatoriales. Harry ne reprocha rien, mais m'adressa un faible sourire quand Ron fut parti.
- Je ne critique aucun de tes choix, Hermione, et je ne le ferais jamais. Sache que je te considère toujours comme une sœur. Tu me manques juste, tu comprends ?
- Oui, Harry.
Je le regardais une seconde, puis lui tournai le dos.
Et voici le troisième chapitre, j'espère qu'il vous aura plu.
Wizzy
