- Hermione Jean Granger arrête ça tout de suite ou je te pétrifie !
Ginny me regardait d'un air courroucé, quoique un peu amusé. Avec un sourire contrit, je ralentis les soubresauts de mes jambes.
- Je vais prendre l'air !, m'exclamai-je tout à coup.
Je me levai précipitamment, me dirigeant vers la porte que j'ouvris à la volée sur...
- Salut.
Il était là. Ses yeux bleus, son sourire un peu tordu, il était là, face à moi. Et je n'avais jamais été aussi déroutée de ma vie. Qu'est-ce que je devais faire ? Lui dire bonjour ? Le serrer dans mes bras ? Ou lui refermer la porte au nez pour m'avoir abandonnée il y a près de treize ans auparavant ?
- Salut Jake ! Je suis Ginny. Tu te rappelles de moi ?, fit-elle en s'avançant, sauvant sûrement ce dernier de quelques minutes de silence supplémentaires.
- Oui, bien sûr, répondit-il avec un sourire en la prenant rapidement dans ses bras.
Il fit de même avec Aephem, avant de se retourner vers moi.
- Ça va ?
- Ouais, ouais désolée. J'ai... paniqué.
- C'est pas grave, fit-il avec un sourire qui fit plisser ses yeux. Bon !
Il frappa dans ses mains et se retourna vers mon oncle.
- Je propose qu'on se mette autour d'un bon thé ou café, et qu'on discute un peu ?
- Bonne idée mon garçon. Allez, venez dans le salon.
Nous nous dirigeâmes tous vers le salon, et je suivis des yeux Jake qui prit place près de moi, sur un gros pouf en velours vert serti de perles. J'avais l'impression de voir une personne totalement différente de New York, même si je savais qu'il était le même car son sourire et son humour étaient bien là. Mais je ne cessais de faire le lien avec mon ami d'enfance, qui m'avait offert le collier que je portais autour du cou et disparu de la circulation juste après. Mon oncle posa deux tasses de thé sur la table basse et disparut avec Ginny. Je savais que la discussion serait inévitable.
- Je... je sais pourquoi tu es parti. Tu n'auras pas besoin de me le redire. Aussi, je tiens à te dire que je suis sincèrement désolée pour ton père. Je ne sais pas si mes mots auront encore de la valeur, parce qu'on ne se connaît pas trop, mais... Crois-moi, je sais ce que ça fait.
Il me fixait, sans dire un mot, le regard intense. Je savais que mes mots étaient maladroits et mal choisis, mais je continuai sur ma lancée.
- Je ne me rappelais pas de toi à New York. Un peu après, quand je suis rentrée, oncle Aephem à récupéré les souvenirs de mes parents, et tu étais dedans. C'est comme ça que j'ai fait le lien, et avec les photos aussi. Mais toi, tu savais hein ?
- Oui, je savais. Je t'ai reconnue tout de suite tu sais ?, fit-il avec un rire. Ces cheveux...
Il designa mes cheveux de la main et posa sa tasse de thé après en avoir pris une gorgée.
- J'ai été très surpris de te voir ici à vrai dire. Je pensais ne plus jamais te revoir. Ou du moins avant un bon bout de temps. Aephem m'a dit qu'il t'avait tout expliqué. Tu sais donc pour la Garde de la Justice Criminelle ?
- Oui.
- Je suis aujourd'hui le représentant du côté magique de la GJC, depuis la... mort de mon père.
Je posai ma main sur la sienne, et la serrai en signe de compassion.
- Aephem ne t'en a sûrement pas parlé, car il ne doit pas le savoir, mais tu aurais dû être à cette place là, Hermione.
Je fronçai les sourcils.
- Ton père dirigeait le côté magique, mon père était son bras droit. Tu aurais dû être la nouvelle régente. Malheureusement, tu n'as encore que dix-sept ans, alors que j'en ai dix-huit. Étant donné que tu n'étais même pas au courant il y a quelques semaines, j'ai préféré prendre ta place. Je ne savais pas si je devais t'avertir, et je me voyais très mal réapparaître dans ta vie en te demandant de prendre les commandes d'une CIA sorcière, seulement quelques mois après le décès de Henry.
- Je comprends. Mais tu aurais pu revenir avant, non ? M'envoyer quelques lettres.
Jake détourna le regard et fixa la sculpture en plâtre d'un Focifère posée sur une étagère.
- Oui, j'aurais pu. J'aurais aussi pu te parler de ce taré de Petersen qui menaçait de te tuer toi et ta famille, en plus de la mienne. J'aurais pu te prévenir, tout comme tes parents auraient pu le faire. Quoi que tu en penses, Hermione, cette décision ne me revenait pas.
- Je suis désolée, chuchotai-je en baissant la tête, honteuse. Tu as raison. Je n'avais pas à rejeter la faute sur toi. Je sais qu'ils ne m'ont rien dit pour me protéger. J'aurais juste aimé...
- Faire quelque chose ?, finit-il. Moi aussi. Malheureusement, j'ai appris qu'on ne peut pas tout faire tout seul. Atso Petersen a beau être très malin, et presque innattrapable, nous n'y arriverons pas tout seuls, mais grâce à la GJC.
Je soupirai, puis me levai, marchant autour des canapés et fauteuils en tissus colorés.
- Jake... je sais que c'est sûrement ce que tu veux, mais... Je ne veux pas faire partie de cette association. J'ai vu, et je vois aujourd'hui tout le tort qu'elle a causé, et je ne veux pas y entrer. Malgré tout, je veux participer à la recherche d'Atso.
- Je respecte ton choix. La porte te sera toujours ouverte, Hermione. Je sais que cette affaire te tient à cœur, et crois-moi, à moi aussi.
Il se leva à son tour, puis me serra dans ses bras. Je m'y sentais bien, comme si je le connaissais depuis toujours. Ce qui était le cas, en quelque sorte.
- Je ne te laisserais plus jamais seule désormais, me chuchota-t-il avant de disparaitre à l'étage, sûrement pour aller voir mon oncle.
OoOoOoOoOoOoO
Le weekend était passé très vite, Jake était resté dîner le soir puis était reparti juste après. Nous avions eu le temps de discuter, et j'avais l'impression de retrouver mon ami d'enfance.
Nous avions repris le train dimanche matin, et le voyage s'était passé tout à fait normalement, mis à part le moment où Cuthbert Knepp avait vomi sur Ariel McCord. Le midi, dans la Grande Salle, ces deux derniers se disputaient encore à la table des Serdaigle. C'est à ce moment là que Harry arriva, un livre de Potions sous le bras.
- Que dirais-tu d'aller à Pré-au-lard avec moi cet après midi ? C'est alors sortie des achats de Noël, ce sera un peu bondé, mais j'ai envie de passer du temps avec toi.
- Ce serait avec plaisir Hermione, me répondit Harry avec un sourire. Ça fait longtemps qu'on a pas été que tous les deux.
Il posa son livre à côté de lui et remplit son assiette de patates douces, de boulettes de viande et d'haricots avant d'arroser le tout de crème aux champignons. Je l'observais manger pensivement, me rappelant de nos premières années à Poudlard.
- Qu'est ce qu'il y a ?, me demanda-t-il, la fourchette en suspension a quelques centimètres de sa bouche.
- Rien. Tu m'avais manqué.
Il me caressa la joue et se remit à manger. Un peu plus tard, nous marchions dans les rues enneigées de Pré-au-lard. J'avais oublié comment j'aimais cette période de l'année. La neige, les rires, le froid, le blanc du ciel, et l'odeur sucrée des noisettes caramélisées. Nous étions à Zonko quand Harry, un Scrutoscope dans la main, s'approcha de moi.
- Tu te rappelles, quand je t'ai dit que je devais te dire quelque chose ?
- Oui. Je t'écoute, fis-je en lui jetant un regard curieux.
- Hum... C'est-à-dire que... Je suis dans l'or...
- Granginouchette te voilà !, hurla une voix derrière nous.
Nous nous retournâmes pour découvrir Blaise, accompagné de Théodore qui, derrière lui, affichait un sourire moqueur.
- Je voulais savoir, Ginny est plus quoi comme cadeau ?
Je fermai les yeux. Aïe. J'espère qu'Harry ne serait pas trop blessé. Blaise pouvait être indélicat parfois, car il était très franc.
- Je...
- Elle aime beaucoup les chocolats fourrés. Mais sinon, un bijou ou un vêtement lui plaira, lui dit Harry, au grand étonnement de chacun.
- Oh, euh... Merci Potter.
Blaise lui offrit un sourire gêné, et quitta la boutique non sans se faire réprimander à mi-voix par Théo.
- Tu aurais pu...
- Non. C'est bon, me coupa-t-il. C'est normal, les choses ne sont plus les mêmes. Je suppose que l'on doit accepter le changement non ?
Il alla payer le Scrutoscope, et nous sortîmes de Zonko pour aller à l'Animalerie Magique.
- Qu'est-ce que tu devais me dire alors ?
- Ce n'est... Pas vraiment important, ne t'inquiètes pas, me rassura-t-il avec un sourire.
Je restai suspicieuse, mais oubliai vite l'idée de lui tirer les vers du nez quand je vis entre un Fléreur et un hibou Grand Duc un magnifique Jobarbille. Il était posé dans une grande cage en bronze. Son pelage était rougeoyant et orangé, tirant sur le rose à quelques endroits. C'était un animal particulier, qui avait la faculté de demeurer entièrement silencieux et qui, à sa mort, lâchait un long cri composé de tous les sons qu'il avait entendu dans sa vie.
- Salut toi, chuchotai-je en tapotant la cage.
Le petit oiseau pencha sa tête sur le côté. Il était attendrissant.
- Il vous plaît ?, fit une voix.
Je levai la tête vers la vendeuse, Sabian Burnett. C'était une femme assez grande et svelte, habillée d'une très belle robe de sorcier violine et coiffée d'un chapeau à plume. Elle dégageait une prestance certaine, venant sûrement de ses traits doux et de ses yeux vifs cachés derrière des lunettes à monture en écaille. Sa bouche vermeille s'étirait en un sourire espiègle.
- Oui, beaucoup.
- Ce Jobarbille est arrivé dans la boutique il y a quelques jours. Il n'est âgé que de deux semaines.
Mme Burnett retourna à l'arrière boutique, traversant un rideau de perles. Je pris entre mes doigts l'étiquette de prix et la lâchais aussitôt. Je savais que c'était un animal rare et qu'il ne devait pas valoir seulement quelques gallions, mais c'était tout de même une belle somme. Cent dix gallions et vingt mornilles. Je laissai Harry faire le tour de la boutique, puis nous sortîmes pour continuer nos achats.
OoOoOoOoOoOoO
La bibliothèque avait retrouvé sa chaleur et son réconfort du passé, avec l'arrivée des A.S.P.I.C. J'y passais beaucoup de temps avec Drago et Ginny, à réviser.
Ce jour là, cette dernière était absente car elle avait un rendez-vous avec Blaise. Drago en avait profité pour refermer ses livres et m'observer depuis presque une heure maintenant. Agacée mais amusée, je relevai brusquement la tête.
- Quoi !?
- Mais rien du tout, me répondit-il avec un sourire en coin.
- Mouais. T'es pas vraiment convaincant là.
Il s'avança, s'appuyant sur mon manuel de Métamorphose et m'embrassa.
- Et là, c'est plus convaincant ?
- Assez, oui, fit-je avec un rire moqueur.
- Alors, comment s'est passé ton weekend avec Weaslette ?
Il s'étira et posa son menton dans la paume de sa main.
- Très bien. J'ai revu Jake.
- Oh. Je ne savais pas que tu avais gardé contact avec lui.
- Pas vraiment en fait. C'est juste...
J'hésitais à lui raconter pour la GJC. Je savais que c'était une organisation secrète mais Ginny, elle, était au courant. Or, je lui faisais confiance. Et il y avait quelque chose qui m'empêchait de le dire à Drago.
- ... un ami de la famille, terminai-je avec un sourire contrit. Mais il n'est pas resté très longtemps.
Ce n'était qu'un demi mensonge. Pourquoi n'arrivais-je pas à lui faire confiance ? Il était quand même mon petit ami, non ? Drago acquiesça, impassible.
- Et toi ?
- Bah, un weekend normal au manoir Malefoy, souffla-t-il avec une moue sarcastique.
Ses yeux reflétaient tout de même une certaine joie. J'espérais que les relations avec ses parents s'étaient améliorées. Depuis la mort de Bellatrix, Narcissa Malefoy était devenue assez sombre, et l'internement de Lucius à Azkaban n'arrangeait pas les choses. La Gazette avait fait paraître un article sur ce dernier il y avait quelques jours sur l'état mental de ce dernier. On disait qu'il allait être déplacé au Grindylow Asylum au fin fond de la vieille Angleterre pour les deux prochaines années, le temps que son état s'améliore. Ce jour là, Drago n'avait même pas pris la peine de prendre le journal. Lorsqu'une nouvelle comme celle-ci était lâchée par les hiboux au déjeuner matinal, vous n'aviez généralement pas besoin de lire pour en savoir le contenu, les discussions entre les élèves suffisaient.
Après une heure supplémentaire de travail, je quittai la bibliothèque avec un baiser pour Drago qui y restait encore un peu. Marchant dans les couloirs pour rejoindre ma Salle Commune, j'eus la désagréable impression d'être suivie. Appliquant les conseils d'oncle Aephem, je fis mine de rien, et après un détour, me cachai un instant derrière une colonne. Puis, je jaillis face à l'imposteur, baguette brandie.
- Will ?!, m'exclamai-je, étonnée.
- Wow ! Ta baguette Hermione ! Tout va bien !
Je diminuai la pression de ma baguette sur sa joue, mais sans pour autant la baisser.
- Non, Will. Tout ne va pas bien. Pourquoi tu me suivais ?
- Je... Je ne te suivais pas, j'étais...
- Tu étais ?, répétai-je en l'appuyant à poursuivre.
- J'é... je... j'étais simplement en train de...
- Dis moi la vérité ou je te jette un sort !
Une lueur inquiète traversa son regard. Je bluffais, évidemment, mais c'était nécessaire.
- D'accord, je te suivais.
- Pourquoi ?
- Parce que... Parce que je... Je ne dois rien dire, Hermione, je suis désolé.
Il tenta de s'en aller, mais je le pris par le bras. Au moins, la boxe paraissait m'avoir donné un peu plus de force, car il ne bougea plus.
- Non. J'en ai marre des cachotteries. Tu. Me. Dis. Pourquoi, sifflai-je en détachant chacun de mes mots.
- C'est Jake qui me l'a demandé, dit il très vite en fermant les yeux, comme si il craignait de voir ce qui allait suivre.
Je restai la bouche ouverte un moment, avant de bégayer :
-Que... J... Jake ?! Comment ?!
Will souffla, puis passa sa main sous ses lunettes pour frotter l'arrête de son nez.
- Il me l'a demandé. Pour te protéger. Il dit que Poudlard n'est pas à l'abri de tout. Je suis désolé, Hermione. Ça ne me plaisait pas, et je lui avais dit que ça te plairait sûrement pas non plus.
- Ok...
Je me laissais glisser contre le mur, raide. Une douce colère s'empara de moi.
- Depuis combien de temps ?, demandai-je tout bas.
- Quelques semaines. Un peu après les vacances d'octobre.
- Tu en es aussi, c'est ça ? La Garde ?
Il baissa la tête, honteux.
- Oui. Par ma mère. J'en fais partie depuis près d'un an maintenant.
- Bien... Bien, merci de me l'avoir dit.
Il me tendit la main pour m'aider à me relever, puis les posa sur mes épaules.
- J'allais t'en parler. Pas aujourd'hui, mais très bientôt. Jake ne voulait pas précipiter les choses, mais j'en avais marre, et je sais que c'est nul d'être dans l'ignorance.
- Tu l'as dit, marmonnai-je.
- Je devais aussi te donner ça, fit-il en me donnant une enveloppe pourpre. Je devais te la faire parvenir anonymement, mais c'est bien mieux que je te la donne en main propre.
- Merci, répondis-je en la prenant.
Il s'éloigna un peu, puis me cria :
- Au fait, n'en veux pas trop à Jake. Il tient beaucoup à toi.
- Oui, je sais, soufflai-je tout bas, le suivant des yeux.
OoOoOoOoOoOoO
Je vous avais bien dit qu'il arriverait très bientôt. Un nouveau chapitre tout neuf et plein de rebondissements, en avant goût du chapitre suivant qui le sera tout autant ! Bisous bisous mes petits lecteurs fantômes (Ainsi qu'aux reviewers).
Wizzy
