Bonjour à tous.
Voici la suite de cette traduction de Pet Project. Je suis contente de voir que je ne suis pas la seule à avoir apprécié la version originale et je remercie tous ceux qui m'ont laissé un petit mot d'encouragement pour le travail qui m'attend ^^
Merci aussi aux commentateurs anonymes auxquels je n'ai pas pu répondre directement : Zeugma, Nekozuni, Fumisaki et Siana.
Je m'arrête là pour vous souhaiter une bonne lecture !
Chapitre 2 - Reconnaissance
Alors qu'elle remontait lentement vers la salle commune de Gryffondor, Hermione ne pouvait s'empêcher de rager en réfléchissant à la conversation qu'elle venait d'espionner. Elle était tellement prise dans ses pensées, qu'elle ne faisait pas attention à ce qui se passait autour d'elle.
Les portraits, eux, avaient remarqué sa distraction et s'échangeaient discrètement leurs commentaires. En effet, ils avaient plutôt l'habitude de la voir arpenter les couloirs à grandes enjambées, dans un objectif précis, déterminée et la tête haute.
Désormais, elle errait presque sans but, la tête basse, en pilote automatique. Plus d'un portrait commentait également le froncement de sourcil prononcé qui marquait ses traits.
Le château lui-même semblait avoir remarqué sa préoccupation. Au lieu de faire disparaître une marche sous ses pieds, les escaliers s'alignaient d'eux-mêmes pour la reconduire à son dortoir en toute sécurité, avec le moins de détour possible.
« Quel est le mot de passe, très chère ? »
« Que… ? »
Hermione releva la tête et s'aperçut qu'elle était juste devant le portrait de la Tour Gryffondor, sans savoir exactement comment elle était arrivée là.
La Grosse Dame, habituée depuis longtemps à traiter avec des adolescents distraits et alertée par les autres portraits concernant l'état de la jeune femme, se contenta de répéter sa question.
Hermione rougit légèrement d'avoir été prise dans ses pensées et donna le mot de passe avec un sourire à moitié forcé. « Double, double toil and trouble (*). » En se glissant à travers l'ouverture, elle se demanda si le professeur McGonagall avait lu Shakespeare, pour avoir choisi ce mot de passe hebdomadaire en particulier.
Comme d'habitude, la salle commune était bondée, bruyante et dans un chaos juste supportable. Gryffondor semblait par nature être la maison la plus tapageuse. Tandis que ce bruit et cette anarchie l'irritaient parfois, Hermione devait admettre que c'était exactement ce qu'il fallait pour sortir quelqu'un de trop profondes réflexions.
Et elle était tout à fait prête à admettre qu'après la discussion qu'elle venait d'entendre, ses pensées étaient troublées.
Ayant repéré Harry et Ron engagés dans une partie d'échecs sorciers, de l'autre côté de la salle, elle traversa la pièce en se faufilant entre les différents groupes d'élèves plus ou moins jeunes. Des bribes de conversation lui parvinrent, alors qu'elle passait à côté d'eux.
- … huit utilisations possibles de la Belladone ? Il est fou. J'en vois seulement cinq. Je te le dis, moi : je suis sûr que Snape a inventé les trois autres…
- …tu crois que les Canons de Chudley vont réussir leur coup cette saison ? Surtout avec O'Reilly qui a été mis à l'écart ?
- Snape m'a donné une retenue avec Rusard pour demain soir…
- J'adore la couleur de tes ongles. Est-ce que tu peux me montrer l'enchantement que tu…
- … tu as entendu ? Il a fait pleurer une Poufsouffle de première année, aujourd'hui…
Son retour à la tour avait calmé son accès de colère initial, mais Hermione pouvait la sentir bouillonner, prête à refaire surface à tout instant. Chaque mention du professeur Snape tiraillait son sens de la justice et réclamait qu'elle fasse quelque chose.
Concentrés sur le plateau devant eux, Ron et Harry levèrent à peine les yeux quand elle les rejoignit à leur table. Elle s'installa confortablement dans un fauteuil mou. La garniture rouge de ses accoudoirs avait été usée par des générations d'étudiants avant elle. Elle fut plutôt contente de la distraction des deux garçons. Elle avait bien trop de choses à l'esprit pour être de bonne compagnie ce soir-là.
Elle se pelotonna donc dans le fauteuil et sa réflexion retourna à la conversation qu'elle n'aurait jamais dû entendre.
Finalement, Harry leva les yeux, une grimace fatiguée sur le visage, alors qu'un des fous de Ron décapitait l'un de ses pions. Il croisa le regard d'Hermione et la tira de ses pensées.
- Dis-moi que tu es venue me sauver de ce massacre injuste.
Dans la mesure où Harry n'avait gagné qu'une partie face à Ron et seulement le jour où ce dernier était malade, fiévreux et à moitié délirant, Hermione ne se sentit pas particulièrement compatissante.
- Harry… Si tu sais que tu vas perdre, pourquoi est-ce que tu continues à jouer contre lui ?
Harry haussa les épaules avec bonhomie.
- Je suppose que l'espoir fait vivre. J'ai toujours l'impression que je vais enfin battre ce sale type roux à plate couture.
Le sale type en question se redressa et poussa un cri indigné, « Hé ! »
Harry lui sourit en retour, pas repentant le moins du monde.
Ron décida d'ignorer Harry, le nez en l'air, et se tourna ostensiblement vers Hermione.
- Alors, est-ce que tu as terminé toutes tes recherches à la bibliothèque ? Tu nous as promis que tu nous accompagnerais à Pré-au-Lard demain, si tu avais terminé. En plus, je pense qu'on pourra vraiment se détendre, vu que le furet va se faire expulser pour avoir presque tué Harry.
Ron souriait largement, euphorique par anticipation.
- Est-ce que tu crois que Dumbledore va faire une annonce ?
Son sourire se fit prédateur et ses yeux pétillèrent, dans une imitation tordue de ceux du directeur.
- Oh… Peut-être qu'ils vont escorter Malefoy à travers la Grande Salle et l'expulser devant toute l'école ?
Harry eut le même sourire de plaisir que Ron.
- Nan. Je pense que Malefoy va juste se glisser au dehors au milieu de la nuit, comme le sale petit serpent visqueux qu'il est. Mais je pense qu'on peut être triste pour Crabbe et Goyle. Avec le départ de Malefoy, ils n'auront plus personne pour penser à leur place.
Hermione ouvrit la bouche pour leur révéler que Malefoy ne serait pas expulsé, mais rien ne vint. Elle ne pouvait dire quoi que ce soit. Si elle le disait à Ron et Harry, ils voudraient savoir comment elle l'avait découvert. Et pour une quelconque raison, elle était incapable de divulguer la vie privée de Snape, juste comme ça. Ça lui semblait mal, comme frapper quelqu'un déjà à terre.
Et puis ça n'avait pas d'importance, après tout. Ils découvriraient bien assez tôt que Malefoy ne partirait nulle part.
En plus, Hermione était réticente à partager sa découverte des dispositifs d'écoute. Certes, Harry n'était plus dans l'état dépressif qui avait suivi la mort de Sirius Black, mais même aujourd'hui, une petite chose anodine pouvait d'un seul coup le mettre dans un état de rage ou de souffrance profonds.
Quelques semaines plus tôt, pour les vacances de Noël, Harry leur avait fait vivre un enfer. Il était tantôt renfermé sur lui-même, tantôt agressif avec ses amis. Elle ne pensait pas qu'il serait capable de supporter en plus l'idée d'être espionné, même si les dispositifs d'espionnage n'étaient pas spécifiquement conçus pour lui. Il les verrait comme une nouvelle trahison de la part d'adultes qui, pourtant, tentaient à la fois de le protéger et de lui donner la connaissance et les capacités pour battre Voldemort, le jour venu.
- Alors, Hermione ? Pour Pré-au-Lard ? redemanda Ron.
Elle songea que c'était pour le mieux, tout en essayant de faire abstraction du fait qu'elle cachait un grand secret à ses deux meilleurs amis.
- Bien sûr, je viendrai, répondit-elle en se forçant à leur sourire.
Se sentant définitivement mal à l'aise de leur cacher ce qu'elle savait, elle décida de se retirer dans sa chambre avant d'être obligée de mentir et non plus de seulement taire la vérité. Elle se releva et rassembla les livres qu'elle était allée chercher à la bibliothèque, à l'origine.
- On se voit demain au petit-déjeuner. On pourra aller à Pré-au-Lard ensemble, ensuite. Bonne nuit.
Les garçons lui répondirent distraitement avant de retourner à leur jeu et Hermione monta dans les dortoirs des filles.
Les yeux perdus dans les plis sombres de son ciel-de-lit, Hermione écoutait les ronflements discrets de Lavande, dans le lit d'à-côté. Elle avait abandonné l'idée de dormir depuis une bonne heure. Elle avait appris très tôt que lorsque son esprit était tourmenté par trop de questions, le sommeil la fuyait inévitablement.
Ce soir-là, elle semblait juste incapable de lâcher prise, toutes ses pensées restant focalisées sur le professeur Snape et la conversation qu'elle avait espionnée. Elle n'était pas sûre de comprendre pourquoi elle se sentait tellement offensée pour lui, mais les circonstances de ce qu'il avait subi et les préjugés concernant les jeunes Sirius, James et Snape lui restaient en travers de la gorge.
C'était la même sensation d'outrage qui l'avait poussée à créer la SALE, un outrage qui l'avait décidée à se battre pour les elfes de maison, puisque personne d'autre ne semblait vouloir le faire.
Elle se redressa dans l'obscurité et, laissant échapper un peu de sa frustration refoulée, elle tapa son oreiller jusqu'à ce qu'il prenne une forme plus confortable. Elle se rallongea sur le côté et étendit le bras pour caresser la chaude fourrure de Pattenrond.
C'était encore une fois la même sensation qui l'avait poussée à choisir son chat au poil roux, ce jour là, à la Ménagerie magique.
Pattenrond était un monstre couvert de fourrure, avec une horrible face écrasée et un tempérament agressif, à côté duquel les acheteurs passaient rapidement. Personne d'autre n'avait voulu du demi-Fléreur. Il avait pourtant suffi d'un regard pour qu'Hermione fasse son choix, sans la moindre hésitation.
Elle caressa l'une des oreilles, toute douce, jusqu'à ce qu'un Pattenrond somnolent ne l'éloigne d'un coup sec, hors de sa portée.
Elle avait vu quelque chose en lui, ce jour-là. Elle lui avait donné une chance et il lui avait prouvé sa valeur à mainte et mainte reprise, depuis qu'elle l'avait acheté.
Qu'en était-il du professeur Snape ? Hermione ne put s'empêcher de sourire en imaginant son professeur de potions comme un Fléreur laid et galeux, à la fourrure noire, crachant son mécontentement. Mais cette analogie était trop simple. Le professeur Snape était un homme bien trop compliqué pour être rangé dans une case intitulée « Il me rappelle mon chat et les elfes de maison ». Et pourtant…
Jusque là, elle n'avait jamais accordé une grande attention au professeur Snape. Dans sa tête, il était clairement étiqueté comme « professeur », « désagréable », « à approcher avec prudence », « a la confiance de Dumbledore ». Ces étiquettes l'avaient défini et avaient dicté ses interactions avec lui, et elle s'était toujours contentée de cette définition superficielle.
Désormais, elle ressentait le besoin de creuser plus profondément.
Bien sûr, c'était une envie sotte. Le genre de sottise qui donnait aux Gryffondors leur réputation de fonceurs sans cervelle. Cependant, elle était incapable d'ignorer cette envie.
Elle avait besoin d'informations, du genre qu'on ne pouvait pas trouver dans les livres. Elle avait besoin de faire des recherches sur le terrain et le seul moyen était d'espionner le professeur Snape. Espionner l'espion.
Peu de choses étaient plus périlleuses pour une étudiante trop curieuse, que traquer le plus dangereux des professeurs de Poudlard, l'implacable directeur de Serpentard.
Cependant, malgré son appréhension, Hermione n'était pas du genre à ignorer des questions sans réponse. Elle avait vu quelque chose au-delà de la servitude des elfes, au-delà du mauvais caractère de Pattenrond. Alors si elle observait bien, que découvrirait-elle chez le professeur Snape ?
Bien qu'ayant peu dormi la nuit précédente, Hermione arriva quand même dans la Grande Salle avant les garçons. Elle n'en était pas fâchée, car ça lui donnait quelques minutes de calme pour observer la table des professeurs en paix. Gardant à l'esprit sa décision nocturne, elle fit le tour de la table Gryffondor pour s'asseoir à l'opposé de sa place habituelle. Son nouveau poste d'observation lui permettait de regarder les professeurs sans avoir à tourner la tête exagérément. Ce que le professeur Snape aurait à coup sûr remarqué.
La tête baisée sur son toast, elle observa discrètement le corps enseignant. Elle fut quelque peu surprise de voir le professeur McGonagall arborer l'air pincé et désapprobateur qu'elle associait habituellement à une directrice de maison en colère. Elle avait cru que le directeur et son adjointe auraient réglé leur différent.
Cependant, la posture raide de la maîtresse en métamorphose, assise à côté du directeur, prouvait que quoi qu'il se soit dit après qu'Hermione ait arrêté d'écouter, elle était toujours en colère. Pendant une seconde, Hermione souhaita être capable de voir à travers la nappe pour vérifier si le directeur portait des chaussettes.
Etrangement, elle en doutait.
Glissant son regard le long de la table, elle se concentra sur Snape, qui piochait dans son assiette avec apathie. Hermione essaya de ne pas observer l'homme à travers le filtre du « professeur de potion effrayant », mais avec objectivité. Et l'image que ça donnait était pour le moins étonnante.
Cet homme, qu'elle associait spontanément à un pouvoir fermement contrôlé, était assis avec mollesse, comme hébété. Il semblait fatigué, des cernes sombres obscurcissaient un peu plus son regard. Sa peau cireuse lui donnait un air maladif. Elle avait toujours pensé que son apparence était due au temps qu'il passait à l'ombre des cachots, mais en observant mieux, elle avait désormais l'impression qu'il était malade. Comme s'il n'avait pas mangé ou dormi correctement depuis bien trop longtemps.
Hermione ne savait pas combien de temps elle l'avait observé, mais ce ne fut pas long avant que Snape lève brusquement la tête pour scanner la Grande Salle. Baissant les yeux, elle se concentra sur sa tartine et la beurra avec application.
Elle ne se risqua à jeter un œil dans sa direction qu'une fois sa tâche accomplie. Comme précédemment, il ne mit pas longtemps à sentir que quelqu'un le regardait. Cette fois, il scanna la salle tellement rapidement qu'il croisa son regard, une grimace de mépris sur le visage.
« Bonjour Hermione. »
Le salut bruyant de Ron brisa la connexion entre Hermione et le professeur Snape. Elle baissa de nouveau les yeux sur son petit déjeuner, mais c'était trop tard. Les dommages étaient déjà causés pour la journée. Son professeur serait méfiant, désormais, et elle devrait apprendre à être plus sournoise, si elle voulait éviter ses soupçons.
Décidant d'ignorer l'énigmatique professeur pour le moment, elle tourna son attention vers Ron et Harry, qui venaient de s'asseoir face à elle. Ron ne perdit pas de temps pour empiler des œufs et du bacon dans son assiette et Harry se versa du jus de citrouille.
A la moitié du petit-déjeuner, alors que Ron hésitait entre se servir une ou deux tranches de bacon supplémentaire, Hermione s'aperçut qu'elle avait appris une chose très importante pour son premier jour en tant qu'espionne.
Snape était – faute d'une meilleure expression – extrêmement et particulièrement tendu.
Il était comme un cheval de course pur-sang, tellement blessé qu'il était sensible à la moindre petite chose. L'homme semblait avoir une capacité déconcertante à se sentir observé. Qu'il ait été capable de repérer la seule étudiante qui le regardait, parmi trois cents autres, en disait beaucoup sur son niveau de paranoïa, sa sensibilité et le pouvoir de sa magie. C'en était même troublant.
C'était comme s'il vivait sous la pression d'une semaine de BUSES, tout le temps, sans espoir de trêve. Ce n'était pas étonnant qu'il passe son temps à crier sur ses élèves et à les casser. Si elle vivait avait autant de pression, elle se mettrait certainement elle-même à hurler.
Alors qu'Hermione était de nouveau perdue dans ses pensées, les garçons terminaient leur petit-déjeuner en discutant de leur visite chez Honeydukes. Quand Ron eut avalé sa dernière bouchée de bacon, le professeur McGonagall aborda Harry.
- Monsieur Potter, si vous voulez bien me suivre.
Ron se releva à moitié mais fut stoppé par le professeur.
- Pas vous, monsieur Weasley.
Harry échangea un regard à moitié effrayé avec Ron et Hermione avant de suivre le professeur qui s'éloignait à vive allure. Ron se laissa retomber sur son siège, après avoir suivi Harry du regard, inquiet pour son ami.
- Tu crois que c'est à quel sujet ? McGonagall ne semblait pas très contente.
- Je suis sûre qu'Harry nous le dira quand il reviendra, répondit Hermione. C'est sans doute quelque chose à propos des cours.
Elle grimaça intérieurement à son mensonge. Elle savait très bien pour quelle raison McGonagall voulait parler à Harry en privé et elle savait que ça finirait mal. Son intuition se révéla exacte quand Harry revint dans la Grande Salle avec une expression furieuse. Autour de lui, l'air crépitait de magie incontrôlée.
- Harry, que… ?
- Pas ici, gronda Harry en coupant Ron.
Il plissa les yeux de colère quand certains élèves regardèrent dans sa direction avec curiosité et il attrapa sa cape et celle de Ron. Il fourra cette dernière dans les bras de son ami.
- Allons-y !
Hermione s'enroula précipitamment dans sa propre cape d'hiver avant de suivre Harry, qui trainait Ron derrière lui. Son allure, rapide et colérique, l'obligea presque à courir. Ce n'est qu'une fois le portail de Poudlard passé qu'il adopta peu à peu une marche plus mesurée. Son aura de magie incontrôlée se calma en même temps que ses émotions.
Ron le prit comme un signe pour commencer ses questions, en allant droit au but comme à son habitude.
- Que s'est-il passé, mon pote ?
- Ils ne vont pas l'expulser.
Il n'avait pas besoin d'expliquer à qui il faisait référence.
- Impossible ! Ils doivent l'expulser.
- Oh, non. Ils ne le feront pas. Ils n'ont pas à faire quoi que ce soit.
Harry prit une voix plus aiguë pour imiter le professeur McGonagall.
- Vous devez comprendre notre position, monsieur Potter. Nous devons avancer avec précaution, monsieur Potter. Je suis sûre que monsieur Malefoy voulait seulement faire une blague, monsieur Potter.
Harry abandonna sa voix de fausset pour continuer.
- Une blague ! McGonagall et Dumbledore veulent me faire croire que c'était juste une blague inoffensive.
L'humeur de Ron rejoignit immédiatement celle d'Harry.
- C'est une blague ? Malefoy a essayé de te tuer. Comment peuvent-ils seulement penser à le laisser rester ?
Harry avait arrêté d'avancer pour faire les cent pas autour de ses amis, en un cercle étroit. Hermione tournait sur elle-même pour ne pas le quitter du regard.
- Oh, il y a mieux, poursuivit Harry. Non seulement le soi-disant prince de Serpentard reste, mais en plus, je ne dois parler à personne de ce qui s'est passé. Personne d'autre que ceux qui étaient présents ne doivent savoir. Comment est-ce que je suis censé nous débarrasser de Voldemort si Malefoy me tue « accidentellement » avant ?
Le fait que Ron ne frissonne même pas au nom de Voldemort était la preuve qu'il était vraiment en colère.
- C'est totalement fou.
Même en sachant que c'était un combat perdu d'avance, Hermione endossa son rôle de voix de la raison.
- Harry. Le directeur et le professeur McGonagall ont eu raison. Ils doivent avoir une vision plus large. Ils ne peuvent pas se permettre de faire preuve de résistance maintenant et d'attirer l'attention sur Poudlard.
Hermione baissa la voix en un murmure sévère.
- D'autant plus qu'expulser Malefoy de l'école pourrait mettre la vie du professeur Snape en danger. V-Voldemort le punirait pour ne pas avoir protégé Malefoy. Tu sais qu'il le ferait.
Le regard d'Harry était dur et sans pitié.
- Alors la chauve-souris n'aurait que ce qu'elle mérite. Il a choisi de rejoindre les Mangemorts. Qu'il récolte ce qu'il a si bien semé.
Hermione fit un pas en arrière, choquée. Par-dessus l'épaule d'Harry, elle pouvait voir le visage de Ron refléter un certain malaise face aux mots de son ami.
Le visage d'Hermione rougit sous la colère. Ses propres pensées et sentiments troublés à propos du professeur Snape firent surface.
- Espèce d'imbécile moralisateur et arrogant ! s'écria-t-elle. Le professeur Snape a fait une erreur quand il avait 18 ans. C'était une énorme erreur, c'est vrai, mais il a tout fait pour la réparer depuis. Il n'a jamais rien fait d'autre qu'essayer de nous protéger tous les trois, encore et encore. On peut ne pas aimer ses méthodes, mais on est tous les trois toujours en vie.
Elle se souvint du commentaire à propos du fait que Malefoy était encore rattrapable et poursuivit.
- On ne connait pas non plus les plans du directeur ou du professeur Snape. Avoir Malefoy à l'école est peut-être important. Et je te signale que Dumbledore n'a pas expulsé Sirius quand il a presque tué le professeur Snape pendant une blague. Est-ce que les Gryffondors sont les seuls à avoir droit à un traitement de faveur ?
Hermione ne savait pas pourquoi elle avait prononcé les derniers mots, mais elle sut immédiatement que c'était une erreur. Le visage d'Harry pâlit d'un coup avant de rougir violemment.
- Ca n'a rien à voir, siffla Harry. Sirius a voulu faire une blague à un Snape trop fouineur. Malefoy a essayé de me tuer.
- Mais…
Hermione s'interrompit quand il fut clair qu'Harry ne l'écoutait plus. Sa colère s'évanouit pour laisser place à une étrange tristesse. Le cycle commencé 20 ans auparavant recommençait. Harry n'avait pas fini, cependant.
- Tu as raison à propos d'une seule chose. Les deux événements ont une chose en commun. Ils sont la faute de Snape.
- Harry !
Alors qu'Harry s'en prenait à elle, Hermione fit un pas en arrière, soudain effrayée par l'expression de son ami.
- Il a tout à voir avec ça. On ne peut pas lui faire confiance et ça le prouve. Et tu sais quoi, Hermione ? Je suis fatiguée de t'entendre le défendre. Ce bâtard ne mérite pas qu'on le défende.
Sur ces mots, Harry se tourna brusquement et reprit la route vers Pré-au-Lard. Hermione était clouée sur place. Les mots d'Harry ne cessaient de retentir à ses oreilles. Le regard de Ron, désespéré, faisait des allers et retours entre Hermione et la silhouette d'Harry qui s'éloignait rapidement. Il ne savait pas quoi faire.
Soudain, Hermione se sentit très fatigue. Elle s'adressa à Ron en pointant la tête vers Harry.
- Rattrape-le. Parle-lui, calme-le.
Elle fit un geste vague et impuissant de la main.
- Fais ce que tu peux. Je rentre au château.
Ron l'observa attentivement avant d'acquiescer. Il tourna les talons et courut après Harry.
Le retour au château fut froid. Le vent de janvier soufflait et soulevait sa cape, mêlait ses cheveux en nœuds qui prendraient des heures à défaire. Mais les derniers mots d'Harry lui semblaient plus froids encore que ce vent d'hiver.
Ce bâtard ne mérite pas qu'on le défende.
Etait-ce vrai ? Est-ce que tout le monde ne méritait pas d'avoir quelqu'un à ses côtés, qui le défende et prenne son parti ? Quelqu'un qui s'inquiète pour vous ?
Elle fronça les sourcils en songeant que même Voldemort avec Pettigrow.
(*) Je n'ai pas traduit cette expression car j'en apprécie la sonorité et je ne connais pas la traduction officielle. Il s'agit, dans McBeth, d'une incantation reprise par trois sorcières alors qu'elles fabriquent une potion dans un chaudron. J'aime cette idée de l'auteur, pour le mot de passe.
Voilà pour ce nouveau chapitre. Que pensez-vous des cheminements de pensée d'Hermione ? Personnellement, je la trouve touchante et amusante. N'hésitez pas à laisser un mot en partant ;) A bientôt,
Lena.
