Bonjour à tous !

Je vous imagine surpris, n'est-ce pas ? Oui, c'est bien un véritable retour que je fais là. Je n'ai jamais totalement laissé tomber mes histoires et cette traduction. Elle est extrêmement avancée maintenant (remerciez ma convalescence ;D) et j'ai décidé de poster de nouveau à un rythme régulier (environ un chapitre par semaine - parfois plus, parfois moins en fonction de mes hospitalisations).

J'espère que vous êtes encore quelques uns à vous intéresser à cet univers et aux fanfictions ! Je remercie tous ceux qui m'ont laissé des commentaires, des messages parfois plus personnels. Vous m'avez toujours aidée à garder de la motivation et de l'envie, même quand tout était compliqué. N'hésitez pas à me faire un petit coucou à la fin de votre lecture et à bientôt peut-être !


Chapitre 3 : Je le fais ou pas ?

Ses pensées à propos du professeur Snape lui tinrent compagnie pour les jours suivants. Des jours durant lesquels Harry ne lui adressa pas un mot. Et durant lesquels Ron ressentit tantôt la même colère qu'Harry, tantôt de la sympathie pour elle, qu'ils avaient mise à l'écart de leur petit cercle habituel.

Ron faisait ce qu'il savait faire de mieux, à savoir supporter Harry, lui prêter une oreille attentive et être l'ami toujours présent et solide dont il avait besoin. Mais à sa manière, il faisait également de son mieux pour l'aider elle, en jouant le,tampon avec Harry jusqu'à ce qu'ils retrouvent tous la même complicité qu'avant.

C'est cette connexion avec Ron, qui lui permit de ne pas replonger dans l'état dépressif qu'elle avait connu en troisième année, quand Harry et Ron l'avaient exclue de leur amitié. Cependant, aujourd'hui comme à l'époque, elle avait besoin de s'occuper l'esprit. A l'époque, elle avait des cours supplémentaires et la défense de Buck à assurer. Désormais, elle avait Snape à filer.

Et en plus, plus elle observait Snape et plus elle se demandait si perdre l'amitié d'Harry en valait la peine. Elle pouvait parfaitement comprendre pourquoi Ron et Harry détestaient le professeur de potions : c'était facile de le voir purement en noir, sans la moindre nuance. D'ailleurs, le professeur semblait tout faire pour encourager cette image.

Mais Hermione n'était pas stupide. En connaissant la vraie loyauté de Snape et ses activités « extra-scolaires », il ne fallait pas être un génie de la logique pour comprendre que cette attitude était soigneusement réfléchie. Elle lui servait d'écran de fumée pour que personne ne découvre ses secrets. Il était comme un magicien moldu : il focalisait tout le monde sur son apparence sombre et sa personnalité désagréable, empêchant l'observateur lambda de remarquer la dangereuse intelligence qui brillait parfois dans ses yeux.

Hermione aimait penser qu'elle était plus qu'une observatrice lambda, parce qu'elle commençait à percevoir l'homme caché derrière la fumée. Et tout ce qu'elle voyait la confortait dans sa conviction que l'homme avait besoin que quelqu'un se tienne de son côté et l'épaule.

Et pour autant... Pour autant, il n'était pas un elfe de maison. Il n'était pas non plus un demi-Fléreur en attente d'un foyer. Il était un adulte, un sorcier puissant, et elle soupçonnait que le personnage de « méchant maître des potions » n'était pas si loin de la vraie personnalité de Severus Snape.

L'affirmation d'Harry que Snape ne méritait pas d'être défendu était injuste. Hermione en avait la plus profonde conviction. Ses doutes, cependant, était centrés sur une question en particulier : le bien être du professeur Snape était-il de sa responsabilité ? Il méritait d'être protégé, certes, mais valait-il le risque de perdre ses deux meilleurs amis ?

Elle n'était plus la petite né-de-Moldus de première année, isolée et marginale. Elle avait des connaissances et même quelques amis dans sa maison, ainsi que chez les Poufsouffle et les Serdaigle. Mais Harry et Ron était spéciaux. Ses convictions lui permettraient-elles de rester assez forte, si Harry se détournait définitivement d'elle ?

Et Ron... Actuellement, il faisait de son mieux pour rester présent, pour l'épauler. Mais elle le connaissait. Au bout du compte, il finirait par être de moins en moins présent et elle serait de nouveau seule.

Et même si elle décidait de rester fidèle à ses principes, que pouvait-elle réellement faire ? Le professeur Snape n'apprécierait absolument pas des badges ou des inscriptions à un club en son soutien. Elle ne pourrait jamais écrire un journal ou se lancer dans un discours éloquent au milieu de la Grande Salle, pour affirmer que Snape n'était en réalité qu'un héros incompris à la Heathcliff, risquant sa vie pour aider l'Ordre du Phoenix à contrer les plans diabolique du Seigneur des Ténèbres.

Hermione leva les yeux vers la Grande Table. Le professeur Snape picorait dans son assiette, dans un silence morose, une habitude devenue familière pour elle. Depuis qu'elle l'observait, elle ne l'avait jamais vu manger un repas entier. Quand elle le vit se tendre, elle redirigea son regard vers la table de Gryffondor.

Harry et Ron avaient pris l'habitude de s'asseoir avec Dean et Seamus, à quelques places d'elle. Ils étaient en train de rire à une plaisanterie quelconque. Seamus essayait d'envoyer des haricots dans le verre de jus de citrouille de Ron dès que ce dernier avait le regard tourné. Ils avaient l'air de bien s'amuser.

Hermione soupira. Elle ne pouvait pas dire qu'elle passait un bon moment.


- A votre place, j'y penserais une deuxième fois, Longdubat.

Hermione se figea un instant, la main au-dessus de son chaudron, lorsqu'elle entendit l'ordre énoncé calmement. Une seconde plus tard, elle continua son geste, ajoutant les graines de Sisymbre à la mixture bouillonnante devant elle.

La tête baissée vers sa potion, elle jeta un regard en coin vers le professeur Snape. Il se tenait droit, le regard noir, dominant un Neville maladroit. Elle inspira brusquement quand elle reconnut les feuilles étroites et en dent de scie que Neville tenait d'une poigne tremblante, les articulations blanchies. Des feuilles de Sisymbre au lieu des graines. Oh, Neville...

- Longdubat, savez-vous ce qu'il se serait produit, si vous aviez ajouté ces feuilles de Sisymbre à votre potion ?

Hermione eut une grimace en entendant Snape prononcer le mot « feuille ». Son ton, dans une caresse verbale et sifflante, lui fit dresser les cheveux sur la nuque. De l'autre côté de la salle, elle pouvait entendre les murmures excités des Serpentard et derrière elle, le tapotement nerveux de Ron sur le sol. Elle n'avait pas besoin de lever la tête pour savoir que tout le monde avait les yeux rivés sur le mini-drame qui se jouait devant eux.

- Quelqu'un dans cette classe, en théorie composée d'étudiants d'un niveau supérieur à la première année, sait-il ce qui se produira si on ajoute des feuilles de Sisymbre à ce stade précis de la potion ?

Hermione pencha la tête, son esprit parcourant la liste des ingrédients qu'ils avaient utilisés jusqu'à présent. En arrivant à l'asphodèle, elle eut un sursaut de réalisation et se tourna brusquement vers Neville, les yeux écarquillés. Bien que ne voulant pas ouvrir la bouche et attirer l'attention vers elle, elle se sentit incapable de ne pas répondre à cette question. Les yeux fixés dans le regard terrifié de Neville, elle leva lentement la main.

- Ah ! Il semblerait que miss Granger ait trouvé la solution. Tellement typique. Très bien, miss Granger, pouvez-vous nous éclairer sur la question ?

- Du gaz toxique, monsieur. Les feuilles de Sisymbre, combinées à l'asphodèle et aux baies de gui, auraient produit un gaz toxique. La classe toute... toute entière, begaya-t-elle un instant, serait morte en moins de 30 minutes.

- Très bien, miss Granger. Deux points pour Gryffondor.

Hermione entendit quelques moqueries des Serpentard face à la "générosité" de Snape en points. Un regard noir de leur responsable de maison, cependant, suffit à imposer le silence à cette moitié de la salle de classe également.

- Un gaz toxique.

Son regard féroce fit le tour de la salle, s'arrêtant sur chaque étudiant.

- Un gaz toxique qui est totalement incolore. Un gaz qui, heureusement, n'est pas sans odeur.

Le professeur Snape se tourna de nouveau vers Neville et un coin de sa bouche se releva légèrement dans une sorte de petit sourire. En voyant ce sourire, Hermione eut un frisson de peur et sentit de la sueur froide couler le long de son dos. Cette peur fut confirmée lorsque le professeur reprit la parole.

- Lâchez ces feuilles de Sisymbre, monsieur Longdubat.

Neville, toujours tremblant du fait d'être le centre d'attention de la classe, dirigea sa main vers le plan de travail abîmé de sa table. Le professeur l'interrompit avant qu'il ne lâche les feuilles.

- Non, monsieur Longdubat. Dans le chaudron.

Hermione vit Neville prendre une nouvelle teinte de blanc, terrorisé par la demande. Elle entendit Harry siffler derrière elle :

- Laissez-le tranquille.

Snape ne prit même pas la peine de se tourner vers lui pour répliquer d'un ton cassant.

- Vingt points en moins pour Gryffondor, Potter, pour avoir parlé sans permission. Monsieur Longdubat, je vous suggère de lâcher ces feuilles. Maintenant !

Neville ne pouvait pas plus désobéir à ce ton qu'il ne pouvait voler sans balai. Sa main se précipita au-dessus du chaudron, ses doigts s'écarquillèrent et une douzaine de feuilles de Sisymbre froissées tombèrent dans la potion tourbillonnante.

Les Serpentards, Malefoy en tête, étaient déjà à mi-chemin de la porte avant que les feuilles n'atteignent la surface de la potion. Juste alors que Malefoy attrapait la poignée de cuivre de la porte, le son d'un loquet se refermant résonna dans la salle de classe. Quelqu'un près de la porte gémit alors qu'une odeur doucereuse commençait à remplir la salle.

Finalement, le professeur Snape venait de craquer complètement. Il allait tous les tuer.

Ignorant la panique grandissante dans la pièce, Hermione sortit sa baguette et se tourna vers Harry et Ron.

- Utilisez le sort de Tête-en-bulle.

Hermione sursauta lorsqu'une main s'abattit lourdement sur la sienne, stoppant le mouvement fluide nécessaire pour lancer le sort.

- Dix points en moins pour Gryffondor, miss Granger, pour vouloir interférer durant cette leçon.

Puis il parcourut de son regard noir charbon la masse d'étudiants grouillant devant la porte, levant la voix pour se faire entendre par-dessus le vacarme

- La première personne que je verrai utiliser le Tête-en-bulle passera le reste du semestre en retenue avec moi.

Hermione avait la respiration de plus en plus sifflante à cause de l'odeur tourbillonnant autour d'elle. Elle regarda ses camarades de classe, choquée : aucun d'eux n'avait osé lever sa baguette. Elle ne pouvait pas croire qu'ils avaient plus peur du professeur Snape que de mourir d'un gaz toxique.

Elle releva les yeux vers son professeur, horrifiée alors qu'elle sentait la fumée invisible et empoisonnée recouvrir sa langue, envahir le fond de sa gorge avec le goût et l'odeur d'un millier de roses pourrissantes.

Très lentement, il haussa les sourcils comme pour la mettre au défi d'ouvrir à nouveau la bouche. Neville, son stock de courage Gryffondor totalement épuisé, saisit cet instant pour s'évanouir aux pieds de Snape. Ou, comme une portion hystérique de son cerveau lui souffla, peut-être était-ce à cause du gaz.

L'évanouissement de Neville fut de trop pour Harry et Ron.

- Bâtard ! s'exclama Harry.

Avec un grondement sourd, il tenta de se jeter par-dessus les tables de travail qui le séparaient du dos de Snape, Ron sur ses talons.

Les deux garçons, cependant, avaient oublié qu'ils s'attaquaient à un homme qui, bien que moins puissant que Dumbledore, était tout aussi dangereux. Pour Hermione, c'était comme assister au ralenti à un horrible accident, sans pouvoir faire quoi que ce soit d'autre que regarder.

Juste au moment où Harry passait par-dessus sa table, le professeur Snape leva la main, celle qui tenait fermement la main et la baguette d'Hermione.

- Funis Subnecto, siffla-t-il en forçant la main et la baguette d'Hermione à dessiner un court S dans les airs.

Elle sentit la magie du professeur surgir et courir le long de sa main et de la baguette, horrifiée de sentir sa propre magie répondre à son appel et se joindre à elle pour lancer le sort dirigé contre ses amis. Aucun d'eux ne put échapper aux fines cordes serpentines qui surgirent de la baguette pour les ficeler.

Harry fut épinglé contre la surface de son bureau, les cordes s'étant attachées aux pieds de la table pour le maintenir étroitement. Ron, lui, tomba à genoux à côté de la chaise, tellement encordé qu'il ressemblait à un gros cocon.

Hermione leva les yeux vers Snape, figée de stupeur, et vit le demi-sourire satisfait qu'il arborait.

- J'ai toujours rêvé de faire ça, murmura-t-il d'un air absent, comme s'il se parlait à lui-même et non à elle.

La main toujours refermée sur celle d'Hermione, il se tourna vers la masse d'étudiants et murmura dédaigneusement.

- Moutons sans cervelle.

Hermione était absolument certaine d'être la seule à avoir entendu la remarque dédaigneuse. En revanche, ses mots suivants résonnèrent parfaitement dans la salle.

- Monsieur Bloodsaw.

- Mon... Monsieur ? bégaya Thomas Bloodsaw, un Serdaigle de sixième année.

- Dites-moi, monsieur Bloodsaw, à quoi ressemble l'odeur du gaz tiré des feuilles de Sisymbre ?

L'attitude de Snape et son ton étaient exactement ceux qu'il prenait lorsqu'il posait une question dans un cours normal. Hermione nota que Thomas avait un coin de sa robe de sorcier pressé contre sa bouche et son nez. Sa réponse fut quelque peu étouffée par le tissu.

- Des fleurs fanées, monsieur.

- Excellent. Cinq points pour Serdaigle. Monsieur Malefoy, pensez-vous pouvoir un jour oublier cette odeur ?

- Non, monsieur.

La voix de Malefoy était moins timide que celle du Serdaigle, mais l'effet fut quelque peu gâché par la quinte de toux qui le prit lorsqu'il inspira une bouffée d'air.

- Bien ! Veillez à ne jamais l'oublier.

Utilisant de nouveau la baguette d'Hermione, le professeur Snape entonna un « Evanesco » et le contenu du chaudron de Neville disparut, ainsi que l'odeur lourde et entêtante du gaz. Un autre mouvement de baguette et la porte de la classe s'ouvrir silencieusement.

Cependant, pas un étudiant ne fit un pas vers la porte.

Des moutons, en effet, pensa Hermione avec quelque chose s'approchant du dégoût.

Snape avait dû penser la même chose parce qu'elle entendit de nouveau le faible reniflement d'amusement méprisant.

- Dehors, tous autant que vous êtes ! Allez directement voir l'infirmière.

Snape les balaya une dernière fois de son regard froid. Puis il relâcha brusquement la main et la baguette d'Hermione.

- Libérez vos amis, réveillez Longdubat et allez voir l'infimière.

Il tourna les talons et se retira dans son bureau, laissant Hermione seule et stupéfaite.


Durant le déjeuner, le seul sujet de conversation dans toute la grande salle fut bien évidemment le professeur Snape. La plupart des conversations murmurées étaient centrées sur la question de savoir si oui ou non Snape avait finalement pêté un plomb. Beaucoup d'étudiant affirmaient qu'ils avaient toujours su que Snape était fou, preuve en était sa tentative de meurtre sur la classe avancée de Potions de sixième année.

Le comportement scandaleux du professeur Snape avait même éclipsé la tentative d'agression avortée de Ron et Harry sur un professeur. En fait, presque personne ne le mentionnait, au plus grand soulagement d'Hermione, Harry et Ron. L'épisode avait même tellement secoué tout le monde qu'Harry avait oublié sa colère envers Hermione. Le fait que cet épisode conforte l'opinion d'Harry qu'il ne fallait pas faire confiance à Snape aidait beaucoup et il arborait un sourire suffisant.

- Bon sang ! Tu as vu ses yeux ? Il y prenait plaisir. Il est complètement à côté de ses pompes, affirma Ron, la bouche pleine d'un morceau de sandwich au roast beef.

- Il a même oublié de nous donner une retenue, ajouta Harry.

Cette simple phrase confirma au reste de la table Gryffondor que Snape avait perdu la tête. La grand chauve-souris des cachots ne laissait jamais passer une occasion de mettre un Gryffondor en retenue.

L'incident avait juste rendu Hermione plus confuse. Elle se sentait trahie. Il avait essayé de les tuer. Ça sonnait tellement irréel. Et pourtant, elle avait été présente toute la scène durant. Le professeur Snape avait empoisonné toute sa classe. La rumeur faisait le tour du château. L'homme qui détenait le titre de « Professeur le plus effrayant de l'histoire de Poudlard » venait juste de voir sa réputation croître dans des proportions mythiques.

Et elle l'avait défendu. Elle s'était sentie triste pour lui. Elle avait commencé à penser qu'il était une sorte d'elfe de maison sur-développé, vêtu de noir et mal compris, qui avait seulement besoin que quelqu'un se batte pour lui.

La mort venait de bouleverser sa vision des choses. C'était fini. Elle décida de sauter du train « professeur Snape a juste besoin d'un ami » en marche. Il avait même été prêt à tuer ses Serpentards ! Cet homme était définitivement une menace. Et le pire, le plus irréel, était qu'il n'avait même pas cligné des yeux durant cet épisode. Pas une seule fois. Il n'avait pas laissé entrevoir le moindre signe qu'il était affecté. Pas un tremblement, pas un seul tic nerveux. Il n'avait même pas eu les mains moites.

S'il lui fallait un signe pour faire son choix entre ses amis et son professeur de potions, elle venait certainement de le recevoir. Elle saisit son courage à deux mains et attira l'attention d'Harry.

- Harry, je voudrais m'excuser. Je... Hé bien tu avais raison. On ne peut pas lui faire confiance.

Sa voix douce et ses excuses interrompirent ses amis en pleine discussion. Ron s'arrêta même de manger, son sandwich à la moitié du chemin. On ne pouvait manquer le sourire qui s'élargit lentement sur son visage. Avec cette excuse, Ron voyait enfin le retour de leur amitié à trois voix. A son tour, Harry lui sourit. Ils venaient de retrouver leur équilibre, aussi simplement que ça. Ou du moins, c'est ce qu'elle croyait.

Son sourire toujours en place, Ron donna un petit coup de coude à Harry.

- Tu sais, mon pote, maintenant qu'Hermione a vu Snape sous son vrai jour, je pense qu'il faut la faire rentrer dans notre club des éclairés avec style.

Ron avait réussi à imiter Percy dans son style le plus prétentieux. Harry sourit à Ron et lança un petit regard sournois à Hermione.

- Répète après moi, demanda-t-il. Snape.

- Professeur Snape, répéta-t-elle consciencieusement.

- Non, non, non, l'admonesta Ron. Pas professeur Snape. Snape tout court. Allez, viens du côté obscur, Hermione.

Hermione laissa échapper un petit reniflement peu féminin.

- Du côté obscur ? Qui es-tu ? Un Dark Vador aux cheveux roux ?

Harry eut un petit rire devant l'air confus de Ron.

- Ne t'en fais pas, Ron. C'est un truc moldu.

Toujours souriant, il se retourna vers Hermione. Il posa ses coudes sur la table et se pencha vers elle, prononçant lentement le mot « Snape », en s'assurant de bien appuyer sur le « p » final.

Elle roula des yeux, mais accepta de répéter.

- Snape.

- Le bâtard graisseux, ajouta Ron.

- Est-ce que c'est vraiment nécessaire ? demanda Hermione.

Ron haussa les sourcils et attendit patiemment jusqu'à ce qu'elle répète « le bâtard graisseux ».

- La chauve-souris des cachots, intervint Harry à son tour.

L'enchaînement continua longtemps, faisant le tour de tous les surnoms que les élèves avaient un jour pu donner au professeur Snape, jusqu'à ce que Ron termine avec un « Bâtard sans cœur ».

Même si les mots sortirent de sa bouche, Hermione jeta un coup d'œil à la Grande Table et rencontra le regard fermé de l'homme qu'elle venait de dénigrer longuement. Elle se serait attendue à de la colère, mais contre toute attente, il avait l'air calme, le visage figé en un masque sans la moindre expression.

Elle se demanda depuis combien de temps il les regardait. Avait-il compris ce qu'elle était en train de dire ? Ron et Harry lui tournaient le dos : il n'avait pu la voir qu'elle.

Puis, très lentement, mesuré, il prononça silencieusement :

- Vingt points en moins pour Gryffondor. Retenue, 7 heures.

Hermione gémit et cacha son visage dans ses mains d'embarras.


Hermione quitta la bibliothèque pour retourner à la Tour Gryffondor et décida de laisser les escaliers mouvants choisir sa route. Ils l'amenaient toujours au bon endroit quand elle était pressée. Du coup, quand elle ne l'était pas, elle ne se plaignait pas qu'ils l'amènent dans des couloirs étranges ou oubliés. Elle aimait penser que c'était une manière de laisser les escaliers s'amuser et ça ne la dérangeait vraiment pas.

De toute façon, elle finissait toujours par atterrir au bon endroit. Ce soir, elle laisserait les escaliers faire tout ce qu'ils voudraient. Elle avait besoin de marcher longuement pour reprendre le dessus sur ses émotions, avant de devoir faire face au professeur Snape un peu plus tard dans la soirée.

Une retenue. Elle avait une retenue. Une retenue pour avoir manqué de respect à un homme qu'elle avait pourtant défendu en permanence pendant 6 longues années. Elle était sûr que le destin se moquait d'elle.

En plus, ce n'était pas comme si elle avait dit quelque chose de pire que ce que des centaines d'autres étudiants avaient déjà dit au fil des années. Et il le méritait. Vraiment. Il était toujours grognon, méchant, sans humour. Il ne disait jamais rien de gentil – et encore moins quand il s'agissait d'un Gryffondor. Elle était sûre qu'il jugeait une journée ratée s'il n'avait pas au moins fait pleurer un Poufsouffle.

Cet homme était juste horrible et tout sentiment de sympathie ou de pitié qu'elle avait cru éprouver un temps avait totalement disparu. Elle ne devait pas se sentir coupable de l'avoir insulté. Elle pouvait se sentir immature, peut-être, mais pas coupable.

Elle jeta un coup d'œil à sa montre pour vérifier l'heure. Elle était presque certaine de savoir dans quel couloir elle était. Et, si elle voyait juste, elle n'avait plus qu'un ou deux coudes à passer pour se retrouver dans le couloir qui abritait le bureau du professeur McGonagall. Elle accéléra le pas.

Elle se rendit brusquement compte qu'elle n'était pas seule quand elle entendit la voix stricte du professeur McGonagall, devant elle.

- Severus, appela-t-elle.

Les couloirs de pierre du château faisaient jouer l'acoustique des voix de façon très étrange, parfois. Ses professeurs pouvaient aussi bien être juste au prochain tournant ou à quatre intersections de là. On ne pouvait jamais être sûr.

Du coup, ce n'était que logique prudente de choisir de jeter un œil rapide au coin suivant, pour vérifier si la voie était libre. D'autant plus que le professeur Snape devait toujours être en colère contre elle. Et sa prudence fut récompensée, puisqu'elle aperçut la silhouette de ses deux professeurs depuis sa position derrière une armure.

Elle finissait pas avoir l'habitude d'écouter des conversations qui ne la regardaient pas, d'abord entre le directeur et le professeur Mac Gonagall, puis maintenant entre elle et le professeur Snape. Elle secoua la tête un instant, se demandant s'il était temps de s'inquiéter à propos de son comportement. Puis, se cachant un peu mieux encore derrière l'armure bien placée, elle décida qu'elle pourrait toujours prendre de bonnes résolution après avoir entendu la discussion de ses professeurs.

- Severus, répéta le professeur McGonagall.

Hermione vit le professeur Snape s'arrêter finalement au bout du couloir, la deuxième fois. Elle s'attendait à ce que sa directrice de maison gronde sévèrement le professeur de potions pour ce qui s'était produit dans sa classe. Elle avait même hâte d'entendre ça. Voir le professeur McGonagall se mettre en colère contre cet homme haineux l'aiderait à oublier le restant de culpabilité qu'elle ressentait pour son comportement irrespectueux du déjeuner.

Elle fut donc particulièrement surprise d'entendre le ton doux et légèrement moqueur de sa directrice de maison, lorsqu'elle rattrapa son collègue.

- Severus, combien de fois t'ai-je dit ces dernières années que tuer tes élèves serait très mal vu ?

Le professeur Snape eut un reniflement dédaigneux mais Hermione put parfaitement voir sa bouche s'étirer en un demi-sourire.

- A vrai dire, j'ai perdu le compte, Minerva, répondit-il. Et tu peux m'épargner la leçon : le directeur s'est déjà chargé de me taper sur les doigts et de me gronder. Je voudrais cependant te signaler que je n'ai pas tué ces imbéciles. Je me suis contenté de les empoisonner. Il y a une grande différence. Je voudrais aussi rappeler que je les ai tous envoyés chez Poppy bien avant qu'il y ait des répercussions définitives. Je trouve que j'ai fait preuve d'une retenue remarquable, compte tenu des circonstances.

Etonnamment, le professeur McGonagall éclata de rire. Hermione n'en revenait pas. Ce bâtard sans cœur avait essayé de les tuer et celle qui aurait dû défendre ses Gryffondors riait.

- Pourrais-tu m'éclairer sur la raison qui t'a poussé à empoisonner ta classe de potions de sixième année, au lieu de te contenter de retirer un nombre incalculable de points à Gryffondor, comme à ton habitude ?

Puis elle haussa un sourcil et ajouta, sournoisement :

- En supposant, bien sûr, que c'est un Gryffondor qui a provoqué ton soudain désir de destruction ?

- Longdubat.

Il prononça ce simple nom avec tellement de mépris et d'exaspération que même de loin, Hermione ne put s'empêcher de grimacer de sympathie pour Neville.

Même si professeur de métamorphoses secoua la tête et sermonna son collègue, Hermione put voir l'air de pitié sur son visage.

- Même monsieur Longdubat n'est pas une bonne excuse pour tuer.

- Oh ! Cesse d'exagérer. Typiquement Gryffondor, souffla-t-il. Je maîtrisais parfaitement ce que je faisais et tu le sais très bien. L'empoisonnement à cause des feuilles de Sisymbre est très courant. C'est même l'une des 20 premières causes de décès chez les sorciers, d'après le bureau des Accidents magiques. Au moins, après la petite démonstration d'aujourd'hui, tu peux être certaine qu'aucun de ces étudiants ne se tuera pour avoir confondu les graines et les feuilles de Sisymbre. Ils n'oublieront jamais l'odeur de ce gaz toxique.

- C'est peut-être vrai, Severus, mais tu tires un peu trop de plaisir de ce genre de situation. Ne le nie pas.

Le professeur inclina la tête légèrement, moqueur, mais le ton de sa réponse contenait un réel amusement.

- Voudrais-tu retirer l'un des rares moments de plaisir de ma misérable existence ?

McGonagall claqua la langue.

- Oui, sans hésiter. Et en parlant de plaisir : j'ai entendu que tu avais attaché monsieur Potter à son bureau ?

- Ah ! Voilà la vraie raison de ton insistance à me parler. Tu n'étais pas inquiète que j'ai tenté d'assassiner mes élèves, tu t'inquiétais pour l'ego de monsieur Potter. Le garçon a tenté de m'attaquer. J'avais parfaitement le droit de l'en empêcher. J'ai même choisi une méthode douce.

- Il t'a attaqué parce que tu empoisonnais tes élèves.

Snape secoua sa main fine dédaigneusement, comme si ça n'avait aucune importance.

- C'était pour leur bien. Un petit empoisonnement, ça vous forge le caractère.

Soudain, il soupira et le léger sourire qu'il avait eu durant leur échange disparut. Son habituel visage sévère reprit le dessus.

- Maintenant, si tu veux bien m'excuser, je dois y aller.

Le professeur McGonagall tendit une main et lui toucha le bras d'un geste aérien, le stoppant dans son élan.

- Tu fais toujours ça.

- Je suis perdu, Minerva. Que suis-je supposé faire tout le temps ?

Hermione trouva que le professeur McGonagall avait un air plutôt trise.

- Tu repousses toujours les autres ou tu t'enfuis. Severus, est-ce que ça va vraiment ?

Le froncement de sourcils du sombre professeur s'intensifia, mais il répondit tout de même d'un ton civil.

- Je vais bien.

- En es-tu sûr ?

- Minerva…

- Pardonne-moi, Severus. Il m'arrive d'oublier.

- D'oublier quoi ?

- Que tu es un ami. Et ne grogne pas contre moi. Je t'ai connu pour la plus grande partie de ta vie et je me considère comme ton amie. Le fait que je l'oublie parfois, c'est juste une preuve d'à quel point tu joues bien ton rôle. Je m'inquiète pour toi.

Les épaules de l'homme, qui s'étaient tendues au début de la tirade du professeur McGonagall se détendirent progressivement.

- Ton inquiétude est… appréciée, mais inutile. Je vais bien et je suis parfaitement capable de prendre soin de moi.

Même Hermione pouvait voir que le professeur McGonagall ne le croyait pas, mais elle n'insista pas.

- Très bien, Severus. Voudrais-tu au moins prendre une tasse de thé en ma compagnie ?

- J'aimerais beaucoup, mais je suis sur le point de surveiller une punition pour l'une de tes Gryffondors.

- Une des miennes ? Qui ?

- Hermione Granger.

- Miss Granger ? J'ai du mal à le croire, Severus. J'ai toujours vu en elle une élève modèle. Qu'a-t-elle fait ?

- Disons simplement qu'elle a finalement cédé à la pression de ses amis me concernant.

Avec un petit sourire moqueur, il ajouta :

- Je suis cependant surpris qu'elle ait résisté six ans avant de tomber sous l'influence de Potter et Weasley. Maintenant, si tu veux bien m'excuser, je dois être dans ma salle avant que miss Granger n'arrive.

Le professeur McGonagall resta dans le couloir quelques minutes après le départ du maître des potions. Hermione n'avait aucun mal à discerner son inquiétude.

Et maintenant, elle se sentait coupable.

Le professeur s'était peut-être comporté en un vrai bâtard, mais il l'avait fait pour leur bien. Enfin, pour son propre amusement aussi, mais avant tout pour leur bien.

C'était dans des moments comme celui-là qu'elle aurait aimé être de ceux qui jurent et tempêtent. Comme après son premier espionnage, elle était totalement confuse. A chaque fois qu'elle était confrontée au professeur de Potions, elle ressortait avec une autre vision de l'homme. Elle commençait à se sentir comme un yo-yo humain.

Et elle en était où finalement ?

Elle soupira.

Elle savait exactement où elle en était. A nouveau dans le wagon des défenseurs de Snape, duquel elle avait pourtant sauté quelques temps auparavant. Et uniquement parce qu'il était évident que personne d'autre n'allait se soucier de lui.

Le professeur McGonagall avait beau se soucier de lui, elle ne faisait finalement que rester à côté et le regarder avec un air inquiet. Il fallait bien avouer aussi que cet homme décourageait tous ceux qui tentaient de s'approcher ou de le défendre. Mais si elle était capable de tricoter des centaines de chapeaux pour des elfes qui n'en voulaient pas, elle serait certainement capable de brandir la bannière de Snape – un homme qui ne la remercierait jamais pour ses efforts. Et pour Ron et Harry ? Hé bien, elle se contenterait de garder le secret sur son nouveau cheval de bataille.

Elle espérait juste qu'elle ne regretterait pas son choix.


Et voilà, ça s'arrête là pour ce soir. J'espère que ça vous a plu et que vous viendrez au prochain rendez-vous : à dimanche !

Lena.