Bonjour à tous,
Voici la suite, avec un grand merci à tous ceux qui laissent des commentaires, à ceux à qui je peux répondre comme aux anonymes.
Chapitre 5 : Premières actions
- Hermione ?
Neville était choqué. La personne devant lui avait exactement la voix d'Hermione. Il l'avait entendu tellement de fois prononcer cette phrase "Oh, Neville", avec ce ton caractéristique, qu'il l'aurait reconnue entre mille. Mais c'était une Hermione transformée qu'il avait devant lui. Elle ressemblait à Snape ! Enfin, elle lui ressemblerait, si Snape était né dans le corps d'une petite femme aux cheveux hirsutes.
Comme dans un rêve, Neville parcourut Hermione du regard, depuis sa chevelure jusqu'aux pieds, avant de revenir sur son visage. Elle était tout de noir vêtue. Elle portait même des bottines à large talons pour paraître plus grande. Elle avait lancé un sort à ses cheveux pour qu'ils soient noirs. Elle n'avait pas changé leur longueur ni aplani ses boucles sauvages, mais il n'y avait aucun doute qu'elle imitait le professeur de Potions.
Même en sachant très bien qu'il s'agissait d'Hermione, il avala difficilement sa salive quand il rencontra son regard : ses yeux étaient profondément noirs. Hermione était Snape. C'était totalement… terrifiant.
- Hermione, qu'est-ce que c'est que ça ? demanda-t-il en désignant sa nouvelle tenue.
Hermione baissa les yeux sur sa robe et fit un tour rapide sur elle-même. Elle fit de son mieux pour imiter l'air renfrogné de Snape, mais elle abandonna rapidement pour un grand sourire, ses robes virevoltant avant de venir reposer en vagues élégantes autour d'elles.
- Tu sais, c'est assez amusant et ça me donne un sentiment de puissance. Je comprends pourquoi il adore ce modèle de robe.
- Tu es devenue cinglée, s'étrangla Neville.
Son expression alors qu'il l'observait était un mélange d'horreur et de fascination morbide. Hermione éclata de rire.
- Pas cinglée, Neville. Ca fait juste partie du plan.
Elle tira l'un des tabourets et s'assit face à Neville, sa robe semblant de l'encre liquide autour d'elle.
- Le professeur Snape t'intimide. Nous allons essayer de te reconditionner pour que tu agisses en sa présence comme en ma présence, ici. Ce ne sera pas facile, Neville. Ça va te demander beaucoup de travail. Si tu ne souhaites pas t'investir là-dedans, dis-le moi tout de suite.
Neville songea à ses rêves d'horticulteur, à ses chances de réussir son année en Potions en l'état actuel des choses, une sombre expression sur le visage.
- J'en suis, Hermione. Si tu penses que ça peut marcher, alors je ferai tout ce que tu me demandes. Je veux réussir mes Potions. Je DOIS réussir mes Potions.
- OK. Alors voici ce que nous allons faire. Le professeur Snape fait cours le jeudi, nous donne nos devoirs, puis on lui rend le mardi tout en brassant la potion. Après quoi, il nous donne le cours à lire pour le jeudi suivant. C'est son mode de fonctionnement et il en dévie rarement. Toi et moi viendrons ici tous les mercredis pour lire le chapitre donné et préparer le travail pour la future potion. Et tous les lundis, nous brasserons une première fois la potion que nous devrons refaire le mardi, en classe.
Neville eut l'air sceptique.
- Comment est-ce supposé m'aider ? Détruire la potion une première fois dans la Salle sur Demande ne fera pas de différence sur le résultat du lendemain.
- Ca va t'aider parce que nous allons travailler sur les erreurs qui te font rater les potions, pour que tu ne les reproduises pas en classe. Nous allons retravailler toute ta méthode de travail. J'ai par exemple remarqué que tu étalais tes ingrédients sur ta table sans suivre d'ordre particulier. De plus, tu as parfois sur ton bureau des ingrédients qui ne sont pas du tout nécessaires. C'était le cas avec la potion de rajeunissement, le mois dernier. Comme le professeur Snape était derrière toi, tu as attrapé la première chose qui te tombait sous la main. Du sel de mer. Tu n'aurais jamais dû avoir de sel de mer sur ta table, Neville.
- Et tu penses que ça peut fonctionner ? demanda-t-il d'une voix dubitative.
Hermione se mit debout d'un bond et adopta l'attitude habituelle de Snape : les pieds légèrement écartés, les bras croisés, penchée sur lui d'un air hautain.
- Je sais que ça va marcher.
Une heure plus tard, Neville décida que si ce n'était pas le professeur Snape qui le tuait pendant les cours, alors ce serait Hermione durant ses heures de tutorat. Elle avait commencé par le bombarder avec une série de questions sur le chapitre qui serait abordé le lendemain. Le type de question que Snape aurait pu poser.
Puis elle avait corrigé ses réponses, en les enrichissant et en les affinant, jusqu'à ce que le cerveau de Neville soit sur le point d'exploser. Durant tout ce temps, elle avait arpenté la classe, fait des demis-tours brusques à la manière de Snape, grondant et commentant avec mépris à chaque fois qu'il se trompait, lui donnant et lui retirant des points imaginaires.
Ou en tout cas, ils espéraient qu'ils l'étaient.
On ne pouvait jamais vraiment savoir, avec la Salle sur Demande.
D'un point de vue purement pratique, il s'agissait là de la salle de Potions et Hermione était le professeur Snape. La salle sur Demande pourrait très bien décider qu'il fallait réellement ajouter ou retirer des points.
Neville avait obtenu 8 points pour Gryffondor, ce qui était plutôt généreux pour Snape, et il avait perdu un total respectable de 55 points. Il avait cependant perdu 10 points pour avoir respiré, ce qui l'avait fait éclater de rire : même Snape n'était jamais allé aussi loin. Mais ça lui avait fait du bien de rire. Il n'aurait jamais imaginé rire lors d'une perte de point, avant. C'était une expérience totalement inédite.
Quand elle le libéra finalement, Neville était épuisé et dégoulinant de sueur, mais il nourrissait également un petit espoir que le prochain cours puisse bien se passer. Pour la première fois depuis qu'il était entré à Poudlard, Neville se sentait plutôt confiant pour faire face non pas au professeur Snape, mais au moins à son prochain cours.
Et même en sachant que la Salle sur Demande ferait tout simplement tout disparaître une fois qu'ils seraient sortis, il s'appliqua à nettoyer son espace de travail sous l'œil inquisiteur d'Hermione.
Il eut une bouffée de satisfaction quand Hermione approuva de la tête, une fois que tout avait été nettoyé et rangé.
- Neville ?
- Oui, professeur Granger-Snape ?
- Oh, arrête avec ça, répliqua-t-elle avec amusement.
- Tu sais, Hermione, cette robe noire te va particulièrement bien, rajouta Neville.
Il aimait beaucoup l'appeler « professeur Granger-Snape ». Elle avait un tic nerveux très amusant à chaque fois qu'il le faisait.
- Sérieusement, Neville. Il y a une chose que j'aimerais que tu fasses. Ca te semblera peut-être idiot, mais je pense sincèrement que ça t'aidera à maîtriser ta peur…
- Quoi donc ?
- Les Moldus appellent ça « humaniser » ta peur. C'est lui donner un nom ou un visage. Tu lui parles et tu parles d'elle comme si elle était une personne réelle. Ca te permettra de te confronter à ta peur – ici c'est le professeur Snape – d'une manière qui te laisse le contrôle. Tu comprends ?
Neville inclina la tête et observa Hermione. Elle semblait nerveuse. En fait, c'était même la première fois ce soir qu'elle était nerveuse.
- Hermione, je m'en fiche si c'est idiot. Si ça me permet d'obtenir un Optimal en Potions, je le ferai.
- Je te promets que ça t'aidera.
Hermione lui fit un sourire encourageant et récupéra un objet qu'elle avait laissé sur le bureau du professeur. Puis elle lui tendit le paquet, d'environ 15 centimètres, emballé dans un tissu noir.
Neville retira soigneusement le tissu jusqu'à ce que l'objet lui soit révélé.
- Hermione, c'est…
- Oui, répondit Hermione.
OK. Ça expliquait la nervosité d'Hermione et pourquoi elle pensait que c'était idiot.
- Tu sais, au début, je blaguais en disant que tu étais cinglée. Mais en fait, avec ça, je pense que tu as réellement un grain.
Hermione haussa les épaules, un peu gênée.
- Tu n'es pas obligé de t'en servir, Neville, mais c'est une méthode qui a fait ses preuves pour aider les gens à se confronter à leurs peurs.
Neville leva les yeux vers Hermione, hésitant, puis les baissa de nouveau sur… la chose.
- Qu'est-ce que je suis supposé faire avec ça ?
- Emporte-le avec toi. Parle-lui. Gronde-le. Dors avec.
- Dormir avec ? s'exclama Neville, les yeux écarquillés.
Hermione laissa échapper un rire amusé.
- Non, tu as raison, peut-être pas dormir avec.
- Hermione… Est-ce que tu as la moindre idée de ce que vont dire les autres gars du dortoir s'ils me voient avec ça ? Ou pire, ce que feraient des Serpentards ? Je n'y survivrais jamais. Plus la peine de passer mon examen de Potions, je n'oserai plus jamais sortir de ma chambre. Tu es sûre de toi ?
Hermione pouvait entendre les doutes et la peur de Neville dans sa voix. C'est pour ça qu'elle lui répondit avec autant d'assurance que possible.
- Neville, je sais que c'est beaucoup te demander, mais je suis certaine que ça t'aidera. Et puis, tu es un Gryffondor ! Nous n'avons pas peur de choses qui n'arriveront peut-être jamais.
Neville fronça le nez, légèrement moqueur.
- Oui, bien sûr. Ne crois pas que je ne connais pas le truc. A chaque fois que quelqu'un essaie de faire faire quelque chose à un Gryffondor, il en appelle à sa bravoure.
Puis il soupira.
- Je le ferai. Je ferai n'importe quoi pour réussir à passer les Potions. Même ça. Mais promets-moi que quelqu'un le découvre, tu trouveras un moyen d'entrer dans le dortoir des garçons pour m'apporter de la nourriture. Sinon, je vais mourir de faim enfermé dans ma disgrâce.
Hermione, l'air solennel, leva la main droite et posa l'autre sur son cœur.
- Je te le promets.
Neville, se sentant idiot exactement comme l'avait prédit Hermione, leva la petite poupée qui avait été enchantée pour ressembler au professeur Snape à hauteur d'yeux.
- Eh bien, professeur Snape. Il serait temps de retourner dans la Tour. Et quoi qu'il arrive, s'il te plaît, reste hors de la vue de tout le monde.
Maintenant que cette partie de son plan était entamée, Hermione décida de se concentrer sur le premier point de son projet S.N.O.R.T, à savoir : le respect. C'était un sujet un peu plus flou que d'aider Neville à éviter ses habituels désastres. Elle avait donc décidé de commencer son projet comme elle le faisait pour tous ses projets.
Aller à la bibliothèque.
Elle avait appris de ses erreurs, notamment concernant les Elfes de maison. Dans leur cas, elle n'avait pas cherché à comprendre leur point de vue ou à se mettre à leur place. Et Hermione Granger ne refaisait jamais deux fois la même erreur.
Cette fois, elle avait trouvé plusieurs livres sur l'histoire de la maison Serpentard et même deux livres particulièrement prometteurs sur la culture des Sangs-purs au sein de la société sorcière. Elle considérait que, pour lui montrer que son respect était sincère, elle devait d'abord faire de son mieux pour comprendre l'homme qui était au cœur de son nouveau projet. Et elle avait prévu de se former de façon intensive sur ce que pouvait signifier vraiment « être Severus Snape », directeur des Serpentard.
Après avoir charmé ses livres pour les semaines à venir, afin d'en cacher le contenu, elle réfléchit à la phase 2 de sa campagne de respect.
Elle allait devoir soigner son timing. Le moindre doute, la moindre hésitation risquerait de lui coûter cher.
Si elle était trop lente, il l'aurait dépassée avant même qu'elle ait pu faire quelque chose. Si elle était trop rapide, elle prenait le risque de le voir s'arrêter pour lui retirer des points ou lui donner une retenue. Et franchement, elle avait son lot d'insectes morts.
Elle y était. C'était le bon moment, le bon endroit.
Le professeur Snape remontait le couloir vers elle à grands pas, les étudiants s'éparpillant devant lui comme s'il était une sorte de Moïse malfaisant. Les élèves de première année s'écrasaient même contre le mur, effrayés par son passage.
Hermione, elle, prit soin de ne pas changer son parcours. Elle n'allait quand même pas faire un grand arc de cercle pour l'éviter, comme les autres. Elle se persuada que les battements acharnés de son cœur et ses paumes moites qui agrippaient son livre d'Arithmancie n'était non pas dûs à la peur, mais à la nervosité. Où était la Gryffondor, sinon ? On aurait pu croire qu'elle était sur le point de croiser Voldemort lui-même…
Quatre pas.
Trois pas.
Deux pas.
Un…
- Bonjour, professeur Snape.
Elle le frôla si près qu'elle put sentir le bord de sa robe de professeur caresser sa cheville en un flottement de laine noire. Il ne répondit pas. Elle ne s'était pas spécialement attendue à ce qu'il réagisse, mais il lui avait quand même jeté un regard rapide, dans un vague signe de reconnaissance. C'était peu, mais il ne s'était pas moqué d'elle au moins. Il ne lui avait pas non plus retiré de points. Et s'il existait un professeur capable de retirer des points à un élève pour l'avoir salué, c'était bien le professeur Snape.
Tout en poursuivant sa route, Hermione accompagna l'homme derrière elle en pensée. Avait-elle montré assez de sincérité ? Avait-elle été trop douce ? Trop enthousiaste ? Avait-elle suffisamment souri ? Ou trop souri ?
Ainsi commença sa campagne en faveur du professeur que tout le monde évitait.
Harry éclata de rire alors que Neville dansait autour d'eux, une fois de plus.
Hermione était ravie par ce son. Elle trouvait qu'Harry n'avait pas ri suffisamment ces derniers temps. Ça lui faisait plaisir de voir Neville heureux et, à travers lui, de voir Harry heureux. L'un des pas de danse bizarre de Neville attira son attention. En fait, heureux n'était pas un qualificatif suffisant. Il était extasié.
Neville choisit justement ce moment-là pour se déhancher furieusement et Hermione eut bien du mal à retenir son rire. Quelques étudiants lui jetèrent un regard étrange, mais la plupart ne faisait pas attention à eux. Il n'était pas rare de voir une gamme d'émotions extrême chez les étudiants qui remontaient des cachots. En fait, les émotions habituelles étaient plutôt la colère ou les larmes, mais la danse était acceptable aussi.
- Vous l'avez entendu ? demanda à nouveau Neville.
Cette fois, c'est Ron qui répondit pour le groupe.
- Oui, Neville, on a entendu. On était là.
- Vous avez vu sa tête quand il me l'a dit ?
C'était maintenant au tour d'Harry de répondre.
- Oui, Neville, on l'a vu. On était là.
Neville fit un petit bond de cabri.
- J'aurais tellement aimé que Colin prenne une photo à ce moment-là ! J'ai hâte de le dire à ma grand-mère.
- Monsieur Longdubat.
Le professeur McGonagall venait d'interrompre un nouveau saut joyeux d'un ton sec.
- Est-il vraiment nécessaire de danser dans les couloirs ?
Le sourire de Neville ne bougea pas d'un pouce.
- Excusez-moi professeur. C'est juste que le professeur Snape m'a fait plaisir. Je suis très content.
Le professeur de Métamorphoses fut incapable de cacher sa surprise.
- Le professeur Snape vous a fait plaisir ? répéta-t-elle.
- Oui, madame, répondit Neville en ayant du mal à refréner son enthousiasme. Aujourd'hui, on avait cours sur la potion de Détente et ses dérivés. J'ai répondu à toutes les questions du professeur Snape.
Neville gloussa, une vague d'excitation le parcourant alors qu'il revivait la scène. Puis il se pencha vers le professeur McGonagall comme pour lui révéler un secret de la plus haute importance.
- Le professeur Snape m'a donné cinq points, murmura-t-il.
En réalité, tout le monde l'avait entendu. Il était évident que Neville était complètement ivre de joie.
- J'ai gagné un point par bonne réponse. J'ai même réussi à répondre à la question sur les cas de contre-indication, précisa-t-il avec des étoiles dans les yeux. Oh, professeur ! Vous auriez dû voir son expression quand personne n'a levé la main pour répondre à celle-là. Même pas Hermione !
Il était facile de voir que le professeur McGonagall avait du mal se retenir de sourire devant l'attitude de Neville, même si elle eut un air un peu plus sérieux quand Neville termina sa phrase.
- Je vois, dit-elle en reportant toute son attention sur Hermione. Cinq points du professeur Snape sont une bonne raison de danser, en effet. Spécialement quand même miss Granger n'est pas capable de répondre.
- Oui, madame, répondit Neville sans comprendre les sous-entendus dans le ton.
Hermione garda le silence mais baissa les yeux sous le regard inquisiteur de sa directrice de maison.
Finalement, le professeur McGonagall laissa échapper un petit rire et son regard glissa vers les garçons.
- Vous feriez mieux de vous assurer que monsieur Longdubat se rende bien dans la Grande Salle pour le repas, dit-elle d'une voix amusée.
Puis elle poursuivit sa route en souriant.
Alors qu'il s'installait à sa place habituelle, le professeur Snape fut accueilli par le sourire immense de Minerva McGonagall. Ce qui lui prouvait une fois de plus que les bruits de couloir volaient plus vite à Poudlard que les chouettes de la poste.
Il savait parfaitement à quoi était dû cet air particulièrement agaçant sur le visage de sa collègue. Jouant son rôle habituel pour les autres professeurs à table, il lui adressa une grimace de dégoût.
- Pas un mot, professeur.
En espérant qu'elle cesse ce sourire idiot, il se concentra sur son assiette. De sa fourchette, il brisa la croûte de sa tourte, mais il fut pris d'une vague de nausée lorsque l'odeur de viande et de légumes bouillis lui parvint dans un nuage de vapeur.
Il se redressa et prit plusieurs inspirations rapides, en espérant que Minerva était trop occupée pour remarquer les gouttes de sueur qui commençaient à perler sur son front et le brusque tremblement de sa fourchette. Heureusement, la chance avait décidé qu'il avait droit à un peu de répit car elle ne semblait pas avoir remarqué quoi que ce soit.
- Allons, allons, Severus, dit-elle d'un ton faussement innocent. Je ne vois pas du tout à quoi vous faites allusion.
Il décida qu'il préférait jouer son rôle plutôt que déjeuner et prit un air suffisant.
- Vous êtes, comme tous ceux de votre maison, une très mauvaise menteuse.
Il nota avec un petit plaisir que les autres professeurs écoutaient maintenant leur conversation.
Autour de lui, il savait que Minerva, Hagrid et Albus faisaient partie de l'Ordre, mais c'était tout. Il soupçonnait depuis longtemps que Vector et Flitwick étaient aussi des membres, mais tout comme le Lord noir avec ses mangemorts, seul Albus connaissait les noms et les visages de tous les membres de l'ordre du Phénix.
C'était plus une question de limiter les dommages collatéraux si l'un d'eux était capturé qu'une question de confiance. Dans son cas particulier, cependant, c'était pour rassurer le reste de l'Ordre qui le soupçonnait d'être un traître à leur cause. Ne pas savoir qui faisait partie de l'Ordre était sa concession pour apaiser leurs craintes. Il faisait de son mieux pour ignorer la pointe de regret qui le traversait, à chaque fois qu'il se demandait comment serait sa vie s'il avait été libre de se comporter avec ses collègues comme avec des amis.
Severus écrasa une pomme de terre avec sa fourchette pour donner l'impression qu'il mangeait et joua le rôle que tous attendaient de lui.
- Avant que vous ne vous étouffiez sous votre propre amusement : oui, j'ai bien donné cinq points à Longdubat aujourd'hui. Je suis certain que c'est un signe annonciateur de l'apocalypse. Il connaissait toutes les réponses, même celles qui n'étaient pas dans le chapitre à lire. C'était parfaitement contre l'ordre naturel de l'univers. Je croyais que Miss Granger lui soufflait les réponses, mais je l'ai surveillée attentivement et je n'ai rien vu.
Il fit une nouvelle grimace de dégoût.
- Il était évident qu'il avait été coaché dans ses réponses, mais si des Gryffondor martyrs - et je ne doute pas qu'il s'agit de Gryffondors - décident de s'occuper des imbéciles à ma place, alors ils sont les bienvenus ! Et bon débarras ! conclut-il avec une grande sincérité.
Puis il se leva, l'image parfaite du maître de Potion irrité. Rassemblant les pans de sa robe, il inclina légèrement la tête vers Albus.
- Si vous voulez bien m'excuser, directeur.
Puis sans attendre la réponse, il tourna les talons et disparut derrière le dais suspendu derrière la table des professeurs. Derrière lui, il entendit monter le rire de Miverva et les plaisanteries amicales des autres professeurs.
De l'autre côté de la Grande salle, une paire d'yeux observateurs n'avait rien manqué de la scène. Et encore une fois, le professeur Snape n'avait rien mangé de son repas.
C'était officiel. La subtilité n'était pas dans sa nature. Ni la patience, ni la lenteur. Ce qui semblait, au début, n'être que deux petits ajustements à son comportement habituel se révélait bien plus compliqué que prévu.
C'était deux toutes petites choses. Plutôt simples. Ce qu'elle exigeait d'elle-même n'était pas plus compliqué que ce qu'elle avait demandé à Neville.
La première, c'était d'arrêter de lever la main pour répondre à toutes les questions du professeur Snape. La deuxième, de rédiger ses devoirs de Potions à la longueur exigée. Ni plus, ni moins.
Simple.
Basique.
Basique et simple pour un Serpentard. Basique et simple pour un Poufsouffle. Peut-être un peu plus compliqué pour un Serdaigle. Et quasiment impossible pour une Gryffondor qui visait l'excellence, une née de Moldus qui tentait de se prouver qu'elle avait sa place parmi les sorciers.
En essayant de limiter ses propres excès, Hermione s'était aperçue qu'elle luttait contre beaucoup de problèmes. Ses parents l'avaient toujours encouragée à se « connaître » elle-même. Et elle venait de se rendre compte qu'elle ne se connaissait pas autant qu'elle le croyait.
C'était déjà très dur pendant les cours. Au début, elle avait décidé de se limiter à une réponse toutes les trois questions. Mais avant la fin du premier cours après ses nouvelles résolutions, elle avait ressenti un tel besoin de répondre qu'elle avait dû s'asseoir sur ses propres mains pour éviter de les lever.
Evidemment, le professeur Snape lui avait retiré 10 points pour avoir perturbé le cours avec son incapacité à rester immobile. En même temps, était-ce de sa faute s'il était si désagréable de rester assise sur ses mains ?
Maintenant, elle faisait face à son deuxième baptême du feu.
Les yeux plissés sur sa règle, Hermione mesura une dernière fois son parchemin, en essayant de retenir ses cris de frustration. Et même si elle rêvait à l'instant de hurler comme une banshee, le seul résultat qu'elle aurait serait d'effrayer les premières années.
Elle releva légèrement la tête et jeta un regard assassin aux premières années assis un peu plus loin, dans la salle commune, qui jouaient aux cartes explosives. Leurs rires commençaient à lui taper sur le système. Et elle prenait leur attitude insouciante pour un affront, alors qu'elle devait lutter avec ses devoirs. Comment pouvaient-ils avoir terminé les leurs, alors qu'elle avait tant de difficultés avec ses vingt derniers centimètres ?
Elle marmonna sombrement dans sa barbe avant de se concentrer de nouveau sur son parchemin.
- Euh, Hermione ?
- Quoi ? s'agaça Hermione, dont l'humeur était dangereusement atteinte par sa bataille en cours.
Ginny Weasley fit inconsciemment un pas en arrière, lorsqu'Hermione releva la tête.
En voyant l'air blessé de Ginny, Hermione laissa échapper un long soupir et une moue chagrinée remplaça son front plissé de colère.
- Escuse-moi, Ginny. Je n'ai pas voulu être désagréable avec toi. C'est juste mon devoir de Potions, dit-elle en désignant son parchemin avec sa règle. J'ai encore vingt centimètres à rédiger, mais ça ne veut pas sortir correctement.
- Ah ! Ca explique les grognements, alors, répondit Ginny avec un sourire complice. Est-ce que tu as essayé d'écrire plus grand ? Je gagne souvent quelques centimètres en faisant ça. Tu peux aussi agrandir un peu la marge, mais il faut être prudente avec ça. Snape voit tout de suite s'il y en a trop et c'est pour ça que Colin a fini en retenue.
Ginny stoppa net en remarquant l'air pincé d'Hermione.
- Quoi ? demanda-t-elle. Tu as déjà essayé tout ça ?
Hermione pencha la tête et se pinça l'arrête du nez, agacée.
Elle n'avait aucune idée d'à quel point elle pouvait ressembler au professeur Snape, dans ces moments où il faisait face à une incompréhensible idiotie de la part d'un de ses élèves.
- Je ne suis pas en train d'essayer d'ajouter 20 centimètres. J'essaie d'en retirer. C'est trop long, pas trop court.
Ginny éclata de rire.
- Hermione, je t'adore et je veux que tu prennes bien ce que je vais te dire. Mais franchement, Ron a raison : tu es dingue !
- C'est ce que tout le monde ne cesse de répéter, murmura Hermione doucement.
- Comment ?
- Non, rien, répondit Hermione en secouant la tête.
En voyant la détresse de son amie, Ginny cessa de rire.
- Passe le moi, proposa-t-elle. Laisse-moi regarder. Une nouvel avis ne peut pas faire de mal.
Après 20 minutes, beaucoup d'encre, des cheveux tirés par deux fois et un court cri de banshee qui, en effet, effraya les premières années, Hermione avait un parchemin de 122 centimètres exactement.
- Merci, Ginny, lui dit-elle avec un sourire fatigué. Je n'y serais jamais arrivée sans toi.
Les deux filles se souhaitèrent une bonne nuit chaleureusement et Hermione rassembla ses affaires. Elle était épuisée et ne songeait plus qu'à dormir.
Ce soir, elle ne penserait pas à Neville. Elle ne penserait pas à des nouveaux moyens d'être respectueuse. Elle ne penserait pas à la longueur de ses devoirs ou à son besoin maladif de lever la main en classe. Et surtout, elle ne penserait pas au professeur Snape.
Et voilà pour aujourd'hui. En espérant que la suite vous plait toujours autant ! N'hésitez pas à laisser un mot en partant, ça fait toujours plaisir ;)
Lena.
