Bonjour à tous ! (Enfin bonsoir pour ceux qui sont encore debout ^^)
Voici le prochain chapitre. Merci à Bula, Manon et Marie la Petite pour vos commentaires (et merci aux anciennes, ça fait vraiment plaisir de vous retrouver ^^) Bonne lecture à tous.
Chapitre 6 : Deux pas en arrière, trois pas en avant
Pendant la troisième semaine de sa campagne, Hermione eut droit - en retour à ses salutations murmurées - un regard suspicieux accompagné d'un grognement. Prenant ce grognement comme une réponse et ignorant totalement la menace de son regard, elle fut sur un petit nuage toute la journée. Même les garçons lui avaient demandé « pourquoi diable était-elle si joyeuse ? ».
C'était les mots de Ron, mais Harry partageait ce sentiment.
Neville était assis contre sa tête de lit, plusieurs livres ouverts, étalés autour de lui. Il écrivait furieusement sur un parchemin, en s'arrêtant de temps à autre pour consulter l'un des livres. Il lisait quelques passages, murmurait dans sa barbe, puis retournait à la rédaction de son devoir.
Puis, après un moment, il termina sa dernière phrase en un geste de plume pompeux.
Il redressa le dos, s'étira, puis relut ce qu'il venait d'écrire. Le sujet de son devoir était l'étude des chaudrons utilisés dans les potions modernes et l'influence de la matière sur le contenu.
- Dis-moi ce que tu en penses, demanda Neville.
Puis il racla sa gorge et entama une lecture à voix haute.
- Cette étude exposera les principes actifs des minéraux naturels et travaillés, et particulièrement les influences de chacun d'eux. Chaque métal et chaque minéral peut affecter positivement ou négativement la potion avec laquelle ils entrent en contact, et ce d'où qu'ils proviennent. D'après les textes d'Arithmancie, le degré de pureté des métaux peut provoquer des effets totalement différents sur ces potions.
Il passa une main dans ses cheveux et poursuivit.
- Les métaux suivent une échelle de pureté qui va de l'or le plus pur à l'argent, puis à l'acier, au plomb, au cuivre et enfin au fer, le moins pur. On peut noter que la plupart des écoles de Potions et d'Alchimie vont préférer les chaudrons d'acier, étant l'un des contenants les moins réactifs pour brasser des potions. Cependant, il est nécessaire de prendre en compte l'effet résiduel positif du fer, particulièrement recommandé pour travailler sur des potions destinées à soigner le corps humain.
Neville s'interrompit et leva la tête, fixant son vis-à-vis dans les yeux.
- Est-ce que tu penses que j'en fais trop ? Je ne veux pas surcharger mon introduction.
Son audience restait immobile, appuyée sur un coussin doré typique de Gryffondor. Aucun commentaire positif ou négatif. Cela dit, Neville n'attendait pas réellement une réponse, donc il poursuivit son monologue.
- Qu'est-ce que tu penses du deuxième paragraphe de transition ? Je pourrais peut-être le retravailler un peu pour lui donner de la fluidité. Mais je suis fier du contenu en tout cas. Ce livre d'Hermione sur les caractéristiques des chaudrons m'a énormément aidé.
Neville glissa une main sous la couverture pour attraper son mètre. Il mesura soigneusement son parchemin puis releva les yeux vers sa poupée de Snape, souriant.
- Oh ! Tu as vu, Mini Sev ? J'ai 5 centimètres de plus que les 120 requis ! Je pense vraiment que ton effrayant modèle devra me donner un Acceptable pour ce devoir. Je suis certain d'avoir répondu au sujet.
- Hé, Neville ! A qui…
Dean Thomas passa la tête par la porte.
- … es-tu en train de parler ?
Puis il s'interrompit, perplexe, en constatant que Neville était seul, assis sur son lit.
- Bizarre, marmonna-t-il. J'aurais juré que tu parlais à quelqu'un.
- Qu… Quoi de neuf, Dean ? bégaya Neville, le cœur battant furieusement en raison de l'adrénaline.
- Oh ! On se préparait à descendre diner. Je suis juste venu voir sit u voulais nous accompagner.
- Bien sûr. Laisse moi une minute, le temps de ranger le bazar et j'arrive.
- Ca marche.
Dean repartit en laissant la porte se fermer doucement derrière lui.
Neville leva une main contre son cœur et respira profondément. Puis il souleva la couverture qu'il avait hâtivement rejetée sur la poupée de Snape quand Dean avait ouvert la porte. Il saisit la poupée et remit en place ses cheveux et sa robe froissés.
- Désolé, Mini Sev, mais personne ne doit te voir.
Il ré-enroula la poupée dans son emballage noir et la rangea soigneusement dans son sac. Alors qu'il allait sortir, il se ravisa.
- Je deviens paranoïaque, marmonna-t-il.
Il revint vers son sac, sortit le paquet noir et le glissa derrière son oreiller. Satisfait, il rejoignit ses amis.
Le professeur Snape déroula le reste du parchemin pour vérifier le reste du devoir. Puis il le retourna, en se disant qu'elle avait probablement continué de l'autre côté. Mais non. Un parchemin parfaitement vierge lui faisait face. Il le retourna une nouvelle fois pour vérifier le nom, mais c'était bel et bien le devoir d'Hermione Granger.
Confus, il sortit un mètre en bois qui était caché sous une pile de parchemins. D'un mouvement du poignet, il déroula entièrement le devoir et lui et le mesura. Il avait demandé 90 centimètres.
- 90 centimètres, exactement.
Les yeux plissés, il s'enfonça dans le dossier de son fauteuil, contemplant le devoir déroulé sur son bureau. Pendant plusieurs longues minutes, il passa un doigt sur ses lèvres et s'interrogea sur les raison de ce changement brusque. Son écriture était toujours la même calligraphie nette et facilement lisible que d'habitude. Elle n'avait pas essayé de caser plus de mot dans la longueur demandée…
Il saisit de nouveau son mètre pour vérifier les marges. Parfaites, comme toujours. Il parcourut de nouveau le parchemin, repérant ses lectures et ses notes. Elle avait rédigé ce devoir sur l'usage des crins de licorne dans les potions avec une précision académique.
Puis, en relisant le document, il s'aperçut qu'elle n'avait pas fait le travail complémentaire et les digressions dont elle était coutumière. Il n'y avait aucune remarque sur le sang ou la corne des licornes, sur son histoire. Miss Granger avait travaillé sur le sujet donné et uniquement lui.
Impossible.
Son froncement de sourcils s'accentua. Il ouvrit le dernier tiroir de son bureau et en extirpa le dossier de Granger. Il sortit quelques-uns de ses anciens devoirs et commença à les relire. Ses trois derniers parchemins étaient exactement de la taille demandée.
Donc, cela faisait environ un mois que Miss Granger avait modifié sa façon de travailler.
S'était-il passé quelque chose, un mois auparavant ? Il avait beau chercher, il ne parvenait pas à se souvenir d'un évènement particulier. Ça faisait six ans qu'il lui criait dessus pour qu'elle n'écrive que sur le sujet de son devoir. Pourquoi l'écoutait-elle maintenant ? Et est-ce que ce changement étrange était lié à ses autres comportements de ces derniers temps ?
Et encore plus important, pensa-t-il en frottant ses yeux fatigués, comment avait-il pu mettre tant de temps à remarquer ce changement ?
Severus Snape n'aimait pas les mystères. Il avait appris, depuis longtemps, que les mystères n'apportaient que des problèmes une fois mis au jour. Et cette jeune fille venait juste de devenir officiellement un mystère.
- A quoi est-ce que vous jouez, miss Granger ? demanda-t-il à haute voix.
Personne ne lui répondit.
Assis dans le canapé, devant le feu ronflant de la salle commune, Neville était plongé profondément dans un livre de Potions. Il essayait de comprendre parfaitement ce chapitre sur les potions médicales tropicales. Mini Sev, caché des yeux inquisiteurs, était sagement caché, calé dans le sac d'école à ses pieds.
En fait, il avait déjà lu ce chapitre auparavant, mais ce soir il avait une leçon avec le professeur Granger-Snape. Il voulait être sûr d'en savoir le plus possible avant. Le sujet des potions médicales était de toute façon très intéressant, vu qu'elles étaient presque entièrement basées sur des ingrédients tirés de l'Herbologie.
S'il n'y avait pas le spectre menaçant du professeur Snape, Neville pensait même que les Potions pouvaient devenir son deuxième cours préféré à Poudlard. Il y avait quelque chose de fascinant dans le processus qui permettait aux plantes de révéler leurs propriétés naturelles en un produit concret.
Sa concentration était telle qu'il ne réagit même pas quand Colin Creevey quitta une partie de bataille explosive avec quelques camarades pour le rejoindre dans le canapé.
- Hey, Hermione ! Est-ce que je peux te demander quelque chose ?
Hermione leva les yeux de son livre sur les runes anciennes et sourit au cinquième année qui balançait nerveusement la lanière de son appareil photo, devant elle. Au fil des années, Colin avant perdu un peu de son enthousiasme bondissant, mais il avait conservé un peu de l'émerveillement qui l'avait marqué durant toute sa première année, lorsqu'il croisait Harry, Ron ou elle-même. Au moins, après cinq ans, il était capable de parler avec Harry sans bégayer.
- Demande toujours, Colin ?
Colin enfonça le bout d'une de ses chaussures dans le tapis, nerveux.
- J'ai discuté un peu avec Neville, pour savoir comment faire pour avoir des meilleures notes en Potions, comme lui. J'ai entendu une rumeur qui disait que Snape lui avait même donné des points pendant une leçon.
Colin grimaça.
- Je ne suis pas très bon et ma mère va me tuer si je ne réussis pas. C'est d'ailleurs une bonne chose qu'elle soit moldue et qu'elle ne puisse pas envoyer de Beuglante, ajouta-t-il avec un frisson exagéré.
Puis il fit un sourire nerveux à Hermione.
- Toujours est-il que Neville m'a dit que tu l'aidais, mais il n'a pas voulu me dire comment. Il a dit que je devais demander le professeur Granger-Snape, mais il ne m'a pas expliqué ce que ça voulait dire. Alors… Est-ce que tu peux m'aider comme tu as aidé Neville ?
Pouvait-elle aider Colin ? Elle n'en était pas sûre. Elle n'avait jamais imaginé qu'elle pourrait aider quelqu'un d'autre en Potions. Elle était très familière des problèmes de Neville. Et elle ne savait pas ce qui posait des problèmes à Colin.
En la sentant hésiter, Colin fit son plus triste visage, ses grands yeux prenant une expression blessée.
- S'il te plaît, Hermione ?
Bon, pensa-t-elle, le but de l'opération SNORT était certes d'aider Neville, mais aussi les imbéciles en général.
- D'accord, Colin, on peut essayer. Va voir Neville après le dîner. Il t'amènera dans la Salle-sur-Demande : c'est là qu'on se réunit. Amène tes devoirs et le livre de Potions que vous utilisez actuellement. Il faudra que je sache où vous en êtes du programme. Ah ! Et emmène ton kit de Potions, tu vas aussi en avoir besoin.
Elle s'arrêta une seconde.
- Et Colin, l'appela-t-elle en s'assurant d'avoir toute son attention, le fait que j'aide Neville n'est pas un secret. En revanche, il vaut mieux que tu ne dises pas un mot de la façon dont je l'aide. Il y a toutes les chances pour que Gryffondor termine l'année en négatif, si le professeur Snape apprend quoi que ce soit sur ma méthode.
Colin acquiesça, un peu stressé par ce dans quoi il allait mettre les pieds. Au moins, Hermione ne lui demandait pas de signer un contrat. Il avait vu ce qu'elle avait fait à Maria Edgecombe et il n'avait pas la moindre envie de la mettre en colère.
Hermione sourit soudain, allégeant un peu la lourde atmosphère qui avait pris place.
- Super. Viens avec Neville, n'oublie pas tes affaires et nous verrons ce qu'on peut faire.
Colin savait reconnaître quand on le congédiait et il monta dans sa chambre pour rassembler les affaires dont il aurait besoin.
Elle avait eu de grands yeux marron.
Severus avait besoin de sommeil. Ce besoin était comme un chant de sirène, qui flirtait à la frontière de ses sens dans un chant séducteur plein de promesses. Cependant, comme avec les véritables sirènes, cette promesse de béatitude se transformerait rapidement en scène d'horreur. Dès qu'il fermerait les yeux.
Son regard terrifié et plein de larmes l'avait supplié de la sauver.
Le souvenir de cette nuit s'accrochait à lui, de ses doigts froids et fantomatiques. Le Seigneur des Ténèbres avait voulu lancer le message qu'aucune résistance ne serait tolérée. Pour cela, il avait visé deux familles dont les « crimes » étaient d'avoir eu du sang moldu dans les trois dernières générations et de s'opposer ouvertement à lui.
Leurs morts cette nuit enverrait une vague de peur dans toute la société sorcière. Après cette nuit, encore plus de sorciers et de sorcières se prosterneraient devant Lord Voldemort, ne serait-ce que pour assurer la sécurité de leurs familles.
En vérité, il n'y avait pas de place plus solitaire que d'être entouré des assassins de votre famille.
Il avait depuis longtemps appris à enfermer le souvenir de ces nuits-là, pour conserver sa santé mentale. Mais parfois, ses émotions étaient plus difficiles à maîtriser. Le sommeil ne serait pas une option, tant qu'il entendrait encore leurs cris ou qu'il conserverait ce goût de cendres dans la bouche.
Il ne l'avait pas sauvée. N'avait pas pu. Il n'était même plus sûr d'être capable de se sauver lui-même.
Il avait découvert que même la plus forte des potions de Sommeil-sans-Rêves n'était plus capable de retenir l'horreur qui rodait dans les plus profonds tréfonds de son esprit. Et il était de toute façon déjà trop proche d'être drogué au merveilleux oubli qu'offrait la potion. Il ployait sous le poids de son allégeance à la fois au Seigneur des Ténèbres et à Albus. Il n'était pas question qu'il se soumette à une addiction supplémentaire.
Elle n'avait pas supplié. Elle l'avait juste regardé, espérant de lui plus qu'il ne pouvait donner.
Il avait la sensation de marcher sur le fil effilé d'un rasoir. D'un côté, le Seigneur des Ténèbres le tirait vers le bas. De l'autre, les membres suspicieux de l'Ordre n'attendaient qu'une chose : qu'il bascule, afin de pouvoir clamer haut et fort, du haut de leur arrogance, qu'ils ne lui avaient de toute façon jamais fait confiance. Et cela alors qu'à chaque pas, la lame du rasoir lui entaillait profondément la plante des pieds.
Severus eut un reniflement moqueur à cette image sinistre.
Il avait vraiment besoin de sommeil s'il commençait à se changer en un poète morbide ! Il était tellement fatigué…
Il décida de quitter ses quartiers pour marcher le long des couloirs du château, en espérant trouver un peu de répit et de quoi calmer le chaudron bouillonnant de ses propres émotions. Il espérait qu'une fois de plus, le silence et le calme des allées sombres sauraient le calmer. Plusieurs heures plus tard, dans un semblant d'aube, il avait à peine retrouvé son équilibre, les cris de la fille anonyme s'effaçant peu à peu dans le silence du château.
Elle se contentait de le regarder de ses grands yeux marron plein de larmes.
Finalement, à l'heure où les étudiants étaient levés et parcouraient les couloirs, il avait de nouveau pris le dessus sur lui-même et sur ses émotions. Il avait juste besoin d'un peu plus de temps – et peut-être d'une potion contre la migraine – pour faire face à cette nouvelle journée.
Hermione se leva tôt, l'aube grisonnante commençait à peine à éclairer sa fenêtre. Fredonnant de toute sa jeune énergie, elle décida de passer à la bibliothèque pour un peu de lecture extra-scolaire avant le petit déjeuner.
Elle avait découvert que la bibliothèque était toujours vide dans les premières heures du jour – même madame Pince n'y était pas encore. Avec ses immenses fenêtres qui donnaient à l'est, lui permettant de voir le soleil se lever, la bibliothèque était vite devenue l'un de ses endroits favoris pour commencer la journée.
Consciente qu'elle devait se dépêcher pour voir le soleil se lever, Hermione roula hors des couvertures, délogeant un Pattenrond endormi. Celui-ci miaula d'indignation, avant de ramper sous les draps bien chaud qu'Hermione venait de quitter.
Elle rassembla ses affaires de toilette et se dépêcha de rejoindre la salle de bains des préfets. Là aussi, elle se dépêcha de prendre sa douche et d'enfiler son uniforme scolaire. Elle jeta un œil dans le miroir, haussa les épaules face à une cause perdue et rassembla la masse de ses boucles en une queue de cheval.
Sa routine matinale terminée, Hermione attrapa son sac et quitta la tour des Gryffondor.
Elle sourit en voyant le professeur Snape venir à sa rencontre, dans le couloir de la bibliothèque. Elle ressentit même une petite pointe de tendresse sincère en voyant cet homme sombre marcher avec détermination. D'une certaine manière, elle avait même commencé à se sentir responsable de lui, comme s'il faisait partie de son cercle. Elle rêvassait, s'imaginant une histoire à la manière d'Androclès et le lion. Dans son imagination, le professeur Snape était un lion à la robe noire particulièrement féroce et Neville l'épine dans sa patte.
Toute à son rêve éveillé d'un professeur Snape raisonnablement reconnaissant, elle sourit largement au professeur au moment de le croiser et lui lança un bonjour joyeux. C'est pourquoi elle fut surprise et sans défense lorsque le professeur Snape réagit à ses mots.
Alors qu'ils étaient à peu près au même niveau et qu'ils allaient se croiser, il fit un pas de côté et se planta directement devant elle. Elle stoppa et reprit son équilibre tant bien que mal pour éviter de lui rentrer dedans, puis leva les yeux, confuse, surprise par son mouvement. En voyant son visage, elle fit un pas en arrière de frayeur, sa main s'approchant par réflexe de la poche dans laquelle elle rangeait sa baguette.
Le professeur fit un pas en avant, les yeux plissés par la rage. Le plus effrayant était le silence avec lequel il avançait vers elle, la forçant à reculer sans effort, jusqu'à ce que son dos rencontre la pierre froide du mur du château.
Il ne disait toujours rien. Pas de remarque acerbe, de retrait de point ou de retenue. Tremblante, Hermione n'avait jamais eu aussi peur de sa vie. Le fait qu'elle ne comprenne pas ce qui avait provoqué cette réaction ajoutait à sa peur. Cet homme la clouait au mur par sa simple présence. Elle ne l'avait jamais vu comme ça.
Les larmes coulaient sur ses joues, silencieuses, incontrôlables, mais elle refusait de baisser les yeux. Une sorte d'instinct primaire lui hurlait que montrer de la soumission maintenant provoquerait quelque chose qu'elle ne voulait même pas imaginer.
Ses yeux à lui restaient noirs, froids, comme à leur habitude.
- Est-ce que vous me croyez stupide, miss Granger ?
Hermione trembla. La question avait été prononcée doucement, sans chaleur ni colère, et c'était encore plus effrayant. Incapable de parler, elle nia de la tête.
Il fit un pas de plus vers elle, pas suffisant pour qu'ils se touchent, mais suffisant pour affoler encore plus les battements de son cœur.
- Vous me croyez peut-être aveugle, alors ?
Il fit un nouveau pas, en conservant ce même ton calme.
- Vous croyez qu'un gentil bonjour fera la différence ? Que le démon qui s'étend dans ce monde vous fera un signe joyeux si vous lui en faites un la première ? Laissez-moi vous débarrasser de cette idée infantile. Vous êtes priée, ici et maintenant, de recommencer à vous enfuir de terreur devant moi, comme vos compatriotes à la cervelle moisie. Je ne sais pas à quel petit jeu vous jouez, mais je vous garantis que si je n'ai pas cédé devant Potter sénior et ses amis, je ne me laisserai pas non plus avoir par vous et vos petits camarades.
Hermione était incapable de penser correctement, elle ne pouvait que secouer la tête en signe de dénégation. Elle n'était pas comme ça. Elle ne voulait pas ça.
Soudain, un violent frisson le parcourut et elle se figea, le souffle coupé.
- Courez, grinça-t-il. Courez.
Hermione s'enfuit à toutes jambes et entendit derrière elle le son d'un choc violent contre le mur.
Cette fille, cette Gryffondor trois fois maudite venait encore de le saluer joyeusement. Elle n'avait pas le droit d'être heureuse ! Personne n'avait le droit, pas quand…
Il n'était même pas certain de ce qu'il était en train de dire. Ses suspicions et ses peurs passées et présentes se mélangeaient furieusement. Il avait seulement conscience que son retour au calme durement gagné était en miettes, conscient de la rage brûlante qui coulait en lui.
Comment osait-elle ? Comment osait-elle être heureuse ? Se sentir en sécurité ? Miss Granger, qui changeait ses habitudes de six ans sans raison apparente. Qui planifiait quelque chose, préparait certainement quelque chose pour le railler, l'humilier un peu plus.
Hermione Granger qui avait de grands yeux marron. Des yeux qui le fixaient, ses cils sombres et ses joues humides de larmes silencieuses.
Ho, doux Merlin.
- Courez, parvint-il à dire. Courez.
Il frappa le mur violemment quelques secondes après.
Hermione courait, les portes de la bibliothèque apparaissant soudain à sa droite.
Elle les percuta à pleine vitesse, envoyant les lourdes portes claquer bruyamment contre le mur. Elle n'y prêta pas attention, toute entière absorbée dans sa fuite et trouver une cachette. Elle s'enfonça profondément dans les allées, elle souhaitait se cacher au milieu des livres, fusait entre les allées de moins en moins fréquentées jusqu'à ce qu'elle soit profondément enfoncée dans le labyrinthe d'étagères.
C'est seulement à ce moment-là qu'elle se laissa tomber au sol, son souffle haché mêlé de sanglots alors qu'elle essayait de comprendre ce qui venait de se produire.
Elle tremblait encore quand elle décida finalement de se relever et rejoindre la Grande Salle pour le petit-déjeuner, reconnaissante d'avoir eu un peu de temps pour retrouver un semblant de calme.
- Hermione, ça va ?
Elle se tourna vers Ron avec un petit sourire, mais il ne sembla pas convaincu et continua de la scruter attentivement. Autant Ron pouvait être aussi égoïste et borné que tous les autres adolescents, autant parfois les gênes de Molly pouvaient se réveiller avec force dans les moments les moins importuns. Et là, tout de suite, elle n'avait pas la force de composer avec un Weasley inquiet.
Elle augmenta son sourire et cacha ses mains tremblantes sous la table.
- Vraiment, Ron, ça va. C'est juste un de ces matins où tout semble un peu bizarre.
Il sembla rassuré, mais Hermione remarqua plusieurs fois ses regards étranges au long du petit déjeuner. Elle remarqua aussi que le professeur Snape ne se montra à aucun moment et elle en était rassurée. Elle ne savait pas si elle pouvait lui faire face si vite après… après ça. Elle frissonna alors que la scène se rejouait dans sa mémoire. Si les yeux étaient réellement une porte vers l'âme, alors le professeur Snape vivait dans son enfer personnel.
Un bruissement d'ailes la tira de ses pensées et elle eut un petit sourire sincère en voyant la petite chouette brune et mouchetée qui atterrit devant elle. Le concept des chouette postales ne cessait de l'émerveiller. Elle déposa la noise nécessaire dans le porte-monnaie de l'oiseau et détacha un exemplaire de la Gazette du Sorcier.
Elle l'ouvrit et eut un halètement bruyant devant la photo qui prenait la moitié de la page. La Marque des Ténèbres flottait au-dessus d'une maison modeste, qui brûlait de flammes noires et blanches.
- Qu'est-ce qui ne va pas ?
Hermione leva les yeux et croisa ceux d'Harry. Elle hésita un moment puis répondit en lui tendant le journal.
Harry l'étala sur la table et fixa l'image d'un air sombre, alors que Ron lisait par-dessus son épaule d'une voix presque inaudible.
« Nos sources affirment que les Mangemorts ont attaqué la famille Withmore entre minuit et deux heures du matin, dans la petite ville d'Harrogate, à côté de Leeds… Les Withmore, une famille sangs-mêlés influente, étaient de farouches opposants à Vous-savez-qui… Les Aurors et le Ministère continuent leur enquête… On a retrouvé les corps de M. John Withmore père, M. et Mme John Withmore Fils et de leur fille de 8 ans, Anna. »
Ron cessa sa lecture quand Harry chiffonna le journal en une boule compacte. Ce dernier se leva, son corps vibrant littéralement de colère.
- Harry ? l'interpella doucement Hermione.
- Plus tard, claqua le Garçon-qui-a-survécu. Là tout de suite, laissez-moi seul.
Ron et Hermione, respectueux de sa volonté, le regardèrent sortir de la Grande Salle alors que les étudiants autour de lui murmuraient et le suivaient des yeux.
- Il cache quelque chose, dit Ron à côté d'elle.
- Qu'est-ce qui te fait penser ça ? demanda Hermione, les yeux toujours fixés sur le dos d'Harry.
Du coin de l'œil, elle capta Ron hausser les épaules.
- Je ne sais pas exactement. Quelque chose le travaille. Quelque chose de mauvais.
Ron vérifia autour d'eux que personne ne l'écoutait puis, la voix encore plus basse, il ajouta :
- Il est en train de lire un livre, en ce moment. Ca ressemble à quelque chose de la Section Interdite et je ne sais pas comment il l'a eu.
- Il a volé un livre ? siffla Hermione, montant d'un ton.
Ron leva les yeux.
- Les priorités, Hermione. Concentre-toi et baisse la voix. Qu'il soutire un livre n'est pas l'important. C'est le livre lui-même qui est important. Il parle des Impardonnables et en particulier du Sort de Mort. Peut-être qu'on a besoin d'une intermission Moldue ?
Hermione eut un air confus puis compris ce que Ron voulait dire.
- Pas intermission, intervention.
Elle jeta un œil du côté où Harry avait disparu, pensive.
- Ce n'est peut-être pas une mauvaise idée, après tout.
Le silence du dortoir fut brisé par un cri et des poings dans la porte de bois.
- Hermione ! Hermione Granger !
Hermione roula hors du lit, baguette en main, en position défensive, et ce même d'avoir ouvert les yeux et repris pleinement conscience. Son cerveau embrumé avait imaginé plein de choses en l'espace d'un instant, sauf la possibilité de se retrouver devant une première année en pyjama de flanelle avec des motifs de chatons. Elle cligna des yeux, surprise, luttant pour se souvenir du nom de la fillette.
C'est Lavande qui la sauva de son trou de mémoire en passant la tête à travers ses rideaux.
- Lucy ? Que se passe-t-il ?
Lucy sautait d'un pied sur l'autre, impatiente.
- Ma copine Gemma, Gemma Stuart, elle est malade. Très malade. Elle vomit du sang. Mina m'a dit qu'on devait l'amener à l'infirmerie, mais c'est l'heure du couvre-feu.
Le regard de Lucy revint vers Hermione.
- Elle m'a dit de venir te chercher parce que tu es préfète.
A l'énoncé du problème, la nature pratique d'Hermione se réveilla, effaçant les dernières traces de sommeil. Elle enfila sa robe de sorcière par-dessus sa fine chemise de coton et se dirigea vers la porte.
- Lavande, dit-elle avant de sortir, peux-tu aller réveiller le professeur McGonagall. Elle va vouloir savoir. Je vais emmener miss Stuart voir madame Pomfresh. Le professeur McGonagall peut nous rejoindre là-bas.
Hermione se hâta de rejoindre le dortoir des premières années et entra. Gemma Stuart était roulée en boule, les bras serrés autour de son ventre. Hermione s'accroupit à côté du lit alors que les deux autres élèves la regardaient, nerveuses. Hermione posa une main sur le front de la fillette. Vu sa température élevée, ses cheveux trempés de sueur et ses yeux vitreux, Hermione décida qu'il ne serait pas prudent de la faire marcher jusqu'à l'infirmerie.
Elle se releva et sorti sa baguette, se concentra, puis elle lança le sort « Mobilicorpus », en prenant soin de bien prononcer le mot et de faire le juste mouvement de baguette.
Elle n'avait jamais réellement utilisé ce sort, alors elle poussa un soupir de soulagement quand elle vit Gemma Stuart s'élever en douceur dans les airs, à environ 30 cm au-dessus des draps. Elle fit signe à Lucy d'ouvrir la porte et Hermione fit sortir la jeune fille à moitié consciente, flottante.
Elle manœuvra miss Stuart le long de l'escalier, puis à travers la salle commune et sentit à quel point le sort pesait lourd sur sa magie quelques pas à peine après avoir passé le tableau de la grosse dame. Maintenir le sort et sa concentration pour conserver miss Stuart à un niveau satisfaisant, tout en marchant, était plus compliqué qu'elle l'avait imaginé. Elle serra les dents et accéléra le rythme, déterminée.
Elle était déjà à la moitié du couloir quand elle réalisa avec consternation qu'elle n'avait pas pensé à recouvrir la jeune fille d'une couverture. Un voyage à travers les couloirs glacés de Poudlard ne ferait qu'empirer les tremblements qui parcouraient le corps de l'élève. Car oui, il faisait froid, les pieds nus d'Hermione pouvaient en attester, puisque dans la précipitation elle avait oublié d'enfiler les chaussons.
- Pas besoin, murmura-t-elle.
De sa main libre, elle déboutonna sa robe de sorcier et la jeta pour recouvrir miss Stuart. La fillette était sous sa responsabilité et Hermione pouvait bien vivre avec des orteils gelés. Elle continua sa route aussi vite que possible, tout en murmurant des mots rassurant à sa jeune camarade.
Petit à petit, alors que la magie d'Hermione commençait à faiblir sous l'importante sollicitation, le corps de miss Stuart s'approchait du sol. Elle n'avait pas l'habitude de lancer des sorts qui nécessitaient de faire appel à sa magie sans arrêt sur une si longue période.
- Laissez-moi deviner, lança une voix désincarnée, vous deviez absolument aller chercher un livre à la bibliothèque ?
Hermione sursauta en poussant un petit cri surpris, alors que le professeur Snape sortait de l'ombre du couloir adjacent. Dans sa frayeur, elle réussit tout juste à maintenir le sort permettant à miss Stuart de rester en l'air.
- Vingt points de moins, miss Granger, pour vous promener dans les couloirs après…
Il s'interrompit en apercevant la jeune fille qui flottait derrière Hermione. La robe de sorcier noire qui la recouvrait la confondait avec les ombres du couloir. Il dépassa Hermione, s'approcha de miss Stuart et plaça deux doigts sur le front fiévreux de l'élève.
La dernière confrontation d'Hermione avec cet homme était encore fraiche dans son esprit et elle s'éloigna doucement de lui. Il l'avait terrifiée et elle s'en méfiait désormais.
- Que s'est-il passé ?
Sa voix avait claqué dans le couloir et Hermione sursauta légèrement.
- Sa camarade de dortoir m'a réveillée, monsieur, répondit-elle alors qu'il vérifiait rapidement les constantes de miss Stuart. Elle a de la fièvre, elle est en nage et ses camarades m'ont dit qu'elle avait vomi du sang un peu plus tôt. Quand je suis arrivée dans sa chambre, elle était déjà comme ça, à moitié consciente et incapable de vraiment répondre ou réagir.
Le professeur Snape sortit sa baguette.
- Passez-moi le relais du sort, ordonna-t-il, avant que vous ne deviez la traîner au sol. Puis courez à l'infirmerie pour prévenir madame Pomfresh de notre arrivée.
Hermione sentit une vague de soulagement quand le professeur prit son relais sans heurt. Le corps flottant de miss Stuart passa d'une position affaissée à une ligne horizontale parfaite. En sentant le poids du sort lui être retiré, Hermione repensa à ce qu'il lui avait dit sur l'Affinité.
Même dans ces circonstances, alors qu'elle avait des nœuds à l'estomac à cause de la proximité, elle ne put s'empêcher de s'émerveiller à la transition douce de sa magie vers la sienne. Elle parvint à réfréner un tremblement, alors que pendant une brève seconde, elle sentit sa magie toucher ses sens – une magie profonde, sombre, qui éveilla dans l'esprit d'Hermione des images d'océan la nuit.
Elle secoua la tête pour effacer les images et tourna les talons pour aller prévenir madame Pomfresh.
- Stop ! l'interrompit une voix qui ne souffrait pas la désobéissance.
Snape le regardait avec une expression incrédule.
- Où sont votre robe et vos chaussures, miss Granger ? demanda-t-il.
Elle se recroquevilla devant les mots et son expression.
- J'ai oublié mes chaussures dans ma hâte de voir miss Stuart, monsieur, répondit-elle en montrant la silhouette flottante. J'ai aussi oublié d'emporter une couverture et elle tremblait alors je me suis dit qu'elle avait plus besoin de ma robe que moi.
- Cinq points de moins pour votre manque de sens commun, fillette. On est début avril et en Ecosse.
Hermione luttait difficilement contre les mots agressifs qui menaçaient de lui échapper, sans s'inquiéter de la nervosité qu'il lui inspirait désormais. Comment osait-il lui retirer des points alors qu'elle essayait de prendre soin de quelqu'un ? Au moment où elle allait piquer une colère, elle resta bouche bée car le professeur Snape défit l'agrafe de sa propre robe de sorcier, la retira d'un coup d'épaule et lui tendit le lourd tissu.
Alors qu'elle le fixait, sous le choc, il fronça les sourcils et lui envoya la robe.
- Cessez de rester les bras ballants comme une imbécile heureuse. Allez réveiller madame Pomfresh.
Les mots cassants lui firent un électrochoc et elle se couvrit de la robe, cachant la fine chemise de nuit qu'elle portait. Elle souleva la partie de tissu excédante, fit un signe de tête au professeur Snape pour le remercie et pris la direction de l'infirmerie en courant presque.
A son arrivée, elle fut soulagée de voir que le professeur McGonagall était déjà avec madame Pomfresh. Les deux femmes avaient le même air défait qu'Hermione, ayant été tirées de leur profond sommeil sans avoir le temps de se rendre présentables. Le professeur McGonagall portait une robe au motif tartan et sa chevelure grisonnante était lâchée sur ses épaules, au lieu de porter son habituelle robe de professeur et son chignon strict.
Les deux femmes se tournèrent vers elle à son arrivée.
- Miss Granger, miss Brown nous a dit que vous ameniez une première année très malade à l'infirmerie.
- Oui, professeur, répondit Hermione entre deux souffles haletant. J'ai croisé le professeur Snape sur la route. Il l'amène. Il m'a demandé de le devancer pour prévenir madame Pomfresh.
Un instant après, alors qu'Hermione retrouvait juste son souffle et un rythme cardiaque normal, le professeur Snape apparut. L'attention de tous se porta immédiatement sur l'élève malade. Sa présence oubliée des adultes, Hermione s'assit à l'écart, sur l'une des chaises de bois alignées contre le mur.
Elle était consciente qu'elle ferait mieux de retourner tout de suite à la Tour, mais elle voulait donner des nouvelles rassurantes aux deux amies de miss Stuart.
Elle releva les jambes, s'enveloppant dans la robe du professeur Snape et glissant l'épais tissus sous ses orteils glacés. Oh oui, de la chaleur. C'était bon d'être au chaud. Elle croisa les bras sur ses genoux, les mains enfouies dans les longues manches et y cala sa tête confortablement. Elle respira profondément. Le tissu avait l'odeur de bois de santal et de cire d'abeille mêlée de miel. C'était une odeur réconfortante, chaleureuse, tellement loin de la nature de l'homme lui-même.
Elle contempla l'agitation autour du lit de miss Stuart, intriguée par l'air attentif du professeur de Potions alors qu'il écoutait religieusement la liste des potions dont l'infirmière avait besoin. Un acquiescement de la tête et il était parti – Hermione supposa qu'il allait chercher les potions demandées dans ses réserves personnelles.
Il lui avait paru étrange, jusqu'à ce qu'elle se rende compte que son départ n'avait pas été accompagné de l'habituel volée de cape noire derrière lui. Hermione cacha un sourire à sa pensée bizarre c'était difficile de faire voler sa robe quand elle-même était actuellement emmitouflée dedans.
Sa robe de sorcier. Elle bougea les orteils, profitant de la laine chaude. Il lui avait donné sa robe. Si quelqu'un lui avait demandé si Snape aurait été capable de donner volontairement sa robe à un élève, elle aurait répondu un « non » ferme et définitif. Elle pourtant, elle était là. Emmitouflée dans des mètres de tissu noir. Elle ne parvenait pas à assembler l'image de Snape qui lui tendait sa robe et celle du fou qui l'avait terrifiée la veille. Puis elle se souvint du ton désolé de sa voix quand il lui avait ordonné de courir. Il avait compris qu'il lui avait fait peur. Mais alors pourquoi lui avoir tendu sa robe ?
Quand le professeur Snape revint quelques instants plus tard, deux flacons dans les mains, Hermione l'étudia. Pour une fois, elle n'avait pas à s'inquiéter qu'il la repère, puisque toute son attention était dirigée sur miss Stuart et aider madame Pomfresh.
Travailler avec diligence pour aider un élève… Un Gryffondor, en plus. Elle ne devrait pas être si surprise. Quand c'était nécessaire, il faisait toujours de son mieux pour protéger l'école et ses élèves, sans prêter attention à la maison d'appartenance. Il suffisait de voir le nombre de fois où le professeur Snape était venu à leur secours, à Ron, Harry et elle-même.
C'était juste qu'il le faisait d'une telle manière que personne ne verrai son implication. Il était vraiment le Serpentard incarné.
Hermione caressa le tissu du bout des doigts, l'air absent. Il y avait une pensée qui flirtait avec les bords de sa conscience. Le professeur protégeait toujours ses élèves, même si ses méthodes n'étaient pas flagrantes… Il était le Serpentard typique… Il l'avait terrifiée et il le savait… Le professeur Snape ne s'excuserait jamais auprès de qui que ce soit, et encore moins auprès d'un étudiant… Serpentard typique… Il lui avait donné sa robe… Protection… Aucune excuse… Mais…
Oh !
Il ne voudrait jamais s'excuser nettement, peut-être même qu'il en était juste incapable. Mais il pouvait lui offrir des excuses d'une façon détournée. Hermione plongea le nez dans le tissu tendu sur ses genoux.
Il lui avait donné sa robe. Ce n'était pas exactement une manière de lui dire qu'il était désolé de lui avoir fait la peur de sa vie, mais c'était assez proche dans la façon de faire de Serpentards. Cependant, elle pouvait aussi être complétement à côté de la plaque et il aurait prêté sa robe à n'importe quel élève en train de parcourir le château pieds nus et en chemise de nuit. Même avec le livre qu'elle était en train de lire sur eux et leur fonctionnement, les Serpentards restaient très compliqués à comprendre.
En pensant à sa robe, elle s'aperçut qu'elle ne se souvenait pas d'un seul moment où elle avait vu cet homme sans. Elle savait déjà qu'il était grand et fin, mais l'homme à l'autre bout de la pièce était en réalité bien plus que « fin ». Il était douloureusement maigre. Ses omoplates pointues se détachaient nettement dans son dos, aussi nettes qu'un couteau aiguisé sur le tissu.
Ca l'effrayait de voir à quel point ses vêtements, qui semblaient avoir été faits sur mesure, flottaient si librement sur sa silhouette longiligne. Un simple observateur ne s'en serait jamais rendu compte, avec la lourde robe professorale qui enveloppait habituellement son corps.
Sa maigreur lui rappela le nombre de fois où elle l'avait vu se contenter de jouer avec la nourriture, récemment. Elle regarda les professeur McGonagall et madame Pomfresh. Ne voyaient-elles pas ce qu'elle-même voyait ? Etait-elle la seule à avoir remarqué ses tristes habitudes alimentaires, dernièrement ? Et POURQUOI ne mangeait-il plus ? Le stress ? Un ulcère ? Autre chose ?
Et ces interrogations la poussèrent à se demander ce que faisait le professeur à arpenter les couloirs. Elle releva l'une des manches pour vérifier l'heure. Il était presque 3 heures et demie du matin. Aucun professeur n'avait le devoir de surveiller les couloirs si tardivement. Aucun élève normal ne se lèverait à cette heure-là pour se promener dans le château, de toute façon.
Et pourtant, le professeur Snape patrouillait. Ou en tout cas, il parcourait les couloirs de l'école. Mais encore une fois : pourquoi ? Elle avait toujours mis les rumeurs des insomnies du professeur Snape sur le compte des légendes de Poudlard ou de l'exagération des élèves. Mais peut-être qu'elle n'aurait pas dû écarter si vite ces bruits. Si le professeur ne dormait réellement pas, ça expliquerait beaucoup de choses – des cernes noirs qui assombrissaient parfois ses yeux jusqu'à son caractère emporté qui donnait aux élèves l'impression d'être écorchés vifs.
Est-ce qu'il s'était levé tôt ou pas encore couché ? Ou était-ce un mélange des deux ? Et qu'en était-il lorsqu'elle l'avait croisé hier ?
Perdue dans son observation, Hermione ne remarqua que le professeur McGonagall avait pris note de sa présence que lorsqu'elle s'avança vers elle, bloquant toute vue du professeur de Potions et de la médicomage.
- Miss Granger, que faites-vous encore ici ? Vous devriez être couchée, la gronda-t-elle.
Hermione se redressa sur sa chaise et réfréna un bâillement.
- Excusez-moi, professeur. Je voulais juste savoir comment va miss Stuart avant de remonter. Je pense que ses amies voudront savoir si elle va bien.
Le professeur Snape choisit ce moment-là pour les rejoindre, la robe de sorcière d'Hermione nettement pliée sur son bras.
- Vous pourrez dire aux camarades de miss Stuart qu'elle va bien, mais qu'elle va rester à l'infirmerie ces deux ou trois prochains jours.
Décidant de tester sa théorie du prêt de la cape comme manière de s'excuser, Hermione se leva, laissant le tissu pendre lâchement sur sa petite silhouette. Elle posa les mains sur l'attache de la robe.
- Merci de m'avoir prêté votre robe, professeur. C'était très gentil.
- La gentillesse n'a rien à voir là-dedans. Je sais que ma réputation inspire la crainte chez les étudiants, mais je ne pouvais permettre de vous laisser mourir gelée.
Hermione choisit les mots suivants avec beaucoup d'attention.
- Je sais que vous ne m'auriez jamais laissée être blessée. Vous méritez courtoisie et remerciements, ajouta-t-elle en continuant à le regarder dans les yeux.
Voilà. Elle pouvait tout autant parler du prêt de la robe que de leur rencontre le matin précédent.
Le professeur la fixait en retour, mais son regard sombre ne laissait rien voir de ce qu'il pensait. Alors que le silence s'éternisait, Hermione sentit sa nervosité monter en flèche. Avait-elle dit quelque chose de mal ? Peut-être que les doubles sens étaient une compétence à laisser aux Serpentards. Avait-elle transmis un mauvais message ?
Le professeur McGonagall, mal à l'aise devant cette conversation qui ne faisait pas sens pour elle, interrompit le silence étrange. Elle prit la robe d'Hermione, lui tendit et de l'autre main attendit qu'Hermione lui rende la robe du professeur Snape.
Quelque peu frustrée, Hermione fit l'échange, glissant ses bras dans les manches de sa robe. Elle rougit de gêne quand le professeur McGonagall la réprimanda pour ses pieds nus avant de lui métamorphoser une paire de pantoufles chaudes.
- Venez, miss Granger, l'invita McGonagall. Je vais vous raccompagner à votre dortoir.
Hermione se tourna pour souhaiter une bonne nuit au professeur Snape, mais ce dernier était déjà retourné aux côtés de madame Pomfresh. Ne pouvant rien faire d'autre et attendue par sa directrice de maison, Hermione se dépêcha de sortir.
Hermione inspira profondément, retint son souffle pendant trois secondes puis expira lentement. Elle pouvait le faire. Une nouvelle inspiration pour se calmer. La retenir trois seconds. Expirer. Elle allait le faire. Comme le disait l'expression : après une chute de cheval, il fallait remonter immédiatement en selle. Sinon, c'était fini.
Elle commença à marcher. D'un pas lent et mesuré. Elle ne se pressait pas, elle ne traînait pas les pieds. Elle lui avait dit qu'elle n'avait pas peur. Il était temps de lui prouver. Elle espérait sincèrement qu'il avait compris le message et qu'il n'allait pas encore s'imaginer qu'elle se moquait de lui ou préparait un mauvais coup.
Quatre pas.
Trois pas.
Deux pas.
Un…
- Bonjour, professeur Snape.
Cette fois, après une très courte pause, il inclina sa tête d'un infime mouvement en réponse au moment où ils se croisaient.
Derrière lui, il ne vit pas Hermione effectuer la désormais célèbre danse de la joie de Neville.
Un peu plus tard, cette nuit-là, elle reprit le carnet rangé dans le tiroir de sa table de chevet. Un mouvement de baguette et l'intitulé « SNORT » se révéla. Elle feuilleta les pages et relut certaines de ses notes. Comme tout bon chercheur, elle gardait une trace de l'avancée de son travail.
Neville faisait des progrès certes lents, mais constants. Il semblait moins nerveux à proximité du professeur Snape, mais il avait toujours des problèmes quand on en venait au brassage des potions. Dans le cas de Colin, il était un peu tôt pour faire des conclusions. Quant à elle-même, c'était particulièrement difficile de ne pas lever la main en permanence. Elle détestait le silence qui s'étirait dans la classe à chaque fois que le professeur Snape posait une question et que personne ne semblait connaître la réponse.
Le plus frustrant pour elle était qu'elle n'était même pas sûre qu'il ait remarqué ses efforts pour répondre exactement à ses consignes.
Ses tentatives de le traiter avec le même respect amical que les autres professeurs rencontraient un succès mitigé. Il lui avait certes fait un signe de tête, une fois, mais la rencontre terrifiante l'autre matin restait fraîche dans sa mémoire.
Elle avait cependant décidé de compter cette confrontation comme un pas en avant. Il était évident, d'après ses mots haineux, qu'il avait remarquait qu'elle le traitait différemment depuis quelques temps. Elle n'y pouvait rien si son attitude amicale lui apportait confusion et méfiance. Leur conversation qui n'en était pas une, dans l'infirmerie, semblait cependant avoir porté quelques fruits. Elle espérait qu'avoir répondu à son bonjour au lieu de l'ignorer, cet après-midi-là, était un signe que le professeur Snape commençait à la croire. Elle voulait qu'il comprenne qu'elle n'était pas dans l'optique de l'humilier mais simplement le saluer en toute sincérité.
Avec cet objectif en tête, elle inscrivit dans son journal que dans l'ensemble, le professeur Snape n'était pas du matin. Pour être tout à fait honnête, il n'était pas de l'après-midi ou du soir non plus, mais elle aurait certainement plus de chances d'obtenir une réponse l'après-midi, comme aujourd'hui.
Il refusait totalement de dépasser le stade du grognement, lorsqu'elle le saluait le matin.
Elle décida alors qu'elle adapterait désormais son comportement à cette information. Si elle le croisait avant midi, désormais, elle se contenterait de le saluer d'un signe de tête et un sourire.
Hermione tourna de nouveau les pages, jusqu'à revenir à sa page titre. Elle avait deux nouveaux points à ajouter au programme SNORT. Deux points beaucoup plus inquiétants que les précédents. Car voir le professeur Snape sans la robe qui camouflait efficacement sa silhouette l'avait consternée. Cet homme ne prenait pas soin de lui-même. Et même si, pour le moment, elle n'avait pas la moindre idée de comment s'y prendre, elle se sentait un irrépressible besoin de l'aider.
Alors, avec la sensation de prendre un nouveau tournant irrévocable, Hermione nota :
- Insomnies
- Habitudes alimentaires / Santé.
Merci à tous d'avoir lu cette nouvelle traduction. Il me semblait important ici de vous traduire également deux notes de l'auteur original, ci-dessous, qui vous donneront une perspective de ses objectifs pour certaines scènes.
1) La rédaction de Neville se base sur un chapitre du livre « Le miroir de l'Alchimie », rédigé par le célèbre frère Roger Bacon, qui a suivi des cours au Lycée Martin et au Lycée Brasen-nase d'Oxenforde. J'ai pris le texte original et l'ai traduit en un langage plus contemporain, en retirant les passages qui parlent de la composition des métaux. En effet, à l'époque, tous les alchimistes pensaient que le métal n'était composé que de deux éléments (le vif-argent et le soufre) et que c'était le ratio entre ces deux éléments qui donnaient la diversité des métaux, depuis le plomb basique jusqu'à l'or pur. Et bien que les sorciers soient en retard sur les Moldus, je ne pouvais pas imaginer Snape croire que l'or et le soufre étaient les deux briques principales de l'univers.
2) Concernant la confrontation entre Snape et Hermione : nous avons déjà vu Snape en rage quand il avait confronté Sirius et Remus dans la cabane hurlante. Quand j'ai écrit cette scène, j'ai pensé que Snape pourrait se mettre dans le même état de rage, mais plus j'y pensais et plus je me disais qu'il n'était pas en colère contre Hermione en particulier. Il est frustré, fatigué, malade et sur le point de perdre la tête. Il est juste sur le point de craquer et confond passé et présent sous l'effet de la fatigue. C'est pour ça que je ne pouvais pas l'imaginer réagir positivement devant une Gryffondor guillerette dès l'aube. C'est pour ça que toute sa colère, sa haine mêlée de suspicion et sa paranoïa d'espion se sont défoulée sur une cible toute trouvée à ce moment-là : Hermione. Mais c'est sorti de façon très froide plutôt que dans une colère brulante. Bref, j'ai galéré avec ce passage. J'espère qu'il vous a plu.
Voilà ! J'espère que vous avez pris plaisir à ce chapitre tellement intense ^^ N'hésitez pas à me laisser un commentaire en passant !
J'essaierai de publier un autre chapitre avant jeudi, où je serai hospitalisée pour 5 jours. Sinon prochain RDV la première semaine de juin :)
A bientôt, Lena.
