Bonjour à tous,

Voici la suite : merci à tous pour vos encouragements et votre enthousiasme ! Et merci aux anonymes pour vos commentaires : Manon, Alana, Indrillan et Danny. On se retrouve tous en bas ;)


Chapitre 7 – Apprendre

Tous les plus grands événements, de ceux qui bouleversent et redéfinissent la perception des gens, semblent avoir eu un quartier général, un endroit où la rébellion a débuté. Un endroit d'où sont parties les campagnes, les actions décidées ensemble, un endroit pour analyser les succès et les défaites.

Pour la rébellion des Gobelins de 1612, c'était à la taverne de la Tête du Sanglier, avec ses tables sombres et tâchées de bières. Pour l'éducation systématique de tous les individus magiques d'où qu'ils viennent, c'était l'école de sorcellerie de Poudlard. Pour la guerre contre Voldemort, c'était le 12 place Grimmaurd, une maison en ruine infestée de lutins.

Et pour le S.N.O.R.T. c'était le lit à baldaquins d'Hermione.

Une fois de plus, elle se retrouvait couchée, le regard perdu dans son ciel de lit. Pattenrond était roulé en boule sur son estomac, ses poils roux vibrant de ses ronronnements.

Les objectifs de S.N.O.R.T. étaient simples au départ. Enfin, elle n'était pas sûre qu'on pouvait dire que le problème de Neville était simple à résoudre, mais elle appréciait travailler avec lui. Avec Colin aussi, maintenant qu'il avait rejoint leurs sessions. C'était un vrai challenge de travailler avec eux et ça lui apportait une stimulation intellectuelle que ses propres cours ne lui apportaient plus si souvent.

Mais ses nouveaux objectifs étaient complexes, eux.

D'autant plus qu'elle sentait que les deux derniers points étaient en réalité bien plus importants que tout ce qu'elle avait pu faire jusque-là. Chacun d'eux présentait ses propres problématiques. Comment pourrait-elle trouver ce qui n'allait pas avec le professeur Snape ?

Elle avait certes quelques idées sur ce qui lui coupait l'appétit, car elle s'était finalement rendue compte qu'il vivait sous une pression énorme, en permanence. Sa propre expérience, même limitée, lui faisait penser que le stress pouvait vous faire perdre l'appétit. Ou vous pousser à manger beaucoup plus. C'est ce que sa tante Gwen lui avait expliqué, quand elle avait pris 20 kilos après son divorce.

Si c'était bien le stress qui l'empêchait de manger, il existait plusieurs amplificateurs d'appétit. Mais glisser ces produits dans la nourriture et les boissons du professeur Snape sans être découverte – et donc sans être expulsée – était une autre histoire.

Elle se demandait cependant si ce manque d'appétit n'était pas plus d'origine médicale que provoquée par le stress. Il avait vraiment l'air mal, surtout quand on dépassait l'image du « bâtard graisseux », comme disait Ron, et qu'on le regardait vraiment. Mais elle n'était ni médicomage, ni infirmière. Alors même si elle trouvait un sort de diagnostic correct, elle doutait fortement que le professeur Snape la laisse lui lancer. Surtout qu'il lui faudrait être à quelques centimètres de lui.

Elle n'osait même pas imaginer les conséquences si elle se trompait de diagnostic. Elle pourrait l'empoisonner au lieu de le guérir.

L'insomnie, d'un autre côté, la laissait totalement perplexe. Comment pouviez-vous forcer quelqu'un à dormir s'il ne le voulait pas ? Elle n'avait aucune solution, à part le droguer massivement ou lui donner un coup violent derrière la tête. Elle savait qu'il existait plusieurs potions pour provoquer le sommeil, mais encore une fois, il serait extrêmement difficile d'en glisser dans sa nourriture ou ses boissons. Et de toute façon, les potions les plus efficaces n'étaient pas de celles que vous pouviez obtenir facilement.

De plus, le professeur Snape était un maître des potions accompli et il ne semblait pas utiliser de potions de sommeil. Cela voulait dire qu'elle devait, elle aussi, trouver une autre solution à ce problème.

Elle avait besoin d'un plan. Ou au moins d'une direction. Ou mieux encore, de deux plans. Un pour le problème d'appétit et un pour les insomnies.

Tout d'abord, elle devait éliminer les problèmes les plus simples. Puis les plus complexes. Elle devait avoir confirmation de ses soupçons et il n'y avait qu'un endroit pour ça. Une liste de ce qu'il mangeait et de ce qu'il ne touchait pas l'aiderait aussi. Ensuite, elle retournerait à la bibliothèque – la deuxième base de ses actions.

N'étant pas de ceux qui reculent quand elle avait décidé d'un plan, Hermione brava le vent ce vendredi après-midi d'avril, pour s'asseoir dans les gradins avec Ron et Harry. Le match opposait les Poufsouffles et les Serdaigles. Hermione pensait que c'était le meilleur moment d'aborder Harry : l'attention de tout le monde serait concentrée sur le jeu et les cris des joueurs sur le terrain couvriraient leur conversation.

Elle n'avait cependant pas compté sur l'équipe des Poufsouffle, qui dépassait son statut de perdant perpétuel.

Les joueurs prouvaient à une foule totalement incrédule que oui, ils savaient reconnaître l'avant et l'arrière de leur balai. Du coup, attirer et conserver l'attention d'Harry se révélait bien plus difficile que prévu.

- Harry ! cria-t-elle pour la troisième fois.

Elle grimaça car sa voix sonnait à ses propres oreilles comme celle de Molly, quand elle en avait après les jumeaux.

Harry lui jeta un coup d'œil rapide, avant que son attention revienne au jeu.

- Qu'est-ce qu'il y a, Hermione ?

Enfin, pensa-t-elle. Elle se pencha vers lui et baissa un peu la voix.

- Est-ce que je peux t'emprunter ta cape et ta carte pour quelques jours ? Je dois…

L'histoire qu'elle avait soigneusement préparée fut interrompue quand Harry, en même temps que la totalité des élèves dans les gradins, sauta sur ses pieds en hurlant. L'attrapeur des Poufsouffles venait de saisir le vif d'or dans une manœuvre qui défiait la gravité et la mort, nouant l'estomac d'Hermione et terminant la partie. Tout le monde se mit à discuter avec animation de cette victoire qui surprenait et dérangeait.

- Merlin, Harry, tu as vu cette manœuvre ? s'extasia Ron en secouant la tête d'incrédulité. Poufsouffle. Je n'aurais jamais parié sur eux. S'ils continuent à jouer comme ça, ils ont une vraie chance de gagner la coupe cette année.

Avant qu'elle ne s'en rende compte, la foule avait séparé Hermione de ses deux amis. Elle grogna de frustration et se fraya un chemin au milieu des étudiants qui s'amassaient en bas des gradins. Elle se mit sur la pointe des pieds pour essayer de voir au-dessus de tout le monde et aperçut finalement la chevelure rousse distinctive de Ron. Elle recommença à jouer des coudes pour avancer dans la foule.

- Ah, te voilà Hermione ! Je me demandais où tu avais disparu, lui dit Ron quand elle apparut devant elle.

Il l'incita à se glisser à côté d'Harry, puis utilisa sa grande carrure pour éclaircir un chemin au milieu des autres étudiants. Elle nota avec un air absent que tout le monde ne parlait que de la victoire de Poufsouffle sur Serdaigle. Elle ne comprenait vraiment pas l'engouement des sorciers pour le Quidditch.

- Alors, qu'est-ce que tu voulais me dire, tout à l'heure ? demanda Harry à Hermione, quand la foule commença à se disperser.

Hermione vérifia autour d'elle que personne ne s'intéressait à eux, par prudence, puis répondit.

- Je voulais savoir si je pouvais t'emprunter ta cape et ta carte pour quelques jours.

Ron envoya un léger coup de poing dans l'épaule d'Harry.

- Combien tu paries que ça a un rapport avec les devoirs ?

Hermione prit un air de fierté blessée et plongea dans l'histoire qu'elle avait inventée pour se couvrir.

- J'ai quelques recherches complémentaires à effectuer pour un projet personnel, dit-elle.

Elle les laissa tirer leurs propres conclusions de sa réponse honnête mais vague. Si elle se faisait attraper un jour, il valait mieux qu'ils puissent affirmer qu'ils n'étaient au courant de rien.

- Ne laisse pas Ron t'embêter, Hermione, lui dit Harry en glissant un bras amical autour de ses épaules. En plus, tout le monde sait que Ron aurait bien besoin de faire quelques recherches supplémentaires pour ses devoirs, ajouta-t-il en envoyant un sourire moqueur à son meilleur ami. Il est simplement jaloux de ton dévouement.

- Je ne suis pas jaloux ! s'exclama Ron en s'apprêtant à donner une tape derrière la tête d'Harry.

Harry évita le coup, puis, dans un grand éclat de rire, la chasse commença. Harry fusait entre les étudiants de moins en moins nombreux, s'appuyant sur ses réflexes d'attrapeur, et Ron fonçait droit devant lui en dispersant les élèves comme un Cognard au milieu des Poursuiveurs.

Hermione, seule une fois de plus, secoua la tête et murmura une phrase que des millions de femmes avaient prononcée avant elle : « Les garçons. »


Le mercredi après-midi, Hermione était proche de la dépression. Elle parvenait tout juste à ne pas envoyer de maléfices à ses deux camarades de chambre, qui discutaient des avantages et des inconvénients de sortir avec des Serdaigles.

Assise à son bureau, d'un côté de la chambre, elle fixait son agenda hebdomadaire avec un sentiment de panique mêlé d'horreur absolue. Le devoir de potion qu'elle devait rendre le lendemain n'était qu'à moitié rédigé. Et elle avait un rapport de Métamorphoses à rendre le jour suivant. Une liane de Schisandra rampante l'attendait pour un élagage dans la Serre trois. Elle devait encore relire le chapitre 18 de son livre sur le soin aux créatures magiques. Sa leçon de Potions avec Neville était programmée pour le soir même et Colin avait encore des problèmes avec ses potions.

Elle s'inquiétait pour Harry, elle devait encore déterminer avec Ron ce qu'ils pourraient faire pour comprendre ce qui n'allait pas chez lui. Elle était de plus en plus préoccupée par Snape et ses plans pour l'aider, même si elle avait dû les laisser de côté ces derniers jours en raison des nombreux devoirs à rendre. Et elle avait un devoir de Sortilèges de 120 centimètres à rendre dans – elle vérifia l'heure – 22 heures environ.

Après avoir relu la liste des choses à faire pour la sixième fois, la panique et l'horreur laissèrent place à une terrible hyperventilation. Elle se rassit au fond de son siège et inspira profondément pour reprendre le contrôle d'elle-même et éviter de s'enfuir en courant et en criant. Après tout, ce n'était pas pire qu'en troisième année, quand elle avait pris des cours supplémentaires et avait dû lutter pour rendre tous les devoirs à temps. Son Retourneur de temps ne lui permettait de récupérer que cinq ou six heures par semaine.

Mais ce qu'elle faisait actuellement nécessitait plus que cinq heures par semaine. C'était hors de contrôle.

Hermione était plutôt fière de son organisation. Elle était du genre à savoir jongler avec n'importe quel emploi du temps. Pour la première fois dans sa jeune vie, elle venait de réaliser qu'elle ne pouvait pas tout faire. Elle devait abandonner quelque chose.

"Respire", se dit-elle, "la panique ne te mènera nulle part".

Elle analysa de nouveau son planning, réfléchissant à ce qui lui semblait le plus important. Harry, Neville, Colin – et, pas aussi surprenant qu'on le penserait – le professeur Snape.

Respire.

C'était assez bizarre pour elle de penser que, pour la première fois, les devoirs ne passaient pas avant tout le reste. Ce n'est pas qu'ils n'étaient pas importants – le savoir et l'apprentissage figureraient toujours en haut de sa liste - mais son besoin vif de faire du travail scolaire semblait s'estomper.

Respire.

Elle se sentit presque vide en réalisant ce que ça signifiait et ce qu'elle allait devoir faire. Comme si, à l'intérieur, elle s'étirait et se sentait à l'étroit. Elle se demanda si c'était la sensation qu'avaient les serpents au moment de muer.

Respire.

Hermione avait déjà ressenti ça. La dernière fois, c'était le lendemain de ses 11 ans, quand ses parents avaient laissé entrer chez eux une femme étrange à l'air sévère, qui portait une longue cape d'un vert profond. Ils avaient eu une longue discussion à quatre, cet après-midi-là. Et le soir même, elle était montée à l'étage et avait rangé ses vieux jouets et les peluches de son enfance. Assise dans son lit, au milieu de sa chambre nettoyée, elle avait ouvert pour la première fois le présent du professeur McGonagall – L'histoire de Poudlard – acceptant le nouveau tournant de sa vie.

Respire.

Maintenant, comme à l'époque, ça faisait mal. Mais elle prit quand même la décision de fermer les trois livres de Sortilèges supplémentaires qu'elle avait éparpillés autour d'elle. Son devoir n'avait pas réellement besoin de ces références supplémentaires. Elle avait déjà toutes les informations nécessaires pour rendre les 120 centimètres de son essai. Probablement pas plus, mais elle supposait que le professeur Flitwick apprécierait un devoir plus court qu'à son habitude. Comme le professeur Snape.

Respire.

Avec un petit pincement au cœur, elle ferma également son livre sur les créatures magiques. Elle n'avait pas vraiment besoin de le relire. Si elle avait oublié quelque chose pendant le cours, quelqu'un d'autre pourrait répondre à sa place.

Respire.

Hermione décida qu'elle pourrait travailler sur la prochaine phase du S.N.O.R.T. après sa leçon avec Neville et Colin, puis elle se concentra sur son devoir de Sortilèges.

Au fil des minutes, sa respiration s'apaisa.


- Déplorable! Nul ! Totalement inutile !

Le cri frustré à l'autre bout de la Salle sur Demande interrompit la session de questions-réponses entre Hermione et Neville. Hermione leva un sourcil dans une impressionnante imitation du professeur Snape.

- Dix points de moins pour Gryffondor pour un langage inadmissible, monsieur Creevey, dit-elle d'une voix traînante.

- Oui, professeur Granger-Snape, répondit Colin avec un air un peu honteux.

Hermione grimaça. Colin avait pris l'habitude de la nommer ainsi en prenant exemple sur Neville. Elle avait eu beau demander, crier et menacer, aucun des deux n'avait renoncé à l'appeler par le nom « Granger-Snape ».

- C'est juste que je ne comprends pas, dit Colin en regardant son chaudron d'un air dégoûté. J'ai suivi les instructions pas à pas. Mais ça… Ce n'est pas du baume anti-brûlures, dit-il en désignant le chaudron.

Hermione s'approcha et jeta un œil à son tour. Elle saisit un bord du chaudron, l'inclina et observa la boue cireuse glisser au fond.

- Définitivement pas du baume anti-brûlures, accorda-t-elle.

Colin laissa échapper un soupir.

- J'ai eu la même chose en cours la semaine dernière. Je jure que j'ai bien suivi les instructions. J'ai vérifié deux fois avant chaque action et j'ai quand même obtenu quelque chose qui ressemblait plutôt à de la soupe de pommes de terre qu'à une potion régénérante. Les racines de bardane ne se sont jamais dissoutes correctement.

Colin s'assit, abattu.

- C'est sans espoir. Je vais échouer et ma mère va me tuer.

Hermione ne prêtait aucune attention aux jérémiades de Colin. Elle glissa un doigt dans la mixture mal brassée puis écrasa la boue entre ses doigts, pensive. Elle sentait les feuilles de plantain hachées et la surface légèrement graveleuse des fleurs de lavande. Elle leva les doigts à son nez et prit une inspiration délicate. Elle identifia sans mal les odeurs riches de la menthe et du thym.

Colin observa l'attitude d'Hermione avec une expression abasourdie puis se pencha en direction de Neville.

- Je te l'avais dit, Neville. C'est les robes. Elles l'ont changée, murmura-t-il. Elle lui ressemble de plus en plus à chaque leçon.

Neville plaqua une main sur sa bouche pour étouffer le rire qui le secouait. C'était d'autant plus drôle qu'il avait tendance à penser exactement la même chose que Colin.

Hermione, qui avait totalement ignoré la conversation de ses compagnons, leva brusquement la tête.

- Colin, est-ce que tu sais faire une potion apaisante anti-rougeurs ?

- Oui, bien sûr, répondit Colin en la regardant avec curiosité. C'est une potion de première année, elle n'a que quatre ingrédients.

- Basse-la, ordonna Hermione avec la grimace moqueuse habituelle de Snape.

Colin haussa les épaules. C'était une potion facile.

- Okay.

La grimace d'Hermione se changea en un sourire mauvais.

- Six fois, Colin.

- Six ? s'exclama Colin, outré. Et pourquoi ça ?

Hermione, imitant de son mieux l'attitude de Snape, lui jeta un regard noir.

- Parce que je vous l'ordonne. Oh ! Et monsieur Creevey… Cinq point en moins pour Gryffondor pour avoir manqué de respect à un professeur.

Colin vit Neville sourire derrière Hermione et préféra se taire et se mettre sagement au travail.

Hermione observait attentivement Colin pendant qu'il brassait sa troisième potion. Son premier essai avait été parfait. Le second était aussi inutile que son essai raté de baume anti-brûlure. Elle l'avait regardé à chaque fois du tout début à la fin et Colin avait raison : il faisait tout correctement. Son deuxième essai avait été brassé de la même façon que le premier, mais l'un des deux fonctionnait et l'autre pas. Il lui manquait une variable.

- Terminé, lança Colin en se laissant tomber sur sa chaise. Celle-ci a fonctionné, ajouta-t-il après avoir regardé la potion.

Il releva les yeux vers Hermione, qui était penchée au-dessus du chaudron, l'expression tendue.

- Encore ? demanda-t-il.

- Encore, confirma Hermione.

Colin laissa échapper un soupir exagéré, mais il reprit son couteau sans autre commentaire.

Neville, qui avait terminé de lire les chapitres demandés par Hermione, s'approcha d'eux. Hermione était appuyée contre le bureau de Snape et observait les progrès de Colin.

- Harry avait aussi ce problème avec les potions, avant, commenta Neville.

- Vraiment ? Je ne me souviens pas, répondit Hermione en fronçant les sourcils.

Neville déposa son sac au sol et s'appuya à son tour contre le bureau de Snape. Il avait toujours l'impression d'être un vilain garçon quand il se comportait comme ça dans la classe de potions. Même si c'était la réplique de la Salle sur Demande. Ce n'était en tout cas pas quelque chose qu'il ferait dans la vraie classe des potions – pas s'il voulait éviter que Snape le transforme en ingrédient.

- Ça ne s'est pas produit très souvent et c'était surtout au début. En première et deuxième année. Pas aussi souvent que Colin, mais régulièrement quand même.

- Qu'a-t-il fait pour corriger ça ?

- Rien. Ça s'est arrêté tout seul.

- Rien ne s'arrête sans raison, répondit Hermione en se tournant vers Neville.

- Que veux tu que je te dise ? C'est juste comme ça, répondit ce dernier en haussant les épaules.

Puis il rassembla ses affaires et quitta la Salle sur Demande. Hermione se concentra de nouveau sur Colin et son brassage de potions. Les quatrième et cinquième potions étaient parfaitement réussies. Mais la sixième fut totalement ratée, les ingrédients ne se mêlant pas correctement.

- Est-ce que je peux y aller, maintenant ?

Colin était vraiment fatigué : ça se voyait dans ses épaules basses et ça s'entendait dans sa voix geignarde.

- Oui, vas-y Colin, répondit Hermione avec un vague signe de main dans sa direction.

Toute son attention restait concentrée sur les six chaudrons identiques alignés sur la table, devant elle. Colin ne perdit pas un instant et jaillit hors de la salle – sans même s'inquiéter quand Hermione lui retira cinq points pour avoir couru en salle de classe.


Hermione était fatiguée. Le temps supplémentaire qu'elle avait pris avec Colin lui avait fait prendre du retard sur son emploi du temps, mais elle avait encore une chose à accomplir avant de prendre un repas bien mérité. Harry voudrait récupérer sa carte et sa cape bientôt. Il fallait qu'elle s'en serve pour faire tout ce qu'elle pouvait tant qu'elle les avait à disposition. Et repousser cette tâche-là ne la rendrait pas plus facile plus tard.

Elle murmura « Méfait accompli », replia la carte des Maraudeurs qui avait maintenant l'air inoffensive, puis la glissa dans une poche de sa robe. La carte et la cape lui avaient permis d'éviter la patrouille du professeur McGonagall et Rusard. La bulle qui identifiait le professeur Snape restait dans le bureau de Dumbledore – une personne de moins dont elle avait à se soucier durant sa promenade tardive.

Elle chatouilla la poire qui ouvrait la porte des cuisines puis se glissa à l'intérieur. Elle s'assura que la porte soit bien refermée derrière elle avant de se retourner : deux douzaines d'elfes la scrutaient de leurs grands yeux. Le fait qu'elle porte toujours la cape d'invisibilité d'Harry rendait la situation encore plus étrange : ils parvenaient apparemment à la voir.

Elle remarqua aussi qu'ils la regardaient avec hostilité – ou du moins, avec autant d'hostilité qu'il était possible pour un elfe de maison. Seul Dobby la regardait comme si elle était la plus belle chose qu'il ait vue de toute la journée. Elle retira la cape et recoiffa rapidement ses boucles emmêlées de la main. Etre au centre de l'attention la mettait mal à l'aise, mais elle essaya d'ignorer ce sentiment, redressa les épaules et se dirigea vers Dobby. Il surveillait actuellement un immense chaudron bouillonnant avec ce qui ressemblait à de la soupe de légumes.

- Bienvenue, Miss Hermione, amie de Harry Potter monsieur. Qu'est-ce que Dobby peut faire pour Miss ?

- Je souhaiterais l'aide des elfes de maison pour un projet sur lequel je travaille.

Elle jeta un œil autour d'elle et constata que la plupart des visages exprimaient un mélange de peur et de méfiance. Il était évident que ses précédentes actions pour promouvoir les droits des elfes ne jouaient pas en sa faveur. Dobby remarqua son air gêné.

- Les elfes ne comprennent pas la liberté, dit-il. Ils ont peur. Peur que Miss leur donne des vêtements.

Hermione remarqua plusieurs elfes autour d'eux frissonner en entendant le mot interdit. Elle aurait aimé… Mais non, elle était là uniquement pour le professeur Snape. Elle devait choisir ses bataille et actuellement, c'était son professeur qui primait. Et si elle perdait du terrain pour les elfes de maison… Mais en avait-elle déjà gagné ? Eh bien, elle n'y pouvait rien.

Décidant que la meilleure manière d'aborder le problème était d'être claire et rapide, elle grimpa sur la table la plus proche.

- Miss ! glapit Dobby en la voyant faire.

- S'il vous plaît, tout le monde, puis-je avoir votre attention un instant ? demanda-t-elle en élevant la voix pour qu'elle porte jusqu'aux coins les plus reculés de la cuisine. Je m'appelle Hermione Granger. Et même si je ne vous connais pas tous, je crois que vous me connaissez tous, de nom et de réputation. Je suis venue aujourd'hui pour vous demander de l'aide – une aide que seuls les elfes de maison peuvent me fournir. Je sais que nos relations dans le passé n'ont pas toujours été les meilleures et que je n'ai donc pas vraiment le droit de solliciter votre aide. Mais je vais quand même vous la demander.

Elle soupira. Elle ne savait pas trop comment aborder la suite.

- En fait, j'ai tellement besoin de votre aide que je suis prête à passer un marché avec vous. Si vous acceptez de m'aider, je PROMETS de ne plus jamais essayer de donner des vêtements à un elfe de Poudlard, à moins que l'elfe en question m'ait spécifiquement demandé de le libérer. Plus de vêtement caché, plus de bonnet cousu, plus de chaussettes.

Son annonce de renoncer officiellement à vêtir les elfes de maison eut un profond impact sur la salle. Depuis son perchoir, elle vit la vague d'excitation se propager à travers toute la foule des elfes. Elle sentait que dans quelques minutes, l'intégralité des elfes de Poudlard aurait eu vent de sa capitulation.

En descendant de sa table, Hermione eut un aperçu immédiat des conséquences de son annonce. A peine avait-elle posé le pied au sol qu'une douzaine d'elfes se pressaient autour d'elle. Des elfes qui, une minute plus tôt, n'osaient pas s'approcher à plus de 30 centimètres. Ils lui proposaient du thé, du jus de citrouille, des biscuits, une part de gâteau au chocolat… Tout ce qu'elle pouvait désirer, ainsi qu'une chaise pour la gracieuse Miss.

Avec leur efficacité légendaire, ils eurent tôt fait de l'installer à table, avec un thé à la camomille et un plateau de ses biscuits au citron préférés, et d'attendre avec anxiété son approbation. Elle prit l'un des biscuits, en croqua un bout en montrant à quel point elle en appréciait le goût. Puis elle prit une gorgée de thé, parfaitement adouci par une pointe de miel, exactement comme elle l'aimait.

- C'est vraiment excellent, dit-elle. Merci à tous.

Une douzaine de soupirs satisfaits répondirent à sa politesse.

- Qu'est-ce que la miss veut demander aux elfes de maison ? demanda une vieille voix grinçante qui portait à travers la foule.

Le petit groupe autour d'Hermione s'éparpilla et Hermione put apercevoir un elfe de maison âgé. Il portait autour de son corps maigre une serviette d'un vert fané, comme une toge.

Hermione avait l'impression qu'il était très âgé, d'autant plus que les autres elfes de maison lui faisaient place avec une déférence évidente. Les bonnes manières qu'on lui avait inculquées enfant refirent brusquement surface.

- Voulez-vous vous asseoir ? proposa-t-elle en désignant la chaise en face d'elle.

Autour d'elle, elle entendit plusieurs couinements. « Miss demande à Lonny de s'asseoir, » « Miss traite Lonny comme son égal ».

- La jeune miss est généreuse avec les elfes, répondit Lonny d'une manière qui lui donnait l'impression que ce n'était pas une bonne chose.

Eh bien ils n'avaient qu'à s'habituer : elle n'allait pas renoncer aussi à les traiter correctement.

- Les elfes de maison travaillent beaucoup, dit-elle, et ont peu de reconnaissance. Ça ne me coûte rien d'être polie et gentille.

L'elfe secoua la tête avec un air désapprobateur sur son visage ridé.

- Les elfes ne travaillent pas pour de la reconnaissance ou de l'argent ou des vêtements, dit-il avec un air lourd de sens, mais pour l'honneur de servir.

Hermione était dubitative, surtout quand ceux qui bénéficiaient du service des elfes les traitaient avec mépris et cruauté. Elle ne put s'empêcher d'exposer son point de vue.

- C'est un honneur de servir quand ceux qui en profitent n'abusent pas du privilège qui leur est offert.

Encore une fois, le vieil elfe secoua la tête, désapprobateur.

-La jeune Miss voit certainement plus que beaucoup de sorciers et sorcières depuis fort longtemps, mais la Miss ne comprend pas ce que la Miss voit. Quand une mère s'occupe de son enfant malade, a-t-elle besoin de reconnaissance ? Quand un père montre à son enfant comment tenir une baguette magique pour la première fois, le fait-il pour l'argent ?

Hermione ne savait pas quoi répondre. En fait, elle n'avait jamais pensé aux elfes de cette manière. Ce que cet elfe donnait comme raison à leur servitude était tellement loin de l'esclavage auquel elle pensait.

- Je ne sais pas, répondit-elle avec honnêteté.

Cette fois, l'elfe approuva de la tête.

- La jeune Miss pense. Ça la jeune Miss sait faire.

Il mit fin à cet échange en claquant des doigts : un petit tabouret bas apparut derrière lui. Il releva sa toge-serviette avec dignité et s'assit.

- Comment Lonny et les elfes de maison peuvent-il aider Miss ?

Hermione se souvint des petits mouchards de cuivre qu'elle avait trouvés dans la bibliothèque. Elle avait alors pensé que les tableaux et les elfes de maison devaient eux aussi rapporter ce qui se passait dans le château au directeur. Ce n'était pas que son projet était spécialement confidentiel ou que le directeur réprouverait ses actes, mais bizarrement, elle avait l'impression que c'était mieux si tout restait secret.

- D'abord, je voudrais que vous gardiez ma demande pour vous, juste entre nous. Ce n'est ni dangereux, ni illégal, s'empressa-t-elle d'ajouter, mais j'aimerais que mon projet reste totalement anonyme.

L'elfe eut à nouveau un air désapprobateur.

- Les elfes ne font pas de mal aux jeunes maîtres. Les elfes ne jouent pas de tour.

L'elfe croyait qu'elle voulait de l'aide pour piéger un autre étudiant. Hermione réalisa qu'ils avaient certainement eu de nombreuses demandes similaires au fil du temps, surtout quand on pensait à leur capacité de se rendre partout sans être vus.

- Je ne veux faire de mal à personne, dit-elle. En fait, j'essaye même de… Disons que j'essaie de réparer une souffrance que je vois arriver.

Soudain, Hermione eut une inspiration.

- Je désire servir, dit-elle calmement avec toute la sincérité dont elle était capable.

Autour d'elle, les elfes qui étaient retournés à leurs tâches se stoppèrent une nouvelle fois. Rapidement, on entendit monter leurs murmures. Le vieil elfe l'observait avec amusement, lui donnant l'impression d'être face à une version elfique de Dumbledore.

- La jeune Miss désire servir ?

Hermione approuva de la tête.

- Le professeur Snape est malade, dit-elle en fronçant les sourcils. Ou peut-être pas malade, je ne suis pas sûre. Mais il ne dort pas et mange mal. Je voudrais l'aider, mais je ne sais pas encore comment. Ce que je sais, c'est que je ne peux pas l'aider sans votre aide. Et que si je l'aide, il ne doit pas le savoir.

Elle repensa au début de sa conversation avec l'elfe.

- Il n'appréciera pas mon aide, ajouta-t-elle avec honnêteté, et il ne va certainement pas me payer. Et je ne pense pas qu'il m'offrira des vêtements un jour.

Enfin… Il lui avait prêté sa robe, une nuit dans les couloirs, mais les elfes n'avaient pas besoin de le savoir. Ça rendrait les choses beaucoup plus compliquées à expliquer.

Lonny cligna des yeux et tira l'une de ses oreilles.

- La Miss pense que les elfes ne font pas leur travail pour le Maître des Potions ?

Hermione eut la vision des elfes en train de repasser leurs oreilles en masse et sursauta.

- Non ! affirma-t-elle. Je pense que les elfes de maison font un travail merveilleux. Vous faites toujours un travail merveilleux. C'est juste que… prendre soin du professeur Snape est plus compliqué que prendre soin des autres, dit-elle en choisissant ses mots avec soin.

« Compliqué » était un mot un peu nul qui lui semblait tellement en-dessous de la réalité, mais Lonny semblait être d'accord.

- Et la jeune Miss veut servir le Maître des Potions ?

- Oui.

Lonny attrappa de nouveau son oreille, se tourna et appela fermement : « Rink. » Quelques secondes plus tard, un elfe de maison apparut à côté de Lonny avec un faible « pop ». L'elfe, qu'Hermione supposait être Rink, salua Lonny d'une révérence très basse puis en fit de même pour elle.

- Rink sert le Maître des Potions pour tous ses besoins, dit Lonny en pointant Rink de son long doigt osseux.

Hermione ressentit un frisson d'excitation. Rink était justement l'elfe de la situation, avec qui elle avait besoin de discuter.

- La jeune Miss pense que le Maître des Potions ne va pas bien, dit ensuite Lonny à Rink. La jeune Miss veut servir le Maître. La jeune Miss dit que le Maître ne dort pas et ne mange pas.

Les petites épaules et les oreilles de Rink tombèrent sous l'abjecte détresse qu'il ressentait. Hermione fut consternée de voir les larmes remplir ses yeux.

- Rink est désolé. Rink va mettre sa tête dans un four. Rink va repasser ses oreilles.

L'elfe eut un grand sanglot de désespoir avant de bondir sur la table à laquelle Hermione était assise. Avant qu'elle n'ait pu réagir, il se cogna violemment la tête contre le bois.

- Rink a échoué à servir le Maître des Potions, se lamenta-t-il bruyamment avant de se cogner violemment une deuxième fois. Rink doit être puni.

Aussi surprise qu'elle fut, Hermione parvint à se lever et à empêcher Rink de se cogner la tête une troisième fois. Elle enroula ses bras autour de l'elfe pour l'empêcher de se blesser plus. Entre Rink qui tentait de se rapprocher de la table et Hermione qui faisait tout pour l'en éloigner, ils s'écroulèrent rapidement au sol dans un mélange confus de bras et de jambes.

Rink en profita pour essayer de se cogner la tête contre le sol de pierre. Hermione retint l'elfe encore plus fort contre elle et roula sur le dos.

- Arrête ça tout de suite ! ordonna-t-elle.

Elle ne savait pas s'il ne l'avait pas écoutée ou juste pas entendue, mais il continuait à lutter en lui donnant des coups dans les tibias, de ses pieds nus et cornés.

- Rink, tu fais mal à la jeune Miss.

En entendant les mots réprobateurs de Lonny, Rink se figea immédiatement. Hermione voulut éviter une nouvelle série de récriminations et d'autopunition et garda les bras fermement enroulés autour de Rink.

- Je ne suis pas blessée, juste un peu secouée, dit-elle. Il n'y a pas de mal.

Elle ouvrit les bras doucement, mais Rink semblait s'être calmé. Elle s'assit et le reposa gentiment au sol. Lonny le regardait avec une expression sévère qui lui rappelait l'air de Dumbledore, quand il était déçu.

- Est-ce que la jeune Miss dit vrai à propos du Maître des Potions, demanda-t-il.

Rink approuva de la tête, les yeux à nouveau plein de larmes. Au moins, cette fois, il se retint de se faire violence à lui-même.

- Rink vérifie toujours le plateau après les repas. Le maître mange un peu, mais pas tout. Rink laisse du thé et les biscuits préférés du maître quand il part, mais quand Rink revient, le thé est froid et les biscuits sont toujours là.

- Rink, comment dort-il ? demanda Hermione d'une voix douce.

Les oreilles de Rink tombèrent encore plus bas, en plein désespoir.

- Rink a vu le Maître passer beaucoup beaucoup de nuits sans dormir ou en dormant peu. Rink ne devrait pas le dire, geignit l'elfe en se tordant les mains. Le Maître va être très en colère.

Lonny reprit la parole en désignant Hermione.

- La jeune Miss veut servir le Maître des Potions. La jeune Miss sait que le Maître n'est pas content. Dit à la Miss ce que Rink sait.

- Quand le Maître dort, répondit Rink avec une voix basse, le Maître crie. C'est beaucoup de cauchemars que le Maître a.


Et voilà ! Ça s'arrête ici. Petit chapitre de transition en attendant le prochain ^^ Qu'en avez-vous pensé ?

Si tout va bien, le prochain chapitre est programmé pour dimanche prochain (oui, déjà). Alors à bientôt, j'espère !

Lena.