Bonjour à tous,
Voici la suite de cette traduction. Pour ceux qui m'ont posé la question et à que je n'ai pas toujours répondu directement : je ferai de mon mieux pour publier une fois par semaine. Mais ça peut être exceptionnellement plus (comme cette semaine) et parfois non, pour raisons de santé. Merci d'avance pour votre patience et merci aux lecteurs et à tous ceux qui ont pris le temps de me laisser leur avis et leurs encouragements.
Bonne lecture, on se retrouve en bas !
Chapitre 8 – Etre remarquée
Plus elle descendait dans l'obscurité des cachots et plus l'air était glacé sur sa peau. Ce n'était probablement pas la meilleure idée qu'elle ait eu, mais elle avait épuisé toutes les autres ressources.
Elle savait qu'elle était une jeune sorcière brillante et intelligente. Elle ne s'était jamais considérée comme un génie, même quand on l'avait parfois qualifiée ainsi – le professeur Snape le premier. En effet, comme ce dernier l'avait également prouvé avec sa leçon sur l'Affinité, elle ne savait pas tout. Elle était, cependant, assez intelligente pour reconnaître ce simple fait.
Elle essuya ses paumes moites sur sa robe. Elle aurait préféré tout savoir. Il n'y avait aucun autre moyen de résoudre son problème : elle avait besoin d'informations et seul le professeur Snape pourrait les lui fournir. La question était : accepterait-il de l'aider ? Elle espérait juste qu'il serait aussi obligeant que pendant sa retenue.
Trop rapidement, elle fut devant la porte de son bureau. Le fait que celle-ci soit partiellement ouverte lui laissait un espoir qu'il l'aide.
Elle frappa légèrement contre le bois, suffisamment fort pour être entendue, mais suffisamment doucement pour ne pas ouvrir plus la porte.
- Entrez.
Hermione s'avança dans le bureau et s'imprégna des lieux, essayant de tout voir et tout retenir d'un coup.
La dernière fois qu'elle était venue là, c'était en deuxième année. Elle avait été extrêmement pressée : il fallait qu'elle trouve et emporte la corne de bicorne et la peau de serpent du Cap avant d'être vue. La diversion d'Harry ne lui avait laissé que quelques minutes pour prendre les ingrédients et s'enfuir. Elle n'avait pas eu le temps d'observer les lieux. Ses souvenirs étaient assez flous : une impression de peur, des bocaux plein de choses non identifiables, du stress, un bureau de bois travaillé, couvert de parchemins et de livres, le son des battements de son cœur résonnant dans ses oreilles…
Aujourd'hui, elle pouvait réellement observer autour d'elle. Les bocaux remplis étaient toujours alignés sur les étagères, mais chacun était identifiable au lieu d'être une simple masse. Au lieu d'être dérangée ou dégoûtée, elle était plutôt fascinée à la vue des différents spécimens. Elle mourrait d'envie de toucher, explorer, bouger les bocaux pour mieux voir certaines choses qui flottaient à l'intérieur.
Oooh, est-ce que c'était bien un Grinchebourdon dans le bocal bleu ?
- Miss Granger.
Le ton traînant et sardonique du professeur de Potions attira immédiatement son attention dispersée. Ne connaissant pas son humeur et très peu encline à provoquer son impatience légendaire, elle lui adressa un regard posé et un petit sourire.
Elle résista à l'envie de remuer sous son regard impassible. S'il était étonné de la voir, il n'en laissait rien paraître. Non pas qu'elle se soit attendu à le voir surpris. Après tout, il gardait ses émotions pour lui-même la plupart du temps. Avec tout le temps qu'elle avait passé à l'observer, elle pensait être capable d'interpréter ses humeurs, mais le professeur Snape restait quand même un grand mystère. Savoir exactement ce qu'il pensait était impossible.
- En vingt ans de carrière, je crois que vous êtes la première Gryffondor à profiter de mes heures de permanence. Pour quelle raison avez-vous décidé de briser ce record de tranquillité parfaite, miss Granger ?
Elle se détendit légèrement à ces mots. Il ne l'avait pas immédiatement jetée dehors et son ton n'était qu'à moitié menaçant. Il était donc de relative bonne humeur.
Elle s'était demandée, un peu plus tôt, comment faire sa demande avec un minimum de subtilité. Malheureusement, ce n'était pas son truc, alors elle avait décidé qu'une approche directe serait bien plus efficace. Même si ça risquait de heurter sa sensibilité de Serpentard.
- Je voudrais vous demander de l'aide pour un problème que je rencontre, monsieur.
- Vu la nature de votre formulation, je dois comprendre qu'il ne s'agit pas d'un devoir de Potions, dit-il en levant un sourcil surpris.
Elle sentit la déception pointer son nez.
- Pas exactement, monsieur, répondit-elle en secouant la tête. C'est plutôt un projet personnel sur lequel je travaille.
Maintenant, elle était sûre qu'il refuserait. Il ne l'aiderait pas en sachant qu'il perdait son temps personnel pour des poursuites extra-scolaires. Cependant, le regard calculateur qu'il lui adressa lui redonna brusquement espoir. Enfin, de l'espoir teinté d'anxiété. Elle n'était pas sûre d'aimer la lueur qui s'était allumée dans ses yeux.
- Combien de points, miss Granger, pensez-vous perdre quand nous aurons terminé cette conversation ?
D'abord surprise par la question, elle comprit assez vite.
Il voulait savoir à quel point sa question était importante pour elle. Elle se mordit la lèvre et réfléchit. Proposer cinq ou dix points ne la mènerait nulle part, si ce n'est hors de son bureau. Le professeur Snape la regardait avec un rictus moqueur, prêt à la mettre dehors pour lui avoir fait perdre son temps.
Elle prit sa décision.
- Cinquante, proposa-t-elle.
Ron allait la tuer.
Le professeur ne s'était visiblement pas attendu à ce qu'elle relève le défi. Elle était certaine qu'il s'attendait à la voir fuir dès qu'il avait parlé des points. Il posa sa plume, s'adossa contre le dossier de sa chaise et joignit ses doigts pensivement.
- Il y en a qui disent, miss Granger, que passer un pacte avec les Serpentards équivaut à passer un pacte avec le diable.
Il s'interrompit un instant avant de reprendre.
- Cent points.
Cette contre-offre était si scandaleuse qu'elle oublia temporairement les circonstances de sa venue et la personne qui était devant elle.
- C'est du vol ! s'exclama-t-elle. Soixante, dit-elle en croisant les bras et en plissant les yeux.
Son rictus s'accentua et les coins de sa bouche tremblaient légèrement, comme s'il luttait contre un irrépressible sourire. Il étudia ses ongles avec soin, puis joua avec le durillon au bout de son majeur. Le silence s'éternisait et Hermione grinça des dents, agacée. S'il croyait qu'elle allait laisser tomber, il allait être surpris.
Après de longues minutes, il releva finalement les yeux vers elle.
- Vous êtes en train de tester les dernières limites de ma patience, fillette.
Il s'interrompit, comme pour voir comment elle réagirait à ces mots. Comment allait-elle répondre à ça ?
Elle baissa les bras, abandonnant sa pose boudeuse, mais elle leva le menton.
- Oui, monsieur, c'est vrai.
Il prit une brève inspiration et Hermione espéra que ça traduisait son amusement plutôt que sa colère. Son espoir fut récompensé.
- Quatre-vingt-dix.
Ses paumes étaient à nouveau moites. C'était dans des moments comme ça que jurer lui ferait du bien. Que devait-elle faire ? Et surtout, jusqu'à quel point la laisserait-il s'en sortir ? Et pourquoi marchandait-il avec elle ? Etait-ce la vanité ? Son égo ? Puis soudain, une idée la frappa.
- En tant que Maître des Potions, je pense que vous pourriez trouver mon problème intellectuellement stimulant, monsieur, dit-elle avec courtoisie. J'aimerais donc vous suggérer respectueusement soixante-dix.
De nouveau, il l'observa par-dessus ses doigts joints. Son regard noir et impénétrable ne la quittait plus. Malgré tout, elle pensait avoir vu une lueur d'amusement danser dans ses yeux, l'espace d'un instant.
- Je devrais ajouter l'impertinence à la liste de l'agacement et de l'irritation. Soixante-quinze.
Elle n'hésita pas un instant.
- Marché conclu ! Monsieur, ajouta-t-elle hâtivement.
Ron allait définitivement la tuer. Sans parler des autres Gryffondor, quand ils verraient le total des points de leur maison plonger dans les abysses. D'autant plus qu'elle ne pourrait fournir aucune explication valable à ses camarades.
- J'espère que vous réalisez, miss Granger, que je n'ai aucunement le besoin de faire du troc avec mes élèves. Je pourrais parfaitement vous retirer les cent points du début pour m'avoir dérangé, puis vous renvoyer dans votre tour.
- Oui, monsieur, j'en suis consciente. J'espère néanmoins que vous voudrez bien m'apporter vote aide pour ce projet – ou au moins que vous m'écouterez d'abord. Je pense que la perte de points le mérite.
- Vous pensez ? dit-il doucement.
Il désigna la chaise devant son bureau d'une main, l'incitant à s'asseoir.
- C'est ce que nous allons voir, n'est-ce pas ? Mais soyez assurée, miss Granger, que si vous m'avez réellement fait perdre mon temps, le retrait de cent points sera le cadet de vos soucis. Maintenant dites-moi quel est ce problème qui semble si important.
Son soulagement était tel qu'elle fut heureuse de s'asseoir. Elle se sentait étourdie par cette petite victoire. Il avait accepté de l'écouter.
Elle tenta de rester calme et sortit de sa robe les six flacons contenant les potions brassées par Colin. Chaque flacon portait une étiquette nette et soignée, qui détaillait la date, l'heure et la potion contenue dans le flacon. Elle les aligna sur le bureau, entre son professeur et elle.
Il sélectionna deux fioles, l'une avec une potion correcte et l'autre avec une potion manquée. Il inclina chacun des flacons et observa le liquide épais glisser le long du verre.
- Quel est le problème, miss Granger ?
Et Hermione commença à expliquer, en détaillant les conditions du brassage, l'utilisation des mêmes ingrédients, les étapes qu'elle avait soigneusement observées. Elle décrivit avec soin tout ce qui s'était passé, ne taisant que le nom de l'étudiant et la raison pour laquelle il avait brassé ces potions. Quand elle eut terminé, elle s'adossa à sa chaise en s'apercevant brusquement à quel point elle était confortable.
Elle ne se serait pas attendue à se sentir ainsi, dans le bureau de l'irascible maître des Potions.
Puis le professeur Snape commença son interrogatoire et elle oublia toute notion de confort.
Severus détestait les réunions de professeurs. Les réunions du personnel étaient d'ailleurs l'une des raisons essentielles qui lui faisaient détester l'enseignement. Juste derrière les élèves eux-mêmes. Malheureusement, aucune de ses excuses habituelles ne lui permettrait d'y échapper aujourd'hui.
Le directeur savait parfaitement qu'il était libre de toute obligation et c'est pour ça qu'il se retrouvait maintenant dans cette salle minuscule, sans espoir de s'enfuir. Albus était venu personnellement le chercher dans ses cachots. Comme s'il allait croire que le directeur était vraiment « juste dans les parages, par hasard ».
Dans des moments comme celui-là, Severus comprenait pourquoi certains animaux étaient prêts à se couper un membre pour se libérer d'un piège.
Albus était installé dans le fauteuil de cuir usé le plus proche de la cheminée, avec toute la dignité d'un roi sur son trône. Comme à son habitude, quand il n'avait pas d'autre choix que de participer aux réunions, Severus prit le fauteuil le plus éloigné, laissant les autres professeurs s'installer autour d'Albus au fur et à mesure de leur arrivée.
Il promena ses doigts sur le cuir craqué de l'un des bras de son fauteuil. Il appréciait ce vieux fauteuil, esquinté, éraflé et pourtant toujours debout pour remplir sa tâche. Il trouvait du réconfort dans ce mélange de force et d'usure. Et puis, il aimait la position de ce fauteuil dans la pièce. Il avait un bon aperçu de ses collègues, mais eux devaient tordre le cou pour le regarder correctement.
D'ailleurs, il tirait avantage d'être arrivé le premier avec le directeur : non seulement il avait choisi sa place favorite, mais il pouvait observer l'arrivée des autres professeurs. Selon la personnalité et les convictions de ses collègue, sa présence était soit saluée, soit oubliée, soit ignorée.
Minerva et Pomona Chourave arrivèrent ensemble mais se séparèrent dès le pas de la porte. Minerva prit le fauteuil à côté d'Albus et Pomona celui près de la fenêtre, dont le dossier était encore un peu réchauffé par le soleil tardif de ce jour-là.
Minerva lui fit un sourire et un léger signe de tête avant de se tourner pour discuter avec Albus à voix basse. Pomona lui fit un signe de tête raide et sans la moindre once de chaleur. Même quand il était étudiant, il la mettait mal à l'aise. Les années qui avaient suivi et les rumeurs sur son allégeance n'avaient pas changé son opinion, au contraire. Pomona était constante et loyale, parfaitement fidèle à la réputation de sa maison. Mais sa loyauté allait à Albus et Poudlard et elle ne l'avait jamais inclus.
Hagrid entra ensuite, avec son odeur de chien mouillé. Son salut bruyant et sa silhouette disproportionnée donnèrent immédiatement l'impression que l'espace s'était encore réduit. Mais en dépit de tous les regards dédaigneux et sa nature amère, Severus appréciait plutôt le demi-géant. Rubeus Hagrid ne l'avait jamais, durant toutes ces années, regardé comme s'il valait moins qu'un autre.
Même quand il était enfant, bizarre et morose, Hagrid l'avait accueilli chaleureusement. C'était tout ce passé qui poussa Severus à répondre d'un signe de tête quand Hagrid le vit dans le coin et lui lança « B'jour ! »
Sinistra entra ensuite, rapidement suivi de Bibine et Vector. Les deux premières l'ignorèrent, mais la troisième – comme souvent ces temps-ci – lui jeta un regard un peu trop appuyé avant de s'asseoir. Ces derniers temps, ces regards prolongés étaient encore moins discrets. Il se demandait quelle équation arithmantique avait provoqué ce soudain intérêt.
Mesdames Pince et Pomfresh arrivèrent ensuite, toutes les deux en grande discussion à propos d'un nouveau livre sur les sorts médicaux qui venait d'arriver à la bibliothèque. La bibliothécaire jeta un œil dans sa direction, mais elle ne montra aucun sentiment positif ou négatif. Poppy, en revanche, ne montra pas la même retenue. Son sourire et son signe de la main étaient à la fois chaleureux et sincères. Comme pour Hagrid, il lui répondit d'un signe de tête.
Les quatre derniers professeurs arrivèrent en groupe : Flitwick, Ambroise Franklin – le professeur d'Etude des Moldus, Mortimer Galend – l'actuel professeur de Défense contre les Forces du mal, et Trelawney. Seule cette dernière eut une réaction en regardant dans sa direction : elle eut un frisson dramatique et resserra son châle autour d'elle. Il répondit en fronçant les sourcils, ce qui poussa l'idiote à se presser vers son fauteuil.
Quand Sybille fut installée, le petit enfer personnel de Snape put commencer.
Après ce qui sembla être une éternité, Albus posa finalement la question préférée de Severus lors de ces points professoraux.
- Quelqu'un souhaite-t-il aborder un sujet ou puis-je conclure cette réunion ?
Severus était déjà à la porte quand il vit Filius se redresser sur son coussin. Qu'ils aillent tous en enfer ! Il était si proche de la liberté. Mais sa longue expérience avec le professeur de Sortilèges lui permettait de reconnaître sa manière de gigoter. Ses mouvements signifiaient qu'il était inquiet pour quelque chose et non pas qu'il était pressé de sortir. De toute façon, il était à peu près sûr d'être le seul à être pressé de voir ces réunions se terminer.
Il se résigna à écouter un échange professoral d'une demi-bougie de plus, au moins, et se rassit dans son fauteuil. Il ignora les voix de ses collègues et laissa son esprit vagabonder vers le problème très intéressant que lui avait soumis miss Granger.
Même s'il ne l'admettrait jamais, son échange avec l'étudiante un peu plus tôt avait été le moment le plus agréable de sa journée. En même temps, vu que cette journée était également occupée par une réunion obligatoire de professeurs, ça ne voulait pas dire grand-chose. Mais tout de même, sa demande d'aide sur un projet qui n'était pas une expérience en potions – couplée avec le mystère de sa nouvelle manière de rédiger ses devoirs – avait éveillé son intérêt.
Ça et le fait qu'elle se sentait le besoin de le saluer quotidiennement, depuis quelques temps. Et son attitude bizarre en classe. Le comportement de la jeune femme était décidément étrange et ne semblait pas vouloir changer de sitôt.
La seule chose qui lui faisait penser qu'il ne s'agissait pas d'une grande farce bien orchestrée était le fait que ses deux imbéciles d'acolytes, Potter et Weasley, n'avaient pas changé d'attitude.
Sans compter l'énigme des potions qu'elle lui avait présentée. Six potions, toutes brassées en suivant les mêmes instructions, avec le même stock d'ingrédients, mais quatre fonctionnaient et deux n'étaient qu'un vaste échec. C'était déjà intriguant en soi, mais encore plus quand on prenait en compte les informations que miss Granger n'avaient pas fournies, malgré leur pertinence. Comme qui avait fait ces potions, comment et pourquoi…
Oui, c'était un puzzle très intriguant.
Soudain, ses collègues mentionnèrent le nom de Granger et son attention revint toute entière à leur discussion.
- Ce n'est pas qu'elle fait quoi que ce soit de mal, vous comprenez, dit Filius. C'est juste que j'ai l'impression qu'elle ne fournit plus autant d'efforts qu'avant dans son travail.
Severus nota les sourcils froncés de Minerva. Il ne manqua pas non plus le coup d'œil rapide qu'elle lança dans sa direction, avant de se pencher vers le professeur de Sortilèges.
- Voulez-vous dire que son travail se dégrade ? demanda-t-elle.
Flitwick tordit le bout de sa moustache d'un geste nerveux, en réfléchissant à sa réponse.
- C'est là tout le problème ma chère, dit-il finalement. Elle a toujours une moyenne de 110 pour cent. Mais ce n'est plus les 120 d'avant.
Il sourit à Sinistra en entendant son petit pouffement amusé.
- Je sais, ça n'a l'air de rien, approuva-t-il. Elle est toujours la première élève de son année. Quand elle a cessé de rajouter des références hors cursus, je ne me suis pas tout de suite inquiété. Je me suis dit qu'elle était encore jeune et qu'elle voulait certainement prendre un peu de temps pour elle. Compte tenu de ses résultats, ce travail complémentaire n'était de toute façon pas obligatoire.
- Ça se comprend, intervint Rolanda Bibine en haussant les épaules avec indifférence.
Snape nota cependant que Vector avait désormais le même froncement de sourcils que Minerva, un instant plus tôt.
- En temps normal, j'aurais été d'accord, confirma Flitwick. Ce serait parfaitement compréhensible si ça c'était arrêté là. Mais la dernière fois, elle m'a rendu un parchemin de 120 centimètres pile. Exactement la longueur demandée, sans le moindre extra.
Rolanda ne pouvait pas comprendre l'étonnement évident de Flitwick. En tant que professeur de vol, elle n'avait jamais eu à expérimenter les devoirs écrits d'Hermione Granger. Cette information intriguait cependant Severus. Le mystère qui entourait la jeune fille s'épaississait. Apparemment, elle n'avait pas changé ses habitudes de six ans que dans sa classe.
- Albus ? interrogea Minerva.
Severus savait ce qu'elle voulait. La magie d'Albus, en tant directeur, était directement reliée aux barrières magiques qui surveillaient et protégeaient Poudlard. Il bénéficiait également d'autres méthodes secrètes de surveillance, celles qu'avaient installées les directeurs successifs du château. Ça donnait l'impression au commun des mortels qu'il savait tout. Severus savait que cette réputation aidait à restreindre les comportements les plus extrêmes des étudiants. Minerva voulait juste savoir si Albus avait des informations de ses sources.
Étrangement, même l'omniscience d'Albus sembla lui faire défaut cette fois.
- Malheureusement, Minerva, il semblerait que je ne puisse rien vous apporter de plus. Je n'ai rien vu ni entendu quoi que ce soit concernant miss Granger. Je suis sûre que miss Granger a simplement trouvé de nouveaux centres d'intérêt. Je sais que je n'en ai pas l'air, ajouta-t-il avec malice, mais j'ai été jeune moi aussi. Peut-être qu'un jeune homme a attiré l'attention de miss Granger ? Le jeune Ronald Weasley par exemple ?
A cette image, Severus eut un faible reniflement d'amusement mêlé de mépris, mais assez fort pour que plusieurs de ses collègues se tournent vers lui.
- Quoi qu'il arrive à miss Granger, je doute sérieusement que ce Wealsey en soit la cause, dit-il d'un ton qui laissait entendre tout ce qu'il pensait du mérite de ce jeune homme.
Tous les regards étaient désormais braqués sur lui. Plusieurs professeurs avaient dû tourner leur chaise pour le voir.
- Vous savez quelque chose, dit Minerva d'un air pincé.
Ce n'était pas tant une question qu'une affirmation.
Quand il se contenta de lui rendre son regard sans un mot, elle pinça les lèvres un peu plus fort, la moue désapprobatrice. Il aimait provoquer le tempérament sanguin de l'écossaise et se demandait souvent si elle se rendait compte qu'il le faisait délibérément.
Quand elle reprit la parole, son accent commençait à transparaître.
- Severus Snape, nous n'allons pas jouer au jeu des vingt questions de Serpentard. Que savez-vous à propos de miss Granger ?
Il passa un doigt sur sa lèvre supérieure, plus pour cacher son petit sourire qu'autre chose.
- Je ne sais rien, Minerva. Juste que la fille se comporte bizarrement, comme l'a dit le professeur Flitwick. Elle ne rédige plus que la longueur de parchemin demandée pour les devoirs de Potions également.
Il s'interrompit un instant, ne sachant pas quoi ajouter d'autre. Albus lui lança un regard et il se sentit obligé d'ajouter quelque chose.
- Elle ne lève plus non plus la main en classe, sauf s'il est évident que personne d'autre ne connaît la réponse.
- Et ? demanda Bibine. Qu'y a-t-il de bizarre à ça ?
- Ce simple fait est un signe que quelque chose ne tourne pas rond, répondit Severus. Une pluie de feu ou une invasion de criquets ne sont pas des signaux plus clairs d'une catastrophe à venir, que miss Granger qui cesse de lever la main. Une chose également. Elle a cessé d'aider Longdubat pendant mes cours. Je suspecte cependant qu'elle l'aide en dehors des cours, étant donné que ses devoirs, ses réponses et sa pratique des potions s'améliorent régulièrement.
Cette fois, Minerva haussa les sourcils.
Et Severus plissa les yeux. Il n'était pas question de révéler que Granger le saluait dès qu'elle le pouvait. Cette phrase semblait déjà idiote quand il la pensait. Alors la prononcer ne ferait que provoquer le rire de ses collègues. Ils ne pourraient pas comprendre : eux étaient abordés quotidiennement dans les couloirs par des étudiants, avec aisance et familiarité.
Le rire d'Albus interrompit le regard de Minerva.
- On dirait simplement que miss Granger s'adapte simplement à sa nouvelle maturité. Je ne pense pas qu'il y ait quoi que ce soit d'inquiétant. Allons ! s'exclama-t-il en claquant des mains pour terminer la réunion. Je ne sais pas pour vous, mais moi je suis affamé. Le dîner nous attend.
Alors que tout le monde sortait, Severus se sentit de nouveau observé. Il se tourna légèrement là où Vector était toujours assise. Elle le regardait pensivement.
Il eut un rictus méprisant et se sentit mieux quand elle rougit de gêne de s'être fait prendre.
C'était toujours plus facile de comprendre après coup où on s'était trompé. En regardant en arrière, elle voyait maintenant à quel point ça avait été une mauvaise idée. Dommage qu'elle n'ait pas pensé à tout ça avant. Elle avait la carte des Maraudeurs. Elle aurait pu observer depuis la sécurité de son lit.
Mais non, il fallait qu'elle le voie de ses propres yeux. Elle avait besoin que ce soit plus… proche. Plus personnel.
Hermione se pressa un peu plus dans l'alcôve, s'assurant que le bas de la cape d'Harry cache bien ses pieds. Proche et personnel, bien sûr. Elle devrait peut-être faire examiner sa santé mentale. Depuis quand était-elle une rebelle qui ne se souciait pas des règles ? Est-ce qu'elle avait toujours été comme ça ou était-ce le résultat d'un long et lent processus ?
Elle avait pris l'habitude de faire taire sa conscience en rationalisant et en considérant que tout était à cause d'Harry et Ron. Elle avait juste été entraînée dans leurs aventures – plus pour leur éviter d'avoir plus de problèmes que parce qu'elle voulait s'investir dans leurs bêtises.
Mais où étaient Harry et Ron cette fois ?
Bien au chaud sans leurs lits, comme les Gryffondors respectueux des règles qu'ils étaient. Les Gryffondors hors-la-loi se trouvaient actuellement dans une alcôve sombre du troisième étage, en priant tout ce qui existait que l'homme avec qui elle partageait cette alcôve ne découvre pas sa présence.
Ce n'était définitivement pas sa meilleure idée.
Elle avait cédé à la tentation. Enfin, à la curiosité.
Protégée par les rideaux de son lit, elle avait observé la carte des Maraudeurs et avait vu le professeur Snape faire des rondes sans fin dans le château. Elle avait ressenti le besoin de le voir. Elle voulait être connectée avec lui, comprendre ce qui le poussait à parcourir Poudlard toute la nuit.
Elle avait ignoré toute prudence. Même si une petite voix qui ressemblait bizarrement à celle de Snape lui avait fait remarquer qu'elle agissait typiquement en Gryffondor, elle avait quitté la Tour. Elle avait emporté la cape et la carte.
Le trouver avait été plutôt facile, avec l'aide de la carte. Ne pas se faire remarquer s'était révélé plus compliqué. Même avec un sort de silence et la cape, ça ne lui avait pas pris longtemps avant de vérifier par-dessus son épaule. Elle avait compris qu'il ressentait sa présence, un peu comme dans la Grande Salle.
Elle s'était alors mise à le suivre à distance. Elle n'avait jamais songé une seconde à retourner dans sa chambre.
Puis elle avait entendu des voix derrière elle. Des voix de jeunes élèves, précisément. Elle avait réalisé que quelques étudiants étaient sortis après le couvre-feu et qu'ils étaient sur le point de se faire prendre. Elle s'était cachée dans l'alcôve la plus proche pour les éviter.
Elle n'aurait jamais imaginé que le professeur Snape aurait fait demi-tour pour se cacher dans la même alcôve. Ils observèrent les deux Serdaigle passer devant eux. Pourquoi les laissait-il passer sans réagir d'ailleurs ? N'était-ce pas justement son travail d'attraper des étudiants en faute et de les descendre ?
Son cœur battait tellement fort qu'elle était surprise que le professeur ne l'entende pas.
Oh Merlin. Oh Merlin. Oh Merlin.
Un pas en arrière et il lui rentrerait dedans. Et cape d'invisibilité ou pas, elle serait découverte.
Il était tellement proche que l'un de ses talons était actuellement sur l'ourlet de la cape d'invisibilité.
Hermione oublia comment respirer.
Puis, avec la plus légère des caresses de cape contre elle, il était parti.
Sa peur se calma peu à peu et les battements de son cœur reprirent leur rythme normal. Elle avait frôlé la catastrophe. Ça avait été proche. Très proche. Trop proche.
Alors qu'il suivait les deux Serdaigle, Severus réalisa que son observateur avait disparu. Il s'était rendu compte de sa présence peu à peu. Il avait senti la démangeaison entre ses omoplates s'intensifier à chaque instant. Un autre sorcier aurait probablement ignoré cette sensation en constatant autour de lui qu'il n'y avait ni être humain ni portrait.
Mais Severus n'était pas un sorcier ordinaire. Et sa paranoïa et ses sens aiguisés lui avaient sauvé la vie à plus d'une occasion. Il avait appris il y a très longtemps à les écouter.
Il avait décidé de faire un petit test et avait exploré le château à un rythme calme et tranquille. La présence l'avait suivi, accompagné même, le long des couloirs. Ce n'était pas la première fois qu'un fantôme inquisiteur le suivait dans ses pérégrinations nocturnes. Il renvoyait rapidement ceux qui voulaient discuter. Les menaces d'exorcisme fonctionnaient aussi bien sur les fantômes que les menaces d'expulsion sur les étudiants.
Mais cette présence avait été une compagne silencieuse. Comme il n'avait pas ressenti de malice mais seulement de la curiosité, il ne lui avait pas ordonné de se révéler ou de partir. Il s'agissait certainement d'un nouvel esprit. Les nouveaux étaient plus timides que les anciens et se révélaient rarement aux résidents vivants du château.
Sa supposition s'était confirmée quand la présence avait disparu dès l'arrivée des Serdaigles. Il ne l'avait plus senti depuis qu'il suivait les étudiants.
Ces derniers accélérèrent le pas et Severus suivit. Alors qu'il s'approchait de ses proies, il laissa de côté ses pensées sur les fantômes timides. Il se concentra sur les deux jeunes hommes devant lui. Au fil des années, il avait trouvé que c'était beaucoup plus amusant de laisser les étudiants presque atteindre leur but avant de révéler sa présence.
Quelques pas de plus : ils s'approchaient de la porte de Serdaigle. Encore un pas. Encore un. Maintenant !
- Monsieur Hedge, monsieur Wunderlich. Comme c'est décevant de votre part.
Il vit leurs épaules se tendre puis tomber de déception, quand il sortit de l'obscurité. Severus laissa l'un des coins de sa bouche se relever légèrement.
Hermione faisait les cent pas le long du mur du fond, ses pas étouffés par l'épais tapis, qui avait des teintes apaisantes de bleu et de vert. Ron avait demandé une pièce sécurisée et confortable à la Salle sur Demande, pour avoir une conversation sérieuse.
Hermione avait ajouté ses propres exigences une salle protégée contre les outils espion, qu'ils soient internes ou externes. Comme à chaque fois qu'elle appelait sa salle des potions. Elle n'allait pas faciliter la tâche du directeur s'il essayait de découvrir ses activités.
Elle était reconnaissante que la Salle sur Demande fonctionne sur les demandes mentales plutôt que verbales. Elle n'avait pas envie d'expliquer sa demande anti-espionnage. Elle avait encore des doutes sur le fait de révéler ou non les dispositifs d'écoute à Ron et Harry.
La Salle, en réponse à leurs souhaits combinés, avait créé ce petit bureau aux murs plaqués de noyer. Un âtre ronflant, des fauteuils particulièrement rembourrés et des couleurs douces donnaient à la pièce un sentiment de confort et de bien-être.
Ce sentiment agréable, cependant, ne l'aidait pas à se calmer. Elle refusait d'interpréter les papillons dans son ventre comme de la nervosité. Après avoir été presque attrapée par le professeur Snape, la nuit précédente, on aurait pu croire qu'elle avait développé des nerfs d'acier, mais non. Elle n'arrivait pas à croire qu'elle s'en était sortie sans se faire prendre.
Elle secoua la tête pour ne plus penser à son professeur. Il était maintenant temps de se concentrer sur ses amis. Harry, qu'il en soit conscient ou pas, avait besoin d'eux. Elle espérait juste qu'ils soient encore capables de percer le mur de colère qu'il avait érigé autour de lui ces derniers temps.
Elle entendit la porte s'ouvrir et se tourna.
Quand la lourde porte se claqua derrière lui, Harry comprit qu'il s'était fait piéger. Un rapide tour de la pièce lui prouva qu'il n'y avait pas d'autre issue et pendant une folle seconde, il songea à sortir sa baguette puis s'enfuir. Un rapide coup d'œil derrière lui, cependant, lui prouva que le corps solide de son ami – un air buté sur le visage – lui bloquait la sortie.
- Tu quoque, mi Ron ?(*) dit Harry en le regardant dans les yeux.
Ron avait un air particulièrement confus, ce qui ôtait une partie de l'ironie de la situation. En revanche, son autre geôlière poussa un soupir et il fut satisfait de constater qu'elle, au moins, avait saisi et compris sa référence.
Hermione soupira. Elle savait que ce ne serait pas une conversation facile, mais elle avait espéré que le début de la soirée se passe au moins de façon un peu conviviale.
- Ne prend pas cet air, Harry. Nous sommes tes amis, tu sais, lui rappela-t-elle en désignant Ron. Nous sommes inquiets pour toi. Et comme tu n'es pas du genre à venir nous parler, on a décidé de venir te parler nous-même.
Même à l'autre bout de la pièce, Hermione sentit immédiatement la magie d'Harry pulser alors que sa colère montait. Et même sans ces vagues de pouvoir invisible, elle aurait pu deviner ses émotions grâce aux tâches rouge sombre qui teintaient ses joues et à ses poings serrés.
Elle fit un pas en avant, bravant sa colère.
- Harry, il se passe quelque chose, on le sent. Explique-nous. Laisse nous t'aider.
- Il ne se passe rien ! cracha Harry.
- Mes fesses, répliqua Ron. On ne te croit pas, Harry.
Harry fit demi-tour pour faire face à son ami. Hermione plongea en avant pour se glisser entre les deux garçons, avec l'espoir d'éviter un duel.
- Ce que Ron veut dire, reprit Hermione après avoir jeté un rapide regard noir à Ron, c'est qu'il t'arrive quelque chose en ce moment, Harry. On le voit. On sait que la mort de Sirius t'a dévasté, mais on sait aussi que tes crises actuelles ne sont pas à cause de lui, même si c'est ce que tout le monde croit. Des choses insignifiantes te font exploser en colère. Il y a quelques jours, Ron et toi jouiez à vous poursuivre. Regarde-toi aujourd'hui, tu peines à maîtriser ta colère. Tu es prêt à lancer des maléfices à ton meilleur ami.
Harry, cependant, était en total déni.
- Je ne suis pas en train « d'exploser », fit-il en reprenant le ton et les inflexions d'Hermione.
- Vraiment ? demanda Ron en regardant avec insistance ses poings serrés et son corps tendu. On s'y laisserait prendre, pourtant.
- Je ne suis pas là pour me justifier, dit Harry en plissant les yeux. Ça ne vous regarde pas, de toute façon. Vous n'avez pas besoin de savoir.
- On n'a pas besoin de savoir ? répéta Ron en haussant le ton. Voyons… Où est-ce que j'ai déjà entendu ça ?
Il posa une main sur l'épaule d'Hermione et la décala gentiment sur le côté avant de faire un pas vers Harry.
- Oh, attend ! Je me souviens. C'est ce que Dumbledore t'a dit, une fois. Et si je me souviens bien – mais corrige-moi si je me trompe, mon pote – tu as piqué une crise monumentale parce qu'il te traitait comme un gamin en refusant de te parler de choses qui te concernent.
A la fin de sa tirade, Ron criait à quelques millimètres d'Harry, le visage couvert d'affreuses tâches rouges et blanches. Mais Harry, bien que plus petit et moins costaud, ne recula pas d'un pouce et hurla en retour.
- Mais ça, ça ne vous concerne pas ! Aucun de vous deux, dit-il en donnant un coup d'épaule à Ron pour passer. Ça concerne la guerre contre Voldemort et vous n'êtes pas impliqués.
Pas impliqués ? Comment pouvait-il penser que cette guerre ne les concernait ni Ron, ni elle ? Hermione perdit immédiatement son calme.
- Cette conversation n'est pas terminée, lança-t-elle en s'avançant vers Harry jusqu'à ce qu'ils soient nez-à-nez. Ça ne me regarde pas ? Je ne suis pas concernée ?
Hermione s'avança d'un pas, obligeant Harry à reculer.
- De toutes les choses que tu as pu dire, celle-ci est l'une des plus égoïstes et des plus STUPIDES !
Elle enfonça son index dans le torse d'Harry, le forçant à reculer d'un pas supplémentaire.
- C'est ma guerre, parce que je suis Née-de-Moldus. C'est ma guerre, parce que Voldemort a fait de moi une cible.
Ses boucles brunes étaient parcourues de crépitements d'énergie. Ses pointes étaient tellement électrifiées que ses cheveux se dressaient autour d'elle en formant un nimbus broussailleux. Une étincelle fusa et percuta l'une des mains d'Harry. Il sursauta et fit un nouveau pas en arrière.
Malheureusement, il se trouvait maintenant dos au mur.
La colère d'Hermione continuait à monter : elle n'avait rien remarqué et continuait à s'avancer vers lui à chaque fois qu'il reculait.
- C'est mon combat ! Et pas parce que je suis amie avec « Harry Potter ». C'est mon combat parce que je suis l'étudiante la plus brillante de l'année, bien au-dessus de tous ces Sangs-purs imbéciles, mesquins et bouffis d'orgueil. Je suis concernée parce que j'ai choisi de me battre contre un fou qui se sert de la terreur et de l'intimidation pour prendre ce qui ne lui appartient pas.
Hermione s'arrêta finalement, le souffle court, son regard perçant Harry de part en part.
- Heu… Hermione ?
Hermione cligna des yeux, comme si elle se réveillait. La colère qui l'avait parcourue s'envola rapidement, pour être remplacée par un sentiment de mortification. Qu'avait-elle fait ?
Harry semblait choqué, les yeux grands ouverts. Hermione ne savait cependant pas dire si c'était dû à son discours ou aux petits arcs électriques magiques qui parcouraient sa chevelure en bataille. Ou peut-être était-ce parce qu'elle l'avait obligé à reculer jusqu'au mur avec son doigt, toujours pointé contre son torse.
- Désolée, dit-elle en rougissant d'embarras.
Elle baissa rapidement la main et fit quelques pas en arrière. Elle jeta un œil à Ron, puis se cacha le visage dans les mains, quand elle constata son air estomaqué. Toujours dans son coin, Harry cligna rapidement des yeux, derrière les verres de ses lunettes. Il ouvrit la bouche, la referma, se racla la gorge et recommença. Cette fois, il parvint à parler.
- Je suis tellement content que tu sois de notre côté, Hermione.
Ron et lui échangèrent un regard par-dessus la tête baissée d'Hermione.
- Je sais que je l'ai déjà dit, mais je le redis. Brillante, mais effrayante. Très, très effrayante.
Hermione lança un regard noir à Ron, mais elle n'était pas réellement en colère. En revanche, elle prit un air contrit et sincère quand elle se tourna vers Harry.
- Pardon pour cette petite scène, dit-elle. Ce n'est pas vraiment ce que nous avions en tête quand on t'a demandé de venir.
Au moins, cette colère avait suffisamment surpris Harry pour l'empêcher de se sauver. Comme il avait l'air un peu plus détendu, elle rassembla son courage pour continuer.
- Nous sommes tes amis. Nous sommes toujours avec toi. Laisse-nous t'aider.
- Personne ne peut m'aider, répondit Harry en laissant sa tête retomber contre le mur.
- Tu ne peux pas savoir tant que tu ne nous parles pas, mon pote.
Harry observa ses amis. Les meilleurs qu'il puisse avoir sur cette terre.
- Il y a une prophétie. A propos de la défaite de Voldemort.
Hermione, dont la logique était toujours aussi rapide, fit les liens.
- C'était ça dans le département des Mystères, derrière la porte dont tu n'arrêtais pas de rêver.
- Ils gardent toutes les prophéties dans cette salle, approuva Harry, le regard perdu dans le vide, alors qu'il se remémorait cette nuit-là. Il y en a des milliers. Toutes ces petites boules de cristal n'attendent que leur propriétaire pour révéler leur contenu.
Puis son attention revint au présent et il regarda ses amis.
- Dumbledore m'a dit que seuls les sorciers concernés par la prophétie pouvaient écouter leur contenu. Voldemort ne pouvait pas se rendre dans le département des Mystères, alors il m'y a conduit à travers mes rêves, pour que je lui révèle cette prophétie.
- Stop, intervint Ron.
Hermione et Harry se tournèrent vers lui.
- Si on parle vraiment de Voldemort et de prophéties, alors on va s'asseoir. Assis, ordonna-t-il en pointant les fauteuils confortables fournis par la Salle sur Demande.
Ils s'installèrent et Ron fit signe à Harry de continuer.
- Alors, que dit-elle cette prophétie ?
Harry ferma les yeux, l'air las et résigné, et répéta les mots qui le hantaient tellement.
- Celui qui a le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres approche... il naîtra de ceux qui l'ont par trois fois défié, il sera né lorsque mourra le septième mois... et le Seigneur des Ténèbres le marquera comme son égal mais il aura un pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore... et l'un devra mourir de la main de l'autre car aucun d'eux ne peut vivre tant que l'autre survit... Celui qui détient le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres sera né lorsque mourra le septième mois...
- Je comprends mieux pourquoi il semble tant en avoir après toi. Mince alors, Harry ! Tu dois combattre et tuer Voldemort.
Harry ouvrit les yeux et sourit à Ron, mais il n'y avait aucun amusement dans ses yeux.
- Ou lui me tuer.
Les trois amis restèrent silencieux, ces mots pesant lourdement sur leur esprit, comme ils le faisaient sur celui d'Harry depuis des mois. C'est Hermione qui brisa finalement le silence.
- Tu n'es pas seul, tu sais ?
- Vraiment ? interrogea Harry.
- Vraiment, répondit Ron d'une voix catégorique.
Harry releva les genoux et y posa son coude.
- Je ne vois personne faire face à Voldemort, pourtant.
La colère avait refait surface dans la voix d'Harry, un frémissement juste sous la surface de son attitude calme. Mais cette fois, Ron et Hermione savaient ce qui causait cette colère et les inexplicables crises de leur ami, ces derniers mois.
Hermione regarda Ron, peinée. Elle était douée pour la logique et pour aller directement au cœur des problèmes. Mais ce n'était pas de logique qu'Harry avait besoin, à l'instant. Il avait besoin d'autre chose et elle ne savait pas du tout quoi dire pour qu'il se sente mieux. Elle n'était même pas sûre que quelque chose pourrait l'aider à se sentir mieux. Il avait besoin de foi. De croire que ça irait mieux. Et il était évident que pour l'instant, il avait perdu toute foi en l'avenir.
Finalement, c'est Ron qui trouva les mots.
- Ce n'est pas parce que tu ne les vois pas qu'ils ne luttent pas contre lui. Regarde Snape. C'est peut-être un bâtard graisseux, mais il doit lui faire face à chaque fois qu'il va l'espionner. Et Dumbledore lui a fait face et l'a combattu, l'an dernier. Ma famille toute entière – à part cet imbécile de Percy – luttent contre lui en participant à l'Ordre du Phoenix. Même Ginny lui a fait face, à cause du stupide bouquin de Malefoy.
Il reprit son souffle.
- Okay, j'admets que c'est toi qui devras le vaincre, d'après cette prophétie. Mais il y a un paquet d'autres gens, Harry Potter, qui se mettent en danger chaque jour pour s'assurer que tu vives assez longtemps pour terrasser Voldemort. Combien de gens se sont sacrifiés pour te protéger ? Combien d'autres font ce qu'ils peuvent pour t'assurer une vie correcte ? Est-ce que tu penses vraiment que tous ces gens – l'Ordre, les Aurors, Hermione, Dumbledore, moi – allons juste te mettre dehors avec une tape sur l'épaule en te souhaitant bonne chance pour tuer le plus grand mage noir ? Chacun fait ce qu'il peut, de son mieux.
Harry secoua la tête, ignorant le discours de Ron. Il était encore trop pris par sa colère pour écouter vraiment ce que lui disait son ami.
- Dumbledore m'a caché trop de choses, dit-il comme si ça expliquait tout.
Ron leva les yeux au ciel.
- Mais oui, et tu t'es tellement bien débrouillé depuis qu'il t'a partagé cette connaissance. Sérieusement, Harry, est-ce que tu crois vraiment que le directeur aurait dû te dire dès ta première année que tu étais destiné à tuer un mage noir ? Ça aurait fait un super cadeau d'anniversaire pour tes onze ans. Si tu veux garder une dent contre quelqu'un, au moins fais-le pour de bonnes raisons. Et quand tu auras compris ça, alors fais rentrer une dernière chose dans ton crâne épais.
Il eut un geste englobant Hermione et lui-même.
- Nous ne t'abandonnerons pas.
Et voilà pour cette fois ! J'aime beaucoup ce chapitre pour plein de raisons et j'espère qu'il saura vous faire patienter jusqu'au prochain ^^
A la semaine prochaine,
Lena.
