Bonjour à tous,

Voici la suite. Merci encore aux lecteurs et aux commentateurs, reconnus (j'adore vous répondre) comme anonymes (merci ElliotSnape). Rendez-vous en bas ;)


Chapitre 9 – Convergence

Une fois de plus, Hermione était blottie dans son lit à baldaquins. Ses pensées à propos d'Harry et du professeur Snape pesaient lourdement sur son esprit. Pour une fois qu'elle ne se contentait pas de regarder son ciel de lit. Malgré tout, elle ne se sentait pas mieux.

Après la révélation d'Harry, ils étaient restés éveillés et avaient discuté de la prophétie toute la nuit durant. Ces échanges avaient confirmé et renforcé leurs liens. Elle espérait juste que son soutien et celui de Ron seraient suffisants. On voyait encore la colère gronder chez Harry. Et même si la tristesse de son regard avait diminué, la colère était toujours là, difficilement contrôlée. C'était déroutant.

Ce n'était pas la colère en elle-même qui la gênait : le caractère d'Hermione était parfois explosif lui aussi. Non, c'était plus la nature de cette colère. Il y avait quelque chose d'étrange – d'étranger, même – qui la dérangeait et la mettait mal à l'aise.

Au moins, maintenant, ils comprenaient ce à quoi Harry devait faire face et ils pouvaient se préparer ensemble, comme ils l'avaient fait ces dernières années. En sachant que c'était une prophétie qui condamnait Harry, elle souhaitait presque n'avoir pas abandonné la Divination. Presque. Elle prévoyait de lire quelques livres sur la divination : elle était certaine de pouvoir en apprendre autant, si ce n'est plus, qu'en suivant les cours de Sybille Trelawney.

Peu importe qu'elle ait déjà délivré une vraie prophétie. De toute façon, elle avait encore du mal à le croire, même si Harry lui avait confirmé. Sybille Trelawney, ce charlatan à la voix vaporeuse, avait réussi à prononcer une véritable prophétie et elle était celle qui avait tracé le destin d'Harry. Cette situation serait ridicule, si elle n'était pas si terrible. Là, personne n'avait envie de rire.

Son esprit mit un instant Harry de côté, focalisé sur son autre sujet d'inquiétude : le professeur Snape. Elle n'avançait pas aussi bien qu'elle l'avait espéré. Elle n'avait toujours pas trouvé de solution pour changer ses mauvaises habitudes de sommeil et d'alimentation.

Le plus effrayant pour elle était de voir à quel point le temps passait vite : elle n'avait pas imaginé que sa campagne S.N.O.R.T durerait si longtemps. On s'approchait déjà de la fin de l'année. Bientôt, tout son temps serait consacré aux examens et aux révisions. Et quitte à partir pour un été entier, elle aurait préféré quitter le professeur Snape dans un meilleur état qu'il ne l'était au début de l'année.

Au départ, elle n'avait pas prévu de poursuivre son projet en septième année, mais il fallait se rendre à l'évidence : elle devrait continuer. Elle avait juste besoin d'un point de départ.

Elle avait chargé Rink de contrôler exactement ce que le professeur Snape mangeait, mais le petit elfe n'était pas encore revenu vers elle. Elle espérait juste que son désir d'aider le maître des Potions était plus fort que son désir de se blesser, en croyant qu'il faisait quelque chose de mal. Cela dit, quand on connaissait le mauvais caractère légendaire du professeur Snape, c'était étonnant que Rink ne soit pas couvert de bandages en permanence. Pas qu'il blesserait l'elfe de maison volontairement, bien sûr, mais elle pensait que Rink pourrait se blesser souvent, en imaginant qu'il avait mis Snape en colère.

Elle jeta un œil à sa montre. Onze heures passées de quelques minutes. L'heure du couvre-feu était passée depuis longtemps. Il était temps.

Elle attrapa sa baguette, lança un sort de silence puis l'un des sorts protecteurs les plus faibles, autour de son lit. Se sentant un peu plus en sécurité, elle déploya la Carte du Maraudeur sur son lit et lissa les plis du vieux parchemin.

- Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises, dit-elle en posant la pointe de sa baguette sur la carte.

Des lignes sombres se mirent à courir sur le papier, comme de l'encre renversée, jusqu'à tracer toutes les salles, les couloirs et les passages plus tellement secrets de Poudlard.

Elle regarda dans la tour du directeur. Une fois de plus, Albus Dumbledore faisait les cents pas dans son bureau. A voyant ces empreintes de pas toutes les nuits au même endroit, elle ressentait un mélange confus de réconfort et d'angoisse. Elle savait que la guerre qui se profilait contre Voldemort pesait lourdement sur son esprit. Et ces pas imprimés sur la carte lui prouvaient que le directeur, même s'il se montrait confiant face au monde, était en réalité profondément inquiet.

Elle parcourut la carte des yeux et nota automatiquement les positions de Rusard et Miss Teigne, ainsi que celles du professeur McGonagall et certains de ses collègues. Enfin, elle situa le nom qu'elle recherchait : celui de Severus Snape. Comme toutes les nuits précédentes, Hermione se blottit un peu plus dans son lit et lutta fermement contre la partie d'elle qui désirait ardemment sortir de la Tour, pour suivre son professeur pour de vrai.

Elle passa les deux heures suivantes entre son observation de la carte et l'avancée dans ses devoirs. Quand elle décida finalement qu'il était temps de dormir et qu'elle referma les livres et la carte, les empreintes de pas du professeur Snape continuaient de tracer des cercles sans fin dans le château.


Snape aurait dû être en train de corriger les devoirs de ses deuxièmes années. Il avait aussi besoin de récolter des ingrédients dehors pour le cours des premières années, le lendemain. Mais il était incapable – ou plutôt, il n'avait aucune envie – de remplir ces corvées liées à son poste d'enseignant.

A la place, il jouait avec deux des fioles que miss Granger lui avaient laissées, en observant le contenu glisser le long des parois de verre. L'une d'elle contenait une potion acceptable, même si la consistance n'était pas tout à fait la bonne et que la pâle couleur verte tirait un peu trop vers le jaune. Elle aurait rempli sa mission, même si les effets auraient été moins efficaces qu'une potion parfaitement exécutée.

L'autre ressemblait à l'eau d'un bain, après qu'un enfant particulièrement sale s'y soit lavé. Pour dire la vérité, il avait vu de très nombreux exemples de ce type de potions ratées depuis qu'il avait commencé à enseigner. Quand elles ne faisaient pas exploser ou fondre leurs chaudrons, les petites terreurs produisaient ce genre de bouillie infâme. Il n'avait jamais pu appeler ces mixtures « potions ».

Quelque chose dans cette pensée attira brusquement l'attention de Snape.

Il reposa la bonne potion et approcha l'autre fiole de son visage pour en étudier le contenu un peu plus en détail. Il pencha la fiole à nouveau, mais cette fois, il prit le temps d'identifier les différents ingrédients émincés qui tourbillonnaient dans la mixture. Puis il vit ce qu'il cherchait : les feuilles de plantain.

Les feuilles hachées avaient toutes le même aspect, nettement coupées comment elles le devaient. Mais le fait qu'elles ne se soient pas dissoutes voulait dire que…

Non. Impossible, non. Ça ne pouvait pas être ça. C'était absurde.

Il aurait certainement remarqué quelque chose, depuis le temps.

Ou le maître des Potions avant lui aurait remarqué quelque chose.

Et pourtant…

Zut, il allait devoir vérifier, maintenant.

Il posa la fiole sur le bureau et ouvrit le grand registre de cuir noir, dans lequel il consignait toutes ses notes.

Lors de ses premières années en tant que professeur, quelques Serpentards ambitieux avaient tenté de modifier leurs notes. Désormais, il était le seul à pouvoir ouvrir ce recueil et y inscrire des résultats et des remarques. Et bien sûr, malgré une taille raisonnable, ce livre magique était capable de contenir des années d'informations.

Son exemplaire actuel contenait l'équivalent de cinq années d'enseignement de Potions entières. Pour remonter plus loin dans le temps, il lui suffirait d'aller chercher les volumes précédents.

Il feuilleta l'ouvrage jusqu'au début et commença à scanner les résultats et lire les notes qu'il avait faites concernant les étudiants qui avaient régulièrement reçu un zéro pour potions inadéquates.


Un léger coup à la porte informa Snape que quelqu'un souhaitait entrer. En constatant que la personne ne s'était pas contentée de faire irruption dans son bureau, il pouvait éliminer le directeur et Minerva. Un autre professeur aurait frappé et serait entré directement. Il leva les yeux vers l'horloge et sut immédiatement qui attendait derrière la porte.

- Entrez, miss Granger.

Sa voix était juste suffisante pour être entendu à travers le bois.

Elle entra promptement et s'avança jusqu'à son bureau. Il était certain que son expression restait stoïque, mais il était intérieurement impressionné qu'elle ait l'air si calme et pondérée. Elle le regardait droit dans les yeux, comme à chaque fois qu'elle le saluait.

D'ordinaire, même les étudiants qui n'avaient rien fait de mal étaient nerveux et tremblaient en sa présence. Et pourtant, miss Granger semblait détendue. Le seul signe de sa nervosité était son poing serré autour de la note qu'il lui avait envoyée, pour requérir sa présence.

L'idée qu'elle se sente relativement bien en sa présence était bizarre.

Une chose de plus à ajouter à la longue liste des mystères qui entouraient Hermione Granger.

En constatant que rester silencieux ne la mettrait pas mal à l'aise comme tout autre étudiant normal, il pointa la chaise derrière elle.

- Asseyez-vous, miss Granger.

Elle s'installa avec grâce, croisa les jambes soigneusement et lissa sa robe avant de croiser les mains sur ses genoux. Soudain, les propos d'Albus lui revinrent en mémoire. Il avait peut-être raison en indiquant que miss Granger avait atteint une nouvelle maturité. Même si le silence s'éternisait, elle ne donnait pas de signe d'impatience et n'avait pas pris la parole d'elle-même.

Il se pencha brusquement en avant, les coudes sur son bureau, ses longs doigts cachant ses lèvres. Il nota son petit sursaut. C'était une meilleure réaction, une à laquelle il était habitué. Elle n'était pas aussi calme qu'elle semblait le montrer. Ça pourrait lui être… utile.

Il avait pris plaisir à leur dernier échange et décida donc d'ouvrir en attaquant.

- Qui a brassé les potions que vous m'avez données, miss Granger ?

Ses yeux marrons s'écarquillèrent un instant avant qu'elle ne reprenne la maîtrise d'elle-même. Elle releva légèrement le menton, maintenant qu'elle connaissait le sujet de cette entrevue. Elle refusa poliment de lui donner un nom. Plus amusé qu'en colère – ce qui était inhabituel chez lui – il poursuivit. Il était temps de voir à quel point miss Granger était sérieuse.

- Miss Granger, en tant que votre professeur, j'ai le droit – et j'ajoute même l'autorité – de vous demander le nom de la personne qui a brassé ces échantillons de potions. Si vous refusez, je pourrais décider de vous retirer des points pour désobéissance caractérisée et vous mettre en retenue jusqu'à la fin de l'année…

Snape fut surpris de ressentir une pointe de déception quand elle baissa la tête. Il avait vraiment espéré qu'elle soit composée d'un meilleur bois. Il semblait que le puzzle qu'était miss Granger se résoudrait bien plus rapidement qu'il ne l'avait imaginé.

- Maintenant, miss Gra…

- Non, monsieur, répondit-elle en grimaçant. Pardon de vous interrompre, mais je ne peux pas vous répondre.

L'anticipation et l'indignation se disputèrent en lui, alors qu'elle relevait de nouveau le menton. Un peu plus haut que précédemment.

- Vous ne pouvez pas ou vous ne voulez pas, miss Granger ? siffla-t-il d'une voix menaçante.

Etre une énigme n'était pas suffisant en soi.

Une nouvelle fois, une grimace fit une brusque apparition sur son visage. Il connaissait cette grimace – et le sentiment derrière. Il l'avait ressenti bien trop souvent pour compter. C'était l'air de quelqu'un qui s'avançait dans un piège, en étant parfaitement consciente qu'il était là et qu'il se refermerait sur elle sans qu'elle puisse s'en échapper, mais en n'ayant aucune possibilité de faire autre chose que s'avancer malgré tout.

Elle se redressa sur son siège et le regarda une nouvelle fois dans les yeux.

- Je ne veux pas, monsieur. J'ai donné ma parole.

Elle sembla ensuite se dégonfler – ou en tout cas, elle abandonna sa posture d'acier, si ce n'est sa résolution de ne rien dire.

- Vous n'êtes pas idiot, monsieur. Je me doute que vous savez que j'aide des étudiants en dehors de vos cours. Les fioles de potions en étaient une preuve évidente. J'accepte de vous avouer franchement que je mène des cours particuliers de potions.

- Vous aidez Longdubat, affirma-t-il d'un ton qui ne souffrait pas le déni.

Même si elle essayait de nier, il le saurait. Les Gryffondors faisaient de piètres menteurs. Elle laissa échapper un soupir.

- Je pense que ce serait stupide de le nier. Oui, j'aide Neville.

Maintenant, il était temps de désamorcer le piège qu'il lui avait tendu un peu plus tôt.

- Et pourtant, ce n'est pas Neville qui a brassé les potions que vous m'avez apportées. En fait, j'irais même jusqu'à dire que monsieur Longdubat n'a jamais rencontré ce problème en particulier. Même si je ne pourrais pas en dire de même pour tous les autres problèmes qu'on peut rencontrer lorsqu'on brasse une potion.

Il sut exactement à quel moment elle comprit ce qu'il était en train de dire. Elle avait besoin d'apprendre à mieux contrôler ses émotions. Elle était plus facile à lire qu'un livre ouvert.

- Vous savez ce qui a provoqué ce problème.

Il put voir son excitation, son avidité à apprendre une nouvelle information.

- En effet, confirma-t-il.

Puis il se tut. Elle ne mit pas longtemps à comprendre ce qu'il faisait et la réalisation la frappa comme une gifle au visage.

- Vous n'allez pas me le dire, l'accusa-t-elle d'une voix outragée.

Il laissa finalement voir le rictus qu'il retenait depuis le début de cette conversation. C'était encore plus jouissif qu'il ne l'avait imaginé. En sachant à quel point ça l'ennuyait, il leva un sourcil.

- Non, en effet.

- Pou… Pourquoi ? bafouilla-t-elle.

Oh oui. Définitivement plus jouissif. Elle était si scandalisée qu'elle bégayait et perdait rapidement sa façade calme et pondérée.

- Pourquoi ? Parce que, miss Granger, vous essayez depuis six ans de me prouver que vous êtes, en fait, intelligente.

Il saisit les deux fioles dans son bureau, l'une avec une potion correcte et l'autre avec la potion ratée. Il les inclina doucement et vit les yeux de la jeune fille scruter leur contenu.

- Vous avez finalement une opportunité que mon idée de vous est erronée. Je vous propose… un challenge.

Elle leva les yeux vers lui.

- Oui, vous m'avez bien compris. Je vous offre un challenge. Je vous laisse une semaine pour identifier le problème. Si vous y parvenez, je rendrai à Gryffondor les soixante-quinze points que je vous ai pris à l'origine. Sinon, je vous retirerai de nouveau soixante-quinze points.

Elle le regarda sans rien dire pendant trente bonnes secondes avant d'admettre simplement :

- J'ai déjà épuisé toutes les ressources de la bibliothèque. C'est pour cette raison que je suis venues vous voir ensuite.

- C'est votre première erreur, dit-il en secouant la tête. Toutes les connaissances ne se trouvent pas dans les pages d'un grimoire.

- Mais je ne suis PAS une maîtresse des Potions. Je ne…

Je t'ai eu, gamine.

- 10 points de moins pour Gryffondor, miss Granger, pour votre ton, claqua-t-il. Il n'y a pas de « mais », de « pourtant », de « cependant ». Vous n'avez pas besoin d'être un maître pour trouver la solution à cette énigme.

- Mais je…

Snape claqua bruyamment sa main sur son bureau, envoyant quelques rouleau de parchemin s'éparpiller sur le sol. Il les ignora, se leva de son fauteuil, et s'appuya sur sa main posée sur le bois pour se pencher vers elle.

- Est-ce que vous m'avez écouté, fillette ? gronda-t-il. Vous avez toutes les pièces en main. La réponse est juste devant vous. Tout ce que vous devez faire, c'est observer pour émettre des hypothèses. Vous devez apprendre à penser par vous-même. C'est une compétence que peu de vos pairs maîtrisent, croyez-moi. Réfléchir, miss Granger, est la vraie marque de l'intelligence.

Il secoua la tête.

- Je ne nie pas votre aisance à retenir et régurgiter tout ce que vous lisez à l'envi. Peut-être que vous prendrez ça comme un compliment, parce que ça vous place déjà un pas devant le reste des idiots qui peuplent cette école. Mais ça fait de vous un singe savant et c'est tout, miss Granger. Et c'est tout ce que vous resterez si vous n'êtes pas capable de faire la différence entre être un idiot savant et être vraiment intelligente.

En se rasseyant, il remarqua son air blessé et se retint de lever les yeux au ciel. Il décida au dernier moment, cependant, qu'elle méritait un petit quelque chose pour son désarroi. Après tout, elle lui offrait plus de divertissement que tous ces derniers mois. Mais il ne rendrait pas les choses trop faciles pour autant.

- Une énigme pour vous, miss Granger, dit-il une fois qu'il fut bien installé. Quand est-ce qu'une potion n'est en fait pas une potion ? Voilà. Je vous ai donné un indice pour vos recherches. Maintenant sortez et ne revenez pas avant d'avoir la bonne réponse.


Pendant que le professeur Snape torturait miss Granger avec une connaissance juste hors d'atteinte, Miranda Vector fronçait les sourcils devant les calculs savants qui s'alignaient devant elle. De longues équations complexes s'étalaient sur les tableaux noirs qui couraient sur trois des quatre murs de son bureau, presque du sol au plafond. Plusieurs tableaux plus petits, mobiles, comportaient leurs propres groupes d'équations et étaient placés à des angles étranges, un peu partout dans la pièce.

Miranda murmura doucement dans sa barbe et utilisa l'une de ses manches pour effacer une série de chiffres sur le tableau qu'elle fixait. En même temps qu'elle effaçait, les lignes flottantes qui se croisaient en moulinets au milieu de la pièce se réarrangeaient. Certaines se déplaçaient lentement, d'autres changeaient d'angles et d'autres encore disparaissaient pour réapparaître simplement à d'autre endroits.

Satisfaite de son travail de suppression, Miranda jeta un coup d'œil rapide par-dessus son épaule pour regarder les lignes brillantes. Elle les étudia soigneusement puis hocha la tête.

- Oui c'est ça. Cette fois ça fonctionne.

Elle revint à son tableau, consulta un morceau de parchemin dans sa main, puis elle commença à tracer de nouveaux calculs. Derrière elle, les lignes s'arrangèrent de nouveau différemment, avec une précision toute arithmantique.

Miranda souffla contre une mèche de cheveux tombée devant ses yeux puis sourit d'un air fier. C'était une œuvre arithmantique de toute beauté, comme elle aimait le dire : pure, propre, précise comme seuls les chiffres pouvaient l'être.

Elle se tourna de nouveau et fouilla diligemment dans les lignes.

- Fils de Troll ! s'exclama-t-elle bruyamment en envoyant sa craie exploser en poussière contre le mur opposé.

C'était le seul mur qui ne comportait pas de tableau noir. Il était, en revanche, couvert de traces de craie, comme des petits nuages blancs de poussière. Plusieurs d'entre elles se chevauchaient, formant des formes fleuries étrangement agréables – comme si des bourgeons de craie s'épanouissaient sur le mur.

- Miranda ?

Vector, qui un instant avant fusillait du regard son oeuvre, leva les yeux vers le directeur, qui se tenait juste dans l'encadrement de sa porte. Il avait le visage surpris et elle sut qu'il avait à la fois vu et entendu son petit accès de rage. Ses mots confirmèrent ses suspicions, d'ailleurs.

- Je vois que plusieurs morceaux de craie innocents ont de nouveau sacrifié leur vie pour la cause.

Vector passa une main sans ses boucles courtes.

- Innocentes, mon cul, murmura-t-elle.

Albus leva ses sourcils bruns et broussailleux de surprise.

- Oh ne me regardez pas comme ça, dit-elle. Je suis assez vieille pour jurer et vous largement assez vieux pour l'entendre. Vous pouvez me croire, ceci…

Elle pointa la carte de lignes colorées, indiquant un point précis où toutes les lignes convergeaient.

- … en vaut bien la peine.

De la douzaine de lignes qui se croisaient, seule une petite moitié poursuivait sa course après le point de connexion.

- Regardez ça, Albus. J'ai essayé tout ce qu'il est possible d'imaginer pour avoir un meilleur résultat. J'ai modifié mes calculs, les gens impliqués, le temps, le lieu, tout !

Alors qu'Albus la rejoignait, elle leva la baguette pour toucher une ligne lumineuse d'une teinte dorée.

- C'est l'Ordre.

Rapidement, elle mit en valeur d'autres lignes brillantes et colorées.

- J'ai séparé les équations soit en groupes, soit en individus en fonction des données que vous m'avez fournies : les Aurors, les Mangemorts, l'Ordre, vous et Harry Potter. Il y a quelques chevauchements entre les individus et les groupes, bien évidemment. Mais rien de suffisamment significatif pour affecter les résultats des calculs. Pas avec les données que j'ai aujourd'hui, en tout cas.

Vector hésita légèrement, touchant de la baguette une autre ligne, d'un noir huileux.

- Ici c'est Celui-dont-on-ne…

- Dites son nom, Miranda, l'interrompit Albus.

Miranda secoua la tête, un peu choquée.

- Je ne…

Albus sourit gentiment à son professeur d'Arithmancie.

- Si vous ne parvenez pas à dire Voldemort, alors appelez-le Tom Riddle.

Miranda frissonna quand son employeur utilisa ce nom avec facilité.

- Snape a raison, dit-elle. Vous êtes un vieil homme malfaisant.

Albus ne sembla pas perturbé par son affirmation et continua simplement à lui sourire avec douceur. Ses yeux bleus pétillaient de malice. Elle soupira, abandonnant la bataille, puis pointa de nouveau la ligne noire qui flottait dans les airs.

- C'est… Riddle, dit-elle.

Du coin de l'œil, elle vit Albus hocher la tête de satisfaction. Elle suivit la ligne de sa baguette jusqu'au point de connexion où toutes les lignes colorées rencontraient la ligne noire.

- Ici, ce sera notre bataille finale.

- Dans combien de temps ? demanda Albus, sa bonne humeur enfantine remplacée par un air las.

- La temporalité fluctue trop pour que je puisse en tirer la moindre précision, répondit-elle en haussant les épaules. Même si l'Arithmancie s'approche parfois de la Divination, si je n'ai pas tous les chiffres, je ne peux que vous donner des projections, des possibilités théoriques et des modèles statistiques. Je ne peux pas vous donner le futur. Je suspecte qu'il me manque une information critique. Une fois que j'aurai trouvé cette donnée, les fluctuations cesseront.

Elle passa de nouveau une main dans ses cheveux, frustrée.

- Si j'avais plus d'informations – surtout sur les individus qui jouent un rôle et qui continueront à jouer un rôle dans cette guerre, je pourrais faire mieux. Travailler sur des équations de groupes et non d'individus provoque des facteurs de large divergence dès que j'arrive sur de grands nombres.

De sa baguette, elle pointa une ligne dont la couleur rappelait la fumée.

- Votre espion, par exemple. Si vous m'en disiez plus sur lui ou elle, je pourrais modifier les équations en conséquence. Même un simple nom, Albus, m'aiderait à redéfinir mes équations arithmantiques.

Albus secoua la tête.

- Vous savez que je ne peux pas, Miranda. Autant pour la sécurité de mon espion que pour la vôtre.

Miranda soupira encore de frustration. C'était un argument de longue date entre eux. Miranda avait besoin du maximum de données possible pour nourrir ses équations. Mais le directeur refusait de lui donner certaines informations – en particulier le nom et les mouvements de son espion.

Elle fut tirée de ses réflexions quand Albus pointa une petite ligne de sa baguette : elle se tenait en dehors du point de convergence.

- Quelle est cette ligne ?

Et c'était là son deuxième point de frustration majeur. Elle aurait dû savoir qu'Albus remarquerait immédiatement cette anomalie.

- Je n'en ai pas la moindre foutue idée, répondit-elle d'un souffle. Je n'arrive pas à savoir si ça vient d'une équation en particulier ou si c'est le résultat d'un ensemble d'équations qui jouent les unes avec les autres. Pour le moment, c'est petit, mais ça ne cesse de grandir. Rien de ce que je fais ne semble altérer sa trajectoire, conclut-elle en haussant les épaules d'impuissance.

- Et quelle est sa course ?

Miranda brandit sa baguette et la ligne argentée vibra, avant de s'allonger. Elle grandit lentement jusqu'à ce qu'elle prenne, pendant un temps, une trajectoire parallèle à la ligne gris fumée – celle qui représentait l'espion masqué. Puis la ligne argentée s'emmêla avec la grise jusqu'à ce qu'elle se fonde complètement en lui, et ce jusqu'au point de rencontre. De ce point, seule la ligne argentée émergeait.

- Vous n'avez aucune idée de qui cette ligne argentée est la représentation ?

Elle entendit parfaitement la crainte dans sa voix, mais elle ne pouvait rien dire pour alléger son inquiétude.

- Je n'ai pas le moindre début d'indice.

Albus caressa sa barbe pensivement, ses yeux fixes sur le point de rencontre.

- Cette ligne argentée est toujours présente ? Peu importe le calcul ?

- Toujours, confirma-t-elle. Vous savez comment est l'Arithmancie. La Magie suit son propre chemin. Les mathématiciens moldus ont tellement plus de facilité. Je n'imagine même pas pouvoir additionner deux et deux et avoir toujours le même résultat : quatre.

Elle secoua la tête en réalisant qu'elle digressait. Elle pointa le point de rencontre, là où les lignes grise et argent entraient.

- La ligne argentée est toujours parallèle à la grise jusqu'à ce que les deux se fondent. Parfois plus tôt, parfois plus tard, mais le résultat est toujours le même.

Elle éloigna ensuite sa baguette à l'opposé du point de rencontre, là où son diagramme montrait l'après-bataille pour Riddle et ses fanatiques.

- C'est ici que les choses fluctuent, directeur. Parfois, la ligne qui représente votre espion émerge de la bataille finale. Mais la plupart du temps, seule la ligne argentée s'en sort, dit-elle en baissant la baguette.

- Miranda ?

- Oui, directeur ?

- J'ai besoin de savoir ce qui cause cette ligne aberrante.

Albus leva la main et, de son doigt noueux, il suivit la ligne argentée doucement. Il fit une pause au point de rencontre où la ligne grise apparaissait et disparaissait par intermittence.

- Qui que ce soit ou quoi que ce soit, cette ligne menace mon espion. Je ne peux pas l'autoriser.

Quelques instants plus tard, le directeur quitta la pièce et Miranda se retrouva une nouvelle fois seule au milieu de ses chiffres.

Elle regarda d'un air absent la représentation de ses calculs arithmantiques. Ses yeux sautaient d'une ligne à l'autre, jusqu'à ce qu'elle fixe de nouveau la ligne grise de l'espion insaisissable.

- Qui es-tu vraiment ? demanda-t-elle à la ligne. Es-tu celui auquel je pense ou es-tu totalement quelqu'un d'autre ? Essayons une équation qui te montre sous une lumière différente et voyons ce que ça donne…

Elle plongea une main dans la poche de sa robe et sortit une nouvelle craie, puis retourna à ses calculs.


Quand une potion n'est pas une potion… Quelle espèce d'indice stupide c'était que ça ?

Il était en train de se moquer d'elle, délibérément, avec une méchanceté préméditée. Dans ses quelques moments d'honnêteté, Hermione admettait que c'était une torture menée avec brio. Peu de choses pouvaient la remuer autant que l'idée qu'une connaissance de valeur lui était délibérément cachée. Savoir qu'il avait compris le problème et qu'il refusait de lui révéler était rageant. Et mettre dans la balance l'espoir qu'elle regagne ses soixante-quinze points… Cet homme la rendrait folle.

- Aarrgghh !

Le pire de tout avait été sa façon de la complimenter à sa manière, en lui mettant une claque en même temps. Un compliment… Depuis combien de temps désirait-elle qu'il la complimente ? Depuis combien de temps rêvait-elle qu'il loue son esprit comme le faisaient ses autres professeurs ? Et maintenant que c'était fait, il ne lui restait qu'un goût amer. Quelle valeur avait un compliment qui était en même temps une critique ?

- Hermione ?

- Quoi ? claqua-t-elle.

- Est-ce que quelque chose ne va pas ?

Hermione adressa à Harry un regard funeste, par-dessus la table du dîner.

- Pourquoi y aurait-il quelque chose de mal ? demanda-t-elle.

Ron et Harry échangèrent un regard avant qu'Harry ne réponde.

- Peut-être parce que tu viens juste de… grogner ?

Ron hocha la tête, parfaitement d'accord, et ajouta :

- Et il y a aussi le fait que tu viens d'assassiner ton repas. Je ne sais pas ce que t'a fait ce morceau de poulet, mais je suis sûr qu'il est vraiment désolé.

- Je ne vois pas de quoi…

Hermione s'interrompit quand elle baissa les yeux sur son assiette. Son poulet rôti présentait des douzaines de coups de fourchette rageurs. Il était tellement mutilé qu'on n'aurait jamais pu deviner qu'il s'agissait auparavant d'un poulet parfaitement préparé par les elfes.

- Oh, émit-elle faiblement.


Deux jours plus tard, elle poussa la porte de la classe de Potions avec force, certaine qu'elle avait finalement trouvé la solution. La porte se referma derrière elle avec un faible bruit, même si elle avait mis toute sa force et tout son poids en l'ouvrant. Ça ne représentait qu'une fraction infime du bruit que produisait le professeur Snape lorsqu'il entrait dans sa classe.

A l'instant, elle se fichait de son impolitesse et de la perte de points qui suivrait certainement son entrée bruyante et sans frapper. Elle ouvrit la bouche.

- J'ai… commença-t-elle.

Puis soudain, une obscure référence qu'elle avait lue des mois plus tôt lui revint en mémoire. Elle stoppa d'un coup devant son professeur, son visage rougissant soudain de honte et d'embarras.

Le professeur Snape était légèrement penché au-dessus d'un chaudron et se contenta de lever un sourcil, silencieux.

Elle tourna immédiatement les talons et sortit de la classe à grands pas. Derrière elle retentit un rire, profond et riche. Elle était cependant bien trop furieuse contre elle-même pour être choquée d'entendre son professeur stoïque rire – car après tout, il riait à ses dépens.


Hermione trouva le professeur Snape dans l'un des couloirs le plus au sud du château. Elle vint à sa hauteur et prit son rythme – une décision osée pour un étudiant.

- La puberté, dit-elle.

Elle était certaine d'avoir la bonne réponse, cette fois. Le professeur ne ralentit pas et lui répondit.

- Non, dit-il.

Elle eut un instant d'arrêt mais le rattrapa rapidement.

- Mais, le…

Il baissa les yeux vers elle, la regardant par-dessus son long nez.

- Vraiment, miss Granger, dit-il avec une voix suffisamment moqueuse pour qu'elle rougisse de gêne, vous devriez regarder vos camarades de classe. A moins d'avoir beaucoup de retard, vous devriez tous avoir dépassé la période de la puberté. Et si c'était ça, est-ce que vous ne devriez pas tous avoir des problèmes ? Est-ce qu'il vous arrive d'utiliser votre cerveau pour autre chose que respirer et cligner des yeux ? Ou est-ce que vous devez aussi compter dans votre esprit pour vous assurer de faire ça correctement ?

Outrée par ce dernier commentaire, elle stoppa net, incapable de faire autre chose que fixer son dos avec incrédulité. Il avait déjà tourné dans un autre couloir, quand elle pensa à fermer la bouche. Un élève passa à côté d'elle et la regarda avec curiosité. Elle lui lança un regard mauvais et partit à grands pas dans la direction opposée. Sa robe d'étudiante volait et tourbillonnait autour d'elle.


Alors que Neville et Colin travaillaient sur leur potion, Hermione fixait le tableau noir pendu derrière son bureau – une exacte réplique de celui du professeur Snape. Elle était fermement appuyée contre le bois, les bras croisés et les sourcils froncés. Les doigts de sa main tapotaient nerveusement et continuellement contre son bras.

Ça faisait tellement longtemps qu'elle fixait ce tableau qu'elle avait le sentiment que les informations exposées seraient imprimées dans sa mémoire pour toujours. Au début, les informations avaient été ordonnées en trois colonnes, écrites lisiblement : les noms des étudiants, le nombre d'années durant lesquelles les potions tournaient mal et, quand c'était possible, le nom des potions qui n'avaient pas fonctionné.

Désormais, le tableau n'était plus ni net, ni ordonné. De multiples lignes colorées se croisaient d'une colonne à l'autre pour tenter de mettre en lumière de possibles connexions. Elles avaient été ajoutées, effacées, ajoutées de nouveau. Il était désormais difficile de repérer les colonnes originales.

La réponse était là, quelque part. Hermione le savait, le sentait au creux de son estomac, mais elle n'arrivait pas à trouver la bonne connexion. Et demain serait le dernier jour du challenge proposé par le professeur Snape.

Zut.*

Elle tourna la tête légèrement.

- Colin, appela-t-elle par-dessus son épaule. Es-tu sûr de m'avoir tout donné ?

Colin leva les yeux de son chaudron, mais il ne s'arrêta pas de remuer sa potion.

- Oui, professeur Granger-Snape. J'ai parlé à autant de personnes que je pouvais à Gryffondor, Serdaigle et Poufsouffle, comme vous me l'avez demandé. J'ai même essayé de parler aux plus jeunes de Serpentard, mais, bon, vous savez comment c'est. Ils ont levé le nez en l'air et refusé de parler à un « Sang-de-bourbe » comme moi, dit-il en butant sur l'insulte honnie.

Avant qu'Hermione ne réponde, Neville prit la parole à son tour, en ajoutant des limaces émincées à sa potion.

- Ne les laisse pas t'affecter, Colin. Nous ne croyons pas tous dans ce dogme de la suprématie des Sangs-purs, qu'ils crachent à tout va.

Colin sourit à Neville, sa bonne humeur naturelle reprenant le dessus.

- Merci, Neville.

Aucun des garçons ne remarqua quand Hermione se redressa de toute sa hauteur. Tous les deux sursautèrent cependant quand elle s'écria :

- C'est une blague !

- Hermione ? demanda Colin. Est-ce que ça va ?

- Oui, ça va, répondit-elle en passant une main dans ses cheveux et en ébouriffant ses boucles noircies par le sort.

- Non, se corrigea-t-elle. En fait, ça ne va pas. Ça n'a pas de sens. Ça ne m'a pas touchée et Harry n'est pas… mais il est… Oh ! Quand est-ce qu'une potion n'est pas une potion ? Quand ce n'est pas une potion ! Merlin ! C'est parfaitement clair, maintenant !

Elle se tourna brusquement, attrapa ses notes et sortit rapidement en murmurant dans sa barbe.

Les deux garçons abandonnés échangèrent un long regard.

- Tu crois qu'elle va aller jusqu'à où avant de se rendre compte qu'elle est toujours déguisée en professeur Snape ? demanda finalement Colin.


* Une petite note de traduction. Ici l'auteur avait écrit : « Fudge. And she didn't mean the Minister of Magic. » Dans ce contexte, Fudge pourrait être littéralement traduit par « La blague » ou "Flûte" et la suite par : « Et elle ne parlait pas du Ministre de la Magie. » Cependant, « Fudge » n'a pas été traduit en version française et : soit le jeu de mots de l'auteur perd tout son sens si je traduis, soit la traduction n'a pas beaucoup de sens si je laisse « Fudge ». Alors j'ai décidé de laisser un juron édulcoré et tout simple pour traduire son état d'esprit.


Et voici pour aujourd'hui. De nouvelles choses intrigantes se produisent, Non ? Aimez-vous les nouveaux échanges entre Hermione et Severus ?

A bientôt pour la suite (peut-être pas la semaine prochaine, mais début de celle d'après : nous accueillons un compagnon à quatre pattes la semaine prochaine et je pense qu'il va occuper pas mal de mon temps :D).

Lena.