CHAPITRE 4
Arrivés à domicile, Rick découvrit une charmante maison, tout ce qui a de plus banal pour une famille. Comme quoi, deux papas et un enfant peuvent vivre de manière conventionnelle, n'en déplaise à certains. Rick observait avec envie toute cette petite famille évoluait.
« papa papa, on mange quoi ce soir ? »
« j'ai fait des lasagnes hier soir, que je n'ai plus qu 'à les réchauffer, toi va prendre ta douche »
« pfff, la douche c'est pas drôle...et pis d'abords j'en ai pris une hier... »
Eric dépité, porta son regard sur son mari qui se retenait de pouffer de rire...
« écoute mon chat, si tu prends ta douche gentiment, ce soir c'est moi qui raconte une histoire »
« avec des monstres et des dragons ? »
« oui... »
« cool dady »
Eric regarda Rick...
« super, ça sent les cauchemars à plein nez... »
Rick ne pu s'empêcher de rire...suivi d'Eric...
« je te préviens lieutenant, c'est toi qui te lève cette nuit »
« oui, chef »
Ce sont des moments comme ça que Rick aspiré à vivre. Des moments simples du quotidien, des moments cocasses provoqués par la spontanéité et la naïveté d'un enfant.
Alors qu'il commençait à se détendre un peu, son portable vibra dans sa poche. Il s'en saisit et fit une grimace...tout en le laissant sonner...
« tu ne réponds pas ? »
« ma belle mère, je ne sais pas quoi lui dire »
« la vérité en édulcoré...tu veux que je lui parle ? »
« non, c'est à moi de le faire...et merde maintenant, c'est bri... »
« décroche alors »
« coucou bri...oui ma puce, je vais bien...je ne sais pas quand je rentre...ok...tu me passes ta grand mère ? »
Rick pris son courage à deux mains et expliqua dans les grandes lignes ce qui était arrivé. Il omis volontairement certains aspects. Il dû également s'excuser de ne pas avoir appelé plus tôt et de ne pas avoir répondu aux multiples appels. Une fois raccroché, il fut soulagé mais vidé...il ressentait à nouveau toute la fatigue de la journée. Et comme à chaque fois dans ces moments là c'est sa jambe qui se manifestait par une violente douleur...
Eric le voyant se crisper, s'affola...
« he Rick, ça va ? »
« oui, juste ma jambe qui me lance »
« attends, je vais chercher Tom »
« non, ça va j'ai l'habitude, ça va passer »
« ne joue pas au bon soldat tu veux... »
Rick n'eut pas le temps de le contredire que Tom arrivait à grands pas.
« qu'est ce qu'il t'arrive ? »
« une douleur au niveau de ma cuisse et de mon genou. J'ai été trop longtemps sur ma prothèse et là elle me rappelle à son bon souvenir »
« comment ça une prothèse ? »
«il y'a 4 ans, à la suite d'un accident, j'ai été amputé de la jambe droite, au dessous du genou »
« whao, je n'avais rien remarqué...viens dans le salon, je vais regarder, si tu as été trop longtemps sans enlever ta prothèse tu as peut être une irritation ou un lymphocèle »
« je n'ai pas le choix ? »
« non capitaine, sinon je te lâche Eric, il est pire que moi »
« ok »
C'est en s'appuyant sur Tom qu'il se dirigea vers le salon.
« je peux te retirer ta prothèse ? »
« attends, je vais le faire...c'est quelque chose que j'ai du mal à déléguer... »
« je comprends, pendant ce temps, je vais chercher ma trousse »
La douleur ne refluait pas, décidément la journée était vraiment pourrie.
« bon écoute je ne vois rien de bien alarmant...ton genou est légèrement gonflé mais le moignon est propre. Tu devrais ne pas la remettre pour soulager ton genou. Je dois avoir des béquilles, je vais aller te les chercher et je vais te donner un antidouleur et de la glace pour ton genou.»
« merci et désolé »
« désolé de quoi...tu n'as rien fait qui nécessite des excuses»
Eric arriva sur ces mots.
« j'ai préparé la chambre d'ami, il est hors de question que tu repartes ce soir. Tu as une tête de déterré »
« mais... »
« il n'y a pas de mais, ici c'est moi le général en chef. Demande à Tom... »
« désolé Rick mais je ne suis que Lieutenant, et je pense comme Eric, surtout si je te donne un antidouleur. Tu risques d'être dans le coton.»
« ça me touche énormément, après tout nous nous ne connaissions pas il y'a à peine 6 heures »
« tu n'as pas l'air d'un psychopathe et au pire j'ai mon arme à la maison »
Rick sourit timidement à la dernière remarque.
« dady, Rick a le même sac que toi...heureusement, qu'il y'a vos noms dessus »
Jules se tue en voyant la jambe de Rick.
« dady, il a quoi Rick ? »
« Rick a eu un accident, et les médecins ont du lui coupé une partie de la jambe. A la place, il a ce qu'on appelle une prothèse... »
« c'est toi qui lui a coupé la jambe ? »
« non mon chat »
« je peux toucher ? »
« non, Jules ça ne se fait pas... »
Rick intervint pour soulager le père...
« tu peux toucher si tu veux...par contre n'appuie pas trop, ce soir j'ai un peu mal »
« c'est tout bizarre »
« tu vois, je mets cette chaussette au bout de mon genou et ensuite ma prothèse. Et après, je peux faire presque tout ce que fait une personne qui a ses deux jambes »
« c'est trop bien...c'est comme robocop »
« oui, on peut dire ça »
Le petit garçon et Rick se mirent à rire. Il fut étonné de ne pas avoir été gêné des questions du petit garçon. Habituellement, il changeait de conversation. C'était un aspect intime de sa vie qu'il n'aimait pas trop abordé. Mais la naïveté de l'enfant ne lui fit pas peur. Il savait qu'il n'allait pas être jugé.
« à table tout le monde »
Eric, qui n'avait pas assisté à la conversation précédente, fut surpris de voir Rick arrivait en béquille, et surtout une partie de son treillis vide.
« who, tu t'ai fais ça comment »
« j'y crois pas tel père tel fils...chéri, ce genre de chose ça ne se demande pas »
« non, laisse Tom, ce n'est pas grave. J'ai eu un accident de la route. Je revenais avec mon unité de 9 mois de déploiement en Afghanistan. Je téléphonais à Drew, pour lui dire que nous étions en chemin pour la base. Lui a dû raccrocher et 15 minutes plus tard, trou noir. Je ne me souviens de rien. Mon bus a été percuté par un chauffard ivre. Je me suis réveillé aux urgences où travaille Drew. Avec un autre médecin, ils ont fait ce qu'ils ont pu mais ma jambe s'est vite nécrosée. Le chirurgien a dû se résoudre à amputer »
« ça dû être difficile »
« sur le moment, oui, mais quand je fais le bilan maintenant, cette blessure m'a beaucoup apporté. Elle m'a obligé à faire le point sur moi-même, sur qui je suis et ce que je veux. Et surtout, elle a fait évoluer mon couple. Avant nous nous tenions éloigner l'un l'autre dans des lieux publics, nous réservions deux chambres en vacance...on se cachait. Et, mon accident m'a appris que la vie peut vite basculer et qu'elle est courte. Depuis, j'essaye de vivre à fond. J'ai fait mon coming-out et je suis très heureux. J'ai épousé l'homme que j'aime et je suis devenu père. »
« c'est une belle leçon de vie, votre histoire en est encore plus belle »
Le repas se passa tranquillement. Tom comme promis parti raconter une histoire à son fils. Rick se retrouva seul avec Eric. Tout en débarrassant la table, ils discutèrent de chose et d'autre. Ils firent plus ample connaissance.
« au fait, Tom et toi vous m'avez parlé de ton mari, mais tu as une photo, j'aimerais mettre un visage sur son nom »
Rick sortit son téléphone et chercha dans sa galerie une photo. Il montra celle où ils sont sur la plage à trois avec Brianna en train de faire le pitre...
« vous êtes une jolie famille »
« merci, toi aussi tu as une belle famille. On sent bien que Tom est fou amoureux et un tantiné protecteur »
« un psychopathe, tu veux dire »
« à ce point ? »
« après, je le laisse faire. Il a des circonstances atténuantes. Il y'a deux ans, il est rentré de quatre mois de déploiement, et je suis tombé malade. J'ai eu une leucémie. Je commence seulement à aller mieux. Alors, dès que j'éternue ou que je me mouche, c'est branle bas de combat. »
« c'est parce qu'il t'aime »
« oui, je sais...moi aussi. Je sais qu'il a eu très peur.»
« Drew est un peu comme ça aussi. Déjà avant mon accident, il était protecteur mais depuis c'est encore pire. Là, il serait furax, j'ai oublié mes cachets à la maison et il me dirait que je ne prends pas soin de moi. Et, avec Brianna, je n'en parle même pas...c'est un papa surprotecteur »
« nous avons tous nos défauts »
« à côté de ça c'est quelqu'un qui a un cœur énorme. Tu lui demandes quoique ce soit, il sera là. Il est parfois même trop gentil, et se fait avoir. Ce que j'aime en lui, c'est son côté timide, réservé...alors que quand il est au boulot, il est sûre de lui, il s'impose...C'est le premier à voir si tu vas mal. Il est très empathique. »
« tu en sais plus sur ce qu'il s'est passé ? »
« non, je vois le commandant de la base demain, mais d'après ce que Tom a appris, ce n'est pas jolie...c'est injuste pour Drew. Il a tellement travaillé pour en arriver là, il ne mérite pas ça. Je m'en veux, car je l'ai poussé à dire oui. Au départ, j'étais contre cette formation mais je me suis rendu compte que je ne pouvais pas lui refuser ce que moi j'avais déjà. C'était son rêve d'être ranger depuis qu'il est entré dans l'armée. Et, là j'ai l'impression qu'on lui a brisé son rêve. Je ne comprends pas qu'il m'en ai pas parlé au téléphone ou par mail. C'est de ma faute si il est dans ce lit d'hôpital dans cet état. Tel que je le connais, il pensait qu'il allait me décevoir s'il échouait. Je pense qu'inconsciemment je lui ai mis trop de pression»
« il ne faut pas penser ça. Ce n'est pas toi qui l'a mis dans cet état. Ce sont des instructeurs fous furieux. Et tu sais quand Tom a eu des ennuis lors d'un de ses déploiements, il ne m'en a pas parlé tout de suite. Il ne voulait pas m'inquiéter. Tout comme moi, quand j'ai commencé à ressentir les premiers symptômes de la maladie alors qu'il était en Afghanistan. Je ne lui en ai rien dit. La vie de militaire mais aussi la vie de conjoint de militaire sont faites de sacrifices et de mensonges par omission. Il faut vivre cette vie pour la comprendre. »
« oui, tu as peut être raison »
