CHAPITRE 6
Voilà quelques jours que Drew avait repris conscience. Et pendant ces quelques jours, Rick ne pu que constater des changements dans le comportement de son mari. Il était nerveux, irascible, à la limite du désagréable. Mais il développait également une hypersensibilité incontrôlable. Rick dansait en fonction de ses humeurs et la vie était loin d'être facile pour lui. Il essayait de prendre sur lui, d'être patient, mais un après midi, il finit par exploser. Drew n'avait cessé d'être désagréable, et de se comporter comme un enfant.
« attends là, ne me dit pas que tu es jaloux de Tom »
« si tu crois que je n'ai pas compris votre manège »
« mais ça ne va pas...Tom est marié, il a un petit garçon, c'est un ami. Il n'a pas hésité à m'aider, à nous aider, car je te le rappelle qu'il t'a sauvé la vie. Tu délires complètement. »
« vous êtes toujours collés ensemble alors excuses moi de me poser des questions »
« mais je passe mes journées avec toi... »
« sauf quand tu vas boire un café ou faire un tour avec lui... »
« écoutes, je crois que je vais te laisser réfléchir à tes bêtises et moi je vais m'aérer la tête, là tu dépasses les bornes... »
Rick sortit furieux de la chambre. Il ne supportait plus les sautes d'humeur de Drew et là, il est allé vraiment trop loin. Ils ont toujours alimenté une confiance mutuelle l'un dans l'autre. Chacun pouvait sortir sans l'autre sans subir sa jalousie. Leur couple ne fonctionnait pas du tout comme ça. Ils se faisaient entièrement confiance enfin jusqu'à aujourd'hui. Rick se sentait perdu, il ne reconnaissait plus l'homme qu'il aimait. Et, le problème était que personne n'arrivait à expliquer pourquoi Drew avait ce genre de comportement.
Il finit par aller s'asseoir sur un banc à l'extérieur de l'hôpital. Il avait besoin d'air et de souffler. Il passa un long moment les yeux dans le vague. Il regardait la vie s'animait autour de lui sans vraiment la voir, jusqu'à ce que quelqu'un lui tende un gobelet...
« je pense que tu as besoin d'un bon café...il vient de notre salle de pause pas du distributeur »
« merci »
« ça ne va pas toi... »
« non, tu connais la dernière ? Drew est jaloux de toi »
« tu peux répéter ? »
« Drew vient de me faire une scène, il pense que nous entretenons une liaison »
« ho la vache, je crois que je lui donne trop de médicaments »
« je peux supporter ses sautes d'humeur, son irritabilité, sa nouvelle hypersensibilité mais là ça va trop loin »
« il ne faut pas lui en vouloir, il ne contrôle pas tout. Il n'est pas vraiment lui même »
« rassure moi, ce n'est pas permanent »
« ça je ne peux pas le dire. Il faut encore attendre. J'ai prescrit un bilan psy pour lui peut être que nous en saurons plus. Là, j'avoue que physiquement, je ne vois aucune explication à son changement de comportement. Les scans n'ont rien révélé. Je pencherais plus pour un SPT, c'est la psy qui nous le dira. Mais pour être sûre de ne rien loupé, j'ai une amie neurologue qui va passer l'examiner. »
« et en attendant, je fais quoi ? »
« tu m'embrasses... »
« très drôle »
« écoutes, je quitte le boulot plus tôt, Jules chante dans la chorale de son école, tu veux venir, on retrouvera Eric. Ca te changera les idées et Jules t'adore...et en rentrant, mon homme nous a fait son chili, une merveille... »
« mais tu ne penses qu'à manger, c'est incroyable »
« si j'ai épousé mon homme ce n'est que pour sa cuisine..et peut être d'autres choses mais ça je le garde pour moi... »
« obsédé avec ça »
« seulement avec mon mari »
« heureusement...en tout cas, je voulais te dire merci pour tout, tu me fais rire et ça fait du bien »
« tu sais, je suis ravi de notre rencontre. Dans un sens, nous nous ressemblons, et rencontrer un soldat gay et marié comme moi me fait penser que je suis moins marginal que je ne le croyais »
« c'est vrai que c'est agréable de pouvoir échanger sur nos difficultés que nous rencontrons. Par contre, j'ai remarqué qu'avec Drew nous avons encore du chemin pour être aussi libéré que toi et Eric. En public, vous vous ne posez pas de question, vous vous comportez comme n'importe quel couple. Et même si nous travaillons dessus, j'avoue que nous ne sommes pas aussi libre que vous »
« sur ce point, c'est Eric qui m'a beaucoup aidé, lui s'est assumé très jeune alors que moi, je suis resté assez longtemps dans le placard. Et c'est sûrement dû aussi à notre boulot. »
« c'est sûre , bon je vais essayer de voir si Drew s'est calmé. Merci pour l'invitation mais je vais vous laissez en famille. Je vais restez avec Drew. Après tout, je lui ai dit oui pour le meilleur et le pire...et je pense que je lui en ai fait bavé lorsque j'ai eu mon accident... »
« tu es sûre ? »
« oui, et j'ai besoin de rester avec lui, nous avons été séparés assez longtemps. Et les infirmières sont soulagées quand je suis là. Il leur mène la vie dure les pauvres...avec moi, il ose peu moins. »
« tu nous rejoins pour manger ce soir ? »
« je ne sais pas...je ne suis pas d'humeur joyeuse aujourd'hui, je pourrais manger à l'extérieur et rentrer après. Vous pourriez enfin vous retrouvez entre vous. »
« he, tu ne nous déranges pas et si tu ne rentres pas pour manger le général en chef va me passer un savon. »
« tu exagères, Eric n'est pas un tyran quand même. J'ai eu des commandants bien pire que lui »
« je rigole...mais je risque quand même de me faire remonter les bretelles. Il t'apprécie énormément et Jules va certainement te redemander une histoire... »
« bon si c'est pour ton homme et ton fils ok, je vous rejoins pour le dîner »
Rick finit par remonter dans la chambre de Drew qu'il trouva endormi. Il s'installa confortablement et envoya des messages à leur fille et leurs amis. Brianna lui manquait énormément et il était heureux qu'elle le rejoigne samedi. Il appréhendait un peu sa réaction face au changement de Drew mais il savait aussi qu'elle serait un grand réconfort pour lui.
Une heure s'était écoulée lorsque Drew émergea de son sommeil. Il posa sur son mari un regard malheureux et fuyant...
« coucou, tu es revenu ? »
« bien sûre, je n'allais pas te laisser seul »
« tu aurais pu, j'ai été très con tout à l'heure. »
« on oublie ? »
« hum...tu sais je ne me reconnais plus... »
« ce n'est pas grave, on va trouver pourquoi tu es comme ça... »
« tu as eu Brianna aujourd'hui...j'ai hâte de la voir »
« oui, elle était en train de faire ses devoirs chez une copine et ta mère devait aller la rechercher. Elle sera là samedi. Moi aussi je suis content qu'elle vienne. Tu as toujours mal à la tête ? »
« oui, ça ne passe pas »
« j'en parlerai à Tom qu'il te donne quelque chose de plus efficace »
« tu veux bien rester avec moi jusqu'à ce que je m'endorme ? »
« bien sûre, et malgré ce que tu penses, je t'aime. J'aime ce que j'ai avec toi, et je suis heureux d'avoir construit une famille avec toi, je n'ai aucune raison de voir ailleurs. Je t'interdit d'en douter. D'accord ? »
« d'accord, moi aussi je t'aime. Ces longs mois sans toi ont été très dures. »
« on en parlera plus tard, si tu veux, en attendant, tu me fais une place et tu peux te rendormir dans mes bras »
« tu as toujours de bonnes idées »
