CHAPITRE 9
Fort Benning est une base de l'armée américaine située au sud-ouest de la ville de Colombus. C'est cette base qui abrite entre autre l'école des rangers. C'est une vraie petite ville qui vit en auto suffisance. Mais pour plus de discrétion, Rick avait donné RDV aux trois stagiaires en dehors de la ville. C'est donc après avoir passé sa journée au chevet de Drew, que Rick pris le volant pour se rendre au RDV. Cette rencontre était une des pièces du puzzle qu'il essayait de constituer. Il espérait obtenir plus de renseignements sur les méthodes employées par les formateurs afin de pouvoir mieux les dénoncer. Il devra être très subtile et psychologue, les militaires sont peu enclin à dénoncer. Ce n'est pas dans la mentalité militaire. Il était déjà très surpris que certains aient accepté de le rencontrer. Il ne devait pas gâcher cette chance.
Arrivé à destination, il pénétra dans le bar où ils devaient se retrouver. Etant le premier arrivé, il pu choisir un coin du bar à l'écart des regards. En attendant l'arrivée des trois stagiaires, il sortit sa tablette afin de consulter ses mails. Il attendait une réponse assez importante. Sa nervosité monta d'un cran lorsqu'il vit la réponse tant attendue. Cette réponse fut un véritable soulagement et lui permettait d'attaquer le RDV dans de meilleures conditions et surtout avec un argument de poids. En relevant la tête de sa tablette, il aperçu trois militaires se diriger vers lui. Et habitude militaire oblige, tous trois le saluèrent de manière très réglementaire.
Rick : « messieurs, ceci est un entretien privé, on oublie les grades. Pour ce soir, je suis Rick.. Vous, vous êtes Allan, Fred et Billy »
Fred : « c 'est exact, vous vous êtes rencardés sur nous visiblement »
Rick : « je ne vous le cache pas...venez assoyez vous... »
Billy : « et comment va le capitaine Alister ? »
Rick ne s'attendait pas vraiment à cette question. Afin d'être le plus efficace possible, il avait occulté temporairement Drew de ses pensées. Il devait mettre l'affectif de côté.
Rick : « il a été opéré hier et il est actuellement dans le coma »
Les trois stagiaires furent assez choqués par cette nouvelle.
Fred : « nous ne pensions pas que c'était aussi grave. Le matin de son accident, il n'a montré aucun signe. »
Rick : « il s'auto-médicamentait. Mais arrivé aux urgences, les médecins lui ont diagnostiqué une pneumonie sévère, une fracture de l'épaule, des carences assez importantes et d'autres choses moins graves. Il y'a trois jours, ils lui ont découvert en plus une hémorragie cérébrale provoquée par sa chute. »
Billy : « nous sommes navrés, il ne mérite pas ça »
Rick : « maintenant, ce que j'aimerais c'est comprendre comment il en ait arrivé là. Et, je veux la vraie version, pas la version officielle. La dureté de la formation, je la connais aussi bien que vous. Il y'a 10 ans, j'étais à votre place. Je connais son exigence et ses conditions difficiles. Je connais également mon mari. Il était tout à fait apte à subir cette formation. Pourquoi ça a dérapé ? Et, je pense que mon mari n'est pas le seul, d'après mes informations d'autres stagiaires ont été admis aux urgences dans des états pitoyables. »
Face au discours de Rick, les stagiaires furent médusés. Il ne s'attendait pas à cela. Ils restèrent un moment silencieux. Finalement, le seul qui n'avait pas encore pris la parole, commença à s'exprimer.
Allan : « pour être franc avec vous, lorsque nous avons appris qu'un officier participerait à la formation, nous nous sommes pas vraiment réjouis. Le capitaine a été très vite mis de côté. Encore plus lorsque nous avons appris qu'il ne logerait pas dans nos dortoirs mais dans des quartiers à part. Pour nous tous c'était un privilégié qui n'avait rien à faire là. Mais plus la formation avancait plus nous nous sommes aperçus que les formateurs ne lui feraient pas de cadeaux. Ils étaient cent fois plus exigeants. Deux l'ont très vite pris en grippe. Vous pensez deux sergents donnant des ordres à un capitaine. Et, au bout d'une semaine, les blessures ont commencé mais on nous a vite fait comprendre que si nous allions à l'infirmerie, la formation était terminée pour nous. Et le capitaine est arrivé un soir dans le dortoir avec une trousse de soin et à commencer à soigner nos blessures. C'est comme ça que nous avons appris qu'il était médecin militaire. Nous sommes tous tombés des nus. Il faisait des miracles avec le peu qu'il avait. »
Billy : « beaucoup de ceux qui sont encore en lice lui doivent leur place. Sans lui, ils n'auraient pas tenu »
Rick : « vous êtes en train de me dire, qu'ils vous ont privé de soins ? »
Fred : « c'est vous qui le dite pas nous »
Allan : « ce que je vous dis c'est pour aider le capitaine, il devrait être avec nous pendant cette dernière semaine. Il avait largement le niveau que ce soit physique ou pratique. C'est d'ailleurs à cause de ses capacités physiques qu'un des deux instructeurs s'est acharné sur lui. »
Rick : « qu'est ce que vous voulez dire ? »
Allan : « lors d'un entraînement au corps à corps, le capitaine a largement pris le dessus sur lui, et je pense qu'il ne s'attendait pas à cela. On a bien vu que se retrouvait maîtrisé par le capitaine, ça ne lui a pas vraiment plu. »
Rick : « en même temps, il s'attendait à quoi, Drew pratique les arts martiaux depuis très longtemps et depuis qu'il est dans l'armée, il fait des combats MMA »
Fred : « ils ont du mal lire son dossier alors, parce que le capitaine l'a maîtrisé en un rien de temps et nous nous étions ravis. Malheureusement, ça n'a pas duré. »
Rick : « ils se sont vengés ? »
Allan : « ils ont multiplié les inspections de chambre, les raids de nuits dans l'eau ou dans la boue. Ils nous rationnaient les peu de repas que nous faisions. »
Billy : « je me souviens d'une fois où nous n'avions quasiment rien à manger. Le capitaine m'a donné le peu qu'il avait parce que j'étais malade. De nombreuses fois, ils nous protégeaient pas seulement en nous soignant mais en réclamant plus d'eau ou plus de nourriture. Ils s'interposaient également lorsqu'ils abusaient et que nous n'en pouvions plus. A plusieurs reprises, ça lui a valu des brimades. On ne comprenait pas pourquoi il continuait à nous aider.»
Rick : « il s'est comporté comme un officier doit se comporter, en protégeant les hommes de son unité. C'est ce que nous apprenons en tant qu'officier »
Fred : « mais ce qui nous a le plus révolté c'est lorsque lors d'une fouille, l'un des instructeurs a trouvé une photo de vous et votre fille. Ils avaient trouvé le point faible du capitaine, et ils s'en sont servis. »
Allan : « lors d'un rassemblement, ils ont exhibé la photo pensant que nous allions de nouveau le mettre de côté. Mais, mis à part un ou deux, savoir que le capitaine était gay n'a rien changé. Il se battait à nos côtés et à aucun moment ils nous a lâché. Malgré la compétition, il était toujours là pour aider celui qui flanchait. Il nous motivait mais après l'histoire de la photo, on a bien vu que dès qu'il était un peu trop entreprenant, ils le cassaient. Étonnamment, ce n'était pas le fait qu'il le traite de tous les noms qui le blessait le plus mais lorsqu'il parlait de votre fille. »
Billy : « le capitaine un soir nous a raconté comment elle est arrivée dans votre vie et il a ajouté qu'il ne fallait pas toucher à un cheveux de sa fille. Il savait que vous vous pourriez vous défendre mais pas elle et c'est ce qui le rendait vulnérable. »
Fred : « plusieurs d'entre nous avons entendu les propos qu'ils tenaient sur votre fille et c'est ce qui a fait sortir le capitaine de ses gonds. Il s'en est pris physiquement à un des instructeurs. C'est ce qui lui a valut un tour au mitard. »
Rick : « ce que vous me racontez ne correspond pas du tout à la formation que j'ai eu. Physiquement, c'était dure, nous ne dormions que trois heures par nuit, nous ne faisions parfois qu'un repas mais on nous respectait. Ce que vous décrivez relève plus du harcèlement. »
Billy : « si nous sommes venus ce soir c'est pour le capitaine mais nous ne voulons pas d'ennuis. Vous comptez faire quoi ? »
Rick : « ce que je veux c'est dénoncer les comportements des instructeurs. J'ai déjà tiré quelques ficelles et je vais faire intervenir des connaissances pour que ce genre d'histoire cesse. J'aime l'armée, elle fait partie de ma vie, et je ne veux pas que ce genre de comportements entache son image. Je suis fier d'être un ranger parce que c'est avant tout une philosophie, celle de l'exigence et du dépassement de soit. Ce que vous avez vécu ne correspond pas à cette philosophie. »
Allan : « par contre comme on vous l'a dit nous ne voulons pas d'ennuis. »
Rick : « rassurez vous je ne citerais pas de noms. Je n'en aurais pas besoin. Mais dans deux jours attendez vous à ce qu'il y'ait du ménage de fait. »
Billy : « que voulez vous dire ? »
Rick : « même si mon envie première est de tuer vos instructeurs, je vais utiliser une autre méthode mais qui risque de ne pas leur plaire. Vous verrez par vous mêmes. En tout cas merci d'être venu et d'avoir été franc avec moi.»
Fred : « ce we, nous sommes libérés, vous pensez que nous pouvons passer voir le capitaine ? »
Rick : « tout dépend de son état...je vous laisse mon numéro, n'hésitez pas à me contacter. Je vous dirais si vous pouvez le voir. Et si vous rencontrez un problème appelez moi, je ferais mon possible pour vous aider. »
