PDV Maura.

Elle ne savait pas combien de temps elle devait attendre, et cela sans pouvoir ne rien faire alors qu'elle écoutait maladroitement les nouvelles concernant la recherche de sa meilleure amie. Il semblerait que les conditions étaient tout bonnement défavorables ; qu'il fallait prendre patience pour faire un travail minutieux et fructueux. Mais cette attente n'était pas bonne à supporter, surtout cette tension ne fut que grandissante et assaillante. Les pires tragédies traversèrent l'esprit de la légiste. Si Jane n'avait plus la force de bouger alors elle allait avoir une hypothermie ? Si elle fût perdue loin de toute civilisation ? Qu'elle implorait à l'aide, mais sans résultats ? Ou le pire… et si elle s'était… noyée ? Qu'on ne retrouverait que son cadavre au lever du jour ?

Maura senti de nouveau les larmes monter aux yeux. Ses glandes lacrymales étaient à plein régime de leur fonction. Elle les rebroussa difficilement quand elle imagina Jane être entièrement couverte d'un tissu âpre et quelconque, qu'elle fut portée par des secouristes, que son visage découvert pour une reconnaissance d'identité fut simplement fermé, livide et couverte de pigmentation violette à cause de la noyade. Elle pouvait aisément imaginer cette image dans son esprit torturé, car elle avait malheureusement fait l'autopsie de noyés. Mais transposer cette image à celle de sa meilleure amie, c'était tout bonnement un supplice. Ce moment effroyable de deuil, de pleurs et lamentation ne pouvait se reproduire de nouveau, avoir perdu Frost fut déjà insoutenable, elle en gardait encore les fraîches séquelles. Pourquoi devait-elle être entourée par les morts et pas seulement dans son cadre de son métier ? Est-ce qu'elle était maudite pour vivre dans la stricte solitude ?

La légiste se mit à sursauter par ce geste venant de nulle part, touchant l'arrière de son dos. Elle fit rapidement volte-face en l'espoir d'une quelconque nouvelle, et vit le visage tiré et désespéré d'Angela. Les deux femmes communièrent leur angoisse en se regardant. Puis elles s'accolèrent dans les bras de l'une et l'autre afin de se conforter un minimum, bien qu'il y eût cette tension fut palpable dans leur corps respectif. Puis elles se détachèrent l'une à l'autre, et s'observèrent en silence.

« Je suis désolée Maura, je ne voulais pas te surprendre. »

« Ce n'est rien Angela, je suis assez anxieuse donc c'est normal que je réagisse ainsi. Est-ce qu'on vous a prévenu de la situation ? » La matriarche avec les yeux bien rougis, semblait exténuée.

« Pas vraiment, c'est Frankie qui m'a prévenu que Jane avait des problèmes, mais comme d'habitude, il a été vague sur le sujet et il a essayé de me rassurer. Ça a eu un effet contraire lorsqu'il n'a pas voulu m'expliquer où était sa sœur. Je l'ai forcé à me dire la vérité et il m'a dit qu'une partie et me voilà. Tu as des nouvelles, personne ne voulait me parler et pourtant je suis la mère, j'ai le droit de le savoir. J'ai peur pour ma chérie, mais qu'est-ce qui lui a pris de se jeter de ce pont ? Dis-moi ce qu'il se passe Maur ou je vais devenir complètement folle ! »

« Jane a voulu aider un suspect qui était à l'autre côté de la rambarde du pont, il a glissé… elle le suivit pour le sauver, mais on a plus eu de nouvelles depuis. » Angela avait l'air horrifiée, elle tituba et attrapa l'avant-bras de Maura qui la rattrapa, elle comprenait aisément la réaction de la mère de famille. Si elle avait une fille comme la détective, à chaque coup de fil, elle aurait eu peur pour l'état de santé de celle-ci.

« Mais elle est complètement folle ! Elle ne pouvait pas attendre les secours au lieu de sauter ? Oh quelle horreur, ce pont est très haut… plusieurs mètres ? Et si elle a des blessures graves ou un traumatisme crânien ? » Le génie allait répondre avec exactitude, mais s'abstient à temps, elle se remémora que c'est un fait qu'il ne valait mieux pas dévoiler.

« Non, je ne crois pas que cela puisse arriver, et Jane est une grande sportive … et…à la force de l'âge, elle est capable de s'en sortir … elle est une battante … elle… elle vécut pire comme situation. »

« Je sais que tu as raison, nous parlons de Jane... toutefois, je ne sais pas ce qui se passe dans la tête de ma petite fille, ça me fait terriblement peur qu'elle mette ainsi régulièrement sa vie en danger, elle n'a pas neuf vies comme les chats. La chance ne pourra pas toujours être à ses côtés bien que je pris tous les jours Dieu pour qu'il protège mes enfants. » Isles ne put s'empêcher d'agréer silencieusement, quel était ce irréprésible besoin de se mettre en péril ? Et ce n'était pas la première fois, mais elle redoutait quand ce serait la dernière.

« Et toi Maura, comment vas-tu ? Tu as une tête probablement comme la mienne, non même pire. » La châtaine se pinça légèrement sa lèvre inférieure, elle avait cette difficulté à exprimer ses besoins, ses peurs, ses peines… elle chercha les mots les plus adaptés à sa condition. Non, elle ne le supportait pas d'être aussi inutile, d'attendre sans savoir, sans pouvoir aider... mais elle n'arriva pas à s'exprimer verbalement. Alors, elle opta pour un autre sujet que celui qui est mentionné :

« Comment faites-vous Angela ? Comment pouvez-vous supporter cette situation sans vous effondrer ? Quelle est votre méthode miracle ? Je réalise à quel point c'est difficile pour vous de supporter cela et je comprends mieux vos remarques sur le métier dangereux de Jane. J'oublie à chaque fois les risques qu'elle peut prendre chaque jour, car c'était normal, c'est son métier … il lui arrivait d'être légèrement blessée lors d'interpellation... pourtant… pourtant… » La mère de famille se mit à soupirer de fatigue, elle observa le lac puis son fils Frankie qui s'entretenaient avec d'autres agents de police et sauveteurs. Elle s'efforça de se montrer forte à la vue des autres, elle était comme un soutien, alors qu'elle voulait qu'une seule chose, presser les recherches, faire bouger les choses, hurler qu'ils étaient incompétents de ne pas avoir encore trouvée son bébé adoré.

Le vent froid fit frissonner les deux protagonistes qui reprirent un semblant de vigueur.

« Pourtant on n'arrive jamais à s'habituer, on supporte la situation parce qu'on aime Jane, on n'est pas d'accord avec ses choix et on accepte de la soutenir malgré tout. Malheureusement, il n'y en a pas de méthode miracle… j'ai vécu à de nombreuses reprises cette situation d'attente, et avec le temps cela ne devient pas pour autant moins supportable. Lorsqu'on est mère, c'est encore plus compliqué, bien que son enfant parte de la maison ou qu'il est vingt ou cinquante ans et même plus. On se fera toujours du souci pour sa progéniture, on souhaiterait mourir avant ses enfants, et juste imaginer que ce fut le contraire, cela me briserait. Ma Janie se met toujours en danger, et qu'importe si j'essaye de la convaincre d'arrêter, ou d'être moins casse-cou, elle n'écoute pas… jamais … ce n'était la même chose lorsqu'elle était enfant. Je me souviens d'une anecdote, quand elle était enfant, je crois huit ans. Elle voulait faire du saut en parachute. Bien entendu, je lui ai dit quand elle serait plus âgée, et je ne le pensais pas, bien évidemment. Alors un après-midi, j'ai entendu des cris et des pleurs, je me suis précipitée à l'extérieure, et j'ai vu Jane sur la pelouse avec un drap qui la couvrait et son frère Frankie qui était en train de voir si elle allait bien, il était en train de pleurer, disant à sa sœur de ne pas mourir. Alors je me suis précipitée, et j'ai compris ce qu'il s'était produit. Janie avait voulu faire du saut en parachute avec un drap de lit, et elle avait sauté d'un arbre, mais en chutant, elle a déchiré le drap. Quand je suis arrivée, je l'avais vu faire une tête de chien battu, disant qu'elle allait bien, qu'elle n'avait pas besoin d'aller chez le médecin ou à l'hôpital. Alors j'ai vu sa jambe, gonflée, violacée, l'os sortant de la chair, oui, elle s'était cassé la jambe. Et elle pleurait pour ne pas aller à l'hôpital, et non à cause de sa jambe en mauvais état. Elle était plus effrayée d'avoir une piqûre que toute autre chose. Mais je lui ai dit que c'était la punition des mauvaises petites filles de ne pas obéir à leur mère. Et elle s'est mise à pleurer pendant tout le voyage en voiture, et c'était pire lorsque je l'ai privé de regarder des matches des Red Sox. J'ai cru que c'était la fin du monde. Elle était effondrée. » Maura se mit à sourire, oui cet épisode lui rappelait vaguement un moment où l'Italienne s'était blessée à la cheville, faisant la forte tête en disant que tout allait bien, alors que ce n'était pas le cas.

« C'est pour cette raison que je suis continuellement sur son dos comme elle le dit si bien, oui, je suis mère poule, bruyante, je m'occupe de ce qui ne me concerne pas mais j'ai l'impression de pouvoir avoir un semblant de contrôle sur ça. Alors Maura, tu n'as pas à t'en vouloir, quoi que tu aies dit ou fait, Jane aurait fait ce qui est juste à ses yeux bien que cela ne l'était pas pour nous. Elle a une vision droite et sans faille de sa justice, de protéger les autres au péril de sa vie. Eh bien que cela me désole, avec l'histoire de Hoyt, les missions qu'elle faisait quand elle était dans les narcotiques, ou même lors de son kidnapping avec ce détraqué qui lui envoyait des SMS, et lorsqu'elle a perdu… son bébé pour sauver cette jeune fille d'un malade… nous les proches, nous devons attendre. Bien que cela soit pénible, c'est notre devoir de soutenir Jane, de lui montrer qu'envers tous ces malheurs, elle a des personnes qui tiennent à elle, et qui seront toujours là pour elle quand elle reviendrait. Et tu fais partie de ces personnes Maura. Tu es importante et précieuse pour Jane, et je sais que c'est réciproque. Elle a besoin de toi. Tu es son plus grand soutien. » La légiste observa ses mains, oui ce qu'elle venait d'entendre était véridique. Elle n'était pas la seule à partager cette souffrance, et certes, ce n'était pas la première fois qu'elle le vivait. Elle se rappela un moment précis, où la brune s'était tirée dessus pour appréhender un dangereux criminel. Elle avait été là aussi témoin de chaque instant. Le coup de feu, la chute sur le sol, la perte excessive de sang. Une peur insoutenable, qu'elle compresse la blessure avec sa veste, et qu'elle attende les secours. Isles se mit à serrer des poings.

« Et vous n'êtes pas en colère contre elle de vous faire vivre tous ses épreuves et cela à répétition ? »

« Tout le temps ! On se dispute à chaque fois ! » Ria amèrement Angela qui souffla doucement, de la vapeur d'eau s'échappa de ses lèvres. « Et il m'arrive souvent de lui en vouloir après, de lui dire ce que je pense, d'une certaine façon cela m'aide à ne pas lui en vouloir trop longtemps. Car finalement, car je la retrouve, et qu'elle soit à mes côtés, je suis simplement heureuse et reconnaissante qu'elle revienne en un seul morceau, mais elle doit se faire pardonner en retour. »

« Je vois… »

« Je sais que cela n'arrange en rien cette peur et frustration, elle sera toujours là, qu'importe ce qu'on dise ou qu'on pense alors je vais nous chercher un café chaud en attendant et un petit encas à manger. »

« Non, je n'ai pas… »

« Je sais que tu n'as pas d'appétit Maura. Mais si tu veux tenir le coup, je peux te l'affirmer que tu as besoin de toutes tes forces. » Préviens la mère italienne, alors que son interlocutrice la remercia de sa prévenance.


Pendant ce temps.

« Hé ! Paul ! Tu n'as pas intérêt à fermer les yeux. On va venir nous chercher dans quelques minutes, c'est certain ! » Aboya fébrilement Jane qui convulsionnait fortement à cause de l'eau glaciale qui l'entourait et de plus, elle avait dans ses bras l'homme qui commençait à tourner de l'œil. Le ciel s'était rapidement assombri, c'était impossible de voir ce qu'il se passait en face d'elle, ni même où se diriger. Ce serait impossible pour elle de se débrouiller par elle-même ou elle devrait abandonner derrière elle Paul, c'était hors de question. Elle observa les étoiles, l'une d'elles brillait plus que les autres. Elle se remémora du cours astrologique de Maura sur l'univers, elle se mit à sourire.

« Maura… je sais que tu ne vas pas m'abandonner, que tu as prévenu les secours. Je sais qu'on va venir nous chercher. » L'Italienne commençait à avoir des vertiges, le fait de barboter dans cette eau était certainement les causes. Elle secoua la tête pour ne pas perdre pied, il fallait qu'elle résiste plus longuement. Un peu plus et tout ira bien.