Nos deux amies restèrent un moment, assises sur le canapé du salon, sans rien prononcer. Même l'horloge de la maison faisait plus de vacarme que leurs propres respirations et battements de cœur. Bien que le premier pas de Jane eût brisé la glace ainsi que son pot de fleur, la suite n'était pas définie dans des propices les plus légères. Elles n'avaient pas discuté du sujet qui leur brûlait les lèvres, et elles ne savaient pas si c'était conseillé d'oser faire la démarche ou de tenter quoique ce soit. Mais alors que faire ? Entrer dans un terrain neutre ? La météo, c'était trop cliché et on ne pouvait pas en parler pendant des heures. Il pleuvait, il y avait du soleil et c'était tout. La politique ? Cela pouvait passer en débat d'idée, ce qui n'était pas une bonne idée. La famille ? Un terrain miné. Les vacances ? Elles en prenaient rarement… Le travail ? Peut-être pas après ce qui venait de se produire il y a peu.

« Alors… ? » Dirent-elles en même temps, et elles se turent aussitôt. C'était vraiment embarrassant…

Ce n'était pas du tout incommodant cette situation. Mais elles avaient vécu pires dans le passé, n'est-ce pas ?

« Est- ce que tu as faim ? » Se décida de dire la légiste en tant que bonne hôtesse de maison, les civilités étaient plus son domaine que les conversations plus personnelles. Et plus, c'était plus facile d'évoquer la nourriture et le sport avec Jane que d'autres sujets plus épineux.

« Pas vraiment…et toi ? »

« Non… » La châtaine souffla comme son invitée.

Les collègues de travail soupirèrent dans leur coin. C'était visiblement compliqué de reprendre les bonnes habitudes, et faire comme si de rien n'était. Isles souhaitait avouer ce qu'elle pensait de cette atmosphère, de ce qu'elle ressentait véritablement, les paroles ne sortaient pas pour autant. Ils étaient accrochés dans sa gorge, refusant de sortir. En tout cas, elle appréciait réellement le fait que sa meilleure amie soit à ses côtés, elle l'observa avec un sourire quand elle la vit se tortiller sur place. Cependant, il y avait une autre part d'elle qui voyait différemment, elle était blessée, profondément meurtrie. Elle avait cette même sensation lorsqu'elle mangeait un pamplemousse, au regard cela semblait sucré voir doux, mais au goût c'était amer.

« Est-ce que tout va bien Jane ? » Ladite tordit sa nuque d'inconfort. Elle se retourna vers la légiste avec un air penaud.

« Je pense avoir déjà des courbatures. C'est assez persistant surtout au niveau du dos. Cela ne va pas s'arranger demain. »

« Le repos doit être le premier réflexe pour soigner les courbatures. Mais en cas de fatigue importante, de fièvre ou de courbature, il est nécessaire de consulter le médecin ou même d'aller à l'hôpital… ce que tu as déjà fait… Le plus important, c'est qu'il faut que tu t'hydrates, je vais aller te chercher de l'eau et j'ai celle de source, riche en minéraux et donc bon pour les muscles. » Après tout son jargon scientifique et médical, de plus, c'était une bonne excuse pour s'éloigner de la détective et reprendre ses esprits. Isles se leva de sa place et se dirigea dans la cuisine, elle ouvrit la porte de son réfrigérateur, et inspira, cachée à l'intérieur. Puis elle prit une bouteille non ouverte d'eau minérale, et elle chercha un verre dans un de ces placards en hauteur.

Lorsqu'elle se retourna, elle percuta la présence de la brune. Surprise, elle lâcha le verre ainsi que la bouteille, et elle se baissa en même temps que l'Italienne, leurs deux têtes, plus particulièrement leur front se télescoper. Les deux jeunes femmes grimacèrent de douleur et puis elles se mirent à rire. Finalement, elle partageait un moment de frivolité malgré la tension qui les touchait.

« Est-ce que ça va, Jane ? »

« Super ! Je me suis tellement cognée, qu'il n'y a plus de neurones à perdre maintenant. Et toi, je n'ai pas blessé le cerveau du génie ? Je pense que l'humanité m'en voudrait à jamais. » Rizzoli plaisanta alors que la scientifique fronça des sourcils à cette remarque.

« On ne peut pas perdre des neurones en cognant sa boite crânienne, le plus grand risque serait une commotion cérébrale, ce qui entraînerait en général une perte de connaissance, des convulsions, des troubles de l'équilibre… » La légiste s'arrêta naturellement quand sa meilleure aime était en train de l'écouter avec attention.

« Tu es mignonne avec toute ta science. Et même avec cette tête d'ahurie. Et je souhaite ne pas avoir provoquée tout cela à ton magnifique cerveau… enfin… je n'ai pas spécialement d'intérêt esthétique sur un cerveau mais le tien doit être beau ? » Jane pinça délicatement la pommette de Maura, qui la fixait incrédule. Elle ne reconnaissait pas la personne qui lui faisait face, ou plutôt le caractère qu'elle résumait. Est-ce qu'elle présentait des séquelles de son saut du pont ? La brune prit le verre qui par chance ne s'était pas brisé à la chute, certainement que son pied avait été un bon réceptionneur, la bouteille en plastique fut un peu plus cabossée. Puis elle se dirigea à sa place. Isles reprit ses esprits qu'après un moment, et rejoint sa comparse qui était en train de boire un verre d'eau. L'addicte en achat en ligne mit rapidement une autre fournée d'eau à son invitée, qui se plia à la boire sous ce regard scrutateur.

Encore un autre verre pour pallier le silence.

Rizzoli se mit à toussoter doucement, le temps passa et à sa plus grande stupéfaction, une bouteille d'un litre consommé, et la légiste partit pour en rechercher une autre, alors que la brune faisait semblant de pleurer de son malheur. Elle n'était plus capable d'en boire plus, de plus, elle ne pouvait s'en débarrasser, son amie épiait le moindre de ses faits et gestes. Comment allait-elle faire maintenant pour ne pas vexer la maitresse des lieux ? Sa vessie n'en pouvait plus… elle était une scientifique bon sang ! Elle devait savoir qu'un être humain comme Jane n'avait pas la capacité de boire plus…

Rizzoli fit tomber son verre encore rempli à moitié d'eau, et scruta comme une forcenée les alentours, sa collègue allait la massacrer pour avoir abîmé ainsi sa table basse en bois de je ne sais où. Elle chercha dans ses poches un mouchoir, mais ne trouva que des serviettes en papier qu'elle avait prises d'un café. Ça ne marchait pas, alors elle utilisa les manches de sa chemise, et même le bas de son pantalon, il fallait donc utiliser la solution la plus rapide, un coussin, elle imbiba d'eau et le reposa contre le cuir du canapé… eau + cuir= ce n'était forcément pas une bonne idée… puis elle sursauta quand la propriétaire des lieux arriva. Celle-ci n'avait pas remarqué le manège de son invitée, qui semblait être très tendue, mais sut parfaitement le dissimuler en détournant ouvertement la tête sur le côté.

Isles continua de donner l'eau à son amie, qui prenait beaucoup plus de temps à le boire. Mais ce fut de trop après deux autres verres :

« Maura… pitié… je sais que tu es gentille et une parfaite hôtesse… je t'en remercie…cependant, je pense que j'ai eu assez d'eau pour aujourd'hui avec le lac et celle que je suis en train de boire, moi qui aie évité une noyade, en passer par une autre, aussi mon ventre est en train de faire des gargouillis embarrassants… et quand je bouge un peu, ce n'est pas mieux. On dirait que j'ai une machine à laver en marche. » La légiste ne semblait pas prendre cette plaisanterie du bon côté, elle se remémora la raison principale de sa colère, elle posa brutalement la bouteille contre sa table basse et foudroya sa meilleure amie qui déglutit péniblement, en se collant plus possible contre le canapé qui grinçait sous ses mouvements. Elle avait déjà été sujette de ce regard, le moment où elle avait osé tirer sur Paddy Doyle, et elle connaissait parfaitement n'aurait pas dû faire cette remarque. Mais c'était dans sa nature de faire l'idiote, un moyen de se protéger, de détendre l'atmosphère, sa vie était compliquée à cause de son métier, alors son moyen de survie était de parfois faire plus bête qu'elle ne l'était, mais cette fois-ci Isles ne semblait plus apprécier ce trait de caractère.

« Si tu veux bien m'excuser, je dois me préparer pour le travail. Tu sais où est la sortie ou si tu veux rester regarder la télévision, ne met pas le volume très fort. »

« Maura…Maura ! Pardon, je suis désolée d'avoir dit cela ! Tu sais que je plaisantais ! C'est juste que je suis extrêmement nerveuse et je dis n'importe quoi ! » Mais la dite était déjà en direction de l'étage supérieure.

« Merde ! J'ai merdé…encore une fois. Oui et je le répète comme une imbécile ! Et en pour ne rien arranger, je parle toute seule, et j'ai aussi envie une pressante d'aller aux toilettes…puis-je le demander à Maur ? Arg ! Je dois vraiment y aller ! » La brune se réprimanda en cachant son visage dans ses mains, et en pressant fortement ses cuisses contre elles.