Cela faisait déjà une bonne heure que Jane avait fini de se préparer pour aller travailler, elle avait pris une bonne douche bien chaude, ainsi que manger une part de pizza froide qu'elle avait laissée la veille. La brunette qui se dirigea au commissariat, se décida de se racheter mieux auprès de sa meilleure amie, de ne pas faire de mauvaise plaisanterie ou elle attendrait quelques heures plus tard pour oser le faire et c'était dans sa nature de le faire… et le plus important, elle lui avait acheté un autre petit cadeau, enfin, ce n'était pas si petit, de taille oui, mais pas le prix… elle savait que c'était à son goût, Jane connaissait parfaitement sa meilleure amie et ce fut réciproque, elles savaient toutes les deux comment faire plaisir à l'autre.
La détective allait être rapidement à découvert et d'être dans le rouge avec sa banque si elle continuait de faire n'importe quoi, elle devait assurer un minimum. Mais pour voir le doux sourire de la légiste, elle était prête à n'importe quelle concession. Et donc à manger plus souvent des pâtes dans la semaine…le mois…enfin… plus dans l'année… en tout cas, elle devrait faire plus d'heures supplémentaires et économiser sur certaines dépenses à venir...
Rizzoli tenta de reprendre du courage, elle inspira un bon coup en fermant les yeux, elle avait déjà affronté la colère de Maura, sa tristesse, sa distanciation… donc il n'y aurait pas pire, n'est-ce pas ? Elle l'espérait vraiment, être en conflit avec sa collègue était un véritable supplice. Elle avait besoin d'être à ses côtés, de plaisanter, de rire avec elle, de retrouver cette relation si privilégiée qui les caractérisait tellement. La protagoniste se rapprocha du bureau de la châtaine, et attendit un moment avant de montrer sa présence. La nervosité était de plus en plus présente. Elle souffla un bon coup et pria de ne pas encore faire une nouvelle bourde. Puis la détective frappa à la porte qui était déjà grande ouverte. La nervosité se joua comme un yoyo de son estomac. Elle n'aurait pas dû boire ce jus d'orange, en plus, il était passé de la date de péremption. La couleur était aussi étrange tout comme la texture pâteuse …c'était éventuellement pour cette raison son inconfort digestif ?
« Hé ! Salut Maur. » Maura ne semblait pas la regarder à son approche, seulement à un point invisible, elle fut assise sur un de ses fauteuils, en train de lire un rapport. Puis son attention se tourna vers l'intruse. Elle ne lui répondit rien, et resta terrée dans son mutisme. Ah, ce n'était pas bon du tout, mais quelle tête de mule ! Pesta intérieurement la brunette qui se réprimanda avec 'comme une certaine policière'
Se pinçant les lèvres entre elles, Rizzoli toussota fortement, et présenta le cadeau qu'elle avait acheté et montré dans un petit sac doré. La légiste observa intriguer le présent, et d'un air sceptique, elle fixa Jane en lui disant sèchement :
« Est-ce une autre bribe comme la tulipe ? »
« Une bribe ? Moi ?! Non ! Je suis un honnête policier. J'avais envie de te l'offrir, c'est tout comme la tulipe. Il n'y a pas d'arrière-pensées à ces gestes. » L'Italienne objecta aussitôt sur la défensive à l'accusation ouverte de son interlocutrice. Mais elle ne pouvait nier qu'elle voulait se faire pardonner, donc, c'était un mensonge à demi-teinte. Cela ne se présentait pas bien…lors d'un procès, elle serait condamnée et jugée coupable.
La brune attendit nerveusement qu'Isles prenne son achat, elle était mal à l'aise de poireauter ainsi, les bras tendus. Alors, elle posa le sac sur les cuisses de la scientifique. Enfin, elle avait l'impression de jeter une bombe qui allait exploser, et cette bombe : c'était Maura. Celle-ci ne réagissait pas à la tentative d'approche, cela frustrée Jane qui ne comprenait pas cet acharnement à son égard, elle ne comprenait pas pourquoi cette femme si généreuse et compatissante était si rancunière et glaciale envers elle ? Elle n'avait pas tenté de tuer son autre père… il valait mieux qu'elle n'exprimât jamais au grand jour cette terrible réflexion…
« Maura, ne te renferme pas ainsi, parle-moi, dis-moi tout ce qui te trouble. Il faut que nous crevions l'abcès toutes les deux. » La détective plaida déconcerter, elle avait besoin d'entendre des reproches, des insultes, quelque chose et non ce silence tortueux pour ses nerfs. Rizzoli attrapa les mains de son amie, d'habitude, c'était son amie qui avait ce genre de 'rapprochement', elle se laissa en général faire. Isles observa leurs mains être réunies, elle voulait rendre l'attention, les serrer entre elles, les caresser, les embrasser, mais elle ne le fit pas. Elle s'imposa par elle-même cette conduite droite et impassible. Bien que son cœur souhaitât se jeter dans les bras de l'italienne, de tout lui pardonner, et d'accepter sa gentillesse. Mais après ? Ça allait de nouveau recommencer cette situation, c'était inévitable. Rizzoli allait de nouveau se mettre en danger, et Maura sera encore celle qui va se faire un sang d'encre, attendre. Était-ce juste de lui imposer ces moments ? Et les pardons seraient des cadeaux ? Non, elle ne l'accepterait pas, elle ne l'accepterait plus. Elle n'en était plus capable. Comme on dit : la coupe déborde, et ce n'est pas facile pour boire. (Vraie citation et non à la Isles : la coupe est pleine)
« Il est préférable de ne pas percer l'abcès. Comme c'est constitué de pus, la thérapie est la méthode la plus efficace consiste à évacuer le pus par une incision large sous anesthésie générale, locale (cryo-anesthésie) ou loco-régionale. Mais cela dépend d'où cela se trouve, au niveau de la bouche, du ventre, ou à l'intérieur de l'organisme ou même sur l'épiderme. Mais en général, on peut voir à la couleur jaunâtre ou grisâtre. »
« Non Maur, je ne parlais pas de ce genre d'abcès…et ahhhh… beurk…je ne pourrais plus déjeuner maintenant. Je parlais de nous. »
« Y a-t-il ... un nous ? Depuis quand ? » Maura cracha presque avec dédain.
« Quoi ? » Rizzoli répondit perdue, elle ne s'attendit visiblement pas à cette réflexion.
« Tu parles de nous, mais en réalité, il n'y a que toi, toujours toi et rien que toi. Et les personnes que tu laisses derrière sont inexistantes lorsque tu fais ton devoir. On n'est rien sur le moment. Alors, après revenir ainsi, c'est facile. Même pour toi. » Jane se mit à soupirer, c'était donc cela qui était question. Son travail comme à chaque fois, elle avait l'impression d'affronter sa mère. Elle comprenait qu'on pouvait se faire du souci pour elle, mais elle ne pouvait changer sa voie, ce qu'elle était. Elle avait cru que Maura pouvait comprendre la dangerosité de son boulot, qu'elle acceptait ce qu'elle était. Une forte tête qui fonçait la tête la première pour secourir un innocent, elle n'avait jamais dissimulé ce qui faisait part d'elle. Et cela l'ennuyait au plus haut point.
« Je ne peux pas m'excuser d'avoir sauvé la vie de quelqu'un ! »
« Alors tu ne comprends vraiment rien à la situation. » La légiste se leva de sa place, et rendit le cadeau de sa meilleure amie, sans l'avoir regardé.
« Tu ne regardes même pas ? »
« Non. »
« Oh…pourquoi ? C'est pour…toi ? »
« Je ne l'ai pas accepté, donc il ne m'appartient pas de droit. Tu peux le rendre. J'espère pour toi que tu as gardé le ticket de caisse. »
Oh ! …ce n'est pas bon...pensa la détective, qui grimaçait à la froideur des mots ainsi qu'aux actions. Non, c'en était de trop, elle n'allait plus se rabaisser et se taire.
« Je le laisse sur ta table basse, tu fais ce que tu veux avec ce présent, le jeter à la poubelle, le donner quelqu'un, l'échanger, qu'importe. »
« … »
« Je crois que tu exagères Maura, je n'ai rien fait de mal ! »
« J'exagère ? J'exagère ? Tu ne sais pas ce que j'ai enduré par ta faute ! C'est toi qui exagères avec tes cadeaux ! Tu es comme mes parents adoptifs ! Lorsqu'ils ne s'occupaient pas de moi, ils me donnaient des cadeaux pour se faire pardonner, mais ça ne suffit pas ! » La scientifique siffla, elle montra finalement sa colère. Son interlocutrice serra des dents et des poings. Elle n'était pas un criminel ou dans un procès pour un sordide crime.
« Oui parfaitement tu exagères ! Et je ne suis pas tes parents ! Contrairement à eux, je suis à tes côtés, je reviens toujours vers toi ! Qu'est-ce que tu veux ? Que je porte un panneau autour de mon cou avec un 'je suis désolée' ? Ou que je me mette à genou pour implorer ton pardon ? Tu veux de l'action et non des mots ? D'accord, comme tu veux. » Jane se mit à genou à la plus grande consternation de son amie qui la rejoint pour la forcer à se relever, elle ne voulait pas cela. Non, elle avait silencieusement espéré autre chose.
« Alors si tu veux vraiment me donner quelque chose, fais-moi cette promesse que- »
« Je ne peux te faire cette promesse. » Rizzoli coupa qui savait parfaitement ce qu'il y avait dans le cerveau de cette magnifique femme. Cette fois-ci, il ne fallait pas être un génie pour le découvrir.
« Mais je n'ai encore rien dit. »
« Et étant une bonne détective, je sais que tu veux que je fasse attention avant de sauter la tête la première devant le danger, cependant, je ne peux pas faire cette promesse, c'est impossible. »
« …alors fait comme bon te semble. » La scientifique souffla dépiter alors qu'elle se dirigea vers la sortie, mais elle se fit arrêter par les paroles de son amie, qui ne perdait pas espoir d'une véritable réconciliation.
« Mais je peux te faire une autre promesse, celle de tout faire pour survivre, pour revenir parmi mes amis, ma famille et toi Maura. C'est avec cet objectif que j'ai en tête que je suis toujours présente aujourd'hui. Si je n'avais eu aucune volonté de vivre, ce serait bien longtemps que j'aurai abandonné de me battre, de revenir parmi les miens. Et tu es l'une des principales raisons qui me donnent le courage de me battre, de vivre, de survivre. J'ai pensé à toi lorsque j'étais dans l'eau, j'ai pensé à toi quand on m'a secouru, j'ai pensé à toi à l'hôpital. Je pense à toi en ce moment… qu'est-ce que tu veux d'autre ? »
Isles qui était attristée, elle s'en alla sans dire le moindre mot, mais ce n'était pas le cas de ses pensées :
Malheureusement pour toi Jane, ce n'est pas suffisant pour moi. Ça ne l'est plus.
