« Oh, les femmes, qu'est-ce qu'elles sont chiantes…Arg ! J'en ai marre... » Jane se mit à grommeler alors qu'elle se vautra en massa sur sa chaise, et se plongea la tête la première contre son bureau. Elle était fatiguée de se battre, non, le pire c'est qu'il n'y avait même pas de conflit à proprement parler. Cela aurait été mieux, car la scientifique l'affrontait même pas, elle fuyait. Alors c'était difficile pour elle de s'en sortir.

« Tu parles probablement de Maura ? Ou alors de ta mère ? Ou les deux ? Les deux femmes les plus importantes de ta vie. » Korsak commenta en ricanant sournoisement alors que la détective se releva et le fusilla, elle en avait assez qu'on se moque d'elle. Elle n'était pas d'humeur.

« La ferme. Embête quelqu'un d'autre que moi. »

« Waouh…ça s'est visiblement mal passé. Si tu veux, je peux te donner un conseil. C'est Maura n'est-ce pas ? Comme tu viens juste de la voir, je ne vois que ça. » La brune se mit à soupirer en faisant vibrer ses lèvres entre elles. La fan des Red Sox avait l'impression d'être un livre ouvert en ce qui concernait la légiste, ou sa vie sentimentale. Heureusement que ce n'était pas ainsi dans sa vie professionnelle, elle ne pourrait pas bluffer auprès des criminels.

« Oui, après que j'ai eu cet incident sur ce pont, j'ai voulu faire un premier pas, je lui ai offert une plante, et un parfum, mais elle est toujours en colère. Je ne comprends pas, j'ai cru que tout irait bien…mais non…elle est vraiment rancunière…et cela m'épuise, je ne sais pas quoi faire. Je ne vais pas non plus crier devant tout le monde et me mettre à genoux pour qu'elle me pardonne. Bien que je l'aie fait… »

« Quoi ? Tu t'es mise à genou ? Pourquoi faire… je ne veux pas le savoir…sauf si … tu as demandé Maura en mariage ? Un médecin dans la famille, Angela va être ravie, elle qui n'attendait que cela, elle considère déjà Maura comme son autre fille. » La détective grogna aux moqueries de son camarade. Pour une fois qu'elle se montrait sérieuse, on se jouait d'elle.

« Je n'ai pas demandé Maura en mariage, et nous ne sommes pas un couple pour en arriver là et pourquoi c'est toujours moi qui devrais porter le rôle d'homme ! Et je pense aussi que tu fréquentes trop ma mère… Et puis ce n'est pas le problème, je n'ai rien fait de mal. Cependant, je ne peux pas rester à ne rien faire... mais j'ai déjà fait beaucoup et je ne veux pas faire plus si c'est pour me faire rembarrer. J'ai mis à plusieurs reprises ma fierté de côté, mais je n'en peux plus. »

« Il manque plus que le restaurant et une nuit torride de sexe pour te faire entièrement pardonner. C'est ce que je fais quand j'ai un souci sentimental. » Plaisanta Vince, alors que sa coéquipière lui balança une boule de papier puis son stylo à bille en sa direction. L'homme leva les mains en l'air pour se défendre des attaques, et il s'excusa.

« Je vais être sérieux, donc tu t'es excusée. »

« Je suppose. » Korsak fixa sa comparse qui plissa son nez. Elle ne se rappela pas si elle s'était réellement 'excusée', elle regrettait d'avoir fait de la peine à sa meilleure amie. Mais pas d'avoir fait son devoir de policière, et qu'elle recommencerait sans hésiter si l'occasion se représentait.

« Tu lui as dit que tu t'excusais ou pas ? »

« Bah…euh…je n'en suis pas sûre d'avoir employé le mot pardon, mais c'était proche…j'ai pensé que les cadeaux…c'était suffisant… je lui ai expliqué mes agissements, je lui ai dit que je me sentais coupable et que je ne pouvais changer qui j'étais, je lui ai avoué mes véritables sentiments, et ne rien cacher était ce qu'il fallait faire, non ? La confiance, la sincérité, ce n'est pas rien...enfin, je le croyais... »

« Tu ne comprends vraiment rien aux femmes. »

« Et que crois-tu que je sois ? » Rizzoli remarqua en en roulant les yeux, elle se présenta avec ses mains au niveau de sa poitrine et plus bas. « Et puis il y a des personnes plus complexes que les autres, et cela arrive souvent que cela soit des femmes, mais il y a aussi des hommes. »

« Tu es insensible et inconsidérée sur certains sujets comme nous les hommes surtout en ce qui concerne l'émotionnel. Jane, que ferais-tu si Maura avait sauté du pont sur lequel tu te trouvais ? »

« Je la rejoindrais toute de suite pour la sauver. » Vince se pinça le bout du nez. Cela n'allait pas être facile pour l'inspecteur d'inverser les rôles, et de présenter le point de vue de la légiste. Sa collègue lui donnait souvent des cheveux blancs… et il était son partenaire de travail depuis plus longuement qu'Isles.

« Mauvais exemple, je recommence, que ferais-tu si Maura se fait kidnapper juste en face de toi, et que tu n'as pas le temps de la secourir ? »

« Je ferais tout pour la rechercher, je t'appellerai pour m'aider, et je ne prendrais pas un moment de répit pour la retrouver en bonne santé. » Vince se mit à sourire, cela ne l'était guère cette réponse.

« Et si tu ne la retrouves pas dans les vingt-quatre heures ? »

« Je continue jusqu'à ce que je la retrouve. Et je n'abandonnerai jamais. Je ne prendrais aucun temps mort, je chercherai toutes les solutions possibles, ainsi qu'indices. Mais tu devrais le savoir, ce que fait un détective, ou même moi. » Répondit avec un sérieux absolu la brunette qui ne prit pas la peine de réfléchir, elle restait toujours là même, dévouée aux autres, elle ne faisait aucune distinction bien que sa famille proche, elle ne cessera de se battre jusqu'à ce qu'elle ne soit pas capable de bouger.

« Et pendant ce temps, ne te sentirais-tu pas coupable de ne pas l'avoir secouru à temps ? »

Touché !

« ... Oui...c'est fort possible. » Jane avoua penaude qui réalisait finalement où en voulait venir son ami. Et pourquoi la scientifique fut aussi triste ? Pourtant elle ne devrait s'emporter autant… et s'il y avait autre chose ?

« Et cette attente ne te ferait pas prêter les plombs, tu n'imaginerais pas les pires scénarios si tu n'avais aucune nouvelle ? Elle a vécu cette même situation, alors lui donner des cadeaux, c'est gentil, mais pas suffisant. »

Touché et coulé ! Tu es Game Over Rizzoli !

« OK, OK, j'ai compris ! Je suis insensible, je ne pensais qu'à moi, j'aurai dû m'excuser d'avoir blessé Maura, de ne pas avoir pris en considération sa peine, ses inquiétudes, et de n'avoir que parlé de mon devoir, car elle sait que ça l'est. Depuis quand es-tu un expert des femmes ? J'ai cru que tu étais divorcé trois fois. »

« Ah, ah, ah. Très amusant, mais non, c'est Kiki qui m'a ouvert les yeux sur notre travail. Que pour nous, on a l'habitude du danger, qu'on vit avec. Mais ce qui nous entoure ne le perçoit pas comme nous. Nous ne sommes pas surhumains, on peut être blessé ou mourir, on n'y pense pas, mais nos proches oui. Lorsque je fus blessé, Kiki avait été en colère contre moi, elle m'en a voulu, quoi que je fasse, je l'agaçais. Mais elle m'a avoué qu'elle m'aimait tellement qu'elle avait eu si peur que je disparaisse à jamais de sa vie. C'était pour cette raison qu'elle voulait qu'on se sépare, l'idée d'imaginer de me perdre était plus douloureuse que de ne plus être à mes côtés, mais notre amour était si fort qu'on ne put se résoudre d'être loin de l'un et l'autre. » Jane mit sa veste sur son épaule et ajouta en se relevant de sa place :

« Je vais aller voir Maura, et je vais bien m'excuser cette fois-ci. Je vais lui dire … à quel point je l'aime et que je ne veux pas qu'elle me quitte, car je ne peux me résoudre de vivre sans elle, elle est mon univers… on est vraiment comme un couple avec toutes ces déclarations d'amour et mièvreries… » Jane secoua sa tête alors qu'elle avait un petit sourire aux lèvres.

« Elle est déjà partie. Et si tu veux lui offrir un cadeau… porte cette robe noire qu'elle adore et un petit diner peut aussi aider, toi si possible. » Informa Vince, alors que sa collègue s'arrêta net dans sa marche, et prit directement la direction opposée.

« Vraiment ? Quoi ? Quelle robe noire ? Quoi ? Non, ce n'est pas grave. Bon, je vais allez directement chez elle. Au revoir, Korsak et merci pour tes conseils, et ta sagesse. »


Dix minutes plus tard.

La brune secoua ses mains, et se mit à attendre devant la porte de la maison de sa meilleure amie, mais elle ne semblait pas lui répondre. Est-ce qu'elle lui en voulait encore pour ne pas lui ouvrir ? Ou elle n'était pas chez elle. Donc, Rizzoli prit son téléphone portable, et appela sa collègue, en espérant que celle-ci daigne lui répondre, si elle devait la forcer à l'écouter, elle n'hésiterait pas à le faire.


Pendant ce temps.

Isles était assise seule au Dirty Robber à boire une bière, une boisson qui lui rappela sa meilleure amie, elle souffla de fatigue, oui Jane avait parfaitement raison, elle avait été intransigeante envers elle. Et très rancunière, elle voulait la faire souffrir comme elle avait enduré. C'était mesquin et immature, mais ces facettes de personnalités qui ne lui correspondaient pas s'éveillaient avec sa meilleure amie.

Elle vit son image devant elle, assise sur la banquette d'en face, lui sourire et rire en l'observant avec la plus grande tendresse comme si elle était l'être le plus important… elle sentit son cœur battre rapidement contre sa cage thoracique, elle ne put s'empêcher de rougir, oui elle aimait Jane et de jour en jour c'était difficile de vivre avec ce sentiment grandissant. Elle se montrait égoïste, possessive… La châtaine sortie de ses douces rêveries lorsqu'elle sentit son téléphone vibrer, et examina qui l'appelait, ce fut Jack.