" La grue prisonnière

Lâche son dernier soupir

À l'ombre des fleurs "

Je suis assise sur une branche d'arbre depuis maintenant une heure. Totalement invisible, je regarde ma cible avec mes deux rinnegan. Enfin, plutôt mon rinnegan, car le gauche est recouvert d'une épaisse mèche de cheveux noirs. Chiyuki, une petite fille de douze ans du clan Hyûga, s'entraîne inlassablement.

Je la surveille depuis quelques jours déjà, et plus le temps passe, plus elle me semble être la cible idéale. La petite a eu la malchance de naître dans la mauvaise branche, la Bunke. Si elle s'entraîne autant, c'est pour répondre à son devoir de protéger sa cousine de la Sōke, Kaede et mourir pour elle s'il le faut. Megami doit d'ailleurs s'en occuper, nous sommes tombés d'accord pour prendre possession des deux fillettes. Toute les deux ont un fort potentiel et un Byakugan, ce ne serait pas suspect qu'une d'entre elles devienne Hokage. Je regarde la bague bleu ciel à mon auriculaire gauche. "Bientôt."

Chiyuki exerce son Byakugan sans répit depuis une heure. Je ne peux pas m'approcher sans qu'elle perçoive ma présence et détale comme un lapin pour alerter un membre du village, faisant échouer ma mission. Attendre ne me dérange pas le moins du monde.

Elle se concentre, puis lance Les 64 poings du Hakke d'une manière parfaite. Douée la petite ! C'est rare de savoir maîtriser cette technique si jeune ! Cependant elle a dépensé beaucoup de chakra, son Byakugan ne tiendra plus très longtemps. En effet elle arrête de l'utiliser quelques instants plus tard. Je devrais peut-être commencer mon attaque, mais je préfère attendre de voir ce qu'elle va faire.

"Elle prépare une technique de ninjutsu ?" Je vois Chiyuki composer des signes avec une rapidité étonnante.

- La morsure du tigre ! s'exclame t-elle avant de lancer une lame de vent vers un arbre, ce qui a pour conséquence de le couper en deux. Impressionnant. Très impressionnant.

La grue prisonnière

Mais c'est maintenant à mon tour. J'insuffle du chakra dans les bandages à mes poignets, les faisant se détacher et flotter autour de moi comme des milliers d'anguilles. L'eau et le vent qui les entourent les rend souples, rapides, mortels. Parfaits.

Une alouette se pose doucement sur un cerisier voisin et siffle quelques notes. Chiyuki, épuisée, se tourne vers l'oiseau avant de se figer. Pendant quelques secondes, rien ne se passe, seul l'alouette continue de chanter. Un sourire apparait peu à peu sur les lèvres de la petite fille,un sourire triste et fatigué. Je me souviens des jours où le chant des oiseaux m'émouvaient également, il y a bien longtemps. Mais la petite fille que j'étais a disparue, tout comme cette petite fille va disparaître aujourd'hui.

Mes bandages claquent et ondulent, comme impatient de sauter à la gorge de la fillette aux yeux d'eau claire. Le chant de l'alouette s'intensifie, comme si elle savait que quelqu'un disparaîtra bientôt et qu'elle voulait donner le meilleur de sa mélodie avant la fin.

"Cette alouette chante un requiem en ton honneur Chiyuki, sois en honorée."

Une seconde, un battement de cœur, et mes bandelettes filent sur ma cible, la recouvrant, empêchant tout mouvement. Chiyuki est prise au piège.

Lâche son dernier soupir

Je m'avance calmement vers elle. Elle ne me connait pas, mais elle reconnait mon manteau et ses yeux s'écarquillent de terreur et de surprise. Elle ne peut pas bouger, mes bandelettes la serrent trop fortement. Je place mes cinq doigts sur le visage de Chiyuki, trois sur le front et un à côté de chacun de ses yeux. Les conditions sont désormais remplies pour effectuer mon Kekkei Genkai. Je plonge mon œil violacé dans le sien, miroitant, et envoie un flux de chakra dans sa tête. Je sonde sa mémoire. Alliance de mon rinnegan avec le genjutsu, cette technique permet d'influer sur la mémoire. Elle est mon arme, ma carte maîtresse. La mémoire est la base de chaque être, son point de repère dans le monde. Sans souvenir, nous ne sommes plus rien. Cependant, mon rinnegan n'est pas complet et ne le sera sans doute jamais, mais cela est suffisant pour utiliser ma technique héréditaire avec beaucoup plus de facilité.

Je vois alors tout le passé de Chiyuki, sa personnalité, son amitié pour Kaede et son lourd ressentiment d'appartenir à la Bunke et d'être enchaînée à son rôle de vassal. J'ai toutes les informations qu'il me fallait, je peux maintenant imiter Chiyuki dans les moindres détails. J'applique un kunai contre la gorge de la fillette. Des larmes de frustration perlent au coin de ses yeux.

- Désolé petite mais j'ai besoin d'avoir ton apparence...

- Hummmm ! Hummmm !

- ...et il ne peut exister qu'une seule Chiyuki...

- Hummmmmmm !

- N'y vois rien de personnel.

Sur ces mots je lui enfonce mon kunai dans la gorge et y fait fleurir une rose pourpre.

À l'ombre des fleurs.

Elle n'est pas morte. Elle est à la limite. Sa vie file aussi vite que le sang se déversant de sa gorge. Je place mes mains sur son cou et lance une technique de possession. Je me sens me désagréger et disparaître, pour mieux renaître. Mes yeux s'ouvrent. Je suis maintenant Chiyuki. Presque aussitôt, une douleur fulgurante me traverse le front. La marque de l'oiseau en cage... Être coincé dans un corps de douze ans est plutôt perturbant. Heureusement que j'ai accès à la mémoire de Chiyuki, car toute mes techniques sont désormais inutilisables.

Il faut que je rentre. Je me dirige vers "ma" maison en passant derrière l'arbre coupé.

Dans le cerisier, l'alouette a cessé de chanter.