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Retour aux sources
− Laisse-le dormir Ron, dit une voix aigue et proche. Il a l'air épuisé.
Lorsque Harry émergea, le soleil semblait haut dans le ciel. Il consulta sa montre... Il était déjà deux heures de l'après-midi.
− Tu as du courrier, lui annonça Ron.
Il lui jeta une enveloppe d'aspect officiel avec un cachet du ministère de la magie. Son coeur battant, il l'ouvrit et sortit la lettre qu'elle contenait. Il lut rapidement et fut soulagé quant à son contenu.
Cher Monsieur Potter,
Vous venez d'atteindre votre majorité et je vous invite donc à vous présenter le 2 août à 10h30 au centre d'essai de transplanage, niveau six du ministère de la magie. Pour des raisons de sécurité, cette lettre vous parviendra un jour avant la date prévue. Des aurors seront postés aux entrées du ministère afin de renforcer ces mesures. Veuillez être discret et prudent. Bonne chance pour vos essais et à bientôt. Nos salutations distinguées...
Département de régulation des transports magiques, Ministère de la Magie.
− J'ai reçu là même, dit Ron qui ne put cacher son angoisse. J'irais avec toi. La dernière fois je l'ai manqué, je suis sur que se sera pareil. Et encore l'autre fois je pouvait me permettre de rater l'épreuve étant donné que Charlie l'avait lui même réussi au bout du deuxième essai. Mais là, rater mon permis deux fois de suite, ça me suivra toute ma vie.
− Ne t'inquiète pas Ron, lui dit Hermione rassurante.
− C'est facile pour toi de dire ça alors que tu as ton permis.
Harry avait complètement oublié son examen de transplanage. Il avait l'esprit trop occupé pour y songer. Il repensait de plus en plus souvent à ce qui l'attendait, à sa confrontation finale. Harry ne voyait pas comment il pourrait détruire quatre horcruxes sans l'aide de Dumbledore. Bien sûr, il pouvait compter sur ses amis de toujours, mais face aux pouvoirs de Lord Voldemort, ils ne pourraient lui apporter qu'un soutient moral. Il était cependant certain d'un chose, il devrait retourner à Godric's Hollow.
La journée passa lentement et Harry s'en réjouit, car l'avenir lui paraissait très sombre. Le Quidditch occupa une bonne partie de son temps. Cela lui permettait de s'aérer un peu et de se changer les idées, mais il était de plus en plus songeur, ce que remarqua Hermione à qui rien n'échappait. Alors qu'il était allongé dans l'herbe aux côtés de Ron qui lui parlait de… − en fait, il n'écoutait pas vraiment − Hermione le fixa d'un regard intense.
− Qu'est-ce qu'il y a ? interrogea-t-il.
− Ce serait plutôt à moi de te poser cette question, tu es bizarre ces temps ci.
− Tu sais très bien ce qu'il y a, dit-il. Pourquoi est-ce que tu éprouves le désir de me le rappeler sans cesse.
− C'est juste que… je m'inquiète et que… − elle respira profondément − j'ai peur pour toi.
Le lendemain, le moral de Harry était au plus bas. D'une certaine manière, la joie ne débordait pas au Terrier. Ils montèrent tous en silence Ron, Hermione et lui dans la voiture du ministère qui devait les conduire à Londres pour leur permis de transplanage, accompagnés de Mr Weasley. Le voyage fut étrangement court et calme. Ils descendirent devant la cabine téléphonique rouge qui matérialisait l'entrée des visiteurs au Ministère de la Magie. Harry aperçut Kingsley Shaklebot et Tonks un peu plus loin − certainement pour des mesures de sécurité, pensa-t-il. Il leur adressa un sourire à chacun avant de pénétrer dans les entrailles du ministère. Harry remarqua un changement considérable depuis qu'il y était venu la dernière fois. En effet il y a deux ans, lorsqu'il avait été attiré par Voldemort dans le département des mystères, il n'y avait personne. Mais aujourd'hui, qui devait être un jour comme les autres, des sorcières et des sorciers allaient et venaient en tout sens dans l'Atrium, des papiers à la main, transplanaient subitement ou débouchaient par les cheminées qui s'alignaient le long des murs. Ils accélérèrent le pas après être passés devant le sorcier vigile et pénétrèrent en vitesse dans une des nombreuses cages d'ascenseur qui s'ébranla et commença à descendre dans un bruit métallique. L'ascenseur marqua plusieurs poses, jusqu'à ce que Harry entende s'élever la voix froide et féminine qui lui était atrocement familière.
− Niveau six, Département des transports magiques, Régie autonome des transports par cheminée, Service de régulation des balais, Office des portoloins, Centre d'essai de transplanage.
− Nous y voila, annonça Mr Weasley avant de les entraîner le long d'un couloir sans fenêtres.
Ils avancèrent rapidement tournant à droite et à gauche. Harry pensa qu'il aurait bien été incapable de refaire le chemin à l'envers. Ils arrivèrent devant une grande double porte en bois massif munie de deux heurtoirs en cuivre. Mr Weasley poussa la porte de droite qui s'ouvrit en une porte plus petite découpée dans la première. Harry suivit Ron et Hermione à l'intérieur. Il découvrit une vaste pièce et sentit aussitôt qu'elle était remplie d'enchantements.
− C'est merveilleux, s'exclama Hermione.
Et elle avait raison. Les murs de la salle étaient en pierre brute et des torches de flammes bleues s'y alignaient. Des plateformes en pierre sombre et lisse flottaient dans l'espace de la pièce à des hauteurs différentes. D'ici de là, on entendait des personnes transplaner, passant d'une plateforme à une autre.
− Par ici, leur dit Mr Weasley en leur faisant signe de le suivre.
Harry suivit la marche et longea le mur de droite jusqu'à une sorte de bureau sur lequel s'empilaient des montagnes de parchemins. Derrière ces piles vacillantes, se cachait un petit sorcier occupé à vérifier les lettres de convocation et les baguettes, d'après ce que Harry put en juger. Il reconnut un peu plus loin Dean Thomas et Seamus Finnigan. Lorsqu'ils arrivèrent devant le bureau, le sorcier demanda d'un ton morne et machinal.
− Convocation, baguettes s'il vous plait.
Harry et Ron s'exécutèrent. Un instructeur leur fit signe d'approcher.
− Bonne chance, lança Hermione.
Leur épreuve consista à transplaner du plancher à la plus haute plateforme puis revenir sans perdre quoi que se soit dans l'action. Harry qui avait réussi à transplaner du bord de mer près de la caverne ou Voldemort avait caché son Horcruxe jusqu'à Pré-au-Lard y parvint sans conteste, tout comme Ron à son propre étonnement. Ce qui eut pour effet de dissiper l'atmosphère pesante au Terrier.
La perspective de retourner sur la tombe de ses parents n'avait toujours pas quitté Harry qui comptait sur un aller retour en transplanant. Il voyait bien que Ron et Hermione n'osaient pas lui demander de l'accompagner. Il est vrai que parfois, il aimait être seul, et c'était de plus en plus souvent le cas. Mais il n'aurait pas supporter passer une journée sans parler à qui que ce soit.
Plusieurs jours passèrent sans que la question fût abordée jusqu'au moment ou Harry, décidé, trouva Hermione en fin d'après midi dans le salon des Weasleys, seule en train de lire un livre dont le sujet devait être passionnant car elle ne remarqua pas qu'il la fixait des yeux depuis cinq bonnes minutes. Elle sursauta.
− Harry ! Que fais tu là ? Tu m'as fait peur.
− Désolé, dit-il. Je voulais juste te dire à plus tard.
− A plus tard ? s'étonna-t-elle. Tu parts ? Tu… tu… tu t'en vas ?
Hermione avait l'air effrayé à présent.
− Mais… mais… tu cours un grand risque tout seul.
− Ne t'en fait pas. Je ne serais pas seul, dit-il avec un sourire. Enfin sauf si tu refuses de m'accompagner.
− Non, bien sûr que non, dit elle. Je viens avec toi.
Et elle se leva d'un bon en laissant tomber son livre.
− Et Ron ? demanda-t-elle.
− Il nous attend dehors. Allons-y !
Ils sortirent sans voir personnes et retrouvèrent Ronald faisant des pirouettes qui ressemblaient à s'y méprendre au mouvement qui précède un transplanage.
− Tu ne passe pas un examen Ron, lança Hermione.
Harry pouffa de rire et les entraîna tous les deux dans un coin dégager en s'assurant que personne ne les avaient vu. En effet, quand il avait fait part de sa décision à Lupin et aux autres il y a quelques jours, il était établit qu'il serait seul dans sa petite escapade. Mais il balaya cette idée de son esprit et le centra plutôt sur sa destination… Il pensa très fort Godric's Hollow et ressentit immédiatement un changement d'atmosphère. Lorsqu'il ouvrit les yeux il se trouvait sur la place d'une vielle église assez petite. La place était entourée de maison à colombages aux volets clos. Cet endroit était assez sinistre et seule une lueur un peu plus loin leur indiqua que le village était habité.
− J'en ai la chair de poule, lança Ron.
− Par ici, leur dit Harry en désignant le reflet doré qui provenait d'une ruelle entre deux maisons.
Ils marchèrent dans cette direction et Harry remarqua que la lumière leur parvenait d'une auberge qui comptait trois ou quatre personnes. Impossible pour le moment de déterminer si ces gens étaient des sorciers. Quoi qu'il en soit, si ceux la étaient des sorciers, ils pourraient tout aussi bien être des mangemorts. Harry hésita une fraction de seconde puis entra, suivi de Ron et Hermione. Les conversations stoppèrent net. Ils se dirigèrent vers le bar où un homme assez vieux aux yeux sombres les fixa d'un regard soupçonneux.
− Je prendrais une bierau… commença Ron.
Mais Harry l'interrompit d'un coup de coude vigoureux.
− Trois verres de Whisky s'il vous plait, reprit Harry.
Le barman fronça les sourcils et se pencha sous son comptoir pour prendre trois verres qu'il remplit d'un liquide ambré. Puis il se dirigea vers deux clients dont la conversation était redevenue bruyante.
− Tu devrais être un peu pus prudent Ron, prévint Hermione. C'est un bar pour les moldus. On ne consomme pas de bieraubeurres ici.
Harry porta le verre de Whisky à sa bouche et grimaça. Hermione qui le regardait sortit quelque chose de sa poche, fixa son verre et il se vida tout seul.
− Hermione, je n'ai pas d'argent moldu sur moi, s'affola Harry.
− Tu as de la chance que j'en garde avec moi de temps à autre, dit-elle.
Elle posa un billet sur le bar. Harry remarqua deux personnes en retrait dans un coin de la pièce. Ils se tenaient debout et à la façon dont ils étaient penchés l'un vers l'autre, ils devaient parler à voix basse. L'un était grand avec des vêtements qui ne s'accordaient pas le moins du monde, ce qui inquiéta Harry : les sorciers n'avaient jamais su s'habiller comme les moldus. L'autre portait un long pardessus noir qui lui cachait les pieds. Leurs visages étaient masqués dans l'ombre et avaient tout deux leur poing serré dans leur poche.
− Ce sont des sorciers, chuchota Harry aux deux autres en leur indiquant le coin opposé d'un signe de tête.
− Ils étaient déjà là quand nous sommes arrivés, dit Ron. Impossible qu'ils nous aient suivi.
Ça tenait là route, pensa Harry. Il se détendit enfin mais il pensait à quelque chose qui le tracassait une fois de plus. Il ignorait tout de l'endroit où se situait la maison des Potters. C'est alors qu'il interpella le barman et lui demanda :
− Excusez-moi, connaissez vous une maison dans le coin qui n'ai pas été occupée depuis un bon nombre d'année.
− Oh, y'en a plusieurs dans ce cas là. Bien quelques idées sur la question… Mais… Pourquoi s'y intéresser ?
Le vieil homme avait une voix faible et enraillée. Il avait le ton assez songeur, presque soupçonneux.
− Euh…Eh bien… − Harry se demandait bien ce qu'il pourrait inventer. Simple curiosité. En fait…
La personne à qui il s'adressait n'avait que faire de ce qu'il allait lui raconter, il pouvait donc lui dire la vérité à la condition de ne pas éveiller les soupçons des deux sorciers. Il baissa donc la voix, obligeant le barman à se pencher vers lui.
− … Je recherche une maison dont les occupant aurait disons… péris − il pesait chaque mot à présent − dans des circonstances… inhabituelles.
Le barman se redressa et plissa les yeux. Puis il reprit :
− Y'a bien une maison un peu plus en retrait du village. Doit être à deux cent mètres de là en suivant cette ruelle. Les habitants, un couple assez jeune, sont morts comme ça − il écarquilla les yeux et hocha la tête. Ouai, pas de trace de meurtre. La police a rien trouvée. Depuis la maison reste inhabitée. On dit qu'elle est maudite, acheva-t-il dans un murmure.
Ses paroles furent accueillit par un silence.
− Merci beaucoup, dit Harry en se redressant.
− Pas de quoi.
Harry prit le chemin de la sortie en prenant bien soin de ne pas regarder le coin dans lequel se trouvaient les deux sorciers. Dehors, le ciel s'assombrissait.
− Ce doit être par là, dit Hermione en montrant la route étroite qui continuait sur leur gauche dans la direction opposée au village.
− Allons-y, encouragea Harry.
Ils firent trois pas et entendirent la porte de l'auberge s'ouvrir. Harry accéléra le pas, obligeant les autres à courir. Il se retourna brièvement et reconnu les deux homme du bar qui marchaient dans leur direction. Harry courait presque à présent. Ils parvinrent à un virage et profitant qu'ils ne les voyaient plus, Harry entraîna ses deux amis derrière un arbre assez imposant, retira sa cape d'invisibilité de sa poche et s'enveloppa dedans.
− Qu'est-ce que tu nous fais ? demanda Ron.
− Chut ! pressa Harry, nous sommes suivi.
Les deux hommes apparurent à l'angle de la route et s'arrêtèrent guettant le moindre signe pouvant trahir une présence.
− Où sont-il ? demanda une voix profonde et grave.
L'autre haussa les épaules et jeta des regards alentour s'attardant un moment sur l'endroit où se trouvait Harry, Ron et Hermione.
− Si tu veux mon avis, dit l'homme à la cape noire, ils ne sont pas loin.
− Ils auraient très bien pu transplaner.
L'autre poussa un grognement, saisit son ami par le bras et tout deux disparurent dans un craquement sonore. Harry sentit le souffle de soulagement d'Hermione dans son cou.
− On a eu chaud, dit-elle. Mais que nous veulent ces deux là ? Et qui sont-ils ? Tu pense que se sont des mangemorts ? demanda-t-elle à l'adresse de Harry.
− Je ne sais pas. Ça se pourrait. Mais ce que je ne comprend pas, c'est comment savait-ils qu'on viendrait dans cette auberge ?
Mais aucune réponse ne venait. Harry rangea sa cape d'invisibilité dans sa poche et incita ses amis à reprendre leur chemin. Au bout d'un moment, ils aperçurent une maison isolée à étage et entourée d'un petit jardin qui n'avait pas été entretenu depuis très longtemps.
− Tu pense que c'est là ? demanda Hermione à Harry.
Celui-ci répondit par un signe de tête. Il ne savait pas comment mais il en était sûr : c'était bel et bien là qu'il avait passé douze mois en compagnie de ses parents. Il entra donc par un petit portail grinçant qui séparait la propriété de la route.
− C'est sinistre, constata Ron.
Il avait raison. Pas un bruit d'oiseau, pas une fleur dans le jardin, pas âme qui vive près de cette vieille maison délabrée. Arrivé devant une porte d'entrée tout ce qu'il y a de plus ordinaire, Harry ne parvint pas à l'ouvrir. Hermione pointa sa baguette sur la poignée et la porte s'ouvrit dans un déclique.
− Lumos !
Les baguettes des trois amis révélèrent un couloir humide à la tapisserie décollée avec des portes au bois mité sur les cotés. Un escalier sinistre montait vers les étages. Harry remarqua une lueur étrange qui provenait d'en haut… une lueur qui n'avait rien à voir avec l'éclairage d'une lampe. Il s'avança et grimpa l'escalier qui craquait dangereusement. Il découvrit alors l'origine de cette lumière. Le toit était en partie effondré et des poutres jonchaient le sol. Seul les murs avaient tenu. Ils se faufilèrent tant bien que mal par un trou dans le mur qui devait être l'embrasure d'une porte. Ils arrivèrent dans ce qui semblait être une chambre dont les meubles se trouvaient en miette sur le sol. Seul un petit lit avait survécu… mais survécu à quoi ? Harry le savait : le sortilège de mort jeté par Voldemort avait du tout détruire lorsqu'il avait ricoché sur lui. En observant le lit de bébé vide et poussiéreux, il éprouva une sensation de manque comme si cette époque avait été merveilleuse pour lui alors qu'il n'en gardait aucun souvenir.
− Harry, ça va ? demanda Hermione inquiète.
Celui-ci sortit de sa rêverie et se sentit mal à l'aise dans cette maison vide de toute chaleur. Il prit alors conscience d'une vérité qui lui triturait l'estomac : ses parents étaient morts ici.
− Tu est très pâle… tu… tu es sur que ça va.
Harry ne répondit pas tout de suite.
− Partons, dit-il simplement la voix chevrotante.
Ils sortirent dans la chaleur de l'été et Harry se sentit tout de suite mieux. En silence, ils reprirent le chemin en direction du village. Il était plongé dans ses pensées ; les deux autres n'osaient pas le déranger et Harry en fut reconnaissant.
Ils aperçurent le cimetière juste derrière l'église. Le portail en fer forgé était ouvert et Harry entra en premier. Ils découvrirent de nombreuses stèles dont les noms leur étaient inconnus. Surprenant la manière dont les personnes sombrent dans l'oubli après avoir sombré dans la mort. Ron lui fit un signe que Harry comprit aussitôt. La tombe de ses parents était là, imposante et… terrifiante. Il lut les inscriptions gravées sur la pierre.
James et Lily Potter
Hermione sortit sa baguette, en fit sortir une gerbe de roses blanches et les déposa sur le marbre usé par le temps. Ils restèrent là pendant quelques temps, impossible pour Harry de savoir combien. Ils se décidèrent enfin à partir alors que le ciel prenait une teinte pourpre. Harry ferma les yeux et sentit aussitôt un changement de climat : l'atmosphère chaleureuse du Terrier. Mais pour combien de temps… songea Harry.
